‹ Dans le camp ennemiChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

■^^Mis lecteurs, faisons un grand signe ^^)n& d^ croix et entrons résolument •^e^ dans le domaine brûlant de la politique. Que mes compatriotes qui lisent ceci ne craignent rien : s'ils mettent la religion avant la politique, les principes de Jésus-Christ avant ceux d'un parti politique, pour une fois du moins, ils vont tous être contents de moi.

Bien des personnes sages, qui ne se montent pas la tête pour des riens, qui pèsent le pour et le contre de chaque

question, qui n'ont aucun intérêt personnel en jeu, pressentent un grand danger pour notre avenir national et religieux, dans l'acrimonie de nos luttes politiques. Ne mettons-nous pas les intérêts du parti avant ceux de la religion ; ne transigeonsnous pas avec un principe, ne faisons-nous pas taire notre conscience en bien des circonstances pour ne pas faire de dommage à notre pa7'ti f N'avons-nous pas dit bien souvent dans le secret de notre cabinet : je ne devrais pourtant pas faire cela, mais que va dire mon parti ?

Je ne devrais pas acheter les électeurs comme je le fais. . . .mais mon parti !

Je n'aurais pas dû donner mille piastres à ce cabaleur qui va s'en servir pour aller soûler les électeurs et acheter les consciences, . . mais mon parti ! !

Je ne devrais pas voter dans tel sens, .. mais mon parti !

Je ne devrais pas dire tant de calomnies

sur mes adversaires politiques . . . mais mon parti"!

Je ne devrais pas exercer telle vengeance à l'égard de tel homme. . . . mais mon parti !

Je ne devrais pas donner tel contrat à un tel . . . mais mon parti !

Je ne devrais pas recevoir l'appui de ce voltairien, qui n'a qu'un but : détruire l'Eglise catholique. . .mais mon parti !

Je ne devrais pas envoyer ce polisson éhonté parler en ma faveur dans telle paroisse . . . mais mon parti !

Je ne devrais pas nommer à tel emploi ce bambocheur incapable... mais mon parti !

Je ne devrais pas donner l'autorisation de vendre de la boisson à cet aubergiste qui enivre tant de jeunes gens, fait proférer tant de blasphèmes, commettre tant de honteux désordres. . . mais mon parti !

Je ne devrais pas laisser tel journal que.

je puis contrôler dire tant d'infamies. . . mais mon parti !

Toujours ce refrain : mon parti ! mon parti. ! Les maux que l'esprit de parti a causés dans le pays sont incalculables.

L'esprit de parti a tellement vicié les iatelligences, faussé les jugements, qu'il fait dire blanc et noir sur la même question, du jour au lendemain. Permettezmoi de vous rappeler ce que j'écrivais dans ma seconde mine il y a douze ans.

" J'entre dans une maison, j'étais écolier.— " Monsieur, quel est donc le nom de votre voisin ?

— Pierre un tel ; c'est un bon voisin, un homme d'église, craignant Dieu, un travaillant qui a élevé une grosse famille sur une petite terre, un homme sobre et charitable, qui ne dit jamais gros comme ça de mal des autres. . .etc. etc. Il fit son éloge pendant une demi-heure.

L'année suivante, j'entrai pour me

reposer dans la même maison. Les élections avaient eu lieu, et son voisin n'avait pas voté pour son neveu qui s'était présenté.

— Monsieur, dis-je à cet homme, qui ne me reconnaissait plus sous mon nouvel accoutrement, quel est votre voisin ?

— Pierre un tel. Ça, monsieur, c'est la belle canaille ! c'est rogne, entendez- vous, jusqu'au bout des ongles. Ça ne sort jamais de chez lui, parce que c'est trop bête pour se présenter devant le monde, ça va lécher le balustre et ça peut tuer un homme pour six sous. Ne soyez pas inquiet ; je l'attends bientôt dans un procès ; je verrai le bout de sa terre ou bien il en cognera des clous ; je ne puis plus le souffrir à côté de moi.

Puis j'ajoutai : " pauvre peuple, jusqu'à quel point on t'a passionné pour les élections ! que ne l'es-tu autant pour ta sainte religion ! "

L'esprit de parti rend aveugle, dit un écrivain ; à voir ce qui se passe dans notre pays, on trouve que cet homme a dit une grande vérité. Voyons ce qui se fait dans la province de Québec, car je ne veux pas aller au-delà.

Voici par exemple !^Iarc Sauvalle qui devient un des rédacteurs de " la Patrie," les catholiques savent qu'il a rédigé la *' Canada Revue " dont la lecture est interdite par Nos Seigneurs les Evêques, ils savent qu'il désire être excommunié — d'une excommunication réservée au Souverain Pontife — en favorisant, par ces écrits, l'appel à la jurisprudence civile afin d'empêcher l'exercice de la juridiction épiscopale. C'est au moment où les foudres de l'Eglise grondent sur sa tête et ou il attend avec joie qu'elles éclatent, qu'il est choisi pour rédiger " la Patrie," le journal d'un homme qui a écrit autrefois qu'il était franc-maçon et franc-ma.yon

avancé ; c'est après avoir injurié ceux que les catholiques vénèrent comme les représentants de Jésus-Christ, qu'il obtient ce poste que nos ennemis regardent comme une promotion, parce qu'il peut s'y faire entendre par un plus grand nombre de canadiens ! "La Canada Revue" reprochait à "l'Electeur" de Québec de trop sentir la sacristie ; elle ne pourra pas faire le même "reproche" à "la Patrie," celle-ci ayant à sa tête, un homme qui est l'ennemi déclaré des droits de l'Eglise, un homme qui navre de douleur son Archevêque, et tous les canadiens dignes de ce nom.

Maintenant on se demande : est-ce que l'esprit de parti va l'emporter sur l'esprit de religion ? Va-t-on ouvrir les yeux ?

Si un tel journal venait des Etats-Unis (soit qu'il fut républicain ou démocrate) on le renverrait vite, car dans ce cas, l'esprit de parti, ne serait pas là pour nous

aveugler; mais ce journal est imprimé à Montréal et appartient à un parti politique. Va-t-on être assez aveugle pour dire : il est bien vrai que celui qui est à la tête de ce journal, est un ennemi de l'église catholique, mais si je ne soutiens pas ce journal je fais dommage à mon parti ?

Sont-ce les intérêts de l'Eglise catholique que j'ai le plus à cœur, ou ceux de mon parti politique ?

Amis lecteurs, notre Mère l'Eglise catholique vous regarde. Artisans des villes et habitants de la campagne, vous qui appartenez au parti qui n'aime pas monsieur X., pour chef, vous êtes pleinement dans l'exercice de votre droit, jouissez de votre liberté; votre mère l'Eglise vous le permet, de même qu'elle permet à vos opposants de soutenir leurs vues, mais elle ne vous permet pas de vous laisser mener par le bout du nez par le rédacteur delà "Canada- Revue," par un français

NOS ENNEJnS POLITICIENS I39

que la vague libre penseuse a jeté sur nos rives, et qui vient nous demander du pain pour avoir la force de répandre ses mauvaises doctrines.

On se demande ce que vont faire les catholiques ; ceux qui sont allés acclamer Monseigneur l'Archevêque le premier mai, vont-ils acclamer celui qui les injuriait et se moquait d'eux la semaine suivante ?

Que vont faire les chefs des différentes nuances ?

Que va faire l'Hon. F. G. Marchand ?

Quelle ligne de conduite va suivre l'Hon. M. Mercier ?

Quelle attitude va prendre l'Hon. W.

Laurier ?

La question est grave et mérite beaucoup de réflexion ; elle exige beaucoup de prières à Dieu, qui peut nous éclairer et qui nous jugera un jour.

Il y a quelques années, l'Honorable Holton, député de Châteauguay mourut ;

son fils se présenta candidat pour recevoir l'héritage de son père en arborant les mêmes couleurs. M. Thomas White, plus tard ministre, était dans le camp opposé. Eh bien, écoutez, compatriotes ; malgré tous les efforts tentés par les conservateurs canadiens, il n'a jamais voulu descendre dans le comté pour combattre avec un catholique, contre un confrère anglais et protestant, il savait que s'il différait d'opinion avec lui sur les questions secondaires, c'est-à-dire, sur les moyens à prendre pour faire de l'argent et le dépenser pour la prospérité du pays, il se rencontrerait toujours tous deux, toutes les fois qu'il s'agirait des droits d'un anglais et d'un protestant. Voilà pourquoi White le protestant aimait mieux un anglais libéral qu'un catholique conservateur. Les catholiques sont en minorité au parlement d'Ottawa, et il me fait toujours peine de constater au lendemain des élec-

tions générales, la défaite d'un catholique contre un protestant. Dans les provinces maritimes et dans l'Ontario, les catholiques font une lutte de géant ; à quelque parti qu'ils appartiennent, libéraux et conservateurs se rencontrant sur le terrain religieux et sont une force dans les moments de grand danger. Cependant presque tous les journaux, quelque soit le parti qu'ils représentent, se réjouissent de la défaite d'un catholique contre un orangiste, pourvu que celui-ci pense comme eux en politique. Il n'y a que l'esprit de parti qui puisse porter un journaliste soi-disant catholique, à pousser ces cris de joie délirante sur le cadavre politique d'un catholique piétiné par un orangiste ou un francmaçon.

La joie de nos adversaires est de voir les catholiques divisés. Or l'esprit de parti est ce qui nous divise dans les moments de lutte, quand notre Mère la Sainte

Eglise nous crie dans ses heures d'angoisse : mes enfants ! à mon secours comme un seul homme.

Quand verrons- nous dans le pays le beau spectacle qu'offre un peuple uni ? Quand entendrons-nous ces belles paroles qui ont si souvent charmé mon oreille dans mon enfance : je ne voterai pour lui que s'il est un homme de religion. Quand ? . . . quand il n'y aura plus d'esprit de parti ; en d'autres termes, quand on aimera mieux son Dieu que son candidat ; quand les choses de l'éternité auront plus de valeur à nos yeux que celles du temps. Réfléchissons-y pendant qu'il en est temps. Comme catholiques, lecteurs, vous croyez à la prière : priez beaucoup pour que l'esprit de parti ne l'emporte jamais sur le parti de l'esprit religieux.

J'entends déjà, de ma chambre, crier tous les politiqueurs : la discipline donc !

la discipline ! Mais, messieurs, est-ce que Jésus-Christ n'est pas un chef qui crie lui aussi : la discipline ! mes enfants, la discipline . . . sans laquelle vous n'aurez pas de faveurs et n'entrerez jamais dans mon parlement où les élus de mon parti ne sont pas soumis aux capricieuses volontés des hommes.

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