A PER TER
Mercredi, 23 décembre.—Journée de mémoire, et promenade à dheures.
Le livre de M. David sur le Clergé Canadien a été mis à
l'index. Je plains l’auteur, qui est un catholique sincère et
pratiquant. Mais c’est le cas de dire qu’à quelque chose malheur est bon; c’est un bâton de moins dans les roues de ceux qui travaillent pour le triomphe du vrai, dans la simplicité de vues surnaturelles.
Jeudi, 24 décembre.—Journée de mémoire. Deux visites de M. D. Epreuves par dessus la tête. Hier arrivée de Pdu 7, 8, 9 et 10 du courant, accompagnée de M. Payette, de
M. Martel, et de Mgr Emard. Le journal était encore, si pos-
sible, plus intéressant ‘que de coutume. Grande nouvelle,
que je vous dirai le 28. Il est dix heures, couchons-nous. Merry del... merry Chrismass and happynew year !
Vendredi, 25 décembre. — Puer notus est nobis. M. Desrosiers a dit la messe de minuit, et, immédiatement après, la messe de l'aurore : seul, le couvent y assistait. Je ne me fis pas réveiller, J'aurais eu le cœur serré tout le temps, avec ma pensée se promenant à Saint-Lin, par la sacristie remplie de fidèles, l’église illuminée, la foule pieuse, les chants de pastoureaux, le petit réveillon du presbytère : un bon sommeil pour Dieu vaut mieux qu’une prière distraite.
A 7 heures, je commençai mes messes, puis dans le mémoire jusqu’au cou : la fin s’en éloigne comme un mirage que l'on poursuit dans les prairies du Nord-Ouest. J'entends sœur S. qui dit : cela n’a pas bonne mine pour un retour au temps de Noël. Laissez faire, je la convaincrai bien que les diplomates
ont toujours raison. Ælle n’a pas oublié que j'ai tenu ma
promesse, quand j'ai promis à sœur C©., contre toute apparence, 50 pensionnaires : et depuis, chaque année, elle a toujours dépassé ee nombre.
A Sa Grandeur Mgr Edouard Charles Fubre, archevêque
de Montréal. — “ Monseigneur, en ce saint jour nous prions
l'Enfant Jésus de nous conserver notre père, et nous vous renouvelons nos meilleurs souhaits de santé. Les dernières
nouvelles que nous ayons de Votre Grandeur sont du 11 décembre ; elles ne sont pas ce que nous désirerions ; cepen-
dant nous ne cessons d’espérer : Dieu est tout-puissant et bon. Comme saint Martin, vous paraissez être, dans les circonstances surtout, nécessaire à votre peuple. |
“ Je suis sur mon départ. Je quitterai Rome probablement le 30 du courant, pour prendre à Gênes le Werra le 31, et être à New-York le 12 ou le 13 de janvier. Parmi toutes les raisons qui me font désirer mon retour au pays, celle de vous revoir n’est pas la moindre. *
“ Je suis bien content de mon voyage ; tous ceux qui réfléchissent verront que c'est Dieu qui l’a voulu. En cette occasion encore, vous avez été l’interprète des desseins éternels.
“ Sans presser, tranquillement, à son heure, sans fatiguer les autorités, j'ai eu l’occasion de donner des explications calmes, modérées, dépouillées de passion, appuyées sur des documents : un avenir prochain, je crois, dira qu’elles auront pas été inutiles pour aider à décharger notre ciel politique et religieux, gros de nuages et d'électricité. Je vai rien fait, je n’ai rien dit qui ne puisse tourner à l’avantage de l’épiscopat et à l’agrandissement de son influence,
“ Evêque irrépréhensible, sobre, prudent, modeste, pacifique, tel que le désire Saint Paul, père bon, je vous demande de me bénir, et je me souscris avec respect et affection, de votre Gran-
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deur, Moines le fils soumis et dévoué.” Samedi, 26 décembre. —Jusque par dessus la tête dans Île
mémoire : ce qui ne m’a pas empêché d'aller en voiture (de ce
temps-ci fime às money), avec M. Desrosiers, à la place des
SS. Apôtres, à la Place du Gesu, à la Place d'Espagne, à le Place de la Minerve, sur le Corso ete, pour diverses petites commissions qui ont bien leur importance ; et de recevoir la visite de M. D. qui m'est arrivé tout rayonnant de joie; et aussi la visite de M. Dugas, de P. (11, 12 et 13 décembre) et de H., qui me sont arrivés, eux, rayonnants damabilité. Si je fais des compliments, il ne faut pas oublier que je cohabite, dans la même chambre du matin jusqu’au soir, près du même feu, depuis trois mois et deux jours, avec le plus complimenteur des abbés. Tousles maux presque s’attrapent, soit par microbes invisibles à l'œil nu, soit par influence secrète plus invisible encore,
Dimanche, 27 décembre.—Journée toute entière passée à la maison, le nez sur la table, au milieu des paperasses. L'ouvrage ne fut interrompu que par une petite visite de M. D. par une petite marche que, nous fimes jusqu’à la porte Pia sous les rayons d’un soleil radieux. N'importe, e finita la
copia, la copie est finie, entendez-vous Jéni, f, i, fi, n, i ni,
fini, fini !!
11 ne nous reste plus sur les bras que l'impression qui est
rendu à plus du tiers, elle se continuera jusqu'aux environs des
Rois. Mais n'avoir qu’à corriger des épreuves, c'est une bagatelle, comparée à la tâche à laquelle je suis attelé depuis le 8 décembre. Respirons à l'aise. Deo Gratias !
A M. G. D.—“ J'ai recu hier votre lettre du 14 du courant,
accompagnée de.la copie de votre longue épitre à M. C. C'est
ci e
Rite
une page d'histoire qui démontre jusqu’à l'évidence que toujours on récolt> ce qu’on a semi, D> tout cela, il sortira du bien, sinon tout le bien qui aurait pu être produit, si l’on eut été sage dès le commencement, au moins ce bien qu'il y à
de rentrer dans la voie droite quand on en est sorti. Tous n’y
rentreront pas volontiers, par conviction, mais bien à la fin par
la force des événesnents, sous les lecons et même les châtiments de la bonne Providence. La politique gâte tout, et fait condamner chez l’un ce qu'on excusait chez l’autre, toujours au nom de la religion, Il faut que chez nous la religion soit une corde surnaturelle bien forte, pour n'avoir pas été usée complètement par les efforts et les imprudences d’un trop grand nombre, Mais ce jeu finira. L’excès du mal ouvrira les yeux.
Quelquefois il est bon qu'une maladie arrive à son paroxisme, pour que le remède, jusque là impuissant, produise sou effet. Il est évident que lappréciation du règlement des écoles
appartient aux évêques, personn e n’en a jamais douté. Mais
il y a bien des moyens d'user d’un droit. Dans les temps de commotion, on n’entend que la voix de ceux qui crient fort, et la foule est portée à croire que ces cris puissants sont la voix de tous. Calme, mesure, prudence : voilà l'avenir, sinon immédiat, du mois prochain.”
Lundi, 28 décembre.— Bonjour, messieurs, mesdames, comment vous portez-vous ? Je vous arrive avec la grosse nouvelle, que je vous laissais vaguement emtrevoir le 24 du courant,
Donc, jeudi dernier, la veille de Noël, je recevais du Canada un télégramme, me disant que “mes sèrvices étaient requis au
pays immédiatement”, (textuel). Je ne pouvais laisser mon
mémoire inachevé. Je répondis que je partirais aussitôt qu’il serait terminé. Il est terminé je pars.