‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 36 sur 76 · STATE · texte numérisé non relu

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lonnée de cette manière sur les tuiles : sur la première lumena, sur la deuxième Pax, sur la troisième éecum Fi. Il y a là, sans aucun doute, inversion dans la disposition des tuiles. En ces temps de persécution, il n’est pas étonnant que les fossoyeurs, dans la précipitation de leur travail, en aient changé l'ordre. Reportez la première après celle qui est maintenant la dernière, et vous aurez: “Pux tecum, Filumena, que la paix soit avec toi, Philomène :” inscription par là devenue complète et intelligible. De plus, sur ces tuiles sout gravés un ancre, une palme, signe de la victoire, un fuuet, instrument de la flagellation, trois flèches, uu lys, emblème d’innocence et de virginité. Tous ces symboles viennent contirmar la tradition et les révélations qui nous apprennent par quels supplices et par quels tourments la vierg: Aimée avait remporté la palme du martyre, :

Je voyais, j'admirais. Mais, ce qui mieux est, je vis, je vénérai le sang de Sainte Philomène, desséché, pulvérisé, que l’on conserve dans une ampoule, renfermée dans un riche reliquaire d'argent doré, en forme d’ostensoir, Je le baisai. à plusieurs reprises ; le Recteur me l’appliqua sur la tête, sur la poitrine en récitant des prières adaptées à la pieuse cérémonie. Je savais qu’une antique croyance existe, à savoir que, quand on demande à agiter devant soi le sang dans l’ampoule, s’il apparaît brillant, c’est signe de bonheur ; s’il apparaît terne, signe

de malheur, Evidemment il ne s’agit que d’un bonheur, ou

d’un malheur temporel ; car quelqu'un, l'ayant vu terne

comme de la cendre, mourut quelques jours après. Partir pour le ciel n’est pas un malheur, Je ne voulus rien demander, Je laisse à Dieu les secrets de l'avenir, bien heureux de ne pas connaître, de ne pas porter, par anticipation, les peines de demain. Pour tout dire, quoique cette croyance ne me soit

ni.

NT

‘pas vérité d'évangile, j'avais peur. Ne voilà-t-il pas que le

Recteur, de lui-même, agite le reliquaire : le sang parait scintillant de paillettes d’or, de rubis, de diamants, de topazes ; et tous de s’écrier : voyez done, comme il est beau ! Je le baisai pour Philomène ; le Recteur agite l’ampoule de nouveau, le sang paraît brillant encore, mais moins que la première fois. Videbitur infra.

Il était bientôt dix heures, il fallait songer au départ. J’aurais pu prendre le train à Baiano, une demnielieue: je préférai faire en voiture deux lieues et demie, allant embarquer à Nole, ce qui me permettait d'admirer à loisir cette riante campagne d’un pays que les Anciens appelaient la “Campanie Hureusé,” Felix Cunpania, et d’arrêter chez ce sympathique Saint Paulin, sans oublier Saint Félix, le patron de mon bon a ai de jeunesse, que le poète évêque a chanté (je veux dire Saint Félix) en des odes pieusement inspirées, intitulées Curmina Natuliti, parce que chaque année, pendant quinze aus, il en composa une pour le jour de sa fête.

J'avais plus d’une heure à Nole, ce qui me suffit pour parcourir la ville en voiture et en visiter les trois principales églises. Je'demandai où était la Cathédrale ; on me répondit : E in fabbrica. Je compris que l'évêque se servait pour ses cérémonies épiscopales dela chapelle de quelque communauté religieuse ou de quelque séminaire ; où bien qu’il n'avait qu’une chapelle privée, depuis que les Garibaldiens ont brulé son église en 1860. Je m'arrêtai plus longtemps à l’église de “la Miséricorde pour les Trépassés.” Je n'avais avec moi, pour en lire quelques passages sur les lieux, ni les pnésies du Saint évêque de Nole, ni son panégyrique de Théodose, ni son ser-

mon sur la charité, ni sestraités d’exegèse biblique ou de per.

fection chrétienne, ni ses nombreuses lettres aux hommes les plus illustres de son temps: Saint Augustin, Saint Jérôme, Saint Alpius, Saint Amand, Saint Delphinus, le Sénateur Pammachius, Sulpice Sévère, et son ancien maître dont il était le disciple chéri, Ausone. Je m’en vengeai en lisant les lecons de l'office de la Commémoration des Morts, que l’église à empruntées au traité De cura gerenda pro mortuis, que Saint Augustin composa à la demande de Saint Paulin.

Une heure de chemin de fer me transportait à Naples, heure que je passai à méditer sur les belles pages que j'avais lues, sur sur les saintes choses que j'avais vues, sur les douces émotions que j'avais éprouvées, sur les bonnes idées que la grande Thaumarturge, sans doute, avait réveillées où fait naître dans mon cœur : C'était l'harmonie qui reste dans l’oreille après un concert, le parfum des fleurs qui vous suit au sortir d’un parterre, l’encens qui se répand dans le temple et dans l’âme à la suite d’une Bénédiction du Saint Sacrement. . Je récitai cette prière composée par le vénérable curé d’Ars, que j'ai apprise par cœur hier soir: “Nous vous supplions, Seigneur, de nous par- “ donner nos péchés, par l’intercession de Sainte Philomène, “Vierge et Martyre, qui fut toujours agréable à vos yeux par “ son éminente chasteté et par la profession de toutes les vertues. “ Aïnsi-soit-i],”

À 13 heure, je descendais à l'Hôtel de Génèvre. Je m'’assis devant ma table pour ne m’en relever qu’à six, après avoir terminé d’un trait le récit de mon pélerinage.

Partez maintenant, feuilles écrites avec amour, partez: et, portées sur les ailes de la vapeur, traversez les continents, traversez les mers, et allez. faire partager ma douce joie et les fruits de ce petit pélerinage aux personnes qui me sont chères, Dites leur de s’unir à moi pour remercier la Vierge de Mugnano,

Med ei

répétant, chantant ces paroles de son poëte latin :

Sponsa Christi amantissima, Heroïina celebris, Beata Philumena, Oro pro nobis Dominum ; ou bien ces autres paroles de son poëte du Canada, sur l'air du “ Cantique à St Lin”.

O Philomène, dans la gloire, Je te vois, ange de beauté, Portant la palme de victoire Et le blanc lys de pureté ; Resplendissante de jeunesse, Ivre des divines douceurs, Tu moissonnes dans l’allégresse

Ce que tu semas dans les pleurs.

Excursion aux portes de l’enfer,

Vendredi, 4 décembre. — J'arrive de Mugnano, de la porte du ciel; je pars pour la porte de l'enfer, Le lac Averne.

Les riches Romains de la fin de la République et du commencement de l’empire avaient leurs résidences d’été sous le beau ciel de Naples, : preuve, Herculanum, Pompéi. Auguste possédait une campagne à Nole, les César et Mécène dans les environs de Pougzoles. Virgile était le protégé de Mécène, l'ami d'Auguste ; d’une santé délicate, il passait une parti? de ses hivers au sein du doux climat de l’heureuse Campanie.

pire

On aime à chanter les Hieux où l’on a été heureux, où l’on a goûté les douceurs de la vie. Aussi, si j'étais poète, je chanterais le lac des Deux-Montagnes aux horizons bleus, la Rij vière des Prairies aux rivages feuillus, l’Ile Bizard et ses bosquets d’érables, l’Achigan et ses méandres à travers une paisible campagne, les Laurentides. Virgile était poète, et, dans son poême, il trouva moyen de chanter sa chère baie de Naples et ses environs, d'autant plus que les traditions des époques héroïques s’accordaient avec ses goûts et son désir.

Donc Enée, son héros, aborde en Italie dans la baie de Baïes. 11 va consulter, tout près de là, la Sybille de Cumes, pour demander le secret d’aller voir anx enfers son père Anchise, La prophétesse lui dit d’avoir à trouver dans la forêt voisine un rameau d’or qui lui ouvrira toutes les portes, mais elle l’avertit d’inhumer auparavant son trompette Misène qui vient de mourir. Pendant qu’il s'enfonce dans le bois épais pour couper les arbres nécessaires . à la construetion du bûcher funêbre, il découvre le rameau précieux. Après avoir déposé les cendres de son ami sous le mont qui porte encore son nom, conduit par la Sybille, il gagne le lae Averne, entre dans une caverne profonde, et pénètre jusqu'aux enfers, où, par la bouch: de la vierge de Cumes et celle de son père Anchise, Vir-

gile nous expose la doctrine de l’antiquité païenne sur l’immortalité de l’âme, sur les peines des méchants et sur les récompenses des justes, Les peines sont assez dures, mais il faut avouer que les récompenses sont joliment vides, tant il est vrai que seul le christianisme pouvait donner l’idée d’un bonheur indéfini, toujours le même, toujours nouveau, qui consiste dans la vue et la possession de la divinité.

Au collèce de Sainte-Thérèse, pendant nos classes d'humani-

té, nous avons traduit, mâché et rebâché, même appris par cœur,

ce sixième livre de l’Enéïde ; et, aujonrd’hui, après trente-cinq

ans, ce m'était une jouissance de revoir en réalité, tranquille et sans efforts, es endroits où, les visitant par l'imagination, nous avons tant sué, le dictionnaire à la main. (Cependant, comme Ente exra longtemps sur les mers avant que d’arriver au rivage hospitalier de l’Eubée, de même j'errai toute une avant-midi dans la campagne de Pouzzoles avant que de descendre à l'Hôtel Victoria, Baia.

“ Monsieur, dis-je au maître de l'hôtel, pour gagner du temps, pour échapper aux importunités des guides locaux, je voudrais que vous me proeuriez une bonne voiture, et un bon cicerone.—

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