‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 56 sur 76 · UNE VIE MOUVEMENTÉE · texte numérisé non relu

UNE VIE MOUVEMENTÉE

En janvier, jour le septième,

L'an mil huit cent quarante-six,

Par une poudrerie extrême,

Par une tempête du styx, :

Au bord du lac des Deux-Montagnes, Voyait le jour un pauvre enfant,

Qui devait, par monts et campagnes, Courir le sort du Juif-Errant.

Qui me rendra la solitude De mon Saint Lin,

Où l’on vit sans inquiétude ?

Cher petit coin !

Dix-neuf printemps avaient à peine … Passé sur son front, que déjà

Il abordait de sa carêne

Le rivage de Cacouna ;

Puis il visitait Ristigouche,

Rimouski, Métapédiac,

Tignish, Antigonish, Bouctouche,

Betsiamis et Tadoussac.

Pos 0

Comme il vit, de sa goëlette,

Les brumeux rivages de l'Est, :

Il a promené sa raquette

Sur les champs glacés de l'Ouest ; Les chiens trainaient sa ‘‘tobagane,”?

Ses vivres, son léger “butin” ;

Il couchait dans une cabane

Faite de branches de sapin.

Son canot sauta les rapides

De la rivière Abbitibi,

Et brava les vagues perfides

Du lointain lac Waswanipi ;

Pour lui, le haut du Saint-Maurice, L'Ottawa n’a plus de secrets :

Il a pénétré le caprice, + Tous les détours de leurs forêts.

Cinq fois, d'Amérique en Europe,

Il traversa les océans,

Sur une planche qui galoppe

Au vent, par beau, par mauvais temps ; Il a vécu dans l'Angleterre,

En France, en Suisse, un peu partout, À Paris, la Ville-Lumière,

Sur les sept collines surtout.

Malade, il franchit les Rocheuses Aux abîmes sans. fond, béants, Leurs pics, leurs cîmes nébuleuses, Suspendu, courant sur leurs flancs :

Courant jusqu’en Californie,

Où, sous un toit riant, benin, Dans une retraite fleurie, Il revint à la vie, enfin.

Hélas ! il revint à la vie

Pour encor courir l’univers, Mêlé, luttant, comme à l'envie, Au seîn de cent projets divers.

Aujourd’hui la mer Atlantique Le ‘‘reballotte” sur ses flots ; Demain viseront sa boutique, Mille perfides javelots.

Vendredi, 8 janvier.— A glorious day : il fait soleil, mais

pas trop, justement assez pour mettre une note gaie dans l’at-

mosphère ; il vente, mais pas trop, justement assez pour nous

donner une brise vivifiante qui dilate les poumons ; il y a de la vague, mais pas trop, justement assez pour que l'élément

liquide qui nous porte, ait une apparence de vie et une élo-

quence grandiose: La fanfare résonne sur le pont, à l’unisson

de l’allégresse générale au retour de ce temps délicieux. La musique constitue un des meilleurs agréments de cette ligne de vapeurs. Pendant le dîner, qui dure une heure, l’orchestae ne cesse de faire entendre les morceaux les plus variés ; il joue d’une salle voisine, en sorte que les sons n'arrivent pas trop forts pour déranger la conversation, mais assez distinct pour assaisonner les mets d’une harmonie mystérieuse, d'une symphonie lointaine, et d’une mélodie voïlée. Comme le soir, j'ai l'habitude de ne prendre qu’une bouchée, après dix minutes je m'excuse, et je vais sur le pont m’asseoir ou marcher

à proximité du corps des musiciens, laissant flotter ma pensée

sur les ailes de l'inspiration artistique d'hommes tels que Wagner, Schultz, Mohr, Schaffer, Bœttger, Scheuw, Votteger, Lowenberg, Meacham, Kochkeller. Quels noms pour des musiciens ! véritable ironie.

Sur la liste des passagers, j'avais remarqué qu’il y avait un autre révérend à bord ; même, son nom commencant par un P, il était mon voisin sur le papier. Depuis le commencement de la traversée, je cherchais, au milieu de mes compagnons, si je ne pourrais pas le découvrir à son air révérendissime, mais inutilement, Ce matin le hasard de la conversation m'en fit faire la découverte. Je le cherchais trop loin, il habitait à mes côtés, c’est mon voisin de table, côté droit. Il est ministre anglican à W. Nous eûmes un long entretien sur la politique du Canada, sur le changement de ministère, sur la question des Ecoles du Manitoba. Il aurait bien voulu savoir à quel parti J'appartenais, il n’y put réussir. Pour en arriver là, je n’eus pas à faire grand effort, je n’eus qu’à me montrer au naturel, comme en réalité je ne suis ni blane ni noir, comme au milieu de ce conflit d'intérêts divers je ne poursuis qu’une chose, le bien de la religion et la politique du vrai.

J’apporte des étrennes à tont le monde, La chanson suivante, qui va sur l'air composé par M. Disrosiers pour “ César plus doux qu’un vrai mouton”, dira à M. Martel quelles sont les siennes,

fé LEUR ia “à t : MA PETITE PIPE.

Je l'aime, ma petite pipe,

i A ei __., Ecume qui vient du Corso ; D'un opwagan c'est le vrai type, -__ Elle est de premier numéro.

* dei s 4 à : 2 ER) in « é Fi RE Petite pipe j . j Qui dissipe \ d Tous mes soucis!

SL AUS La boucane F ; S'en émane L = é à e y | D'un goût exquis.

VER Pour.me donner la bonne bouche, :

EE: nes fe Le matin, après déjeuner, :

… LASER Je tire une petite foucke, | ATREESS Aussi de même après dîner.

: ÿ & sd ? PES APT D DE, F L î à s 4 © Après souper, dans ma berçante, LÉ En sommeillant, je cogne un clou ; POSER Mais toujours ma lèvre pendante Serre fort son petit bijou.

ee + 5 Ë ‘ à $ % Je porte toujours dans ma #/ague, L. “54 É à

M TR ne Délicieux unmien tabac, Ur Arôme insaisissable et vague,

Très sympathique à l’estomac,

Y consacrant un soin extrême,

Sous clef, dans le petit bureau.

Late ce J'en hache les feuilles moi-même, Avecque mon petit coûteau,

Lune

J'ai fait, pour le garder suave, Faire une boîte de fer blanc, Que l'on tient toujours à la cave ; Elle a plus d’un compartiment.

Aucun tabac ne vaut le nôtre, Il goûte miel, poivre, pavot ; . Le Curé n’en fume pas d'autre, -

Enfin, pour tout dire en un mot.

Samedi, 9 janvier. —EÆEt M. Chagnon, donc, n’aura-t-il pas ses étrennes ? n’aura-t-il pas sa chanson, lui aussi ? Nous ne

nous sommes jamais rencontrés ; mais, d’après ce qu’on m'en j ,

- a dit, surtout depuis quelque temps, et toujours en bien, il me

semble le connaître un peu. Voyons, essayons. Cela va sur l'air du “Vieux Braconnier.”

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