EXCURSION AUX ENVIRONS DE TÉTOUAN RETOUR A TANGER
Mes excursions aux environs de la ville portenl sur ses abord? immédiats el sur l'extrémité méridionale de la chaîne de l'A/u/jen
Fig. 31. — Les Montagnes des Béni [lezmar mi.'- de Tétouan.
qui se termine par les hauteurs qui dominenl Tétouan, sous le nom de Djebel Dorsa.
.1 ;ii presque toujours été en compagnie de M. Buchet; nous avons <lù cependant nous séparer deux luis parce que mon .-uni tenait ;'i faire, dans la plaine, le relevé des ruines de Souïar donl l'élude sorlail du cadre de mes recherches. J'en ;ii profité pour
I. Le nom de Mellali qui signifie sel "ii salé, en arabe a élé donné au quartier juif 'I'- chaque \ ille marocaine, parce que les israélites -"ni condamnés à l'horrible besogne 'In salage des lêtes des prisonniers île guerre, qui doivenl i exposées nu iles-u- des portes.
fouiller plus à loisir un riche gisemenl fossilifère situé aux portes mômes de la ville, en contre-bas du cimetière israélite.
On trouve en ce poinl des argiles bleues, parfois sableuses, que les indigènes exploitenl pour alimenter une industrie céramique locale. Ils font, avec ces argiles, de [ici ils carreaux à émaux colorés, n'ayanl parfois qu'un centimètre de côté, el donl ils composent, sur les murs, des mosaïques à dessins géométriques d'un assez bel effet. Celte industrie, importante à Fa/, paraîl ici assez prospère.
Des fossiles nombreux, surtoul des coquilles de Ilusques
marins onl été signalés dans ces argiles, dès l'année ISI7. par le géologue français Coquand. Depuis, en bs7!>. l'explorateur allemand Oslcar Lenz, \ a recueilli les éléments d'une faune donl il a confié l'élude au paléontologiste Fuchs, qui a conclu à l'âge miocène des dépôts qui les renferment .
Une élude *]<■<■(• gisemenl fossilifère m'a paru devoir offrir quelque intérêt, au poinl de vue de l'histoire de la Méditerranée occidentale ri. en effet, l'examen des nombreux matériaux que j'ai pu en rapporter i- ;i déjà permis, à l'un de mes confrères, M. Boistel el à moi,
de déduire quelques conclusions intéressantes.
.Ii' ii h' bornerai ;'i dire, pour le moment, que les argiles de Télouan sonl pliocènes el forment une bande toul le long du littoral, s'enfonçanl dans la vallée de ['( luad lion Sfiha, déjà creusée aux lemps tertiaires. La mer pénétrait, ;'i celle époque relativement récente, dans un petit golfe, assez, étroit, sur le bord duquel s'élèvent aujourd'hui les minarets de la \ i lie sainte du Rif.
I ne autre particularité géologique de Télouan, qui n'a d'ailleurs qu'une importance toul à l'ail secondaire, c'est l'existence, sous la ville elle-même, de dépôts de sources formant des tufs calcaires compacts el friables avec de nombreuses traces de végétaux cl de coquilles terrestres ayant vécu dans ces eaux incrustantes. Ces dépôts, parfois <■ j i.i i -> . remontent à l'époque quaternaire el il est assez curieux de les voir se continuer au sud de la ville en une nappe d'un blanc éclatant. Il- sonl comparables, en petit, à ceux
VOYAGE DANS LE NORD DU MAROC
Pig. :.-J. — l.<-~ sources i ..- 1 1 -ir i.-mi .■ - de félounn
des geysers cl d'autres sources Ihermales donl les eaux d'IIamman Meskoutine, en Algérie, offre ni un exemple si pittoresque.
Notre excursion au Djebel Dorsa m'a confirmé dans l'idée que je m'étais faite de la structure de la chaîne de l'Andjera el m'a permis d'observer certains faits nouveaux intéressants. Nous avons fail
l'ascension de ce s< et, qui domine la ville, sur lequel M. Buchel
;, pu faire une station géodésique cl relever un certain nombre de points importants.
Le cimetière Israélite se trouve au-dessus de Tétouan, sur le flanc occidental de la montagne. Il repose sur les grès el argiles rouges du terrain permien dans les contreforts de la rive droite de l'Onad Bou Sfiha. Ce terrain offre ici une particularité intéressante.
L'explorateur Oskar Lenz, en effet, a, sur les indications el sous la conduite d'un espagnol de Tétouan, recherché du charbon dans ces couches primaires. Il a observé de très minces veines diseon linues, .l'une houille maigre, trouvé des empreintes végétales el il a
conclu .;i l'existence d'un terrain carbonifère dans ces agnes.
Mes recherches confir ni partielle ni celles de n levancier
en ce sens que, avec M. Buchet, nous avons constaté des traces de plantes qui paraissent rire représentées surtoul par des aiguilles de conifères; mais il ne s'agit pas là de plantes de la houille, car le prétendu carbonifère esl bien le terrain permien.
An dessus se développent les schistes, puis les dolomies el calcaires à silex, comme dans les contreforts de la rive droite el celle série de dépôts, vraisemblablement jurassiques, repose sur le lias qui affleure un peu plus au sud.
La vue de la vallée esl très belle du poinl où nous stationnons. Les jardins verdoyants de la plaine, parsemés de mai sous blanches, le cours sinueux de l'Ouad Bou Sfiha el, à nos pieds, la ville sa in le, formenl un agréable tableau dans l'encadremenl des montagnes des Béni I lezmar el des Béni I lassan.
Enfin nous avons l'ail une excursion à une douzaine de kilomètres, dans la direction nord-ouest, auprès du village de S a ///.sa.
Celle dernière course a été pour moi une promenade plutôt qu'une ('■Inde, car nous soin mes restés dans le massif des calcaires liasiques qui termine, vers le sud. la chaîne de V And jer a. .le ne voudrais pas néanmoins la passer sous silence à cause d'un petil incident queje regrette puisqu il a causé une émotion inutile à mon excellenl compagnon M. Buchet, mais qui ne nous en a pas moins donné
une preuve du dé\ oilell len I des liouillies de noire escorle.
Mon ami se proposail de visiter une grotte qui lui avail été signalée et qui esl située au-dessus du village de Stwisn, dans une petite vallée bien arrosée el 1res pittoresque.
.Ii' I ai laissé à ses recherches et, comme la région est, paraît-il, a >sez troublée en ce moment, je suis resté assis sur un rocher avec I un de nos Marocains, occupé à surveiller le lointain, tandis qu'un autre, du nom d Aïaclii. i ré- brave homme mais un peu simple d'esprit, se lenaii à l'entrée de la grotte pour prévenir M. Buchel encas d'alerte.
Deux heures s'étaienl écoulées lorsque je lis dire à ce dernier.
VOYAGÉ DANS LE NORD DV MAROC
venu effan l'auh
par l'intermédiaire d'Àïachi, qu'il faudrail bionlôt parlir parce que le coucher du soleil approchait. Quelques minutes après, je voyais vers moi, au pas de course, mon ami précédé de nos hommes s qui avaient laissé accrochés auN broussailles, l'un son turban, ' sa djellaba; un troisième avail perdu ses sandales. Tous ces braves gens accouraient, fusil en main, pour essayer il'' me délivrer des cinquante brigands qui m'entraînaient : telle était, du moins, i alarme donnée par ce pauvre Aïachi.
Lorsque M. Buchel lui un peu remis de son émotion, il félicita avec moi ces hommes dévoués el courageux. ('ii |jourrail aller loin avec de semblables compagnons!
Nous sommes bien décidés à rentrera Tanger par I ^ndjera, la roule de Ceula étant depuis bientôt deux ans coupée par des bandes années.
\Iaiy des nouvelles alarmantes nous parviennenl à diverses reprises.
\ous recevons d'abord la visite d'un homme de confiance du Qaïd Doués, celui-là même qui esl allé soutenir l'élu «le la tribu de l'And-
jera auprès du Sultan. Gel I e, bien connu de M. Buchet, nous
recommande de la pari du Qaïd d'attendre encore quelques jours à Télouan, parce qu'il crainl que le chemin de retour ne soil coupé à
[a [imite de sa Iribu. Ould S, Abdallah Doués nous prie de ne pas quitter ïétouan avanl qu'il nous > autorise.
Sur ces entrefaites le gouverneur de la ville se plainl auprès de noire agenl consulaire, Si Ben Abdellatif, Titaouni distingué, d'ori-
jrinc algérie •. de notre présence dans la région. Il déclare ne pas
pouvoir assumer la responsabilité de re sécurité, si nous c i-
imoiis ;i circuler dans les environs. Il s aurail donc fallu rester
,.,,1,1111,- dans la ville en attendant de pouvoir regagner Tanger; mais 1rs i-écriminalions du pacha nous émeuvenl très peu, M. Buchel ri 1 1 1 , > i .
\oUS savons tous deux ce que valenl les plaintes des agents du Makhzen; elles sonl intéressées ou dictées par une opposition sys- [cinalique, à l'égard des Européens désireux de faire quelque chose ilans le pays'. Mous avons des compagnons sûrs el dévoués el
D'ailleurs, depuis ce moment, je me suis
uis fait une ligne de c luite inébran
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I'*'-- 55 — L'eml :hure tic l'Ouad Bou Sifa vue de la rade.
'v pouvons compter -ni' un Qaïd puissanl <lu Bled <•> siba : nous
n avons pas besoin d'aul re chose.
Il esl vrai que nous effrayons un peu les gens de la ville, nolammenl les quelques Européens qui - \ trouvent, par notre prétendue audace; mais nous savons pertinemmenl que nous n'avons rien à
craindre et, de fait, nous sommes toujours enl ••'■n du respecl de
tous, aussi bien des gens des tribus que de ceux de Tétouan, y compris les soldats du Gouverneur.
I ne deuxième alerte, plus grave que la première, vienl encore nous arrêter dans notre projel de retour à travers la montagne.
Le Qaïd de l'Andjera nous fail dire qu'il étail disposé à nous donner une escorte de cinquante hommes, pour nous protéger contre les bandes qui coupenl le chemin normal de Tanger; mais nous
sommes, paraît-il, nacés par Valiente, le brigand des environs de
Ceuta, la terreur des Espagnols de la côte marocaine.
Cette nouvelle esl surprenante parce que VI. Buchel connaît bien Valiente, qu il I a mê plusieurs fois empêché de faire quelque mauvais coup à Tanger. Cependant les velléités du brigand du Djebel
labié pour la suite de mes explorations : éviter par tous les moyens possibles les '- nls du Makhzcn et ne me mettre en rapporl qu'avec les Musulmans du Rled es siba.
0 /) i \ s / E BLED ES SIBA.
M ;a s'cxpliquenl : il a récen ml razzié «1rs -eus de l'Andjera
,.L parespril de discipline, Doués a puni le malfaiteur en le razzianl
,', g our. On nous explique alors que Valiente sérail loul disposé
à nous ennuyer, parce qu'il sait que nous sommes les protégés du ii iïddel'Andjera ei qu'il le ferait ainsi manquer à ses engagements, puisque ce dernier a promis de nous protéger.
\ous ne | vons demeurer plus longtemps à Tétouan. En ce qui
me concerne il me faul regagner Tanger pour ne pas faire attendre M. de Seo-onzac el ses autres collaborateurs qui doivent y arriver bientôt. Nous envoyons alors, par reqqas, une lettre au Qaïd Doués qui nous répond immédiatement : mais sa lettre n'a rien de catégorique: il nous veul beaucoup de bien, il ne veut pas qu'il nous arrive
de mal, etc.
Kn somme, Doués ne paraîl pas très rassuré el il semble ne pas vouloir engager ouvertement sa responsabilité. M. Buchet .'I moi, de noire côté, désirons ne pas lui causer le moindre désagrément, aussi nous décidons nous à prendre la voie de mer'.
Le trajet esl peu intéressant, à travers la plaine jusqu'à l'embouchure de l'Ouad Marlil 0. BouSfiha . Nous nous embarquons sur un cargo anglais faisant le service entre Tétouan, Tanger el Gibraltar.
I Seu1 M. Buchel aurail certainemenl pu passer el même s.' rendre chez
mais, quoi qu'il n'ait eu aucune cra pour sa sécurité persoi lie, il
érail sa rcs sabilité comme engagée à cause de ma présence.
Vous avons su plus Lard le Qaïd de I \ndjera c ptait, maigre 1rs ternies
..c'^-vés de sa lettre, que nous passerions chez lui. Bien des gens du pays onl trouvé que nous avions manqué de con liai ice en eus : personne, disaient us. ,,-aurail pu nous l'aire de mal sans de terribles représailles de leur part.
Voyages
dans
le Sud Marocain
Voyages dans le Sud Marocain
DE TANGER A MOQADOR
L\ Mission élail réunie le 8 octobre 19CM à Tanger, où M. de Segonzac venail d'arriver accompagné de M. René de Klolle Roquevaire, Si S;iï<l Boulifa ri Si A I m I cl AzizZenagui.
Le I I nous non- embarquions ;'i bord d'un paquebol de la Compagnie Paquet, à destination de Mogador.
Le voj âge le long de la côte atlanliqui risé par un beau temps, mais un peu I' nu- moins d'une semaine pour franch 600 kilomètres : cela tienl aux escales m • lu Maroc. Mais si ci'- escales sonl mi
a été forl agréable, lavo- >ng; (•.■h' nous n'avons pas ii' une distance <l environ lerminables dans les porl s
grave inconvénienl pour
le voyageur pressé, elles onl par contre, l'avantage de laisser au
, isto le temps de visiter des villes intéressantes et, en ce qui
c :erne, elles muni permis de faire quelques observations
^logiques dans les rades de Casablanca et de Mazagan.
La rade de Casablanca offre une particularité assez curieuse, qui a a pas manqué de frapper de nombreux voyageurs, parmi lesquels
I ig. :,:. - i:i Ang, gisemenl préhistorique.
|,. géograpbe allemand Theobald Fischer, el le géologue français
Urives.
Le [ong de la côte, el surloul au débarcadère de la ville1, on voil apparaîtra, à marée basse, des schistes gréseux très durs, disposés on bancs réguliers. Ils offrenl un pli anticlinal, bien marqué au
niveau de la batterie située .:i 2: êtres au nord-ouesl de la porte
de In marine.
M.Thoobald Fischer a parfaite ni décril celte formation, dont
,1 désigne l'affleuremenl s,, h- le nom de terrasse" d'abrasion ; il a on outre, signalé le plissemenl de lu batterie H indiqué sa direction.