DANS LE SOUS
28 décembre. Nous prenons, en parlant, un chemin élroil cnii-
verl de grosses pierres el se développanl e illiples lacets. Il esl
suivi par de nombreuses caravanes cl c'est, à chaque tournant, des
onc bremenls dont on ne peut sortir qu'en faisanl moi il ci- les bêles
sur des talus assez escarpés.
On se demande commenl celle roule. I'u les plus fréquentées
du Maroc, puisqu'elle esl naturellement indiquée à Ions les voyageurs venant du Sous par l< col îles Bibaoun, n'es! pas lanl soil peu entretenue. El pourtant tous ces caravaniers qui exposent ici la m,. ,|,. leurs bêles et qui risquenl de laisser leur marchandise au fond «l'un ravin, vont, plus loin, rencontrer des agents de I administration chérilien [ui exigeront d'eux un droit «le passage,
impôt inique dont la taxe esl arbitraire ni fixée par la rapacité
d'un Qaïd.
I\n quittant Aglou, la vue s'étend au loin sur la vallée de l'Ouad Ail Moussi, à travers la trouée du profond ravin que non- remonlons depuis hier. Le sol est couvert de Ihuyas, de chênes cl de genêts, landis (pic quelques arganiers rabougris se montrent çà cl là. (in senl que celte essence atteint la limite de la zone climalériquc qui lui esl permise, cl. de l'ail, nous n'en verrons plus ju--
qu'au delà il II cul.
L'ascension continue, loujours très pittoresque, -l'ai gardé un souvenir charmanl de ce chemin en montagne sous un ciel d une
pureté absol 'I d'un bleu intense, par i température de 20°, au
milieu d'une nature superbe que les caravanes en file, les chants des arabes, leurs cris pour stimuler l'ardeur des bêtes, rendent plus saisissante encore
Xous sommes toujours sur les grès rouges, dans lesquels je découvre, un peu au-dessus d 'Aglou, des traces de piaules ressem-
Min! à des aiguilles de conifères el rappclanl les empreinles végétales (jue j'ai recueillies dans les mêmes grès aux environs de Télouan.
Peut-être ces fossiles me permellronl-ils de préciser l âge du terrain qui les renferme el qui joue un rôle imporlanl dans la structure de l'Atlas et dans celle du Rif ; aussi je m'efforce d'en réunir une collection, mais au prix de quelles difficultés ! Deux de mes hommes fonl le guel tandis que le troisième m'aide à dégager les plu» beaux échantillons : encore faut-il ne prendre de spécimens qu'en dehors du chemin, afin de ne pas exciter la curiosité, loil- |L. 74. Grès nenniens aux environ* u"llcid. jours 'Mi éveil, de
ceux qui vont passer ici. Rien ne les mellrail plus en défiance (pic mes fouilles; car pour le Marocain, celui qui cmporlcdes pierres i < |,nii être qu'un chercheur de mines, un roumi.
J'observe encore, dans les grès rouges, des galets rjui iudiquenl le proche contact d'un terrain sous-jacenl qui doil former I ossature de la montagne. Peu à peu ils devienncnl plus nombreux el le grès
passe insensiblemenl ; p lingue qui constitue des bancs épais
;iu\ approches d'Iferd.
Ce petit village esl placé dans un site charmant, entouré de monolithes parfois énormes, tandis que le fond delà vallée esl bien arrosé
cl admirable ni cultivé. Des terres alluvionnaires, ou en partie
formées par des él lis, sonl pareil ieusemenl ; inagées en
petits champs étages el limités par des mur- en pierres sèches.
Fig. 75. - Vallée d'Iferd.
Dm \ cultive du blé et des légumes. Le seul arbre fruitier qui y vienne esl l'amandier.
\:ous faisons là, le Chérif cl moi. une longue station au bord du chemin, tandis que le Souéri cl Abdallah vont an village, le premier pour se procurer des provisions, le second pour y voir un de ses
amis qui c i.-n'l bien le Smis: il se propose même de lui demander
de m' joindre à nous à titre de zettat. Il voil que mes deux autres compagnons oui peur d'aller plus loin el il pense que la présence d'un homme, bien connu dans le pays que nous allons traverser, pourra il les rassurer.
Malheureusemenl cel ami esl absenL, mais un autre Iferdi ' s'offre à nous accompagner pendanl toute la durée de noire voyage au delà
de l'Atlas, el non- s 's tous d'avis de l'accepter. Il a été engagé
par le Souéri qui l'a vu souvenl à Mogador où il a même élé en relal ion d'affaires avec lui.
J'éprouve une mauvaise impression à la vue de cel homme au regard fuyant, aux paroles obséquieuses, prétendanl avoir pair ou ni dans leur- moindres recoins, le Sous. ['Anti-Atlas cl plus loin
I llabilanl d'Ifenl.
VOYAGE DANS LE Surs. l-jl
encore. J'en fais la remarque au Chérif el à Abdallah qui
déclarenl ne pas le c ailre.
foui cela ne me dil rien de bon parce que je sais que mon Souéri
me vole el j'ai peur qu'il ail Irouvé quelque compère en ce c pa-
gfiion des -hoix ; je ne m'inquiète pas pour la somme relalivcmenl
faible que j'ai avec moi, mais cela pourrail me mellre m sérieux péril dans un pavs difficile comme le Sous.
Je fais pari de mes crainles ;'i mes deux hommes >ùrs :
malheu re u sem e n I ces derniers ne croienl pas au mal, ils ne peuvenl supposer un seul inslanl que leur camarade soil assez fourbe pour me jouer un aussi vilain lour el ils insislenl beaucoup pour que j'accepte le zcltal. -le sens bien, de mon côlé, que, si je ne me rends pas à leur prière, je ne pourrai pas dépasser les Bibaoun.
Le marché esl donc conclu. <^'l iferdi nous pilotera dans le Sous moyennant I indemnité d'un demi douro par jour.
Ses préparatifs de dépari sonl vite faits, car il nous rejoinl bicnlôl auprès du col, armé d'un beau fusil à pierre, avec une poire à poudre des plus riches; il esl monté sur une petite mule agile el nerveuse.
Notre zcllal se présente 1res bien ainsi el il pourra, -il le Veut, me faire traverser des régions difficiles, mais esl son unique but? J'en doute un peu el, la suite va confirmer mes soupçons.
Xolre zetlaf.
En approcharil du Tizi Jerba, le lerrain change de nature. Le pcnnicn, toujours représenté par des poudingues, ne forme plus que des témoins isolés reposanl sur des schistes argileux inlcr calés de grès siliceux.
je suis frappé de l'extrême ressemblance de cette partie de [., chaîne avec certaines régions de l'Algérie, comme le massit" ,1,, Djebel Doui, au-dessus de Duperré, dans la province d'Al- „,.,. Ce sonl les mêmes schistes sans fossiles que l'on esl convenu de regarder comme siluriens el 1rs mêmes i lingues.
La végétation très clairsemée, surloul composée de chênes, semble vouloir ajouter encore à celte analogie frappante.
J'éprouve là, à près de LGOO mètres d'altitude, à (JO kilomètres de l'océan Atlantique el aux confins du désert, la même impression géographique que j'ai eue, il j a plusieurs années, dans drs conditions pourtanl bien différentes, à une soixantaine Je kilomètres des côtes dé la Méditerranée.
Le nom de Bibaoun ne s'applique pas au col que nous traversons el celui de Jerba, sous lequel il esl encore désigné, esl spécial à la région située un peu en dessous de ce défilé élevé : le vrai nom, m'affirme mon zellal, qui habile 1res près de là, .'si Tizi n Fercj er Hih; du moins appelle-t-on ainsi le poinl culminanl de ce passage étroit.
Du col même, la vue s'étend loul à coup vers le sud. J'éprouve une sensation 1res vive en apercevanl près de nous, à nos pieds, la riche plaine du S,, us el, plus loin, cette chaîne enc0re bien mystérieuse désignée par llooker sous le nom d'Anli-Atlas.
Que de souvenirs rapportés de ces régions encore presque inconnues par les explorateurs à jamais célèbres, Rohlfs, Lenz, tic Eoticauld, de Segonzac, qui oui osé s'j aventurer!
Du col des Bibaoun le coup d'œil esl curieux. Le liane met
,-idional du Haut-Atlas paraîl tomber rapide ni jusqu'à la plaine,
el l'Anli-Allas semble c icncer par le brusque ressaul d'un
plateau, derrière lequel se profile une cliaîne aux crêtes élevées, commençant au bord de l'Océan, dans le Tazeroualt, pour se poursuivre très loin vers l'est. Enfin l'on ressenl nettement, de ce côté un Haut-Atlas, l'impression d'un climal désertique.
La descente 'In ''"l est assez difficile, du moins pour nos bêtes, parce que la piste est souvenl tracée dans des éboulis de grès < j 1 1 1 ralcntissenl la marche.
J'éprouve je ne sais quel sentiment de compassion à l'égard de ces
Fig. 77. — ïi/i ii Ferq er Rih ou Col ries Bibaoun
petits Anes i|iii descendent prudemment, la tête baissée, paraissant chercher parmi toutes les pierres donl est formé le chemin, un point solide où il- pourronl poser I'' pied. Pauvres bêles, qui avaient bien leur pari des fatigues de l'étape <■! qui ne m'ont jamais marchandé leurs services! Aussi ]>• ne I'1- ai pas oubliées el -i je retourne jamais au Maroc j<' saurais '>n les retrouver.
[jCs schistes siluriens se monlrenl fortement plissés sur le flanc méridional de l'Atlas; ils sont profondémenl entaillés par des ravins qui descendent vers le Sous. La végétation clairsemée \ esl repré sentéc par l'arar, le genévrier, le chêne : mais bienlôl réapparaît I ar-
Fig. 78. — Descente du col.
Kanicr bien qu'à une altitude plus élevée que le poinl où nous avons abandonné la zone de cette essence forestière.
Le chemin de Taroudanl suil d'abord le flanc droil de la partie la plus élevée de la vallée, portée sur la carte sous le nom d'Ouad Ail Houmhi. Après avoir recoupé celle rivière, il atteinl la crête du conlrcforl de l'Atlas qui la sépare de l'Ouad Mneïzla el esl désignée par les gens du pays m m s le nom d'Ange! Dje P.
N*ous allons suivre l'arête de ce contrefort, sur lequel le chemin descend 1res brusquemenl en de nombreux petits lacets jusqu'au pied de l'Atlas, .;i El [lad Mneïzla.
L'An" el Dje I esl constitué, dans sa région supérieure, par les
terrains siluriens et, plus bas, par des schistes bruns intercalés degrés de même couleur el que je classe dans le dévonien. Des forèls d'arganiers, parfois touffues, recouvrenl toute celle partie sud de la chaîne.
Mneïzla, ou plutôt El Had Mneïzla', se trouve au bord de la plaine, dans les llouara. C'esl un village importanl formé .le deux groupes