‹ Dans le Bled es Siba; explorations au Maroc. Ouvrage publié sous le patronage du Comité du MarocChapitre 14 sur 46 · DANS LA CHAIN · texte numérisé non relu

DANS LA CHAIN

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LEGENDE ., Excursions aux environs de MoArdor > Sous

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années en Algérie, notamment <hi côté de la frontière marocaine. Je m'étais déjà rendu compte de l'avantage qui m'était ;iiusi

dévolu par la possibilité d'interpréter, lors de voyage dans le

Vord du Maroc, la structure des montagnes que j'ai traversées, en particulier de la chaîne de l'Andjera.

M ;i i - -i la préparation du côté scientifique de mon voyage était peut-être suffisante, je ne pouvais en dire autant du côté pratique, puisqu'il s'agissail d'explorer des régions demeuréesjusqu in absolument vierges des investigations du roumi ».

J'avais déjà, il est vrai, l'avantage de l'expérience acquise auprès

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des Musulmans en Algérie : une certaine connaissance de la langue cl sui'loul des mœurs arabes.

Maisc ni fallait-il voyager? Me lancer délibérément à travers

les pays inconnus, sans aulre appui que celui d'u scorie composée d'hon s dévoués; ou bien adopter un déguisement el un

mode de voyage qui me permettraient peut-être de passer inaperçu dans des tribus demeurées encore absolumenl fermées à l'Européen?

Je me suis décidé pour cette dernière alternative el cela pour une foule de motifs qu'il esl facile de justifier, en disanl que j'ai suivi l'exemple des explorateurs marocains qui se soûl aventurés assez longtemps en Bled es siba.

René Caillé, Rohlfs, Lenz, deSegonzac, de Foucauld ont voyagé, ceux-là coiffés «lu turban, celui-ci avec le bonnet noir imposé aux Israélites du Maroc.

D'ailleurs il n'y a pas d'exemple de Qaïd, c'est-à-dire de chef du Makbzen, qui ail autorisé un roumi à continuer sa roule en pays siba. La limite des régions soumises el de celles qui échappent à l'autorité chérifienne esl même soigneusemenl surveillée, à ce point de vue, el tous les voyageurs européens, du moins ceux qui se soûl présentés i • tels el qui onl étudié le Bled makhzen, — notamment le llaouz el le flanc septentrional de l'Atlas, — n'ont pu franchir |a limite des crêtes de la haute chaîne, parce que les autorités -'\ sont invariablement opposées.

Je suis néanmoins bien éloigné de croire qu'il sera toujours nécessaire de se dissi 1er dans une escorte indigène pour traverser les

pays siba. Je suis persuadé au contraire, que dans un avenir peutêtre prochain on pourra circuler ostensiblement, sans risques sérieux, dan- des régions qui semblenl inabordables en ce moment. Par contre, je pense qu'il sérail possible, sous un déguisemenl e1 en ne s'avançanl que prudemment, d'aller actuellemenl n importe où .

Les Marocain- sont en général de très braves gens, el s'ils sonl

VOYAGE DANS LE Sors. 77

en défiance continuelle \ is-à-vis du roumi qu'ils ne connaissent pas, de même qu'à l'égard «lu Musulman étranger, ils sonl susceptibles du | » I ii — beau dévouement envers l'Européen qui a su captiver leur confiance.

Bien entendu il ne s'agil aucunement, dans ce que je viens de dire, des régions makhzen ou même de celles qui sonl placées sous une domination relative du Sultan. Dans ces contrées, en effet, non seulemenl il esl inutile d'adopter un déguisemcnl mais, en le fai sant, on se priverail de la sécurité qui csl dévolue à l'Européen cl cela parce que les indigènes d'une tribu makhzen sonl pécuniairement responsables de la vie, ou même des dommages qui seraient causés, chez eux, à un roumi.

On conçoit, d'après ce qui précède, la nécessité dans laquelle je me suis trouvé d'endosser la djellaba.

La suite de mes voyages a pleinement justifié ma résolution de prendre le cosl mue arabe.

Je me fais une idée, après les diverses péripéties de mes exploralions, de l'émotion que j'aurais fréquemment soulevée autour de nui. notamment au sud de l'Atlas, dans le Sous et dans la région lu Djebel Siroua, si je m'étais présenté avec des vêtements eurohViis. Il m'aurail fallu pour avancer, une escorte non seulemenl mmbreuse, mais encore conduite par un chef ayant beaucoup l'autorité dans le pays même que j'allais traverser.

Après mes voyages dans le Sud-marocain, je ne me fais aucune llusion, sur la possibilité de passer longtemps puni' un musulman : >n esl tôt ou tard démasqué.

Ce n'esl pas qu'un ne puisse être pris lentanémenl parles

indigènes pour un coreligionnaire, car on peut arriver à s'adapter suffisammenl à leur- habitudes; d'ailleurs, on a toujours la res source de se retrancher derrière sa qualité d'étranger. Mais pour ne jamais se trahir il faudrait ne rien faire. Prendre des notes, questionner le long de sa route et chez son hôte, le soir, voilà

qui suffi! au voyageur pour révéler sa qualité de roumi; carie Musulman ne s'instruil pas en s'informant, il ne s'inquiète pas, sur Son chemin, du nom des rivières qu'il traverse, des villages

qu'il aperçoit, des ilagnes qu'il contourne : il ne peul apprendre

que dans les livres.

Il esl cependanl très possible d'être pris pour un frère, en ne slationnanl que peu de temps au même endroit; aussi me suis-je attaché à effectuer une étape quotidienne et je crois avoir ainsi, presque toujours, réussi à passer inaperçu, sauf, bien entendu, dans les cas où, comme dans le Sous, j'étais trahi par des hommes de mon escorte. Mais on apprend lui ou tard, là où l'explorateur s'csl arrêté, sa qualité de roumi. Elle esl toujours dévoilée paire qu'on sail qu'un Européen esl sorti de telle ville, qu'il esl reparti

pour telle autre, « | n

'il vienl d'arriver dételle région sous le dégui-

sement musulman... el surtoul parée que les nouvelles, au Maroc, se propagent avec une rapidité étonnante. D'ailleurs, eu admettant qu'il soil reconnu deux ou trois jours seulement après son passage, les Marocains ne soûl pas assez, fanatiques pour essayer de le poursuivre. Je ne crois même pas qu'ils lui en gardeni jamais rancune.

Dr plus, le vèleuieul musulman peul placer le roumi sous la sauvegarde de gens qui, toul en connaissanl sa véritable origine ont, par sympathie ou par calcul, le désir de le protéger. Mais il serait impossible à ces derniers de soutenir, aux yeux de leurs coreligionnaires, sa prétendue qualité mahométane s'il avail des habits européens; ,.;,,. ceiui qui abandonne le lurl.au est, aux yeux des Musulmans, un véritable renégat.

Enfin i| ne faudrait pas croire que les Marocains se froissent de voir un roumi prendre leur costume. J'ai eu. à ce sujet, plusieurs fois l'occasion de questionner des gens auxquels j'ai pu me faire connaître el j'ai toujours reçu leur approbation. « Toi, au moins, — m'a-t-on répondu un jour, — lu respectes, en même temps que noire religion et nos habitudes, notre vêtement. »

VOYAGE DAXS LE SOUS. 7i)

J'ai élé particulièrement aidé dan- la préparati lalérielle de ma

caravane par Si Allai A 1 m 1 i . le chancelier de noire vice-consul à Mogador qui m'a, durant mon séjour dans le Sud-marocain, conslammenl aidé de son concours éclairé.

Si Allai Abdi csl bien connu par les nombreux Litres qu'il a acquis à la reconnaissance de son pays. D'origine algérienne il >'c>l toujours fail remarquer par son dévouement à la France qu'il a. depuis qu'il est au Maroc, contribué à faire ai r.

Comme agent consulaire français à Tétouan, il s'est distingué par son intelligente activité et a laissé, chez les Tilaouni, le meilleur souvenir. Il a montré dan- ces régions sa courageuse décision dans certaines affaires difiieiles entre les Rifains cl les Européens, t Mi n a pas oublié son rôle dans l'affaire des marins de la Frasquita^ abandonnés -ne la côte inhospitalière du cap Juby cl victimes des entreprises chimériques de l'Empereur <\\\ Sahara. C'esl Si Allai Abdi qui fui pris comme interprète par le commandant Jaurès, du croiseur Galilée, cl qui joua le rôle, quelque peu difficile el dangereux, de parlementaire auprès des arabes qui détenaient en captivité nos malheureux compatriotes.

J'ai vu en Algérie de nombreux dévouements indigènes, j'en ai vu qui égalent peut-être celui <\i\ chancelier de Mogador; mais je n'en avais jamais rencontré d'aussi désintéressé.

Mon intention était de passer pour un Musulman lié- modeste ■ ■I il fallait m'équiper en conséquence. Je décidai donc de prendre seulement deux ou trois hommes et, comme botes de charge, une mule qui porterait presque loul notre bagage el deux ânes qui sont comme la caractéristique du voyageur pauvre en pays arabe.

Si Allai Abdi me lil confectionner nue lente avec deux Iode- à sacs, entre lesquelles on interposa une crelonne imperméabilisée par de l'huile de lin: noire abri avait ainsi, sans en avoir les inconvénients, l'aspecl d'une lenle de < mesquine ■■'.

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