ER SE “ LINE
se
Gracieux et magnifique,
Suave x lenitate.
Quant à moi, ce fut un père ?
Vénérable et vénéré,
Que souvent mon presbyrère
Vit sous son toit honoré. ‘#
Il aimait ma galerie,
Ma maison, mon personnel, Et la calme causerie à % Qui se fait en mon castel. | Le soir un feu d'artifices
Lançait au plus haut des airs | { Notre joie et ses caprices, |
Des comètes, des éclairs. ; FE
ns hé
Elle fut belle, la fête,
Lorsqu'il vint,—avril, vingt-neuf, — Crosse en main et mître en tête, €onsacrer mon temple neuf : + Quatre évêques, six chanoines, Cent deux prêtres en surplis,
Un peuple immense, des moines, Remplissaient le saint parvis.
Pour bénir mon cimetière Où déjà s'élèvent croix, Monuments et flèche altière, Il revint une autre fois.
Il revint pour le collège.
Qui se dresse vers les cieux, | | Et que chaque jour assiège
D'écoliers un corps nombreux.
Cette année, au crépuscule
Du premier jour de juillet, Avec cet art qui stimule
D'un mot bienveillant, discret, De sa main, dans mon parterre, Lui-même il donne leurs prix, Du sommet du belvédère,
Aux élèves réjouis.
Toujours j'eus sa confiance, Soit dans un chapelinat,
A la tête de l’enfance,
Ou pour un canonicat ;
En moi foi continuelle,
Soit à l'Université,
Ou dans la ville Eternelle,
Comme au poste de curé.
. Toujours, au fond de mon âme, Vivra le doux souvenir De ses paroles de flamme, Lors de mon dernier partir.
Avec amour il m’'embrasse, Me bénit affectueux, Me disant avecque grâce :
À Rome, au revoir, adieux !
A Rome ! la maladie
Le ramène sur ses pas ; Rome, malgré son envie,
Il ne la reverra pas.
Hélas ! qui pouvait le croire ?
oise
C'était le dernier adieu !
Au revoir | oui, dans la gloire, Là où règne le bon Dieu.
Sombre nuit, tendez vos voiles,
Couvrez de votre linceuil
La lumière des étoiles ral ‘ Et de mon âme le deuil.
Jamais plus, ma triste oreille
N'entendra sa douce voix
Dont l’écho muet sommeille :
Mort, j'écrase sous ta croix.
Que vois-je ? à travers la brume Voltige un astre brillant !
Il augmente de volume,
Il se perd au firmament.
C’est l'étoile d'espérance
Pour qui pleure en ces lieux, Leur montrant la délivrance,
Un jour, là-haut, dans les cieux.
File, file, o mon navire, Vers les plaines de la mer :
Je ne crains plus le délire, Ni la rage de l’Auster.
Quand j'aurai de cette vie Vaincu la mer et le vent, Je verrai dans la Patrie, Mon évêque triomphant.
lee De Gibraltar à New-York.
Dimanche, 3 janvier.—Tombons à genoux et disons un De profundis pour ce bon évêque qui n’est plus. Il aimait ses prêtres, et son affection les suivait au delà du tombeau. Il assistait à leurs funérailles, et généralement il chantait luimême leur service funèbre. Que Dieu lui rendre le retour de la charité qu’il a si souvent exercée vis-à-vis les autres, Lux perpetua luceat ei.
Au déjeuner, nous n’étions que deux à table. Est ce que la mer est grosse ? est-ce qu’elle balance ou roule Îe navire ? pas beaucoup. C’est que la majorité des passagers n’ont pas le cœur marin ; c’est que la Méditerranée, avec ses délices de printemps, nous a gâtés ; c'est. que le service si bienveillant du bord gâte les timides qui veulent prendre leurs repas sur le pont ou dans leurs chambres ; c’est que le vaisseau à un peu de tangage, La nuit nous sortit du détroit de Gibraltar, et nous conduisit loin en pleine mer: ce matin, plus de terre, plus d’Espagne, plus de Portugal en vue. Un vent alisé souffle de flanc ; deux voiles latines étendent leurs ailes blanches, gonflées par le souffle invisible ; elles aident à la vapeur, et en même temps elles donnent au navire les ‘allures d’ün cheval fringant qui encense de la tête en trottant : de là quelques soulèvements de cœur chez les novices. Pour les vieux profets en navigation, dont je suis, ce balancement d’arrière en
avant et d'avant en arrière n’a rien que d’agréable. Ainsi se passe tout le jour, sous un beau soleil, par une douce tempé-
rature avec de longues ondulations de l’élément liquide.
LE, ae
J’eus une conversation avec M. Hazelton sur la politique de l'Europe, La France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie, Constantinople, tout y passa. C’est un homme bien informé.
Je prie, je lis, j'écris, même je dors ; car le sommeil de la
nuit dernière a été en grande partie détruit par la triste nou- :
velle que m'avait apportée le télégraphe, et par des songes incohérents où m’apparaissait la figure sympathique de mou archevêque.
Je viens de réciter vêpres, et faire mémoire de la fête de demain, l’octave des Saints Innocents. Cet office renferme un hymne court, mais délicieux de grâces, que j'ai essayé de traduire, admettant bien volontiers l’infériorité de ma pâle tra-
duction.