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saire de fournir les années de Mathusalem.….”
. AM.J. J. D.—“Mon cher monsieur, je reçois votre lettre du 2 novembre, j'y réponds de suite, Je vous remercie de m'avoir pas douté de moi; par là, pour moi, vous vous êtes placé au nombre du petit nombre de ceux qui pensent avant
que de parler.
Je serais venu faire approuver le règlement des Ecoles par
la cour de Rome ? oui, avant qu’il ne fut fait. Du reste, il était matériellement impossible à M. Laurier de tenter cette démarche, quelque louable qu’elle pût être. Si le règlement eut été présenté à l'approbation, et qu’il ne fût pas approuvé, il se tuait politiquement auprès des Catholiques ; s’il eut été approuvé, il suscitait l'opposition indignée d’un grand nombre
de Protestants.
Je serais venu me plaindre de l’épiscopat ? mais toute ma
vie a été au service de l’épiscopat. Mais je suis en commu-
nion parfaite d'idées avec les directions que l’épiscopat nous à
données dans le seul document officiel publié à ce sujet, la lettre collective du 6 mai 1896.
Non, je suis iei pour quelque chose de plus sérieux, de plus salutaire, de plus modéré et de plus efficace que tout cela. Mon séjour se prolonge, je ne m'ennuie pas. La Ville Eternelle est pour moi une seconde patrie. Il est intéressant d’y voir se dérouler les causes les plus compliquées, les principes primer les accidents, les évènements remonter à leurs causes, les etfets sortir de leurs germes, abandonner l'accessoire pour
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sauver le principal, étudier les questions avant que de les
juger, agir sans idées préconçues, s'élever au dessus des sympathies, placer le bien des âmes plus haut que toutes considésations, être constant avec soi-même, sans passer en phrases brusques où en mots retentissants d’une trop grande confiance à une apathie décourageante : secousses qui ébranlent, coups
de collier qui épuisent, efforts impuissants ee.
Excursion à Albano,
Vendredi, 20 novembre. EC matin, à 9 heures, après un bon ‘café au lait, après un cigar dégusté avec délices, après avoir mis dans notre valise Bœdeker, De Bleser, l’horaire des chemins de fer et le premier volume de l'Histoire Romaine :
par Rollin, provisions intellectuelles, nous partons pour la gare,
et, à 9 heures et 20 minutes, en route pour Albano. À dix
heures et vingt, nous débarquons à destination, Ne me demandez pas la description du paysage, j'ai lu tout le temps, lecture calculée à me donner des renseignements sur les lieux que nous allions visiter. | , | Un cocher nous offre ses services, prix impossibles, je le
renvoie cavalièrement, Un autre, profitant de la leçon, se
présente, plus modéré. “Combien pour nous promener à travers Albano, puis nous conduire à Frascati en passant par
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Castel Gondelfo, Marino et Grotta Ferrata ? — Dix francs et la botteglia.—Très bien.” À Albano, nous visitons plusieurs églises, les ruines du palais
de Domitien ; nous montons, montons toujours, jusque chez
les Capuccini.
Plus de quatre cents ans avant la fondation de Rome, ce qui nous remonte au XIIe siècle avant J. C., Enée, échappé à la
ruine de Troie, aborda avec ses compagnons aux bouches da
Tibre. Après plusieurs avantures, il épousa la fille de Latinus, -
le roi de Latium. Il bâtit la ville de Lavinium, ainsi appelée de Lavinia, sa jeune femme. D’elle il ent un fils, Ascagne. Celui-ci ou bien, comme d’autres le veulent, Ascagne Julius, né de la troyenne Créuse, succèdant à son père, bâtit sur une hauteur, au pied d’un sommet, le long d’un beau lac, étendue et étroite, la ville d’Albe-la Longue. Sur le sommet, élevé de
plus de trois mille pieds au dessus de la mer, d’où la vue em-
brasse tout alentour la Méditerrannée, la campagne romaine eé
les montagnes de la Sabine, s’éleva un temple, celui de J'upiter, renommé dans l’histoire ancienne, où se célébrèrent jusque sous l'empire les féries, c’est-à-dire les fêtes, latines. Quatre cents ans plns tard, un roi d’Albe, Amulius, fit périr son frère ainé, et enferma sa nièce, Réa Silvia, dans le temple de Vesta. Tout de même, elle donna naissance à deux fils, que leur onele fit jeter au Tibre. Une louve les sauva et les nourit de son lait. Un berger les éleva. C’étaient Romulus et Rémus, qui fondèrent la ville de Rome. k
À Romulus succèda Numa Pompilius ; à Numa, Tullus Hostilius. Sous ce dernier, la guerre éclata entre Rome et Albe, guerre qui se termina par la victoire des Horaces sur Les Curiaces, comme nous l'avons lu l’hiver dernier dans un exposé
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dramatique, composé par Corneille. Le peuple d’Albe se trouvait soumis à Rome. Quelques années plus tard, le dictateur des Albaïns, ayant trahi la cause romaine, Tullius fit détruire leur ville et transporter la population toute entière dans la cité de Romulus. Depuis, il ne reste plus de l'antique ville que l'emplacement et la gloire d’avoir été la mère de la maitresse du monde,
Or, de ce plateau où trône les enfants de St François, nous avions sous les yeux le lac d'Albano, trois lieues de tour, cratère éteint, rempli d’une eau profonde et sombre, grandiose avec des rives hardies et gracieuses. De l'autre côté s'étend li corniche longue et étroite où était assise autrefois Albe-la- Longue, corniche surmonté du sommet sacré, appelé aujourd’hui Monte Cavo, couronné, non plus par un templé de Jupiter, mais par un monastère catholique où se chantent les louan-
-ges de Dieu vivant, Au pied du sommet, un peu à droite, . blanche, coquette s'élève, Rocca di Papa, résidence d'été des
Papes avant 1870,
C’est ce que nous voyons, c’est ce que nous admirons, dans un enthousiasme juvénible, dans un contentement qui nous pénétre, Nous avons la plus belle journée que nous puissions désirer, pas chaud, pas froid, ciel limpide, soleil vivifiant, air délicieux. Les souvenirs montent à la mémoire, les émotions refluent au cæur, Les réflexions débordent de la bouche, l’existance ne pèse pas, l’âme se sent légère, ailée, aérienne.
Nous continuons notre route dans une allée bordée de chênes géants, sous une voûte de feuillage ; tout est encore vert, feuilles et gazons, vignes et cannes à sucre, avec une légère teinte d'orange et de mélancolique. A Castel Gondolfo, nous visitons l’église et le palais des Papes. Nous poursuivons notre course,
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ayant toujours sous le regard le même lac et les mêmes aspects, toutefois changeant de décors et sr fantatisques.
A Marino, nous nous arrêtons au restaurant. Je donnetrois francs au cocher pour sa bouteille, il en dinera, lui et son cheval. Pour nous, je dis au garçon : «A pportez ‘un potage, du macaroni au beurre, de la cervelle de veau, deux cotelettes de mouton, une bouteille de marino. ? Le marino est doux et capiteux, et nous éprouvâmes ce que dit l'Écriture: vinum laetificat cor hominis. Pendant le diner, il arriva un cooley, d’une grande ressemblance avec le défunt Cerbère, accompagné d’un chat qui avait les oreilles coupées au ras la tête et la queue coupée au ras...le chat, Ils s’établirent l’un à droite, l’autre à gauche de M. Desrosiers ; pas moyen de les y déloger : à la fin, le chat était assis sur ses genoux ; et je pus constater quelle sympathie existe entre notre jeune ami et les bêtes du bon Dieu. Ilen était de mêmeide notre père Saint François.
L'estomac accoté, toujours à travers une campagne agréable, nous traversons Grotta Ferrata, rasons sur la droite la colline de Tusculum où Ciceron avait sa maison de campagne, et arrivons à Frascati deux heures avant le départ du train. La gare est gentille, proprette, entourée de rosiers en fleurs, d'arbustes aussi fleuris, de cactus, de lierres grimpants, etc. Pendant une heure, nous nous promenons sur une large plateforme, sous les rayons d’un soleil bienfaisant qui nous réchauffe, qui nous pénètre, qui nous vivifie, qui nous réjouit et nous ne pouvons nous rassasier de répéter : j'ai-t-y donc de la joie ! Pendant l’autre heure, me promenant dans la salle d'attente, je dicte la relation de cette première partie de notre excursion que M. Desrosiers écrit sur une table de marbre. La
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suite au prochain numéro.
Le second numéro ne sera pas long. À 6 heures nous entrions la Presentazione,primo piano, sur la via Milazzo en face de la via Magenta. Une si belle journée devait être couronnée d’un soleil couchant superbe, d’un rejaillissement de lumière teignant de pourpre et d'or les nuages et les ombres de la nuit
montante. Cette fantasmagorie de teintes agréables, de prismes miroitants, de nuances diaprés, d'aurores chatoyantes, de crépuscules indécis et de mirages lointains se présentait à nous sous la forme d’une enveloppe partie de loin, d’où rayonnaient P. du 6, 7 et 8 novembre et M. du 8.
La moisson en fleurs
Samedi, 21 novembre.— Présentation de la Sainte Vierge, fête de la communauté, rénovation des vœux par les religieuses, discours à la messe par le Père Pouan, gâteau au diner, bénédiction à 6 heures par M. le Recteur, puisque recteur est le
nom que je porte ici.
M. Desrosiers s’est promené ou une partie de l’avant-midi ; après-midi, ensemble, nous sommes allés chez le Dr Rossoni, au télégraphe, dans un magasin de vieux livres, chez Beretti où j'achetai pour les enfants de St-Lin 1,200 images, grandes et petites. En voiture, nous revinmes par le relieur, de chez qui je rapportai vingt volumes bien habillés.
Il paraît que les gazettes ont recommencé à me dire des
aménités, à assurer que j'ai fait un fiasco. Il m'est bien facile de supporter cette nouvelle petite tempête, d’abord parce que jy suis accoutumé, puis parce que l’événement viendra les démentir avant longtemps. Ils ont échoué (les faiseurs ou les inspirateurs de gazettes), de là leur rage rontre moi. Que Dieu les bénisse !
Dimanche, 22 novembre. —Hier, je recevais une lettre d’une personne qui a un petit doigt, lettre qui me disait : #Voici ce que nous disons de vous et de M. Desrosiers. Ce sont les hommes les plus heureux du monde, Monsieur le curé a de grandes affaires à traiter, et c’est son bonheur ; M. Desrosiers peut visiter Rome avec un guide intéressant, quel avantage ! Je crois que nous avons pensé juste.” Oui, madame, pas mal juste, et voyez si nous n’avons pas raison.
Quand M. Ferland partit, il y a hier huit jours, il fut convenu entre lui et M. Desrosiers qu’ils prendraient ensemble à Liverpool le bateau qui laisserait le port le 10 de décembre, on le plus près du 10, en deça de cette date. Et ils écrivirent au Bureau de la Compagnie “Beaver” de leur envoyer deux listes des départs, une à Rome au nom de M. Desrosiers, l’autre à
Lyons au nom de M. Ferland. Cette liste leur apprit que le
Lake Superior” partait le 28 novembre, et le “Lake Ontario” le 5 décembre.
Or, sur ces entrefaites, M. Desrosiers reçut de M. Ferland un télégramme daté de Lyons mercredi, lui disant d’être à Li-
verpool pour le 28 novembre. M. Desrosiers lui télégraphia à :
Paris : “Comme convenu, je partirai par bâteau le plus près du 10, c’est à-dire le 5 décembre. Explications par lettre.” En même temps, il lui écrivit pour lni dire qu’il désirait suivre le plus longtemps possible le traitement du Docteur Ros-
soni, que lui, M. Ferland, pourrait fort bien en attendant faire un petit voyage en Bretagne, et qu’il lui restait amplement de
temps, en partant le 5, pour rentrer au pays pour Noël, ce à
quoi il tenait, Pas de réponse. Hier après-midi, il télégraphia de nouveau : “Veuillez répondre immédiatement.” La réponse arriva ce matin : “28 novembre.”
Alors, pour la première fois, j’entrai en scène. “Monsieur, consolez-vous, nous resterons ensemble, et nous en irons par la même voie. Votre chapelinat vous donne trois francs par: jour, vous en recevez pour le moins autant d’une autre source, voici votre pension payée. Vous ne dépensez pas un sou, et vous jouissez de Rome, Pour le retour, il est vrai que votre billet est payé d'avance de Liverpool à St-Jean N. B., $45.00 ; moins d'ici à Liverpool il vous en coûtera $60,00. Or, pour retourner par la “North German Lloyd,” je vous obtiendrai, (déjà j'ai pris mes informations), je vous obtiendrai une diminution de 20 pour 100, ce qui réduira votre billet à .64.00 ; ajoutez-y $9.00 pour votre passage d'ici à Gènes, en tout $73.00 de Rome à New-York. Ainsi donc, en supposant que vous ne puissiez pas vous faire rembourser de la “Beaver Line,” le prix de votre billet de retour, vous n'êtes en perte que de $13.00 ; si maintenant je vous sacrifie-mon bonus de $16.00, vous êtes en dessus de $3.00. Voilà comment on peut mettre de côté un billet de $45.00 et gagner quinze francs Si maintenant, la “Beaver Line,” sur un certificat du Dr Rossoni qui vous ordonnerait de retourner par une latitude plus clémente, allait être forcée de vous rembourser vos $45.00, voyez de quel profit ma compâgnie vous serait l’occasion. — Déjà, d’être avec vous, de jouir de votre société, d’utiliser votre expérience, m'est un gain plus que suffisant ! etc, etc.” Et les
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compliments de pleuvoir sur ma tête comme une pluie d’automne. | | Tout de même, cet arrangement nous va à tous deux. Ily a assez longtemps que je vois venir cela, sans que je n’en aie soufflé un mot ; je suis bien content que tout, enfin, ait abouti heureusement. Nous avons bien ri de cet aventure. Nous avons le cœur gai, ce qui est d'autant plus facile que les affaires sont bonnes, et que la santé est revenue. Plus de mal de tête, presque plus de torticoli, nuit desommeil délicieux, repos récréänt, regain de jeunesse et de souplesse : merci mon Dieu ! A midi, nous allons dîner au Canada ; d'étrangers, à part nous, il n’y avait que M. Archambault. Assez de gaité, pas trop, comme il convient à un dîner d'adieu. La Ville Eternelle a tant d’attraits que ce ne doit pas être sans un certain regret, qui ne peut ne pas se réfléter sur la figure, que la quittent. des hommes comme Mgr Bégin et Mer Labrecque. M. le Supérieur a insisté pour que nous restions pour le soir, Je refugai obstinément, il ne faut pas trop de bonnes choses à la fois. \ * De là, nous fimes visite au coïn des rues Palestro et Gaëta. On nous introduisit dans un salon, riche en belles peintures, qui donne sur’ le petit balcon de forme circulaire, que Philomène connait bien. Après cinq minutes, apparait, légère, simple et distinguée, Mademoiselle Pauline Martin-Perret : “Ah ! comment va cette chère demoiselle Legault ? Elle était si charmante ! elle nous contait des histoires si étranges et si intéressantes ! Je l'ai attendue à Milan, mais en vain. J'ai supposé que Mr L. a précipité le voyage du retour, elle ne pouvait d'elle-même me tromper, Depuis un an, je suis établieà Rome pour rester chez ma nièce ; d’abord désorientée
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je commence à m’y faire” La nièce entre, grande, digne, suivie de son mari, M. Eula. Je venais d'apprendre qu’il avait été promu à nn emploi supérieur au ministère de la guerre, je lui en fis mon compliment, Madame Paolina me dit : “Jai un bébé de neuf mois, c’est notre consolation, je vais le chercher. ” Charmant petit garçon, yeux noirs, deux mentons, il s'appelle Pierrino. Nous nous levons pour partir. “Recevezvous ? me dit Mademoiselle Perret.-Certainement, toujours avec plaisir; et, quañd ce sont personnes comme vous, cela nous fait beaucoup d'honneur. — Attendez nous quelque bon jour. — Alors, alla riverla ! ” À M. J. G. P. — “Mon cher ami, La meilleure politique est la simplicité, la vérité, le modération et un peu de discrétion. Trop chantent le coq avant le temps, ils finissent par cadcadette.… Pourquoi ragent-elles (certaines gazettes), parce qu’elles savent bien que l’herbe est coupée sous le pied à tout projet (à elles cher) de faire servir la religion à des fins politiques. C’est lorsque la religion se sera débarrassée dé leurs étreintes de pieuvre qu’elle sera toute puissante pour défendre nos droits, tant religieux que civils, envers et contre tous, de quelque côté que vienne l'attaque ou la faiblesse. Plusieurs peuvent se laisser prendre à ces avancés défavorables sur mon compte ; mais vous, vous connaissez mieux que cela, vous n'avez pas oublié, par exemple, que, quand je suis arrivé de Rome avec l’approbation du bill de Laval à Montréal, on criait sur les toits que j'avais fait fiasco sur toute la ligne. Un mois après, toutes les corneilles de mauvais augure se taisaient, piteuses.….? |
Lundi, 23 novembre.— Ce matin, à 7 heures, Mgr Labrec-
que et M. Archambault prenaient le train pour la France, et je reste ici ! Ironie des choses humaines.
Je mets mes papiers en ordre. Depuis la messe jusqu'à 3: heures, M. Desrosiers fit le travail qui occupa Philomène pendant tout l'hiver dernier, classifier des lettres par ordre de date, lettres reçues, lettres envoyées, documents divers. Je n'ai pas ici de relieurs, mais une agraffe lie ensemble, en différents fascicules, les paperasses, mois par mois. |
Pendant que M. Desrosiers coordone et agraffe, je reçois au salon M. D.
C'est aujourd'hui la fête de St Clément, Nous décidons d'aller faire notre prière à l’église qui est sous
son vocable, une des plus anciennes de Rome, Nous préparons sur la carte une tournée de sanctuaires, St Clément sera le clou, le point d'orgue. D’abord, Ste Marie des Monts, où repose le corps de St Benoit Joseph Labre ; puis une petite chapelle où le St Sacrement est toujours exposé ; puis Ste Marie de l’Ara Cœæli au Capitole, où nous vénérons le Bambino ; puis St Grégoire, où nous prions pour la conversion de l'Angleterre ; puis Saints Jean et Paul, où nous descendons dans des souterrains superposés, jusqu’à 52 marches de profondeur. Nous visitons ces chambres obscures en compagnie de trois prêtres américains, dont l’un est un M. Doherty, du diocèse de Hartford, que l’on dit être ici dans les intérêts de son évêque pour la question de Danielson. Je dis à M. Desrosiers : “Ne m'introduisez pas. ” Nons descendons, nous examinons, nous causons, nous montons, uous revenons à la lumière du jour, nous nous séparons : bonjour, bonjour, A peine avions-nous fait quelques pas que le groupe américain s'arrête, un d’entr'eux m'avait reconnu. Ils nous appellent, ils nous rejoignent. M. Doherty
me dit : “Êtes-vous M. Proulx ? —Oui, monsieur, pour vous servir. —EÆEst ce vous qui êtes allé à Danielson durant lété ?
—Oni, Monsieur.—Comment avez-vous trouvé ces gens ? —
Très bien disposés, —L'évêque les a bien traités ? — Je le suppose. — Êtes-vous pour longtemps à Rome ? — Quelque temps ? — Vous retournez pour Noël ? — Peut-être. — Bon-
jour.—Au revoir !”
Le temps avait passé vite, la brunante était arrivée, si bien qu’à St C’ément nous trouvâmes l’église fermée. Nous avions visité une partie des Saints du Paradis, excepté le héros du jour.
Après souper, le charitable M. Desrosiers sortit pour me faire une commission. Il fut plus longtemps qu’il avait calculé. La portière n’était pas avertie : quand il revint, la porte était fermée. Sonne, la corde de la cloche avait été détachée pour
la nuit, Sonne, personne ne venait. J’écrivais, la lampe
sur ina table, vis-à-vis la fenêtre. Il le savait. Pour attirer
mon attention, il lança une petite pierre dans les vitres, au deuxième étage. Je crus que c'était un gamin qui me visait. Je me retirai en arrière, avec table et lampe, en‘ dehors de la ligne que pouvait suivre un nouveau projectile. Deuxième pierre. Je cours à la fenêtre, j'aperçois notre ami qui est prisonnier au grand air, renfermé dehors. J'allai réveiller la portière, et l'ami officieux put coucher dans son lit, et non à la belle étoile.
Mardi, 24 novembre. —Mgr Bégin et M. Rouleau prenaient ce matin la route d’Inspruck, où étudia dans sa jeunesse l’Archevêque de Cyrène : de là à Paris, de là à Québec. Que l’Ange du Seigneur les accompagne !
A midi et demi, dîner à la Procure de St Sulpice, repas
charmant, nous étions seuls avec le personnel de la mais on qui s'élève à une vingtaine de personnes, assises autour d’une table faite en ellipse. J'étais voisin de Mgr Van der Breden, qui pensionne là depuis deux ans, homme distingué.
Au salon, le procureur nous régala d’un bon petit café, je les
régalai de quelques-unes des mes histoires sauvages :
Kapapaminouweyacheskwang, Kitchi amic, la Feuille Verte, ete ; quand le récit paraissait trop extraordinaire, j'en appelais à M. Desrosiers, qui affirmait de la tête et d’un grand oui solennel, faisant l'office de R. vis-à-vis M. M.: ouiit, monsieur. ;
Hier soir, m’artivait du Canada un télégramme important, rédigé en latin. Visite de P. du 9, 10, 11, 12 novembre, de M. Martel du 12 qui me fit le plaisir de m'écrire en pleines 40 heures malgré son mal de dent, de M. Dugas du 11, et d'A. du 8 : moisson de bonnes choses qui nourit et soutient un exil.
Mercredi, 25 novembre.—Jour de la Sainte Catherine, fête des vieilles filles, grand anniversaire au presbytère de St-Lin.
Avant-midi toute entière, passée au bureau, avec le secrétaire. Après midi de pluie, Nous gardons la maison, et recevons plusieurs visites successives : M. le Colonel Drolet,
: M. Vacher, économe au Collège Canadien, M. Dupuis, jeune
prêtre de Montréal, M. Neveu, prêtre de Valleyfield.
Nous sommes bien, c, a, d, M. Desrosiers mieux de jour en jour, moi redevenu leste, sans douleur de nerf, sans torticolli, L'esprit est joyeux, le cœur est content, malgré de petits entrefilets malins que je viens de lire sur les i journaux du 6 au 12 de novembre ; mais les paroles des hommes, trompeuses et inexactes, ne peuvent rien sur l’âme qui travaille pour son Dieu, dans la vérité, la certitude et la foi.
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Jeudi, 26 novembre.—Ma plume s'est reposé aujourd’hui, deux lettres seulement, Ce repos vient à propos, J'ai tant “écrit depuis quelques semaines qu'il s’est formé un ampoule sur le doigt major.
Pendant que je faisais changer un billet de banque chez Lemon, M. Desrosiers allait voir son docteur Rossoni, J’eus le meilleur escompte, 84 par cent, c. a, d. que, sur une somme de deux cent cinquante piastres, je gagnai cent quinze francs vingt-trois dollars. Depuis plusieurs jours, je suivais la bourse de près, et je frappai au bon moment.
La grasse journée se passa à parcourir trois bottes de jour- DAUX, Presse, Monde et Patrie, du 6 au 13 novembre, et à en découper les articles qui m’intéressent. D’après lés lettres que j'avais reçues, je m'attendais à des attaques bien plus malignes, il n’y avait que des piqûres d’épingle, si bien que M. Desrosiers ne put s'empêcher de s’écrier : “Je suis vraiment désapointé qu’on ne vous en dise pas plus.” Comment trouvezvous cela ? “Oui, ajouta-t-il, les nonsenses des journaux paraissent vous faire tant de plaisir, qu'il me semble qu’il manque aujourd’ui quelque chose à votre bonheur.” En effet, ils se contentent de dire, à propos de mon télégramme, que j'ai dû faire un fiasco. Ah! ils ne le croient pas, ou au moins ils ne le croieront pas longtemps. Il est vrai qu’ils se rabattront sur une autre corde. Quand on veut parler cb kac et ab hoc, on peut toujours trouver de quoi dire. Je ne m’amuserai pas à leur répondre par des paroles, ma réponse sera des faits. On ne raisonne pas plus contre un fait que contre un chiffre. Personne ne peut nier que deux et deux font quatre. Je pourrai leur dire ce que je dis un jour à Mgr P., dans ma réplique du 25 mars 1891 : “Il me parait évident que, comme consolation:
Myr P. voudrait au moins avoir des apparences de son côté, Sur ce point, nous nous entendrons assez facilement. Pour moi, je tiens assez peu aux apparences ; je me contente de la réalité. Quand j'ai l’huître, j'abandonne assez volontiers les écailles.”
Vendredi, 27 novembre.—Journée d'écriture, mon ampoule ne guérira pas.
Si une certaine dame voyait ce que j'écris à un vénérable ami, je me ferais chicaner ; mais, comme je suis loin et que les paroles ne me font pas mal, je vais le citer ici, au risque même qu’elle le voie.
“Te me faisais une fête de vous recevoir à St-Lin au mois de septembre ; mou prompt départ est venu me priver de ce
plaisir. J'espère que visite remise n’est pas, dans ce cas-ci
visite omise. Je serai orgueilleux de vous faire voir mon.
couvent, où, grâce au nouveau systême en opération, le nombre des élèves va toujours en augmentant, surtout celui des grandes. Voci ce que le Supérieure m’écrivait à la date du 16 d'octobre dernier : “Nous avons maintenant seize pension- ‘“ naires, soixante et quinze quarts de pension, et soixante- “ neuf externes. Il y à beaucoup de grandes au pensionnat “ cette année, toutes de bonnes élèves dociles.” De la mi-octobre à la Toussaint, le pensionnat à dû recevoir plusieurs nouvelles recrues. Ces pensionnaires sont libres d’aller chez elles du vendredi soir au lundi matin, chaque semaine. Il faut remarquer que ces élèves en général sont de St-Lin, vu qu'il n’en peut guère venir des paroisses environnantes qui, presque toutes, ont leur couvent, De son côté, la maitresse du pensionnat m'écrivait, le 6 de novembre courant : “Nos classes
“ sont bien remplies, Sr $S. (la maitresse du premier cours) a
per pd re
“ vingt-trois grandes filles, et moi j'en ai trentre-quatre, dont
“ six sont plus grandes que moi ; un bon nombre d’entre elles
se préparent pour leur diplôme.” Diplôme que treize, d’un
seul coup, obtenaient il y a deux ans. Ilne faut pas oublier que, cette année, il y a très peu d’argent dans nos campagnes ; les sauterelles ont détruit l’avant-dernière récolte ; la dernière a été bonne, mais le grain ne se vend pas. dJ’ai bien hâte de retourner pour mettre la dernière main à mon plan, et aussi avoir le plaisir d'aller vous prouver que je suis toujours, etc.”
À 4 heures, promenade. M. Desrosiers arrête chez son pharmacien, puis nous nous mettons en frais de trouver un soufflet pour nous aider à allumer notre feu. Enfin, après maintes recherches, de désespoir, nous nous rendons chez le tailleur de Ja chanteuse algérienne, M. Olde Anglan (OId England.) On nous dit : “Allez sur le Corso, en face des Frères Bocconi, chez Biancelli, vendeur d’ustensilles de cuisine.” Donc, nous revînmes avec l'instrument, Rien de plus pressé, en arrivant, que de l'essayer. C’est superbe, et nous nous étonnions de n’avoir pas pensé à nous procurer plus tôt cette commodité, tant il est
“ yrai que seule la nécessité est la mère de l’industrie. Autre
exemple de cette vérité, j'ai souffert pendant un mois du froid au pied, avant de me décider d'acheter une paire de pantoufles, avec épaisses semelles et bordures en fourrure ; maintenant je puis braver impunément ces froids parquets en brique, toujours glacés comme un verglas. Savez vous combien il en coûte pour chauffer une cheminée pendant un mois d'automne, du 24 octobre au 24 novembre ? neuf lires et demie, c. a. d. 31.90 : cela ne vaut pas la peine de rester transis du matin au soir et du soir au matin, menant une existence de marmotte,
Vive les Canayens !
#o8er
Samedi, 28 novembre.—A dix heures, chez M. Drolet, à
l'Hôtel du Quirinal où je suis allé voir dans le Times de Londres le résumé du discours de M. X. Quel écho ces
bombes auront-elles sur les Sept Collines ? quel effet dans les vastitudes du Nord-Ouest ? Du calme, messieurs, du calme. L'avenir appartient à l’appaisement. Une corde toujours tendue, casse. La violence ne convertit personne. La vérité s'affirme tranquillement, fait son œuvre lentement, triomphe sûrement. Je n’ai jamais été plus tranquille, tout tourne à bien ; quand les hommes ne veulent pas être sages d’euxmêmes, Dieu se charge de les rendre tels par la force des événements. |
Il'est onze heures et demie, M. Desrosiers est habillé sur son fin, faraud, Bedecker dans sa poche, la harbe dans un état passable, Il part à midi précis. Où va-t-il ?
M. D. avait projeté d’aller à Lorétte. J'aurais aimé aller à Campo-Cavallo. Mes occupations m ‘empêchent de faire ce voyage, je n’ai pas l'intention de m'en retourner par les côtes de l’Adriatique. Les choses étant ainsi, mercredi je dis à M. Desrosiers : “Vous ne partirez pas sans aller à Lorette ?—Non, je le voudrais bien. — Dans ce cas, voici pour payer votre passage aller et venir, il ne vous restera plus à rencontrer que vos dépenses d'hôtel. Vous remercierez N, D. de Lorette pour moi, en particulier pour la réussite d’une affaire dont les premiers commencements datent de notre visite à la sainte maison de Nazareth, et vous demanderez à N. D. de Campo- Cavallo si elle veut qu’on lui érige une chapelle à St-Lin .”
Je pars dans cinq minutes, à 64 heures, pour la Procure de St-Sulpice, m'acquittant d’une promesse et d’un rendez-vous auquel je me suis engagé à notre dîner de mardi dernier. Je
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souperai là. Æn passant, j'ai nombre de lettres à jeter à la malle, quelques-unes à faire enregistrer. Partez pour l'Amérique, portant aux uns des nouvelles pleines d'intérêt, aux autres des directions subtiles, à d’autres des avertissements salutaires, à d’autres des bagatelles amicales, à tous la fine fleur de ma sincérité, de mon étude, ou de mon amitié. Dimunche, 29 novembre, -- Donc, hier soir, à 65 heures j'entrais dans la bibliothèque de la Procure de St Sulpice. M.
Hertzog, intéressé mardi dernier par mes histoires sauvages, avait désiré que je les répète à ses élèves. “Messieurs j'ai été demandé pour vous donner la lecture spirituelle ; je n’oserais pas le faire après M. Olier, M. Tronçon, M. Captier, et ceux qui les remplacent si dignement, J’ai compris qu’on désirait de moi une lecture, non spirituelle, mais anecdotique ; une lecture dans le sens du mot anglais lecture ; et si je veux la faire spirituelle, je n’ai d'autre recours qu'à m'adresser, non à la spiritualité, mais bien à l'esprit, à l'intelligence en même temps qu’à l’indulgence de mes auditeurs.” Puis viennent successivement Le campement, La navigation en canot d'écorce, L'arrivée à Albany, Le temps de la mission, Celui qui porte au loin la belle lumière, La Grande Racine, Le temps clair de la prière, La Feuille Verte, Le Gros Custor. M. Hertzog ne voulut permettre qu’on sonnât le souper qu'à la condition que je continuerais ces récits pendant la récréation. Je soupai à droite de Mgr Bonnefoi, évêque de la Rochelle, ancien vicaire de la Madeleine, où il résidait en 1885, alors que j'habitai sur cette paroïsse, au Retiro, avec Mgr Labelle. Au salon, je mis sur le tapis Le butin va se mouiller, Le Curibou, Koudkoué, Piten, Ça va trop vite, Wassawa, J'ai peur,
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etc. Il était neuf heures et demie quand je rentrai dans ma chambre silencieuse, veuve de M. Desrosiers,
Je le remplace dans son chapelinat, A 6 heures, on frappait à ma porte, pour s'assurer que je serais bien prêt pour la messe, Je passe l’avant-midi à lire des choses pieuses, une vraie retraite du mois. Cela s’adonne bien, calme de la solitude, fin de novembre, premier dimanche de l'Avent, méditation sur la fin des temps. “En vérité, en vérité, cette génération ne passera pas sans que ces choses n'arrivent, sans que n'arrive le règne de Jésus-Christ.” Plusieurs sens : la génération d'alors n’était pas passée, lorsqu’arriva la destruction de Jérusalem et du temple, et le règne de Jésus s’établissant par le sacrifice de la messe qui remplacait, tout autre sacrifise ; deuxièmement la génération sociale, l'empire romain, n’a pas passé sans voir l'invasion des Barbares, et, par là, la couversion des nations qui s’établirent sur ses ruines, agrandissement
du règne de Jésus Christ ; troisièmement la génération politi-
que, le monde romain, le monde d’aujourd’hui tout pénétré, .
imprégné, façonné de l'esprit romain, ne passera pas sans voir
la lutte de l’Ante-Christ, et le triomphe du Christ régnant sur un monde nouveau, dont la base humaine sera l’antique civilisation juive, épanouissement de l’ancien testament perfectionné par les enseignements de l’évangile et des épîtres des apôtres, les deux testaments étant appliqués et pratiqués, non à la surface comme depuis 19 siècles, mais réellement, sous la direction de l’Eglise éclatante de toutes les vertus et de tous les dévouements. Nous ne verrons pas ce triomphe, nous sommes appelés à travailler aux efforts laborieux qui doivent le préparer : vie de luttes, de contradictions qui prépareront la
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! paix du monde nouveau, et dans tous les cas nous méritèrent
la paix du ciel.
Après diner, visite de M. le Colonel Drolet. Je monte avec lui chez un jeune Canadien qui est ici, depuis cinq jours, sous les soins de Sr Colombe, le fils de M. Prendergast, caissier de la Banque d’Hochelaga. Venu à Rome pour étudier la peinture, logé sur le Corso dans une chambre froide et sans soleil, il fut attaqué d’un rhume qui menaçait de dégénérer en bronchite, M. Vacher le dirigea sur la Milazzo. Il nous arriva en la compagnie d’un M. St-Charles, neveu de M. St-Charles, Président de la Banque d’'Hochelaga et Gouverneur de l’Université, lequel neveu a passé en Europe plus de six ans, étudiant l’art d'Appelle sous les meilleurs maîtres. Le pauvre malade s’ennuie, n'ayant, à l'exemple de Pélisson avec son arraïgnée dans sa prison, qu'un petit chat pour égayer sa chambre et ses loisirs.
A 84 heures, coucher, Ah! si M. Desrosiers était ici, sa pipe et son sac, inépuisables de paroles comme de tabac, ne permettraient pas que je me couche ainsi à l’heure des poules.
Lundi, 30 novembre.—Avant-midi passée à écrire des lettres, et .à revoir d’une manière définitive la préface du journal de Californie.
Après dîner, j'allai voir M. D. Je descendis à la place de la Minerve, et j'achetai pour trois francs 11 volumes, dont
neuf grands in-octavo, reliure en veau, très bien conservés,
Histoire ancienne de Rollin. Il en manque trois volumes,
chose en réalité sans conséquence, comme cette lacune tombe sur les temps héroïques, périodes inconnues, qui après tout ne sont qu’un amas de fables ou de traditions incertaines,
Je rentrai à quatre heures, et, à ma grande surprise, je trou-
vai installé devant mon feu M. Desrosiers que je n’attendais qu’à 10 heures ce soir, Il me lut le journal de son pélérinage à Lorette, à Campo-Cavallo, à Assise, quelque chose d’écrit avec un brio, un sentiment de vérité, de piété, d’onction qui en fait des pages à part.
À M, G. D.,—“Mon cher Monsieur, À Rome, il faut faire comme les Romains. Je ne m’émeus pas, avant de connaître les choses jusque dans leurs moindres détails, j'attends. Quand la sagesse et la modération ne peuvent plus être la règle des actions, vu que les hommes en mouvement sont trop passionnés et divisés, il n’est pas mauvais que le mal arrive au paroxisine. Comme cet étât ne peut durer longtemps, l’épuisemint survient, et à sa suite le bon sens, Deo Grotias ! tout va pour le mieux. Ce que c’est que d’être optimiste ! Mais que voulez-vous ? j'ai si souvent vu la Providence nous tirer, comme maloré nous, des plus mauvais pas !
Mardi, 1 décembre. —Cinq nouveaux Cardinaux ont été créés au Consistoire secret, Ils recevaient aujourd’hui. Deux m'intéressent tout particulièrement, le Cardinal Satolli, qui connait les affaires d'Amérique, et le Cardinal Jacobini, qui nous a tant aidés dans le règlement des difficultés universitaires, alors qu’il était secrétaire de la Congrégation de la Propagande. En compagnie de M. Desrosiers, à 10 heures, j'allai leur payer mon respect : au Cardinal Satolli sur la Place d'Espagne, et au numéro 11 via Condotti au Cardinal Jacobini, Les antichambres regorgeaient de Monsignors, d’Evêques, de Cardinaux, d’ambassadeurs.
L'église St-Charles au Corso était ouverte, M. Desrosiers ne l'avait pas encore visitée, c’est une des plus régulières de la Ville Fternelle pour la pureté de ses lignes architecturales. Je.
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prirai pour tous, eu particulier pour ceux qui s'appellent Charles.
À une heure, chez M. D. De là, À la rue Margutta chez un peintre, Brunacci, marié à la sœur Signorina Rosa Romiti, lequel, à moi introduit par ses amis de Viterbe, veut absolument me vendre de ses tableaux. En revenant au No 19 de la rue Campania, je monte 141 marches pour aller faire visite à M. Glomot, mon copiste de 1895 ; seule, sa femme est à la maison. À 5 heures nous rentrons, pour me permettre d'écrire à M, O. Reclus, dont j'ai reçu une lettre hier, et à M. L.
Une lettre amie me disait, en date du 13 novembre: “Ce qui ressort clairement de ce que je voiset j'entends, c’est que. vos ennemis vous croient coulé pour jamais, ou peu s'en faut. vos amis, et ils sont nombreux et sincères, espèrent encore en votre étoile, mais ils craignent grandement pour vous, et ils trouvent que vous jouez une partie terrible.” Réponse. Mes adversaires preunent leurs désirs pour des réalités ; ils me
disaient coulé avant que je parte ; ils ne peuvent être juges
dans l’affaire, les préventions obscurcissant le jugement. Leurs indiscrétions me servent beaucoup, comme ils m'indiquent la route que je dois suivre, généralement le contraire de ce qu'ils désirent. Quant à mes amis, ils ignorent complètement ce que je fais ici; à part les premiers dignitaires des autorités romaines, il n’y en a que trois qui soient dans le secret ; et, par ce qui se dit, je vois que le secret est bien gardé, Il y sept ans que je marche sur des razoirs, et je ne me suis pas encore
blessé ; que je joue ma tête, et elle est encore sur mes épaules.
J'ai une confiance inébranlable dans la bonne Providence qui
protège les cœurs droits, les esprits conséquents avec leurs principes, et les intentions pures, Ad majorem Dei gloriam le reste m'occupe assez peu. File ton chemin droit, advienne
GE ave:
que pourra, dJ’invoque l’ange de Tobie, et je me moque d'Astaroth. Zn infernum detrude.
M. Desrosiers est à faire ma valise, y mettant soutane, chemises, chaussons, mouchoirs, savon, peigne, papier, enveloppes, brosse, ete., ete; vraiment P. ne ferait pas mieux. Où vais-je ?.. Devinez. de pars demain matin pour Mugnano, à quelques huit lieues plus loin que Naples, en pélerinage aux dépouilles mortelles de Sainte Philomène. Sans doute, ma dévotion personnelle y entre pour quelque chose ; mais, je ne le cache pas, le plaisir que je veux faire à une parente qui m'est chère, qui m’a rendu des services incalculables au cours d’une cruelle maladie, est le motif déterminant de ce pélerinage. M. Desrosiers gardera la maison, comme je l’ai fait durant son absence à Lorette, (Chacun son tour. Au revoir donc, et
souhaitez-moi bon voyage.
‘Pélerinage à Mugnano.
Mercredi, 2 décembre. —A 8 heures, je quittai la Milazzo pour Sainte Philomène. M. Desrosiers m’accompagna jusqu'à la gare, où nous nous promenâmes ensemble sur la plate-forme pendant une dizaine de minutes. A 10 hrs et 20, partenza, pronti. Bonjour, good-bye, alla riverla !
Ce petit voyage me fait plaisir. Au milieu des délicates affaires qui m'occupent en ce moment, il m’apparaît comme un repos bienfaisant, comme une douce et pieuse vacance.
Je suis installé on me peut mieux. Il ne fait pas froid ;
deux chaufferettes, remplies d’eau chaude, gisent À nos pieds. J’étale sur le siège à mes côtés Bedecker, l’Horaire des chemins de fer d'Italie, le Figaro, le Gaulois, le Popolo Romano, la Voce della Verita, et une brochure intitulée “I veri termini della Questione Romana” : de quoi me distraire amplement entre Rome et Naples. J'’occupe au coin du compartiment, les trois autres sont la propriété d'un Père Franciscain, et d’un jeune couple en voyage de noces. Tous parlent français. Le disciple de St-François est de Gênes, il descend à Frosinone, pour de là se rendre à pied à Alletri. Il aurait bien aimé fumer, je lui en donne la permission volontiers, mais la jeune femme n’est pas du même avis. Et, comme ce que femme veut ! Dieu veut, le bon Père ne fuma point, Le couple est belué, jase en flamand, parait bien, le pigeon avec un certain air d’affaires, la pigeonne avec un petit air de gâterie qui lui fait trouver long comme un siècle les cinq heures et quart qui -nous séparent de Naples.
Nous longeons les Monts Albains : laissant sur notre gauche les montagnes de la Sabine, nous entrons dans le pays des
Volsques, passons aux portes de l’ancien Lanuvium, fondé par Enée, puis nous nous enfonçons dans le pays des Herniques. Je parle, comme vous voyez, style antique, vieux de plus de deux mille ans. Fils d’un jeune pays, j'éprouve de douces impressions à penser que je foule aux pieds des souvenirs séculaires. On ne se croirait pas en hiver : les champs, dans les gorges des montagnes, au fond des vallons, sont encore recouverts de leur tapis de gazon, les oliviers sont verts, les feuilles d’or pendent aux branches des vignes, et une teinte rose pour-
pre les châtaigniers, les peupliers, et les petites forêts que l'on voit aux flancs des collines. Des troupeaux de grands bœufs
blancs broutent les pâturages encore vivaces, Et nous sommes au deux de décembre : il y a de quoi faire rêver un Canadien, un Russe, un Sibérien. Ce peuple d’un climat si heureux estil plus heureux que nous dans sa vie eivile,, politique, familiale ? Ce qui est certain, c’est que la rigueur et la vigueur de notre climat nous forcent à des habitudes de travail et, par conséquence, de santé.
Mais où vais-je ? À Mugnano ( prononcez Mouiano }, petit village perdu au fond de la Campanie, en dehors des grandes routes, inconnu du monde il y a cent ans. Et pourquoi ? Pour vénérer les restes mortels d’une enfant de treize ans, qui à vécu, seize siècles passés. Maïs cet Enfant est un héros, une héroïne de vertu, Pour son Dieu, elle a méprisé les grandeurs de ce monde ; elle a refusé la main d’un empereur puissant ; elle a résisté aux ménaces comme aux promesses séduisantes ; elle a souffret la prison, flagellée, jetée à la rivière, percée de flèches ; enfin elle a été décapitée. (C’est pourquoi Dieu, qui ne se laisse pas vaincre en générosité, lui a donné une gloire éternelle, propterea benedixit te Deus in aeternum. Tant d'hommes se donnent tant de trouble pour atteindre la gloire, et ils ne réussissent qu’à arriver à la tribulation, à la jalousie, au mépris, à l'oubli. Il n’ont pas pris le bon chemin. Philomène, sans aspirations terrestres, a obtenu même la renommée de ce monde, Non seulement elle est honorée à Mugnano, mais elle a des sanctuaires particuliers en Sicile, au Piémont, dans presque tous les diocèses de France, au lointain Canada. Qui ne connait la dévotion du bon curé d’Ars pour sa chère Sainte ? Ce siècle cherche le bonheur dans le confortable, mais les jouissances qui passent ne procurent pas les
délices qui ne passent point. Cette aimable petite vierge
(aimable est vraiment son qualificatif, puisqu'elle s'appelait, daus sa langue grecque, Philoméne, mot qui veut dire Aimée), cstte aimable vierge nous enseigne que le sacrifices et les souffrances, supportés pour Dieu, sont la source du vrai bonheur. Aussi, pour la donner en exemple à nos temps ramollis, Dieu la-t il tirée, après quinze cents aus, de la nuit et de l'oubli des catacombes, et lui a dit devant toute son église: Haec est Virgo supiens, et una de numero prudentum, voici une vierge sage, une du nombre des prudentes.
Pendant que je me perds dans mes réflexions et réméniscences historiques, le train nous emporte à toute vapeur par les vallons, les gorges et les villages des Appennins : le Padre Capuochino est descendu ; nous arrêtons à Ceprano, le temps pour les employés d'échanger nos chauffettes devenues tièdes pour des chauffettes bouillantes, et pour moi d'acheter un morceau de pain et une demie bouteille de Chianti: nous entrons en Campanie, c’est-à-dire campagne, belle plaine. Passe sous nos yeux Aquin, patrie du poëte Juvénal et du grand philosophe chrétien Saint Thomas, le couvent du Mont Cassin perché comme un nid d’aigle au haut de son sornmet élevé, Caserta qui possède un immense palais royal, résidence, pendant plusieurs mois de l’année, du jeune Prince de Naples qui vient d’épouser la princesse Hélène de Montenégro. Enfin voici le Vésuve fumant, Naples. |
“Faquino, conduis-moi au Vaporetto, au petit vapeur, au
petit chemin de fer de Baïano.” Affaire de cinq minutes, assez cependant pour prendre de l'humidité au x pieds sur les pavés ruisselant d’une pluie abondante, J’ai devant moi une heure et demie pour me promener dans la salle d'attente déserte,
(Tage
Pendant que je suis seul, en position d'écrire sur mon genou, vous aimeriez à savoir peut-être comment il se fait que la dépouille mortelle de Sainte Philomène se trouve à Mugnano,. Voici.
Le 4: mai 1802, elle fut découverte dans les Catacombes de Sainte Priscille à Rome ; le tombeau renfermait la tête de la sainte, des fragments considérables de ses os, des cendres produites par la destruction de la chair, et le vase de son sang. Le tout fut déposé à la Custode Générale des reliques. Dans l'été de 1805, le Recteur de Muguano, Dom Francois de Lucia, en voyage à Rome, demanda nommément au gardien des Saintes Reliques, et obtint, après bien des intances, le corps de la jeune vierge. Le 10 août, le pieux trésor entrait procession nellement à Mugnano, au milieu d’un granl concours de peuple.
Les miracles se multiplièrent devant la châsse de la Sainte. Les pays voisins y vinrent en pélerinage, bientôt des pélerins arrivèrent de toutes les parties de l’Europe. Le plus illustre de tous fut sans contredit Notre Saint Père le Pape Pie IX, qui visita lé sanctuaire le 7 novembre 1849, pendant le séjour qu'il fit à Gaëte. Le nonce, l’évêque de Nole, le roi et la reine de Naples s'étaient rendus dans le petit village pour recevoir le souverain pontife. Il dit la messe à l'autel de Sainte Philomène, En souvenir de cette visite à la célèbre Thaumaturge, quelques jours après, il la proclama seconde patronne du Royaume de Naples ; et, quelques années plus tard, il concéda au clergé du Mugnano un office propre avec Messe en l’honneur de Sainte Philomène, du rite double de 2e classe, privilège qui fut étendu en 1857 à tout le clergé du diocèse de Nole et à plusieurs autres. Pouf, pouf, le train va partir.
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Je quittai Naples à 3 heures, je devais atteindre à 5 heures l'extrémité du Vaporetto, Baiano, à une demie-lieue environ de Mugnano, Nous traversâmes maintes petites places, à moi inconnues ; mon oreille preuait plaisir à l’enphonie de ces noms italiens : Poggioreale, Casalnuovo, Pomigliano, Castello, Brusciano, Mariglianella, Marigliano, $S. Vitaliano, Scisciano, Saviano, Nola, Cimitile, Composano, Roccarainola, A vella-Sperone, Baiano. Dé tous ces noms un seul m'était connu Nole, où le brave Marcellus tint tête à Annibal ; où s’éteignit l’empereur Auguste, après un règne glorieux pour lui, bienfaisant pour l'humanité ; où plus tard vécut l’évêque Saint Paulin, poëte latin né en Gaule, laïque qui se sépara de sa femme pour entrer dans les ordres sacrés, évêque qui inventa la cloche, laquelle s'appelle dans la langue ecelésiastique Campana de la Campania où elle sonna pour la première fois Même en français nous nommons la tour où les cloches sont suspendues, Campanile. Professeur de Rhétorique, je fis traduire à mes élèves quelques pièces de ce saint poëte aux idées gracieuses et élevées. Je n’en ai retenu dans ma mémoire que quatre vers. Les deux premiers terminent une réponse à Ausone, dans laquelle il se justifie d’avoir embrassé une vie aussi parfaite. “Si cela te plait, dit-il, réjouis-toi avec lui des riches espérances de ton ami; si non, il lui restera toujours l'approbation de Jésus Christ.
- Si placet hoc, gratare tui spe divite amici ; Si contra est, Christo tantum me linque probari.
Les deux autres sont l'expression d’une vérité évangélique : “Que cette vie périsse, pour que ne périsse pas la vie future. Ensevelissons cette vie de mort sous une mort, source de vie.”
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SM A0 Vita prior pereat, pereat ne vita futura.
Letalem vitam vitali morte tegamus.
La première fois que j’entendis parler de Saint Paulin, je faisais mes Belles- Lettres. M. Nantel, notre professeur, nous avait donné ce canevas de composition : une mère se promenait dans les rues de Nole tenant son enfant par la main, un lion échappé de l’amphithéâtre promène la terreur par la ville, il saisit et emporte l’enfant, Paulin court au devant de la bête féroce, lui ordonne d’épargner sa proie, que le lion obéissant vient déposer à ses pieds. Joie de la mère, joie qui ne fut guère plus grande que la mienne lorsque, le samedi suivant, je me trouvai, comme le Père L., premier à la liste en composition française. Je repassais avec délices ces souvenirs d’une jeunesse déjà loin, en ces lieux que je ne soupconnais pas alors devoir visiter,
Toute cette campagne ressemble à une forêt, ou plutôt à un verger. Elle est couverte de peupliers, alignés par rangs, plantés à la distance de dix, douze ou quinze pas. Au pied de chaque tronc s’élève une vigne, dont les branches courent d'arbre en arbre, suspendues graieusement en festons. C’est ainsi qu'on devrait cultiver notre vigue sauvage, Ne soyez pas surpris si, dans dix ans, vous voyez mon jardin et notre cimetière, entourés d’ormes et de saules, reliés entre eux par des ceps flexibles chargés de grappes purpurines.
Quand j’arrivai à Baiano, il faisait noir, il pleuvait, Un homme se présente, que dis-je ? un, il s’en présente cinq, dix, quinze, vingt. Enfin j'en compris un qui me dit: “Vous voulez aller à Ste-Philomène,—Oui, combien ? — Cinq francs. Ah} tahl "ah ES Ouatre PAT INA NN Trois. —Ah ! ah! ah!— Deux..—Ah! ah! ah! Come vole dare ? —
PT
Una lira.— Una lira e mazzo.—Non, una lira e la bottoglia. — Va bene.” 11 me fait monter dans une petite voiture, trainée par un petit cheval, conduit par un petit garçon. Il relève le soufflet : “Avanti” Sile cocher était petit, le fouet était long : clic, clac. Le petit cheval trottait comme une souris, dru et vite. La route était belle, éclairée de distance en distance par des fanaux, même en pleine campagne, Un quart d'heure après, nous entrions à Mugnano. “Où descendezvous ? — Alle Suore.” J'avais cru comprendre à la gare que le Recteur était absent.
J'ouvre ici une parenthèse pour dire que, depuis une quin-
zaine de jours, nous avons à la Milazzo pour compagnon de
table un Monsignor français, homme charmant et instruit, Mgr Deschamps du.Manoir, qui d'habitude passe l'hiver en Italie. En m'entendant dire hier soir au souper que je partais le lendmain pour Mugnano : “ Mais, dit-il, Mugnano est un peu mon pays, mais Sainte Philomène est de mes amis; j'ai même écrit quelques opuscules sur sa dévotion. Je vous donnerai un mot pour Mur le Recteur de l'Eglise et une soeur que je connais bien au couvent. Je n’avais qu’à dire merci, Voici cette lettre vraiment gentille que je traduis de l'italien.
“ Au très révérend et très cher Monseigneur le Recteur, et à “ ]a Révérende Sœur Adèle, Je leur recommande instamment “ le très Révérend signor chanoïne Proulx, curé de St-Lin, et « Professeur à l’Université de Montréal, au Canada. Tout ce “ que vous ferez pour lui, je le tiendrai fait à moi-même, et de “ quelles courtoisies n’avez vous pas usées à mon égard ? Peut- # être plaira-t-il mieux au susdit vénérable pèlerin de la bénie “ Sainte Philomène de manger dans quelque salle du monas- “tère et dormir dans une maison particulière plutôt que
“ Jaller à l'auberge. Alors on pourrait faire venir ses repas «“ de l'extérieur, supposé qu’ils ne puissent être préparée dans “ votre établissement, Je vous remercie d'avance. Dans “ quelques jours je retournerai à Naples, et j'espère recevoir “ de bonnes nouvelles de tous et du Sanctuaire. Mes meil-
“ Jeurs souhaits de Noël, à vous, ainsi qu’à la Très Révérende
“ Mère Supérieure et aux excellentes Sœurs Marcelline et
“ Adèle.”
Donc je frappai au couvout. On me fit passer dans nn parloir, puis dans une grande salle'très propre. La Supérieure arrive, puis une sœur, puis une autre, enfin six. Ce sont des Soeurs de la charité, filles de St Vincent de Paul, dont la maison mère est à Rome. Elles se montrèrent pour moi excessivement obligeantes. Un prêtre d'Amérique ! elles ne pouvaient en croire leurs yeux. Elles m'en firent des questions, si bien qu’à la fin je pensai en moi même : $S. S... est battue. Cependant le domestique me ch2rchait une chambre. A sept heures, il me conduisait sur la place, près de l'église, dans une maison qui appartient, si j’ai bien compris, à une association ou congrégation de filles pieuses sous le patronage de Sainte Philomène. dJ’ai à ma disposition deux grandes chambres, un bon lit, deux tables, maints fauteuils et chaises, etc, etc. Le susdit domestique vient de m'apporter mon souper : paiu, vin, poisson, fromage, œufs bouillis, raisins, pommes. Souhaitez moi bon appétit, je vous souhaite le bonsoir. |
Jeudi, 3 décembre.—J’ai bien dormi, maïs pas longtemps. J'ai veillé tard dans mon lit pour lire quelques livres sur la dévotion à Sainte Philomène que je venais de me procurer au couvent ; réveillé avant cinq heures, sous mes couvertures je
continuai la lecture. J'avais la tête pleine de la puissance de la Thaumaturge, et le cœur plein de son héroïsme, quand je
sortis à 7 heures. A travers les ombres expirantes, je puis voir que nous étions au fond d'un vallon de forme oblongue,
disons par exemple St-Callixte, en supposant que les sommets en soient plus élevés et plus sombres. Les deux hautes tours
qui flanquent le portail de l’église se détachaient imposantes, sur une petite place carrée, en face d’une avenue large, ce qui fait ressortir le gentil sanctuaire. dJ’entre. J’éprouve dès
abord une impression favorable : intérieur propre et pieux,
lignes architecturales pures, chœur en rond-point éclairé par une coupole, plafond riche, fresques pas chargées, le goût et la piété ont présidé à l'érection de ce temple. De’chaque côté de la nerf sont trois autels, dont les deux du milieu, en face
l'un de l’autre, sont consacrés au culte de celle qu’on vénère
en ces lieux. Celui de droite renferme l’empoule qui contient son sang, et la pierre sépulcrale qui fermait son tombeau aux : catacombes ; celui de gauche renferme ses restes précieux -enveloppés sous les formes gracieuses d’une statue de grandeur
naturelle. Cette dernière chapelle est la plus riche : pilastres et colonnes de marbre jaune, chapitaux de l'ordre corinthien,
autel en marbre sculpté, urne de cristal qui contient le corps
vénéré, neuf lampes d'argent qui brûlent devant ces saintes
reliques.
Le chapelain finissait sa messe, une cinquantaine de personnes priaient agenouillées, les sœurs dans un cloitre attenant au chœur de l’église récitaient l'office: lumière indécise, murinure de psalmodie lente et solennelle, solitude habitée de prières et de priants, atmosphère pénétrée de surnaturel, je me sentis empoigné par l'émotion du grand, du vénérable, du ma-
jestueux, de l'infini. Je tombai à genoux en disant : O quam metuendus est locus iste : vere non est hic aliud, nisi domus Dei, et porta cœli.
A la sacristie, le chapelain qui s'appelle M. Luigi Cavaecini, s’est montré très aimable. Il m’a désigné au missel la messe de Ste-Philomène, messe propre, que par privilège on peut dire à son autel tous les jours de l’année, positis ponendis. Il n’y avait sur le vestiaire que des ornements blancs, vu que c’est aujourd’hui la fête d’un Confesseur, Saint François Xavier ; il sortit pour moi les ornements rouges, couleur des martyrs ; il m’aica à m’habiller, et me servit la messe lui-même.
Comme j'allais commencer le psaume J'udicu me, un cordon tira le rideau qui voile d'ordinaire la châsse de Sainte Philomène ; elle m’apparut, à trois pieds au desssus de ma tête, illuminée par le rayonnement des nombreux cierges allumés sur l’autel, le front ceint d’une couronne brillante de pierreries, vêtue d’une robe de soie blanche couverte de fleurs d’or, et d’un manteau de soie bleue pâle couvert de fleurs d'argent, les mains gantées en soie blanche avec bagues et diamants aux doigts, couchée sur un lit somptueux, la tête reposant sur deux coussins blancs comme neige et les pieds sur un coussin de soie rouge. Je ne pouvais en détacher mes regards, je dus m’arrêter assez longtemps pour la contempler à loisir, et pendant la messe ma vue se portait, comme malgré moi, sur cette douce et angélique figure.
Rarement ai-je dit la messe avec autant d'impression. J'étais venu ici conduit surtout par la piété paternelle, la piété divine venait au-devant de moi. Je prenais goût à réciter les prières lentement, je les savourais, elles m’entraient
dans l'âme. Je sentais comme une influence bénigne qui me
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pénétrait, c’étaient des rayons de chaleur et de douceur qui partaient de la châsse et convergeaient vers le plus intime de mon être pour linonder d’ineffable, d’indicible. Tout à-coup l'orgue (nouvelle gracieuseté des Sœurs, je suppose,) fait entendre ses soupirs, ses gémissements, les divers accents de la prière ; l’harmonie suave se promène sous les voûtes, et fait résonner au fond du cœur comme l’écho des concerts célestes, mélodie déliée, symphonie aérienne qui élève au-dessus des choses de cette triste terre, Je priai pour moi, je priai pour ma paroisse, je priai pour ma maison, je priai pour Philomène, Je rentrai à la sacristie meilleur : toutefois, hélas ! ce qui ne veut pas dire très bon.
Cette émotion s'explique assez facilement quand on songe qu’on offre le saint sacrifice en présence des reliques bénies, en l'honneur et sous l’intercession d’une puissante thaumaturge ; quand on pense que l’on dit la messe au même endroit -et sur : le même autel que l’a dite de nos jours un grand Pape ; quand on récite ces belles prières, dont voici quelques unes. |
A l’introit : “Le Seigneur est ma force et le sujet de mes “ louanges, parce qu’il est devenu mon sauveur.” |
Oraison : ‘“O Dieu qui nous soutenez par les mérites et “ l'exemple de la bienheureuse Philomène, Vierge et Martyre, “ accordez-nous dans votre bonté qu'affermis dans la foi et la “ charité, nous ne soyons point séparés de vous par la ten-
. “tation.” L’épitre est tirée du livre de la Sagesse. Entr’autres paroles il y est dit :. “Je louerai sans cesse votre nom et je le glorifie- “ rai dans mes actions de grâces, parce que vous avez exaucé “ mes prières, que vous m'avez délivré de la perdition et que
t vous m'avez tiré du péril dans un temps d’injustice et de “ violence.”
Au graduel : “A sa suite, les Vierges seront amenées au “ Roi; ses compagnes vous seront présentées au milieu de la joie.”
Au trait : “Venez, épouse de Jésus-Christ, recevez la cou- “ ronne que le Seigneur vous a préparée de toute éternité, pur- “ ce que vous avez répandu votre sang pour l'amour de lui.”
L'évangile est tiré du chapitre treizième de Saint Mathieu. Jésus, en trois paraboles, y dit que le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, semblable à un marchand qui cherche de belles perles, semblable à un filet jeté dans la mer qui prend toutes sortes de poissons. Il n’est
pas nécessaire de faire un effort d'imagination pour voir com-
ment ces paroles s'appliquent à cette jeune vierge qui a tout
sacrifié pour achster le vrai trésor, pour se procurer les vraies
perles, et pour mériter d’être placée au nombre des poissons
prévilégiés qui sont conservés pour la gloire par le Pêcheur Immortel.
Offertoire. ‘“ J'offrirai mes vœux au Seigneur en présence « de tout son peuple : la mort des saints du Seigneur est “ précieuse devant lui,”
Secrète : “ Nous vous en supplions, Seigneur, que l’Hostie
“que nous vous présentons pour célébrer les mérites de la
“ Bienheureuse Philomène, Vierge et Martyre, nous obtienne “ notre pardon et détourne le chatiment que nous méritons par “ nos péchés.
Communion : “ Le Seigneur'est doux pour tous, et ses misé- “ ricordes s'étendent sur toutes les œuvres de ses mains.” Postcommunion : ‘“ Fortifiés par cette nourriture et ce
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Ps.