‹ Dans le Bled es Siba; explorations au Maroc. Ouvrage publié sous le patronage du Comité du MarocChapitre 9 sur 46 · Bal) ri Mrrsn · texte numérisé non relu

Bal) ri Mrrsn

VOYAGES DANS LE SUD MAROCAIN

Il esl assez curieux de suivre, à marée montante, l'envahissement progressif par l'eau, des vides laissés par la disparition de fragments de blocs de la roche, enlevés par l'action érosive des vagues. La Lerrasse de Casablanca se poursuil sur une assez grande étendue de côte, el elle se prolonge au loin sous les eaux, dans la direction du sud ainsi < j 1 1 < • 1 1 lémoignenl les brisants, redoutés ilo marins.

Ces sédiments primaires sonl recouverts par des grès très coquilliers, à peu près horizontaux, qui n'atteignent, auprès de la ville, nue de faibles altitudes el ont été déposés à une époque très récente, tertiaire ou môme quaternaire.

Au-dessus encore se montrent des sables représentant une dune ancienne, actuellement fixée. Celte dernière peut s'observer notamment à Et A/il;, petit cap qui se trou,vc ;'i l'ouest de la ville el 'I où l'on jouit d'une vue étendue. C'est le principal luit de promenade des Européens de < Casablanca.

J'ai découvert, à la surface de cette dune, les restes d'une industrie préhistorique, relativement peu ancienne, représentée par des pointes de flèches, des couteaux el des racloirs en silex.

Bassin portugais Je Mi

D'abondantes coquilles, qui paraissenl être des débris de repas,

indiquenl que 1rs h s de l'époque se rrissaient, du i s

en partie, de mollusques marins.

L'escale de Mazagan nous permel aussi d'aller voir la ville el ses environs. J'j retrouve les mêmes calcaires coquilliers tertiaires qu'à Casablanca. Ici, ils sont exploités en plusieurs points pour la fabrication des iiiciiIcs.Ii' moulin, qui sontd'abord taillées dans le roc el enlevées ensuite I « m 1 1 d'une pièce.

Les Portugais, qui onl édifié les murs de la ville el construit

lin. 59. — Safli vu de la i-ade

le bassin extérieur qui servail d'abri à leurs vaisseaux, onl égaleini'iil utilisé cette pierre.

L'escale de Safli ne nous per I pas de débarquer; la mer esl

devenue houleuse el la barre esl assez forte. Nous restons en rade une journée pendanl laquelle nous avons toul le loisir d'admirer de loin la ville bâtie en amphithéâtre sur des grès jaunes qui forment, toul autour, nue belle falaise.

\ partir de là le rivage change d'aspect.

Nous avons vu défiler, quelques heures après avoir doublé le cap Sparlel, des côtes excessivemenl basses qui limitenl les m-a iules plaines du Gharb; maintenant ce sonl des falaises, corn

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I ig. ». — Mogador vu de la rade.

celles de Saffi, au-dessus desquelles s'élève, plus au sud, le massif du Djebel Hadid.

La rade dé Mogador, entourée d'îlots rocheux, se présente de Façon pittoresque, et rien n'esl plus curieux que ce débarquement dans un petil bassin intérieur auquel <>u accède par une passe excessivemenl étroite, ménagée sous les murs de la ville'.

EXCURSIONS AUX ENVIRONS DE MOGADOk

La Mission a dû séjourner assez longtemps à Mogador. J'en ai profité pour faire quelques excursions aux environs.

De I hôtel de la Pal ra, situé à 8 kilomètres au sud de la ville,

j aifail plusieurs promenades, assez instructives, sur la grande il une qui - étend jusqu'à l'embouchure de l'I luad Tidzi el s'enfonce pro londémenl dans les terres. Puis, la Mission ayanl installé son camp • i une vingtaine de kilomètres au nord, ;'i Aïn el Hadjar, j'ai pu jeter un coup d'ceil sur la région littorale située entre la ville et le Djebel Hadid, donl j'ai observé l'extrémité méridionale.

La ville de Mogador esl bAtie sur des grès tertiaires qui formenl une côte rocheuse, I rès basse, el s'avancenl dans la mer en une série

;,s DANS LE BLED ES SIBA

de petits îlots qui abritenl la rade. Presque partoul ailleurs le littoral, sur un développemenl d'une trentaine de kilomètres, est recouvert de dunes qui empiètent sur 1rs terres jusqu'à une profondeur de trois lieues.

[)c Chichi à l'embouchure de I Ouad Tidzi el du cap Sim Ras Tagriouall jusqu'à mi-dislance du Sou,, el Àrba des Ida un Guerd, ce°n'esl que sables jaunâtres, tantôt complète ni dépourvus de

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Fie. ». - Mogs

Hé de la pis

végétation el en mouvemenl continuel, lantôl recouverts de broussailles qui arrêtenl leur progression.

Il esl facile d'expliquer la présence de ces amoncellements considérables qui forment toul autour de la ville, à une distance d'au moins 5 kilomètres, une crête qui peut atteindre 1 10 mètres d'élévation.

Le soubassement de la dune de Magador, en effet, .■si constitué pries grès tertiaires qui affleurenl au bord de la mer, et qu'on

retrouve un peu plus ! ord, de même qu'au sud. à la pointe du

Ras Tagriouall Ces grès, d'âge pliocène, que nous verrons s'étendre en une large bande, depuis le Djebel Hadid jusqu'au voisinage du cap R'ir, émergent entre Chichi el l'eml shure de

|'< luad Tidzi.

[1s sont ainsi continuellement soumis à l'action des vaguesqui les

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désagrègent el forment, à leurs dépens, un sable calcaire constamment refoulé vers la terre ferme par le flux, Des plages, parfois 1res étendues comme celle de Mogador, se son! produites d'autant plus facilemenl que les côtes s. ml basses, par suite du creusement des vallées de l'Ouad Kseb ri de l'Ouad Tidzi. Il en résulte qu'un éléini'iil sableux est constammenl offerl ;'i l'activité des courants aériens qui mil une direction privilégiée du nord.

Ou --.-lit que Mogador, donl la température est 1res douce pendant toute I année, perd île ses charmes .;i certaines époques, ;'i cause îles vents qui en rendent parfois le séjour peu agréable. Encore la ville est-elle ;'i l'abri 'le- nuées formées par le sable enlevé aux plages et qui vient -.in- ee-se s'ajouter ;'i l'amoncellement formidable des dunes.

Cependant il est assez pénible île demeurer, certains jours, au sommet de- collines ondulées qui entourent Mogador; l'atmosphère e-l alors obscurcie comme par une pluie d'orage el l'on voit, ;'i chaque rafale, toutes le- crêtes de cette montagne mouvante laisser échapper île- nuages sombres, comme -i le vent rasait les débris fumants d'un vaste incendie.

L observation de ces amas île sable offre un certain intérêt .Tantôt leur surface e-l nue. lisse ou striée par le vent, tantôt elle est boisée el alors recouverte de rtem, d'asperges sauvages, d'euphorbes, auxquels viennent se joindre parfois, le lentisque, le thuya el l'arganier

l.e lllll\;i e| le l'Ieln luinienl i\f< l'olHTe- i|i.ii- île ll'ni- ;'i iju.lll'e

mètres île hauteur, el ce dernier arbuste ajoute encore en hiver, par l'abondance de ses Heur- blanches el odoriférantes, au charme 'I'- ces régions déjà si séduisantes ù bien des égards. I le- multitudes d'escargots, d'espèces variées, après avoir vécu parmi toutes ces plantes, viennent recouvrir de leurs coquilles, comme d un manteau éclatant . le sable de la dune.

I n examen attentif montre que presque partout où I on rencontre de la végétation, le -ni e-l couvert d'une carapace jaunâtre, que l'on doit considérer comme formée par l'action dissolvante de- eaux

superficielles sur ce sable calcaire. La présence de cette croûte, dans les parties dénudées, esl comme la preuve irréfutable de la disparition de broussailles on de forêts qui \ croissaienl antérieurement. De l'ail on peul fréquemment; constater des traces de racines

,.| de souches cari isées, qui té ignenl d'un défrichemenl par

l'incendie.

D'ailleurs, le déboisemenl esl très pratiqué par les indigènes, ici comme presque partoul ailleurs dans le pays du Moghreb.

Le Marocain n'attache au bois aucune valeur; il le prend pourses besoins domestiques, le pins près possible de sa demeure el sans

le moindre ménagement. I>e plus, il considère con bonne terre

de culture un sol recouverl d'une végétation ligneuse el croil le Lire en valeur en le défrichant par le feu.

Le calcul esl mauvais, surtoul dans la région qui nous occupe cn ce moment. Le déboisement, en effet, ne donne ici qu'un terrain hé- maigre qui se trouve, après le passage de la charrue ou le travail de la pioche, jonché de pierres anguleuses; mais il offre su ri oui le grave danger de permettre la progression de la dune alors qu elle

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étail primitivement fixée. C'esl ainsi que l'on peul constaier I enva hissemenl par le sable, même à plusieurs kilomètres des côtes. Le fléau se propage avec une assez grande rapidité et une enquête m'a paru démontrer que de grandes surfaces, ainsi rasées, auraienl disparu en moins de dix années.

J'ai même observé dans une coupure naturelle, au bord de la falaise du cap Sim, plusieurs carapaces calcaires intercalées dans

I ig il — In - auprès du cap Sim. Vnciei lune lîxéc presque c plèlemenl envahie

Les taches noires indiquent des lambeaux de l'ancie lune.

(;.j DA VS LE BLED ES SI HA.

|a dUne el qui semblenl bien té igner de déboisements successifs.

Il semble résulter de mes observations que rien ne sérail plus simple que de fixer la dune par des plantations de pins maritimes el même de thuyas, donl je ferai ressortir plus tard l'utilisation praliqui . qui se développeraienl très facilemenl sous un soleil des plus doux el sur un sol suffisamment arrosé.

Vussi le jour où la Colonisation tentera, dans les environs de

ité méridionale du Dji bel iladid.

Mogador, de réaliser des progrès comparables à ceux déjà obtenus par le Commerce, clans celle ville si importante du Sud-marocain, la Civilisation aura bien vile fail de reconquérir ce que l'imprévoyance des indigènes ;i laissé enlever par le fléau envahisseur.

I n intérêl d'un autre ordre s'attache encore à l'élude des dunes des environs de Mogador. J'ai trouvé en plusieurs endroits, libres à leur surface ou empâtées dans la carapace calcaire, >\>^ traces il une industrie préhistorique relalivemenl récente. Ce sonl des outils en silex analogues à a-iw de Casablanca.

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rig. 16. — Paysage à \ I Hadjj

J'ai l'econnu trois de ces ateliers antiques, el il n'esl pas douteuN que des recherches minutieuses amèneraienl la découverled un phi-

jrand n< >ni I >n

risemenl i

En dehors de la dune, les environs de Mogador sont presque invariahlemenl formés par des grès tertiaires qui affleurent au bord de la mer el à la pointe de Tagrioualt.

Le paysage esl assez curieux avec ce terrain couverl de pierres — tel un champ de laves volcaniques -dans lequel I indigène trouve péniblement un coin propice à la culture des céréales. Aussi ces grès sont-ils généralemenl boisés : l'arganier, cel arbre si intéressant, caractéristique des régions littorales du Sud-marocain, existe un peu partout; il esl accompagné de thuyas, de brous sailles d'atriplex, de phillyrées, de cistes, de genêts, de globu-

,,i DANS LE BLED ES SIBA.

\ une vingtaine de kilomètres au nord-esl de Mogador, à Ain el Uadjar, la nalure du sol change et, avec elle, le paysage.

Les "i-ès pliocènes viennenl butter, dans relie région, contre une petite chaîne, sorte de voûte très allongée donl le revêtemenl csl formé par de- calcaires jurassiques el qui constitue le- Djebel Hadid el [vourial.

I ne riante vallée s'esl creusée au contael de ces calcaires forlcm,.ni inclinés el du plateau tertiaire horizontal, el cel affouillemenl ,|,.- arts superficiels a mis à nu des argiles crétacées profondes.

Le Lhalweg, bien arrosé, esl recouverl «l'une épaisse couche d alluvions ou les cultures, les jardins potagers, sont très florissants el donnenl à cette dépression un aspecl agréable el fertile, encore

rehaussé pai- la présence d'une multitude d'oliviers.

Am el Uadjar est, à juste Litre, considéré connue la campagne de Mogador. Il y a peu d'Européens de celle ville qui n'aient, au pied du Djebel Hadid, un endroit où aller planter leur tente duranl les plu- chaudes j -nées d'été.

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