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Mercredi, 13 janvier. —A 7h. debout ; à 7kh. café au lait ; à 74 à la gare ; à 8. h. départ pour Hartford.
J'achète la “Tribune” et le “Herald”, pour voir si on n’y parlerait pas du Canada, pas un mot. Evidemment ces Vankees ne s'occupent pas de Jean-Baptiste. En revanche, j'y lis avec beaucoup d'intérêt le projet de traité d'arbitrage entre les Etats- Unis et l'Angleterre. Le Congrès Américain et les Communes anglaises le ratifieront-ils ? Il faut l’espérer, si non maintenant, du moins plus tard, Voici un évènement dans la marche de l'humanité. (C’est un pas vers la raison, demandant aux lois le règlement des difficultés internationales plutôt qu’à la guerre aveugle : c’est la reconnaissance pratique de la fraternité humaine, Il n’y a pas de doute que, à l3 longue, ce bon exemple produira des fruits chez les autres nations : heu-
reuse semence d'idées qui arrivera à sa maturité, lorsque le
: Pape sera devenu l’Arbitre Suprême de tous les peuples. C’est
alors que s’accompliront ces paroles d'Isaïe : Surgeet illuminare, Jerusalem.
114 heures, à Hartford. Je descends à l’hôtel de ce nom, comme je m'y suis bien trouvé au mois d'août dernier. A midi, lunch. A une heure, je frappais à la porte de l’Evêché.
Vers 3 heures, je rentrai à l'hôtel où, seul, dans le sa'on des dames, je vous écris, en attendant que je récite l'office de Saint Hilaire, apôtre des Gaules, le grand évêque de Poitiers, docteur de l'Eglise Universelle, On y fait mémoire de St-Félix de Nole : cela me transporte, par le souvenir, dans la Campanie heureuse, à Nole, à Mugnano, à Sainte Philomène, à une
des meilleures heures de ma vie.
Jeudi, 14 janvier. —A 64 heures, debout ; à tan déjeûner ; à 74 h. à la poste ; à 8 h. à l'évêché.
Je ne pouvais avoir, pour Ottawa, un billet direct, avec un lit jusqu’à Rousse’s Point, qu'à 7 heures du soir. Encore né ? pouvais-je toucher le lit qu’à Springfield, Alors rendons- nous de suite à Springfield : cela nous donnera l’occasion de visiter cette ville, Un train part à 9 et 26 minutes. Je cours à
l’hôtel règler ma note, et, à l'heure dite, en route pour Spring- 3 field, où je débarquais à 104 heures, | 1
Près de la gare se trouve Cooley’s Hotel, j'y descends. | Aprés avoir bu une tasse de thé, je prends Main Street, -et la conduis jusque dans la campagne, à trois milles au moins. Les chars électriques m: ramènent à la station. Je rentre à l'hôtel vers une heure ; et, dans ma chambre, où la lumière arrive abon- : dante, assis dans une berceuse, me délassant les jambes fatiguées, je récite les premières Vêpres de Saint Paul Ermite. En voilà un qui a ‘estimé la vie à sa juste valeur. Il mourut à l’âge de 113 ans, et il en passa près de cent dans le dé- Î sert. Un corbeau le nourrissait, les lions creusèrent sa fosse, Les lions voudraient bien creuser la mienne dès maintenant, mais j'ai un gardien de corbeau qui les en empêche. “Justum deduæit Dominus. Le Seigneur a conduit le juste par des voies droites, et lui a montré le royaume de Dieu.”
Bréviaire récité, que faire ? Une course dans la ville? Il * fait froid, et je me sens fiévreux. Lire ? je vais être obligé | peut-être bientôt de travailler à la tâche, je veux me reposer à ‘ le cerveau. Pourtant il n’y a pas moyen. de baïller aux cor- ! neilles toute l'après-midi. Alors faisons des vers. Chacun ! son goût. J'en connais qui passent des heures à Jouer aux cartes, et ce jeu m’assomme. D’autres passent des jours à pê
‘hi
cher, au soleil, à la pluie : des innocents, comme disait l’Irlandais, au bout d’une corde attendant qu'un innocent vienne se prendre à l’autre bout. Moi, je ne hais pas à piozhar das vers, j'ai toujours aimé les choses qui ont de la rime. C’est un agréable passe-temps, les heures s’écoulent rapides, presque sans qu'on s’en apercoive. Voyez, voilà déjà l’après-midi passé, Je vais aller souper, règler mon compte, me reudre à la station, et là attendre que le train arrive, à 8 heures, pour partir pour la Capitale du Dominion.
A propos, voici des vers qui vont découvrir un secret. Ils diront que j'ai acheté à Rome deux robes de soie, l’une noire, lantre de couleurs voyantes, croyant par là me conformer au
goût de chacune de celles qui doivent les porter. ,