EXCURSION DANS LES MONTAGNES DES BENI HEZMAR ET DES BENI HASSAN
J*ai voulu revoir la vallée si belle que nous venions d'explorer parce que j'avais le désir de contrôler, cl mes observations, el les coupes »éoloo-iqucs que j'avais relevées, tant a été grande ma surprise de ne rien voir à larr'it de ce que mon devancier disail y avoir Lrouvé.
M lésir concordail d'ailleurs avec celui de M. Buchet, dont
le projel étail d'aller planter sou théodolite le plus loin possible vers le sud.
Nous effectuons, par un mauvais chemin, le trajet qui sépare Tétouan de larr'it, el j'ai encore la déception, après trois heures de recherches, de ne pas voir de calcaires noirs fossilifères dans les schistes primaires. Ces derniers sonl au contraire siliceux el se montrenl fréquemment intercalés de bancs de grès quartzeux.
\Tous avons la bonne fortune de rencontrer un homme du pays qui s'offre à nous servir de guide. Cet indigène nous inspire une certaine confiance par sa physionomie intelligente el ouverte; nous acceptons donc ses ser\ ices.
\Tous envoyons nos montures avec trois de nos hommes à Béni Sala/i, village situé près de la vallée de VOuad Ouarga/i, parallèle ;'i celle de YOuad Quitan; c'esl un endroil paisible où notre caravane se trouvera en sécurité. Tuis nous commençons à gravir les lianes escarpés de la montagne qui domine larr'it : le Djebel Hou Zeïtourn.
VOYAGE DANS LE NORD DU MAROC
L'ascension esl très pénible parce que, indépenclammcnl de nos fusils, de ini> appareils photographiques el de nuire déjeuner, il faut encore porter à dos d'homme un Lhéodolite; aussi, ne peut-elle s'effectuer que très lentement, interrompue fréquemmenl par des
l'ig. -il. -- Lapiez calcaire clans la valK Tétouan dans le loinla
lialles île quelcj observer autour N'ous traversi en forme de pel des éboulis imp<
NoilS a\'OIÎS 1
conduire ;i la c< bab. Ce brave I lnil que celui «I nar d'autres roi
es minutes. Je profite de ces arrêts forcés poulie moi.
ns d'abord un lapiez calcaire, donl les aspérités, I,.- pyramides, rendenl l'ascension difficile; puis, riants ralentissenl encore notre marche, ■aucoup '!«' peine h empêcher notre guide de nous scade de YOuad Zerka qui porte le nom de Seb-
,i ne comprend pas que i - ayons un autre
voir celle chute d'eau parce qu'elle a élé visitée nis, de- touristes <!<• Tétouan.
;,i, DA XS LE BLED ES SIR 1.
La végétation, représentée par des Uni va s, se l'ail de plus en plus rare.
Nous constatons que la montagne esl peuplée de singés que notre guide s'attache à nous montrer. Ces quadrumanes, d'assez belle taille, se sauvent en poussant îles cris aigus à notre approche.
[| ne nous faul pas moins de quatre heures pour arriver sur l'un îles sommets du Djebel Hou Zeïtoun, mais nous n avons pas à regretter notre peine.
Nous sommes à une altitude d'un millier de mètres el . devant nous, s'étend toute la partie septentrionale de la vaste presqu'île nord-marocaine. Il m'est ainsi permis d'avoir un coup d'œil d'ensemble sur l'orographie de celle contrée.
Le relief esl encore constitué par des calcaires identiques à ceux île la chaîne de l 'Andjera, qui offrenl ici une épaisseur de pins île 200 mètres. Ces calcaires ont, en outre, un plongemenl périphérique autour de la montagne, «le sorte que nous nous trouvons sur une vaste coupole, on dôme, formée parées terrains jurassiques. Au-dessous affleurenl les schistes el les grès primaires qui forment l'ossal ure du massif.
(in \oii, de plus, que la chaîne esl en continuité avec celle de ['Andjera donl l'ensemble s'offre à nos yeux comme un immense chapelel dessinant une courbe d'une régularité parfaite et qui, terminé par le Djebel Mouça1, au-dessus de Ceuta, paraîl devoir se continuer au delà <\u détroit, par le Rocher de Gibraltar que nous apercevons dans le lointain.
M. Buchel voudrail pouvoir achever sa station géodésique dont l'importance ne peul échapper. En effet, les points trigonomélriques qu il esl en train de relever, permettront de fixer sur le papier la merveilleuse courbe de la chaîne que nous avons devant nous el donl la carte actuelle ne donne qu'une idée 1res imparfaite.
I Montagne des singes.
VOYAGE DAXS LE NORD hl MAROC.
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Vallée de l'Ouad Zerka
Aussi nie paraît-il également indispensable que l'opérateur puisse recouper lous les points remarquables pour les rattacher aux principaux repères de la cote espagnole.
Mais il se fail tard; nous serons pris par I; il a va ni môme
de pouvoir descendre à larrit. Je cherche, pendant que n
ami continue son travail, à nous assurer un gîte dans mdroil
rapproché. N'olre guide me dit alors qu'il a il bitenl un \ illage situé vers le sud : il pense qi êl re nous offrir l'hospitalité.
Comme nous sommes en costume europée prudent, je l'envoie en ambassadeur pour s assu de la chose. Il revient au coucher du soleil ei que nous n'aurons rien à craindre chez I note i Dar el Khannous, dans une vallée, sur le flanc n Boit Zeïtoun. Nous nous mettons en roule à la i des plus mauvais, dans des calcaires parsemés de fissures el d as-
:s cousins « 1 1 a ï hail- pourront peut-
i et qu'il faut être ■er il<' la possibilité disant l'ermemenl m'il non- destine à éridional du Djebel ml . par un chemin
-.s DANS LE BLED ES SIBA.
pérîtes, mais forl lieureusemenl noire marche esl favorisée par un beau clair de lune.
Aux abords de Dar el Khannous, notre guide montre une grande liésilation. Pressé de questions, il déclare que les Béni Hassan onl attaqué, cinq jours auparavant, un village voisin el il crainl que notre présence ail été signalée aux pillards qui pourraient tenter un coup de main pendant la nui!. Il nous demande d'avancer sans l> ru il ri nous précède. Nous pouvons, après un long palabre, arriver enfin chez notre hôte qui ne semble pas très rassuré.
Il nous faut attendre jusqu'à 10 heures que les femmes aient fini de nous apprêter un couscous el se soienl retirées, pour prendre possession de notre gîte. C'est une cahute servant ordinairement d'abri aux gens el aux bêles, el qui demeure malheureusement encore habitée par une mullilude d'animaux, de beaucoup plus petite taille il esl vrai, mais combien plus gênants!
Nous passons la plus grande partie de la nuil à faire du feu pour occuper notre insomnie el aussi pour lutter contre un froid glacial, à celte altitude élevée el par un temps de gelée nocturne.
De très bonne heure nous commençons l'ascension d'un nouveau sommet ilu Djebel Bou Zeïtoun, situé relie fois de façon à nous permettre de voir les régions méridionales de la chaîne.
Le village de Dar el Khannous nous apparaît alors au milieu il un vaste cirque où prend naissance VOuad Zerka. Au fond de ce cirque se montrent les calcaires en dalles que nous avons recoupés entre Dar elUadjar cl El Kouf, dans l'Andjera, el il semble que le calcaire jurassique montre ici une double voûte anticlinale séparée par une dépression synclinale, qui serait celle de Dar el Khannous. Mais ce fait demanderait à êlre vérifié; il m'aurait fallu, pour pouvoir l'affirmer, recouper la montagne dans le sens estouest. D'ailleurs, il n'a qu'une importance secondaire et ne pourrait influer sur les conclusions que j'aurai à déduire de mes observations au sujet de la structure générale de la chaîne.
VOYAGE DANS LE NORD DU MAROC. ;,;i
Non- allons demeurer plusieurs heures en slalion sur le pic nue nous venons d'atteindre, pour permettre à M. Buchcl de recouper le plus grand nombre possible de sommcls.
En effet, devanl nous s'étend une partie importante de la chaîne du liil'. Si loin que la vue puisse porter dans l'est, on voil s'avancer dans la mer le cap des Trois-Fourch.es, qui cache Mclilia et, plus près, le cap du Maure. N'ous distinguons dans la direction du sud-esl le Djebel Mthioua et, beaucoup plus rapproches vers le sud, 1.- Djebel Mancour el le Djebel Mezdjel qui domine la ville sainte d'Ech Chaoun; les Djebel Akhmos H Sountaten, cl enfin, en
Fig. 29. — Cirque .!.- Khnnnous
race cl tout près de nous, au premier plan, le Djebel Kelti ou Mont Anna .
Le Rif, vu cm enfilade, nous apparaîl formé il une série de crêtes parallèles, disposées normalemenl à la eôle.
Le Djebel Kelti, donl le poinl culminanl esl porté à l'altitude de 2201 mètres sur les cartes marines, apparaîl imposant, toujours couronné par le- mêmes calcaires du lias qui forment, 'Lui- ce
massif, un dôme encore plus important <| chu où nous sommes
cl que ceux île la chaîne de C And jera. Il \ a abaissemenl graduel
des sommets à mesure qu'on s'avance vers le nord; car, de l'altitude du Djebel Kelti à celle de 850 mètres 'lu Djebel Mouça, il \ n toutes les gradations.
I,,. M,,nl Anna semblerail offrir, dans ses parties élevées, un double pli anticlinal de ses calcaires jurassiques; mais c'esl là nue impression lointaine qui demanderail confirmation.
Enfin, nue dernière remarque qu'il mes! permis de lairc du
sommel que nous occuj s. c'esl l'extension, sur une grande
étendue de la ebaîne du Rif, des calcaires du lias; il me paraît nécessaire de supprimer désormais de la carte géologique de ces pays' les longues bandes de terrain crétacé qui \ figurenl el qui mil été indiquées d'après les données de Coquand. Ce géologue a mis ;i lorl en parallèle ces calcaires el ceux qui, à Marseille, sup-
porlcnl Notre-D; le la Garde el s'étendent à toute In Basse
Provence. Les calcaires culminants du Rif doivent, au contraire, être rapproebés de ceux de la chaîne littorale des côtes de la province d'Oran dont ils sonl la continuation naturelle.
Il m'est encore permis d'apercevoir de là, au sommel «lu Djebel Manroui . de grands arbres que notre guide nous dil être des snoubar el des ers. Ce sonl des thuyas el des cèdres; la présence de cette dernière essence dans les montagnes du Rif esl connue : les indigènes transportent son bois jusqu'à la côte où ils l'embarquent à destina) ion de Tanger.
Je ne puis admirer le beau panorama qui s'offre à nos yeux sans songer à l'impénétrabilité de cette chaîne et au courage des rares explorateurs qui onl osé s y aventurer.
Le marquis de Segonzac l'a par deux fois recoupée el ses relevés d'itinéraire, ses importantes observations géographiques dans celle
chaîne littorale di ni du Maroc suffisenl à le placer parmi les
plus grands explorateurs africains. Un autre voyageur Georges
l Celte carie esl seulemenl figurée, il esl vrai, sur la feuille de l'Espagne méridionale, de lo Carte géologique internationale d'Europe
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! ig. 50. - - Le Monl \nna ou Djebel Kelli.
Foret, encore l<>ul jeune, a aussi tenté de voir le Rif, sous le déguisemenl < 1 1 1 mendiant, mais celui-là n'en esl pas revenu!...
Il esl déjà midi lorsque nous pensons au retour cl nous avons à faire une trentaine de kilomètres, par de très mauvais chemins, pour arriver ;'i Télouan.
Après avoir passé ;'i la naissance de YOuad Zer/ca, nous >ui\<>n» h' flanc gauche de la vallée en laissanl ïarrit sur la droite. Xous demeurons ensuite sur la rive gauche de VOuad Quitan, jusqu'au niveau il'' ^nli Ali Itili. pour recouper les contreforts de la montagne, el gagner lu vallée de VOuad Ouargan.
Il <'^| regrettable que nous ayons ilù accomplir ce long Irajel d'une manière aussi rapide parce qu'il m a été donné de traverser, en la remontant, toute une série de terrains jurassiques de plus de 5ÛU mètres d'épaisseur. J'ai vu, au-dessus des calcaires 'In li;i^.
des marnes rougeatres, qui rappellent idenlicjucmenl celles qui ren-
("ennenl des ; noniles dans les Trara, en Algérie; mais la nuil
approchait cl je n'ai pu chercher les fossiles qui doivent, 1res vraisemblablement, se trouver dans ces dépôts sédimenLaires du lias supérieur.
\i, dessus de ces c ;hes se développenl d'abord des schistes,
puis des calcaires el des dolomies, enlin des calcaires avec lits réguliers de silex.
Une étude attentive de ces terrains présenterai! le pins grand intérêl parce que leur succession offre une similitude lithologique telle, avec la série jurassique du massif des Trara el du Djebel l 'il li, h m n mi. ;i la frontière, qu'il y a loul lieu d'admettre le parallèle chronologique des terrains du sud de Tétouan el de ceux de la région littorale oranaise.
Nous atteignons assez lard Béni Salah où nous attendaienl nos hommes, quelque peu inquiets de ne pas nous avoir vus rentrer la veille, el nous continuons notre roule pour n'arriver que vers H i heures à Tétouan.
Comme dans toutes les villes du Maroc 1rs portes y sont fermées au coucher du soleil; mais, tandis que la plupart des Marocains attardés doivenl passer la nuil dehors, on l'ail ici exception pour les étrangers, nota icnl pour les ro is. 11 faut seulement un peu de patience pour que, après avoir déclaré sa qualité de n voyageur », au maUhazni préposé à la garde de l'entrée, ce dernier ail le temps d'aller chercher la clef déposée chez le Gouverneur après la fermeture; cela se fait, paraîl il, par simple raison de contrôle.
Duranl toutes ces formalités, qui nous Liennenl plus de trois quarts d'heure en dehors des murs, on nous montre, à la faveur d'un beau clair de lune, les crochets placés au-dessus de la porte el auxquels élaienl fixées, lors du siège de Télouan, 1rs tètes des prisonniers de marque. El comme pour nous convaincre de l'importance de ces mesures de répression on nous explique, avec
VOYAGE D i \'S LE \ORD DU WARi ;:,
détails, comment les tètes, d'abord salées au Mellali de la ville', égalaient toujours en nombre les merlons du parapel crénelé, audessus de l'immense portail que nous avons hâte de voir s'ouvrir.