LS DORE À
Mercredi, 4 novembre.—Pluie. Visite du Père Tenaillon. J'écris une longue lettre à M. X. Visite de M. Neveux. Je pars en voiture avec M. Desrosiers pour la grande poste, où je dois faire eurégistrer une lettre importante, et pour la via Celsa, d’où je dois remporter mes mémoires. Pas de malle du Canada, Comme c’est le jour d’expédier, j'expédie, vous envoyant nos bonjours, la nouvelle que nous nous portons à merveille, et l'assurance que nous prions Dieu qu’il en soit de même pour vous tous. Cetteipage à la hâte.
Jeudi, 5 novembre.—Hier soir, je venais de partir pour St Lin, lorsque St Lin m'ariva sous forme de deux lettres de Philomène, 19, 20, 21 et 22 octobre, d’un petit mot d’A., suivi de Ste Anne en la personne de M. l'abbé Dugas; puis des gazettes, sans compter le voyage de Californie depuis St Boniface jusqu’à Victoria : enfin de la lecture pour toute la veillée, lecture interrompue et agrémentée de commentaires
Ce matin j’allai, à la grande poste, déposer pour le Star un télégramme, qui m’a bien coûté 28 francs et 75 centimes. En voici le texte : “Star, Montréal, Canada, I have no such missions to Rome as attributed to me by newspapers, Proulx,” ce
qui veut dire: “ je n’ai pas ces sortes de missions à Rome que
les journaux m’attribuent.” La dénégation ne servira de rien; -
au contraire, elle va les confirmer dans leurs suppositions, et donner lieu à cinquante commentaires divers. Cependant, je considère être de mon devoir de protester.
Après-midi passé au Canada, excepté le temps qu’il faut pour aller à la place de la Minerve acheter des objets de piété. Ce soir, je dois diner en ville avec un ami, je ne rentrerai que vers 10 heures, pour continuer la jasette avec M. Desrosiers probablement jusqu’à minuit,
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A. M. J. G. P. “Mon cher ami,.….Les préventions contre moi dans un certain cercle s’en vont tombant. On s’aperçoit que je ne suis pas aussi méchant qu'on le pensait. Je ne serais pas surpris qu’à la fin on ne finisse par m’embrasser. Dans tous les cas, c’est intéressant de suivre cette modification graduelle dans les esprits : la défiance adverse d’abord, puis l'inquiétude, puis la surprise, puis le soulagement, nous en sommes rendus actuellement à certaines confidences. Je ne désespère pas de les amener à une confiance relative. Vous vous rappelez ce que je vous ai dit, les choses se passent exac-
tement comme je les avais prévues, j'entends dans les grandes lignes.” : Mardi, 3 novembre.—M. Lizotte vient nous voir. A lui
succède M. E. D, Je vais à la Propagande, puis chez Lemon. J’ai grande envie de retourner, quand je retournerai, par la “North German Lloyd,” partant de Gênes. La pensée des transbordements par la France et l'Angleterre me fatigue d’a vance, je vieillis. Douze jours de mer me sourient. Puis la traversée par une latitude plus mérédionale, nous permettant de jouir du soleil sur le pont une grande partie du jour, a bien autrement d’agréments que les froids et les brumes qui règnent en maître pendant l'hiver entre Liverpool et Halifax. Enfin nous verrons, et j'aurai le temps d’y voir, car malheureusement
je ne suis pas prêt à m’embarquer demain.
M. Desrosiers, qui n’est pas plus mal, a voulu, avant de
quitter Rome, consulter le Docteur Rossoni, celui qui a soigné et ramené à la santé Mor LaRocque, Il lui a appris qu’il était malade de la neurasthénie, c’est clair ; mais, ce qui mieux vaut, il lui a donné une prescription qu’il va commencer à suivre dès ce soir. Il est très content de sa visite. Visite de M. Curotte.
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Mercredi, 4 novembre.—Pluie. Visite du Père Tenaillon. . J'écris une longue lettre à M. X. Visite de M. Neveux. Je pars en voiture avec M. Desrosiers pour la grande poste, où je dois faire eurégistrer une lettre importante, et pour la via Celsa, d’où je dois remporter mes mémoires. Pas de malle du Canada, Comme c’est le jour d’expédier, j'expédie, vous envoyant nos bonjours, la nouvelle que nous nous portons à merveille, et l'assurance que nous prions Dieu qu’il en soit de même pour vois tous. Cette page à la hâte.
Jeudi, 5 novembre. —Hier soir, je venais de partir pour St Lin, lorsque St Lin m'arriva sous forme de deux lettres de Philomène, 19, 20, 21 et 22 octobre, d’un petit mot d’A., suivi de Ste Anne en la personne de M. j’abbé Dugas ; puis des gazettes, sans compter le voyage de Californie depuis St Boniface jusqu’à Victoria : enfin de la lecture pour toute la veillée, lecture interrompue et agrémentée de commentaires
Ce matin j'allai, à la grande poste, déposer pour le Star un télégramme, qui m’a bien coûté 28 francs et 75 centimes. En voici le texte : “Star, Montréal, Canada, I have no such missions to Rome as attributed to me by newspapers, Proulx,” ce qui veut dire: “ je n’ai pas ces sortes de missions à Rome que les journaux n’attribuent.” La dénégation ne servira de rien ; au contraire, elle va les confirmer dans leurs suppositions, et donner lieu à cinquante commentaires divers. Cependant, je considère être de mon devoir de protester.
Après-midi passé au Canada, excepté le temps qu'il faut pour aller à la place de la Minerve acheter des objets de piété. Ce soir, je dois dîner en ville avec un ami, je ne rentrerai que vers 10 heures, pour continuer la jasette avec M. Desrosiers probablement jusqu’à minuit.
Avec les lettres qui m’arrivèrent hier, se trouvait une épître de Philomène à M. Péroni. Elle se présentait à point, J'avais décidé d’aller à Viterbe demain, je porterai la missive moimême. Je porte à Inès, la filleule, une croix en or attachée à une chaine d’argent, une autre croix en ivoire, une statuette de Mater Delorosa, et huit images de différents patrons : Ste- Philomène, St-Jean-Baptiste, des scènes de l'enfance de Jésus
ete. M. Desrosiers m’accompagne,
Excursion à Viterbe.
Vendredi, 6 novembre. —Il y à dix-huit mois et six jours, par une belle matinée de printemps, avec Mgr LaRocque et notre nièce à tous deux, le cœur gai, l’âme légère, je quittais la gare du Transtevère en route pour Viterbe et St Lin. À qui m'aurait dit alors : “Dans un an et demi, tu partiras d'ici pour le même Viterbe, avec M. Desrosiers ; ” j'aurais répondu poliment : “ÆExcusez, Sire, mais vons avez menti” Pourtant nous voici dans un compartiment de Fwmatori de la ligne susdite, seuls, rois et maîtres, M. Desrosiers lisant sa gazette, moi, les petits souliers aux pieds, le bonnet phrygien sur la tête, ayant à mes côtés journaux, livres, bréviaire, sur mes genoux cette feuille où je vous écris. Ainsi la vie est pleine de surprises, et l’imagination des romanciers les plus poètes ne peuvent imaginer d'aventures plus extraordinaires que n’en crée, en se jouant, la Providence dans la vie réelle. Je dis à M. Desrosiers : “Je vais acheter les billets pour
l'aller, vous les achèterez pour le retour.” Comme j'étais au
ge pe guichet, il me glisse à l’oreille : “Si vous preniez des billets aller et retour, cela vous couterait bien moins cher.” Ce que je fiss Me voici bien attrapé, je me trouve à avoir payer tout le voyage. Vous pouvez croire s’il a ri de bon cœur,
Les chars s’ébranlent. De sa voix puissaute, mon compagnon entonne : “Filez, filez, o mon navire” Les paysans arrétent leur travail dans les champs pour écouter l’harmonie de deux belles voix, sortant par les portières ouvertes,
La lampe est allumée, pourquoi ? nous le comprenons bientôt. Dans un tunnel à w’en plus finir, nous passons sous le Janicule, La fumée de la locomotive s'ajoute anx ténèbres, la lampe semble briller dans le lointain comme la lumière de Petit Jean. Nous ne voyons pas à deux doigts de notre nez. M. Desrosiers s’écrie comme dans un mouvement d’enthousiasme : “Croyez-vous, quelle belle vue ?” l
Ce disant, nous revenons au jour. La statue de Garibaldi à cheval domine les environs, du sommet de sa colline ; elle est dominée par la splendeur et les souvenirs séculaires du dôme de St Pierre, que nous voyons longtemps à l’horison, ccmme on voit sur mer l'étoile polaire au firmament, Puis la vue jusqu’à Bracciano, distance de onze lieues, est celle d’une rase campagne, monotone comme les prairies du Nord-Ouest, sans villages, presque sans habitations. Les habitants sont de nombreux troupeaux de bœufs blancs aux cornes étendues, et des troupeaux plus nombreux de moutons qui, par centaines, par miliers, par dizaines de mille, broutent la plaine, sous la conduite d’un chien et d’un berger, habillé de peau. de chèvre rustique, marchant solennellement avec sa poétique houlette. La vue s'étend à l’indéfini, et ici, comme le sauvage Piten à Yamachiche, on peut s’écrier : “Wassawa, on voit loin.” Nous
PUR; Que eau
passons un petit garçon, trottinant sur son âne, il est salué
spontanément par ce chant : “ Ma petite Mamselle Marianne, sur son âne Catin, s’en allant au moulin.” L’appétit vient en
“mangeant, tout y passa, jusqu’à la complainte du J uif-Errant,
et celle d'Adam et Eve en trente-six couplets,
Bracciano ! lac superbe de huit lieues de tour, bordé de forêts, château du moyen âge chanté par Walter Scott, campagne riche, vergers d’oliviers, champs de vignes que je revois sous l’automne jaunissant, après les avoir vus sous le verdoyant printemps. Au sortir de la solitude, c’est la vie, le pittoresque la variété des vallons, des collines, des côteaux, des forêts, des
rochers, du sauvage, du gracieux, et cela se continuera jusqu’à
Viterbe. J'achète du pain, du jampon, et deux petites bou-
teilles d’un vin un peu sucré, de ces petits fiuscoli avec une anse et une couverture en paille nattée que Philomène aurait voulu apporter au Canada. Nous dinons sous le pouce. Je m'écriai : “ah! si j'avais mon couteau !”” M. Déesrosiers qui pense à tout, sort le sien de sa poche, l’essuie, me le présente. L’appétit rendait tout délicieux. Quand j'eus fini mon jambon, M. Desrosiers me dit: “Vous n'avez plus de viande ?—Non. — C’est si bon la viande le vendredi !” Je l'avais oublié com-
plètement. Alors, avec beaucoup de plaisir, nous rappelâmes le
même accident arrivé au scrupuleux M. Payette, la première
fois qu’il voyagea en Amérique, c. a. d. par delà le quarante quatrième degré de latitude, Les noms des stations résonnent à nés oreilles comme une
musique, si doux, si euphoniques, Roma, St Piétro, S. Onofrio,
La Sorta, Cesano, Anguillara, Crocciochie, Bracciano, Manziana,
Oriolo, Bassano di Sutri, Capranica, Barbarano, Vetralla, S.
Martino, Viterbo.
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A Oriolo, pendant que la locomotive faisait des raccordements, nous nous promenâmes sur la plate-forme, excitant visiblement la curiosité de la population locale. Sont-ils français ? Anglais ? Américains ? mystère.
Je tombai en sommeil, et ne revint à ma connaissance qu’à Vetralla, juste à temps pour parcourir mon Messagero et mettre mes bottes. Viterho ! Viterbo !
Tous les cochers levaient la main : “Moi, Monsieur ; moi, monsieur ” Un seul était assis sur son siège, tranquille, je l'appelle : “ A l’hôtel Schenardi !” Nous y déposons notre valise, dans la même chambre que j'occupais, il ya dix-huit mois, avec Mgr LaRocque : j'éprouvais le plaisir qu’on a de revoir une vieille connaissance. Puis, nous faisons le tour des églises : St Laurent, S. Francesco, St. Jean, Santa Maria della Verita, etc ; nous visitons le musée municipal, riche surtout en antiquités étrusques, vases, armes, tombeanx bien conservés, provenant d’une civilisation qui précéda la fondation de Rome : le monde n’est pas d'hier ! |
En arrivant à l’hôtel, javais envoyer porter au Numéro 4, via S. Rosa, la lettre de Philomène. Le curé était À son cours au Séminaire : on ne comprenait rien à cette missive qui arrivait d'Amérique sans timbre, en dehors du contrôle des postes. Le curé, de retour, aussitôt qu’il eut pris connaissance de l'épître, soupçonna bien que j'étais quelque part à Viterbe. Nous venions de rentrer de notre course, lorsqu'il arriva avec . Inès et son petit frère Vuseppe : grande joie, informations de tout genre. Il est décidé que nous irons veiller à la Via S. Rosa, que nous dirons la messe demain à Sto Marco, à huit heures, que nous déjeunerons et dinerons chez le curé, ete : toutes choses aimables.
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A 54 h., nous soupons de maccaroni, de salade, de mouton, et d’un poulet que j'avais recommandé spécialement, M. Desrosicrs, moi et un grand chien, intelligent, à l'oeil tendre, qui mangeait les os et qui nous rappelait Cerbère,
À 6% h., chez M. Peroni, J’embrassai la vieille Mère, qui m’embrassa une fois pour la Signora Filomena, Madame Capelli nous baisa la main, ce fut le tour de Julius, 10 ans, de Yuseppe, 9 ans, et d’Ines, 7 ans. Elle s’assit sur le sofa entre M. Desrosiers et moi, puis elle passa sur mes genoux, puis elle revint au sofa. La gêne n'existait plus, elle pouvait à peine contenir sa joie. Ses petits yeux noirs flamboyaient, quand je lui passai au coup la chaine d'argent avec croix d’or. Je donnai la croix d'ivoire à la bonne grand’mère, une image à chacun de la compagnie, la Mater dolorosa, comme second présent, à la filleule. 1lne fut guère question que de Philomène. “Quand vient-elle en Europe ?—Peut-être dans trois ans.—Il faudra qu’elle passe un mois à Viterbe. Elle est si bonne ! Elle est si aimable ! ses lettres sont délicieuses.” Et moi de dire : oui, oui, oui,
Inès n’a pas beaucoup grandi, elle a grossi, elle est comme une petite pelotte de graisse, rougeaude, fine, sérieuse dans son air enfantin.
En partant pour notre hôtel, nous passÂmes par la sacristie où travaillaient aux préparatifs d’un service funêbre qui doit avoir lieu demain, les trois tantes de mademoiselle Rosa Romiti: personnes encore jeunes, qui ont une apparence vraiment respectable, mélange de piété et gaieté.
Samedi, 7 novembre.—Coucher à 9 heures, lit bon, sommeil réparateur, lever à 7 heures. Nous partons, la soutane sous le bras.
Vint nous ouvrir la porte Inès, qui nous baise la main, Elle nous suit à la sacristie. Je dis la messe à l’autel de la Ste Famille, ayant pour servant Julius : assistance de fidèles assez nombreuse. M. Desrosiers, avec sa barbe orientale, pontifie au maïitre-autel. Revenant à la sacristie, je retrouve Inès. Elle reste à mon côté tout le temps que je passai à faire mon action de grâces et à réciter bréviaire. Elle nous accompagne au réfectoire, elle ne peut rassasier ses petits yeux calmes à nous regarder : vraiment, nous sommes les bienvenus d’elle, de tout le monde du reste. Pendant que nous écrivons en silence, Julius se tient là sur le sofa, coï, pour le seul plaisir d’être avec nous. Aussi, quelle baguette magique nous avons, jugez : congé d’école toute la journée pour fêter les Canadiens.
M. Desrosiers veut bien preudre ma plume, et écrire sous ma dictée la traduction inprovisée que je fais, en me promenant, des trois lecons du 2e nocturne de l'office que récitent les prêtres de Viterbe, le 4e dimanche de septembre.
“Parmi les images de la B. V. Marie, qui brillent dans l'Eghse comme des étoiles au firmament, on doit compter celle qui s'appelle Notre-Dame du Quercu, (en français du Chêne, en italien Quercia). Car, lorsque dans une forêt épaisse et sauvage, près de Gratiano, il se commettait fréquemment des vols et des crimes, un pieux chrétien, en 1417, fit peindre l'image de la Bienheureuse Vierge avec l'Enfant Jésus sur une toile qu'il suspendit à un chêne. L'arbre, en croissant, lui fit de son feuillage, sous les ceps d’une vigne grimpante, une espèce de niche qui la mit à l’abri des changements de la température et de la violence des vents. Que la mère de Dieu elle même ait paru chérir cette demeure, on en a pour preuve tant la constance de la renommée, que le témoignage de Sixte
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Avec les lettres qui m’arrivèrent hier, se trouvait une épître de Philomène à M. Péroni. Elle se présentait à point, J'avais décidé d'aller à Viterbe demain, je porterai À missive moimême. Je porte à Inès, la filleule, une croix en or attachée à une chaine d’argent, une autre croix en ivoire, une statuette de Mater Delorosa, et huit images de différents patrons : Ste- Philomène, St-Jean-Baptiste, des scènes de l'enfance de Jésus
ete. M. Desrosiers m’accompagne.
Excursion à Viterbe.
Vendredi, 6 novembre.—Il y à dix-huit mois et six jours, par une belle matinée de printemps, avec Mgr LaRocque et notre nièce à tous deux, le cœur gai, l'âme légère, je quittais la gare du Transtevère en route pour Viterbe et St Lin, A qui m'aurait dit alors : “Dans un an et demi, tu partiras d'ici pour
le même Viterbe, avec M. Desrosiers ; ” j'aurais répondu poli-
ment : ‘“Excusez, Sire, mais vous avez menti.” Pourtant
nous voici dans un compartiment de Fumatori de la ligne susdite, seuls, rois et maîtres, M. Desrosiers lisant sa gazette, moi, les petits souliers aux pieds, le bonnet phrygien sur la tête, ayant à mes côtés journaux, livres, bréviaire, sur mes genoux cette feuille où je vous écris. Ainsi la vie est pleine de surprises, et l'imagination des romanciers les plus poètes ne peuvent imaginer d'aventures plus extraordinaires que n’en crée, en se jouant, la Providence dans la vie réelle,
Je dis à M. Desrosiers : “Je vais acheter les billets pour
l'aller, vous les achèterez pour le retour.” (Comme j'étais au
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guichet, il me glisse à l'oreille : “Si vous preniez des billets
aller et retour, cela vous couterait bien moins cher.” Ce que
je fis Me voici bien attrapé, je me trouve à avoir payer tout
le voyage. Vous pouvez croire s’il a ri de bon cœur.
Les chars s’ébranlent. De sa voix puissante, mon compa-
gnon entonne : “Filez, filez, o mou navire” Les paysans arrêtent leur travail dans les champs pour écouter l’harmonie de
deux belles voix, sortant par les portières ouvertes.
La lampe est allumée, pourquoi ? nous le comprenons bieu-
tôt. Dans un tunnel à n’en plus finir, nous passons sous le Janicule, La fumée de la locomotive s'ajoute anx ténèbres, la lampe semble briller dans le lointain comme la lumière de Petit Jean, Nous ne voyons pas à deux doigts de notre nez. M. Desrosiers s’écrie comme dans un mouvement d’enthousiasme : “Croyez-vous, quelle belle vue?” |
Ce disant, nous revenons au jour. La statue de Garibaldi à cheval domine les environs, du sommet de sa colline; elle est dominée par la splendeur et les souvenirs séculaires du dôme de St Pierre, que nous voyons longtemps à l’horison, cemme on voit sur mer l'étoile polaire au firmament. Puis la vue jusqu’à Bracciano, distance de onze lieues, est celle d’une rase campagne, monotone comme les prairies du Nord-Ouest,
sans villages, presque sans habitations. Les habitants sont de
nombreux troupeaux de bœufs blancs aux cornes étendues, et
des troupeaux plus nombreux de moutons qui, par centaines, par miliers, par dizaines de mille, broutent la plaine, sous la conduite d’un chien et d’un berger, habillé de peau de chèvre
rustique, marchant solennellement avec sa poétique houlette,
La vue s'étend à l’indéfini, et ici, comme le sauvage Piten à Yamachiche, on peut s’écrier : “Wassawa, on voit loin.” N ous
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passons un petit garçon, trottinant sur son âne, il est salué
spontanément par ce chant : “ Ma petite Mamselle Marianne,
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Bracciano ! lac superbe de huit lieues de tour, bordé de forêts, château du moyen âge chanté par Walter Scott, campagne riche, vergers d’oliviers, champs de vignes que je revois sous l'automne jaunissant, après les avoir vus sous le verdoyant printemps. Au sortir de la solitude, c’est la vie, le pittoresque
la variété des vallons, des collines, des côteaux, des forêts, des rochers, du sauvage, du gracieux, et cela se continuera jusqu’à Viterbe. J’achète du pain, du jampon, et deux petites bouteilles d’un vin un peu ‘sucré, de ces petits fiwscoli avec une anse et une couverture en paille nattée que Philomène aurait voulu
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- “ah! si j'avais mon couteau ?” M. Desrosiers qui pense à tout, sort le sien de sa poche, l’essuie, me le présente. L’appétit rendait tout délicieux. Quand j’eus fini mon jambon, M. Desrosiers me dit: “Vous n'avez plus de viande ?—Non, —C’est si bon la viande le vendredi !”’ Je l'avais oublié comn-
plètement. Alors, avec beaucoup de plaisir, nous rappelâmes le même accident arrivé au scrupuleux M. Payette, la première fois qu’il voyagea en Amérique, c. a. d. par delà le quarante quatrième degré de latitude.
Les noms des stations résonnent à nos oreilles comme une musique, si doux, si euphoniques, Roma, St Piétro, S, Onofrio, La Sorta, Cesano, Anguillara, Crocciochie, Bracciano, Manziana,
Oriolo, Bassano di Sutri, Capranica, Barbarano, Vetralla, $, Martino, Viterbo.
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À Oriolo, pendant que la locomotive faisait des raccordements, nous nous promenâmes sur la plate-form*, excitant visiblement la curiosité de la population locale. Sont-ils français ? Anglais ? Américains ? mystère,
Je tombai en sommeil, et ne revint à ma connaissance qu’à :
Vetralla, juste à temps pour parcourir mon Messagero et mettre mes bottes. Viterbo ! Viterbo !
Tous les cochers levaient la main : “Moi, Monsieur ; moi, monsieur !” Un seul était assis sur son siège, tranquille, je l’appelle : “A l’hôtel Schenardi !”’ Nous y déposons notre valise, dans la même chambre que j’occupais, il ya dix-huit mois, avec Mgr LaRocque : j’éprouvais le plaisir qu’on a de revoir une vieille connaissance, Puis, nous faisons le tour des églises : St Laurent, S. Francesco, St. J ean, Santa Maria della Verita, etc; nous visitons le musée municipal, riche surtout en antiquités étrusques, vases, armes, tombeanx bien conservés, provenant d’une civilisation qui précéda la fondation de Rome : le monde n’est pas d'hier !
En arrivant à l’hôtel, j'avais envoyer porter au Numéro 4,
via S. Rosa, la lettre de Philomène. Le curé était à son cours
au Séminaire : onne comprenait rien à cette missive qui arrivait d'Amérique sans timbre, en dehors du contrôle des postes. Le curé, de retour, aussitôt qu’il ent pris connaissance de l’épître, soupçonna bien que j'étais quelque part à Viterbe, Nous venions de rentrer de notre course, lorsqu'il arriva avec Inès et son petit frère Yuseppe : grande joie, informations de tout genre. Il est décidé que nous irons veiller à la Via S. Rosa, que nous dirons la messe demain à Sto Marco, à huit heures, que nous déjeunerons et dînerons chez le curé, ete : toutes choses aimables.
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À 54 h., nous soupons de maccaroni, de salade, de mouton, et d’un poulet que j'avais recommandé spécialement, M. Desrosiers, moi et un grand chien, intelligent, à l'oeil tendre, qui mangeait les os et qui nous rappelait Cerbère,.
À 64 h., chez M. Peroni. dJ’embrassai la vieille Mère, qui w’embrassa une fois pour la Signora Filomena. Madame Capelli nous baisa la main, ce fut le tour de Julius, 10 ans, de Yuseppe, 9 ans, et d’Ines, 7 ans. Elle s’assit sur le sofa entre M. Desrosiers et moi, puis elle passa sur mes genoux, puis elle revint au sofa. La gêne n'existait plus, elle pouvait à peine contenir sa joie. Ses petits yeux noirs flamboyaient, quand je lui passai au coup la chaine d’argeut avec croix d’or. Je donnai la croix d'ivoire à la bonne grand’mère, une image à chacun de la compagnie, la Mater dolorosa, comme second présent, à la filleule Il ne fut guère question que de Philomène. “Quand vient-elle en Europe ?—Peut-être dans trois ans.—1l faudra qu’elle passe un mois à Viterbe. Elle est si bonne ! Elle est si aimable ! ses lettres sont délicieuses.” Et moi de dire : oui, oui, oui.
Inès n’a pas beaucoup grandi, elle a grossi, elle est comme
une petite pelotte de graisse, rougeaude, fine, sérieuse dans
son air enfantin. TV En partant pour notre hôtel, nous passâmes par la sacristie
où travaillaient aux préparatifs d’un service funêbre qui doit
avoir lieu demain, les trois tantes de mademoiselle Rosa Ro-
miti: personnes encore jeunes, qui ont une apparence
vraiment respectable, mélange de piété et gaieté.
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Samedi, 7 novembre.—Coucher à 9 heures, lit bon, sommeil réparateur, lever à 7 heures. Nous partons, la soutane sous
le bras.
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M. Desrosiers veut bien prendre ma plume, et écrire sous
ma dictée la traduction inprovisée que je fais, en me promenant,
des trois leçons du 2e nocturne de l’office que récitent les
prêtres de Viterbe, le 4e dimanche de septembre.
“Parmi les images de la B. V. Marie, qui brillent dans l’Eghse comme des étoiles au firmament, on doit compter celle qui s'appelle Notre-Dame du Quercu, (en français du Chéne, en italien Quercia). Car, lorsque dans une forêt épaisse et sauvage, près Ge Gratiano, il se commettait fréquemment des vols et des crimes, un pieux chrétien, en 1417, fit peindre l’image de la Bienheureuse Vierge avec l'Enfant Jésus sur une toile qu’il suspendit à un chêne. L'arbre, en croissant, lui fit de son feuillage, sous les ceps d’une vigne grimpante, une espèce de niche qui la mit à l’abri des changements de la température et de la violence des vents. Que la mère de Dieu elle même ait paru chérir cette demeure, on en a pour preuve tant la constance de la renommée, que le témoignage de Sixte
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IV qui dans un bref Pontifical rappelle le nombre des miracles accomplis dans ce lieu. Et ainsi, pendant quarante ans environ, fut honorée la très sainte Image.
“ Dans la suite, comme une maladie pénible, qui avait commencée à se répandre à Viterbe en 1467, cessa tout-à-coup par l’intercession de la B. Vierge Marie, et qu’on attribuait cette faveur à Notre-Dame du Chêne, on lui fit élever une petite chapelle et l'autorité locale choisit cent douze citoyens, pour avoir soin des offrandes et des aumônes que l’on faisait en abondance à la Madone. Sur l’ordre de l’évêque lui-même, on fit en ce lieu des pélérinages et des prières publiques avec grande solennité. Ces démarches pieuses impressionnèrent tellement l’esprit des autorités que Paul II demanda aux Je- suates de se charger de la garde du sanctuaire. (Cependant, comme ceux-ci avouèrent enfin qu'ils n'étaient pas propres à ce ministère, après leur départ, sur les instances réitérées de : l'Autorité, le même Pontife Paul IT choisit en 1469 les Frères Prêcheurs, tant pour garder l’Image miraculeuse et lui cons- *truire un temple plus convenable, que pour travailler par la parole et par les œuvres au salut des âmes.
“Combien ce culte rendu à son Image lui était agréable, la Vierge, reine du ciel et de la terre, voulut elle-même le témoigner par une succession non interrompue de miracles ; car, en 1467, la ville de Sena, ravagée par de fréquents tremblements de terre, obtint par son intercession la cessation du fléau. Sixte IV, dans le but d'obtenir que Rome fut délivrée de la peste, et l'Italie de l'invasion des Mahométans, fit deux fois le voyage à ce sanctuaire, et, ayant obtenu l’objet de sa demande, il y
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célébra la sainte messe en action de grâces. Innocent VIII, y ayant recouvré la santé, le combla de ses présents ; et ne se montrèrent pas moins reconnaissants Jules II, Léon X, Ciément VIII, Paul III, Sant Pie V, et les autres Souverains Pontifes jusqu’à nos jours, ainsi que de nombreux Cardinaux de la Sainte Eglise romaine et d’autres personnages marquants tant de l'Italie que de la ville de Rome. Afin
donc de rappeler en un même jour le souvenir de si grands
bienfaits, et de réchauffer le zèle des fidèles pour obtenir de nouvelles faveurs, le Pape Pie VI, auimé de la même dévotion que ses prédécesseurs envers la B. Vierge, accorda aux Religieux du monastère de Quercia le privilège de dire une messe et un office propres chaque année, le quatrième dimanche de septembre, et, quelques années plus tard, il voulut bien étendre la faveur au clergé séculier et régulier, et même aux religieuses, de la ville de Viterbe et des lieux adjacents, sous le rite de double-majeur.” ‘
Je prends la plume. Pourquoi cette longue citation du bréviaire de Viterbe ? Voici. A 104 heures, je fais venir une voiture à deux chevaux, même voiture et même gros cocher qui nous conduisirent, le 2 mai 1895, de Viterbe à Corneto. Nous nous asseyons, M. Peroni et moi en arrière, M. Desrosiers, Julius et Inès en face, Je me faisais un plaisir de procurer la jouissance d’une promenade dans la campagne aux enfants, et aussi aux autres ; et en route pour Notre-Dame du Chéne ! Le soufflet du carrosse est rabattu, nous avançons au petit trot sous les regards de la population. Déjà nous avons parcouru les rues de cette ville paisible, si souvent que notre présence fait sensation,
La campagne est belle sous ses teintes d'automne ; il fait