‹ Dans le camp ennemiChapitre 11 sur 16 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

^^^N rapporte qu'un jour O'Connell, «I^W tiraillé en tous sens par des amis %"^ qui le trouvaient trop hardi, rencontre un de ses admirateurs qui lui dit : prenez garde, on dit que vos ennemis les Anglais vous préparent un piège. Mes ennemis ! s'écrie O'Connell, de ceux-là j'en aurai bien soin ; mais de grâce, débarrassez-moi de mes amis, de ceux qui passent tout leur temps à soutenir la cause de mes adversaires — ,ces amis sont les seuls ennemis qui me fassent peur.

Passer sa vie à soutenir la cause des adversaires ! quelle parole profonde ! que cet homme avait l'expérience des combats!

Depuis que le péché existe, il y a partout deux camps, deux cités : " la cité du bien et la cité du mal. " — Les soldats du mal sont toujours et partout agressifs ; pour eux, il n'y a ni trêve ni repos ; ils tirent sans cesse sur les soldats de l'armée du bien. Parmi ces derniers, il y en a qui chargent leurs armes pour résister à l'attaque ; dès qu'ils veulent faire feu, quel est le premier ennemi qu'ils ont en face ? un ami qui est là les bras étendus en avant de l'armée, qui crie : " laissez faire, mes amis, attendez, vous allez faire du train ; laissez nos ennemis dépenser leurs munitions ; que peut faire après tout, cette poignée d'adversaires ? n'allez donc pas les persuader que nous nous occupons d'eux ; vous voulez leur donner trop d'im-

portance en les jugeant dignes de tirer sur eux." Les généraux rassemblés ont beau, par une lettre collective qu'ils font circuler dans les rangs de l'armée, jeter le cri de ralliement, appeler leurs fidèles soldats autour du drapeau pour le protéger, toujours les ennemis-amis sont là à crier : laissez faire ! laissez faire ! !

— Mais les ennemis lancent leurs projectiles au milieuji de nos rangs — vingt, trente soldats viennent de se faire tuer.

— Laissez faire, ne craignez rien.

— Mais une place forte vient de tomber en leur pouvoir.

— Laissez faire, nous vous en supplions, vous aller faire du train.

— Mais ils sont déjà en possession de plusieurs imprimeries — forteresses d'oii ils lancent sur nos soldats leurs projectiles empoisonnés sous forme de mauvais journaux, de livres immondes, d'idées révolutionnaires.

— Oui, mais attendez, laissez faire.

— Mais ils sont si audacieux qu'ils sont déjà pris corps à corps avec un de nos généraux, dont ils veulent briser le sceptre, en appelant Henri VIII à leur secours.

— Laissez faire, ce n'est pas encore le temps, ça va faire " du train," s'exclament en chœur, les amis qui ont toujours les bras croisés et ne les ouvrent de temps à autre que pour supplier ceux qui sont prêts à donner leur sang . ... de laisser faire.

■ — Que voulez- vous ? amis lecteurs, ce laisser faire est si commode. Quand on se tient les bras croisés toute la journée, on n'est pas fatigué le soir, on peut passer la veillée à rire de ceux qui le sont. " Les pires ennemis," dit Notre-Seigneur, " sont ceux de sa maison" ; paroles que les catholiques devraient méditer bien plus souvent.... Que de combattants ces ennemis de la maison ont arrêtés ! Quand on lève

son arme pour tirer, il est pénible d'avoir à brûler la face d'un ami avant d'atteindre l'ennemi.

Il y a une autre classe d'ennemis-amis. Ceux qui appartiennent à cette catégorie ne crient pas aux autres pour les arrêter, mais, retranchés derrière un bon mûr, ils regardent les combattants et critiquent.

Ils ne font pas attention au nombre de victimes que le bon soldat a couchées par terre, ils épient le moment où, pendant l'excitation de la mêlée, il tirera à côté du but ; un immense éclat de rire triomphant, parti du camp ennemi, accueille ce projectile qui a fait fausse route, et l'ami caché derrière le mur joint dans un commun concert sa joie à la leur ; il raconte à tous ceux qu'il voit la bévue dont il a été témoin, sans jamais parler des hauts faits qui ont soulevé l'admiration des spectateurs ; il semble n'avoir qu'une préoccupation : faire remarquer les coups mal diri-

gés du combattant pour engager les autres à le faire retirer de la lutte.

Ecoutez bien l'histoire de Mathurin.

Pauvre Mathurin ! il y a un homme qui ne t'ajamais connu et qui sympathise de tout son cœur à ton malheur !

Mathurin était l'ami d'un homme qui avait dans son champ un beau pommier.

Ce beau pommier avait de belles pommes qui excitaient l'envie d'un voleur. — Pourquoi, se dit celui-ci, m'amuser à jeter les pommes par terre une à une, je vais couper le pommier et je les aurai toutes bien plus facilement ; il se munit d'une hache. Mathurin qui soupçonnait son dessein, se présenta tout-à-coup devant lui, au pied du pommier, et le combat s'engagea ; il y eut " du train."

Mathurin se défendit de son mieux, il n'était ni fort ni rusé, mais il avait pour lui le droit qu'on a appelle " la force d'en haut," il parvint à enlever l'arme au vo

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leur ; mais, par manque d'adresse, en voulant parer un coup, il coupe une branche du pommier, Mathurin, tout en regrettant la branche brisée, était content de son coup ; il avait conservé l'arbre qui continuerait chaque année à donner une belle et magnifique récolte ; il avait fait une noble action, sa conscience était joyeuse, son Dieu le récompenserait ; ça lui suffisait. Oui ; que cela te suffise, pauvre Mathurin ! car tu n'auras pas autre chose.

Le lendemain matin, des voitures chargées de voyageurs passaient dans le chemin comme d'habitude ; on regardait de la route la branche de pommier brisée.

— Oui a donc cassé cette branche?

— C'est Mathurin, l'espèce de fou qui travaille ici.

— Ou'est-ce-qui a pu le porter à faire ce coup-là ?

— Il a vu un homme avec une hache

au pied du pommier, il s'est imaginé que c'était 2in voleur et lui a ôté la hache; le voleur s'est défendu, comme de juste.

— Bon dommage ! il a bien fait ; une hache nous appartient ou ne nous appartient pas ; si elle nous appartient pourquoi la donner au premier fou qui veut nous l'enlever.

— Il est dangereux, ce Mathurin-là, prenez garde ; si, jamais vous voulez bûcher du bois, cachez-vous de lui car il va croire que vous voulez le tuer ; dès qu'il rencontre quelqu'un avec une hache, il saute dessus.

— Oh! je comprends ; il est un de ces hommes toujours prêts à se battre contre les moulins à vent.

— Tout juste, monsieur, un Don Quichotte.

Je n'ai pas besoin de vous dire, lecteurs, que celui qui donne les réponses, est un ami du voleur qui, tous deux, appartien-

nent à une " orande bande oro-anisée." Ils veulent ttier le soldat Mathurin et, comme seuls, ils ne le peuvent pas, ils vont demander à ses amis, de faire la besogne pour eux ; . . . . et ils la font.

Console-toi, cher Mathurin, tu as pour toi la joie du devoir accompli, les applaudissements des Anges et la grâce de Dieu ; passe-toi de tout le reste. Si la nature regimbe et gronde au fond du cœur, pense à tes péchés passés : c'est une belle occasion de les expier tous en huit jours et pense au grand Maître que tu sers. 11 avait des amis lui aussi, et c'est au moment où ses ennemis le couvrent de crachats, qu'il est abandonné de tous ; courage ! ''si compatimur et congiortficabimur" si tu souffres avec lui, tu seras glorifié avec lui.

Parmi nos amis qui favorisent l'ennemi, il faut compter ceux qui ne veulent pas encourao-er les marchands et les ouvriers

catholiques, qui vont jeter leur argent dans le plateau de la balance de nos adversaires ; je prends ici les mots marchands et ouvriers dans leur sens le plus étendu. — Un juif achète chez un Juif, un franc-maçon chez un franc-maçon,un Anglais chez un Anglais ; ces gens ont l'esprit de corps, — et nous, catholiques, nous laissons là un ouvrier, un forgeron, un voiturier, un orfèvre, un épicier, unrnarchand, avec qui nous prions au pied des mêmes autels, pour aller enrichir un suisse, un francisson, un Juif, un franc-maçon, un ennemi déclaré de notre Sainte Religion et de notre chère Patrie, un homme qui soupire après le jour fortuné où il n'y aura plus un seul Canadien catholique, dans la Confédération.

Le Juif dont je parle ailleurs, qui a jeté sa fille hors de sa maison, a été enrichi par une clientèle catholique et cela dans une ville aux sept huitièmes française.

Que de grandes églises protestantes, ont été bâties avec l'argent des catholiques déposé dans les magasins ! Que de salles de réunion de francs-maçons, dont les murs suintent les sueurs de milliers de catholiques !

Si Dieu me prête vie, j'ai l'intention de publier l'an prochain, un annuaire ou almanach où vous trouverez, lecteurs, non seulement les jours et les fêtes de l'année, et ... . Voyons, ma plume, ne tremble pas, dis bravement ce que tout le monde pense .... et toutes les phases de la lune, mais aussi l'adresse des industriels et marchands catholiques, des amis de la bonne cause, des soutiens des bonnes œuvres, de ceux qui veulent établir le règne de Jésus- Christ dans les âmes, de ceux qui n'ont point peur des frères et des sœurs. Nous compterons sur le concours des curés de la campagne pour nous fournir l'adresse de ceux de

leurs paroissiens, amis de la bonne cause, qui peuvent fournir à nos villes, tous les produits dont elles ont besoin.

Qu'on pousse un cri de ralliement ! que nos amis de la campagne aillent acheter chez nos amis des villes, et que ceux-ci achètent de nos amis de la campagne.

Alors vous verrez que les adorateurs du dieu " dollar " y regarderont à deux fois avant de nous insulter.

Nous avons besoin d'une organisation, car notre argent s'en va chez nos ennemis ; les magasins des Juifs sont toujours remplis d'acheteurs qui se font " raser " de la belle façon.

Parmi les amis qui font la besogne des ennemis, il ne faut pas oublier, " les conciliants incompris. " Il y en a qui ont eu le malheur de naître trop vite, " leurs idées sont lumineuses, leurs intentions bonnes, " et pourtant ils ne sont pas compris par ceux qui devraient comprendre.

Ils ne sympathisent pas avec les réformateurs qui veulent tout casser. Oh !

non ; ceux-ci, ils les méprisent ; ils veulent *' amélioi'erl' c'est le mot cher à leur cœur ; *' rendre plus acceptable le système actuel pour ne pas donner le moindre prétexte aux ennemis de se plaindre de nous. " C'est une phrase que je sais par cœur, je l'entends cent fois par mois.

Vous voyez, lecteurs, que leurs intentions sont bonnes.

Maintenant examinons leurs idées à la loupe de la doctrine catholique. Dès qu'ils tombent dans leurs " améliorations," on s'aperçoit que leurs idées ne valent pas leurs intentions. Au premier abord, on voit qu'elles n'ont pas été prises dans les lettres du Saint Père, ni dans le catéchisme, qu'elles viennent du camp ennemi, mais améliorées de manière que, " sans toutefois sacrifier les principles " (retenez bien ces muts ; pour moi, je ne

veux plus les entendre, j'en ai les oreillescassées) " on puisse donner satisfaction aux plus récalcitrants." Ces conciliants ne s'aperçoivent-ils pas que c'est un os qu'ils présentent à des loups pour aiguiser davantage leur appétit ? Après que los. sera rongé, les hurlements recommenceront, et de nouveau on présentera unsystème qui, " sans toutefois sacrifier les principes, devra donner satisfaction'' mais cette chère satisfaction ne viendra quequand on leur aura accordé totU ce qu'ils voudront " sans toutefois sacrifier les principes."

Tirons la chose au clair par un exemple : Dernièrement au conseil de l'Instruction publique, des soi-disant amis de la bonnecause ont présenté un projet de loi qui a tellement réjoui les ennemis jurés de l'Église, que trois jours plus tard la plupart des journaux impies du monde entier et surtout ceux d'Italie, approuvaient leur

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courageuse attitude. Ce fait n'est-il pas de nature à faire réfléchir ceux qui disent n'agir que pour éviter de plus grands iiiaîix à l'Eglise ? Voient-ils maintenant que les évêques qui sont opposés à leur mesure, ont bravé non pas la '• population catholique," mais la populace voltairienne.

On veut faire subir un examen aux religieux qui enseignent. Les examinateurs seront nommés par les évêques : par les évêq^ies, voici la modification qui " sans sacrifier les principes " peut donner satisfaction aux ennemis.

Nous sommes tous catholiques, examinons donc la chose au point de vue catholique.

L'Eglise par la bouche de ses évêques peut faire des lois qui obligent ses fidèles. C'est ainsi qu'elle a voulu des examens sévères pour ceux qui se destinent au sacerdoce ; mais l'Eglise ne s'est jamais présentée devant César, dans l'attitude

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d'une suppliante, lui demandant de faire une loi par laquelle, elle fût obligée d'examiner ses clercs ; car ce serait sacrifier un principe.

Poussés par la grâce de Dieu, il y a des fidèles qui demandent à leur Mère la permission de faire vœu d'instruire les enfants» l'Eglise y consent, leur donne des règles et prépose les évêques gardiens de cette partie chérie du troupeau. Les pères et mères catholiques apprenant que des religieux et religieuses se vouent à l'enseignement, s'empressent de leur envoyer leurs enfants, ou de les faire venir près d'eux, les préférant à des professeurs laïques diplômés par l'Etat, aimant mieux le diplôme de l'Église que celui du pouvoir civil. Tout va magnifiquement, comme sur des roulettes, pendant cent ans. Tout à coup des francissons arrivent dans le pays et viennent crier sur les toits qu'en France, ça ne se fait pas comme ça;

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-quelques Canadiens et tous les suisses du pays se joignent à eux. Le temps pour les conciliants d'entrer en cause est arrivé ; " il ne faut pas donner aux impies, le moindre prétexte de se plaindre." Alors on propose un plan qui réjouit trois à -quatre cents méchants et navre le cœur de vingt évêques, de deux mille prêtres, de cinq mille religieux et religieuses et d'un million de catholiques ; ce nombre n'est pas exagéré, car si l'on demandait un vote de confiance en faveur des communautés religieuses, je ne crois pas que dix sur mille voteraient contre la motion, (i) Et c'est pour contenter ces mécréants •que les conciliants font verser des larmes à tous les bons catholiques du pays.

Mais on me répondra : Aux Etats-Unis,

<l) Ce qui précède était écrit quand la paroisse de Sainte Scholastique fut appelée à décider par un vote le retoui des religieuses. Sept seulement volèrent contre le rappel des sœuis.

est-ce que les évêques n'ont pas institué une commission pour examiner les religieux qui se vouent à l'enseignemeut ?

— Oui, les évêques avec l'autorité que leur a donnée le Saint-Siège, ont nommé un bureau d'examinateurs. Je ne sache pas que les évêques américains aient demandé à l'Etat de faire une loi pour les autoriser ni leur imposer l'obligation de fonder un tel bureau. Qui ne voit la différence qui existe entre des évêques agissant librement sous l'inspiration du Saint- Esprit, et des évêques agissant de par la volonté de VEtat'^. Que dirait-on si un beau jour, un membre du conseil de l'Instruction publique demandait qu'on proposât au pouvoir civil de faire la loi suivante : Vu que les pères et mères catholiques ont droit de savoir si leurs enfants sont validement baptisés, s'ils reçoivent réellement le sacrement de Pénitence et de l'Eucharistie, il est décrété que doréna-

vant : " Tous ceux qui voudront exercer le saint ministère dans la province de Québec, devront subir un examen devant des examinateurs nommés parles évêques à qui nous confions tout pouvoir à cet effet." On crierait à l'empiétement de l'Etat, n'est-ce-pas ? On dirait : l'Eglise sait ce qu'elle doit faire. Eh bien, l'Eglise sait pareillement ce qu'elle doit faire à l'égard de ses prêtres et de ses religieux.

Dans certains pays, elle peut avoir des raisons pour examiner les professeurs, quand le bien de V Eglise le veut, pour éclairer les infidèles au milieu desquels ils vivent ; dans d'autres, quand les évêques qui sont juges le voudront, on s'y soumettra ; ceci les regarde et n'est pas l'affaire du pouvoir civil,

Pense-t-on que les évêques n'aient pas autant de conscience que les laïques ?

Maintenant, examinons la chose au point de vue de la raison.

— Voici une jeune fille ou un jeune homme qui aime l'enseignement et veut s'y livrer pendant toute sa vie : il étudie jusqu'à l'âge de vingt-cinq ou trente ans et il prononce ses vœux perpétuels ; car l'Eglise veut les éprouver longtemps pour voir si leur vocation vient de Dieu.

Ceux qui disent que les communautés se remplissent de gens qui veulent vivre à leur aise, sont des calomniateurs et c'est " le Prince du mensonge " qui parle par leur bouche. Se lever à quatre heures et demie du matin, être avec les enfants toute la journée, n'avoir de récréation que le jeudi après-midi, être obligé de partir au premier son de la cloche qui nous appelle vingt fois par jour, prendre tous ses repas en silence, faire trois ou quatre heures de classe par jour, corriger les devoirs le reste du temps ; on ose appeler cela une vie commode ! ! ! Il faut avoir la vocation pour être religieux, car sans elle le cou-

vent est une prison. Que de fois j'ai rencontré dans le monde des jeunes gens qui avaient essayé de la vie religieuse !

— " Mon père," me disaient-ils, " cette vie nous était insupportable, nous aimons mieux aller casser de la pierre dans la rue et respirer ce que nous croyons être l'air de la liberté. — Y pensez-vous ! se lever à quatre heures et demie toute sa vie, et aller passer chaque matin une heure et demie en prières ! " Il n'y a que ceux qui sont appelés de Dieu qui puissent persévérer dans cet état de vie.

Voici donc des sujets, appelés par Dieu, qui étudient depuis l'âge de sept ans, qui ont des examens très sévères à subir chaque année, présidés par leurs supérieurs ; ceux-ci ont en main la gloire de la communauté et malgré cela l'on vient nous dire : les trois quarts sont incapables d'enseigner. D'enseigner quoi .'*

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D'abord a, b, c, ensuite à lire, à écrire, les éléments de la grammaire et les quatre règles simples. Il n'y a pas un frère ni une sœur dans tout le Canada qui ne connaisse ces choses sur le bout de ses doigts. Quant aux hautes classes, il y a dans chaque communauté des sujets qui font des études spéciales, et je vous assure qu'il n'est pas doux d'aller s'y frotter. Nos Seigneurs connaissent tout cela; ils font la visite canonique de chaque communauté, savent la valeur intellectuelle des principaux membres de chaque institut ; pour les catholiques, ceci vaut mieux qu'un diplôme de l'Etat — ou "brevet de capacité," comme on dit en France.

Ecoutez- bien le fait suivant : Je prêchais une retraite il y a quelques mois dans une paroisse. L'instituteur bon catholique vint me voir et me dit qu'il avait avec lui deux aides. — Ont-ils leur

brevet ? — Oh ! non, mon père ; ils sont à étudier pour l'avoir ; mais ils en savent assez pour enseigner les enfants jusqu'à l'âge de dix à onze ans, je me charge des autres, et personne n'a le mauvais esprit de se plaindre — S'il y avait un couvent là, personne non plus de l'endroit n'y trouverait à redire, excepté peut-être ceux qui, comme les francissons, élèvent leurs enfants dans l'église des suisses. Ce qui précède démontre que devant le bon sens on n'a pas eu jusqu'ici à se plaindre de l'enseignement des frères et des sœurs, et que nos conciliants amis, qui veulent ménager la chèvre et le chou, ont tort de jeter parmi notre population un sentiment de défiance contre nos communautés.

Il y a des misères là comme ailleurs, dites -vous. Sans doute, mais il y a une chose aussi qui est bien vraie : on n'y approuve jamais une faiblesse : on met à la

porte le serviteur infidèle dès qu'on s'aperçoit que c'est un traître. Devant le bon sens et l'honnêteté, peut-on exiger plus ? N'y a- t-il jamais eu un instituteur laïque qui se soit trompé ? (i) Si je voulais renvoyer la balle qu'on me jette, ne pourrais-je pas demander si ceux qui ont été renvoyés de certaines communautés pour cause, n'ont jamais enseigné comme instituteurs laïques ? ne pourrais- je pas infliger de profondes blessures ?. . . . Je n'en ferai rien, trop heureux d'observer le précepte de la charité : " Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-mêmes " ; laissons dans les ténèbres les misères de la vie privée.

I Quelques instituteurs laïques ont mal compris ce que j'avais dit dans le Pritre vengé. Je ne suis pas contre les instituteurs laïques qui sont sous le contrôle de l'Eglise. Je n'ai jamais écrit ni dit qu'il n'y avait que les religieux qui puissent enseigner. J'ai écrit que je ne voulais pas d'écoles primaires sous le contrôle du gouvernement. A bon entendeur, salut.

Faisons maintenant quelques réflexions sur cet heureux, très heureux incident de la motion Masson. Quelques personnes croyaient que la population catholique exigeait d'examiner les religieuses et les religieux enseignants à l'effet d'écarter les incapables," les ignares ", suivant l'expression d'un journal. D'autres soutenaient l'opinion contraire. Ceux-ci reçurent le sanglant reproche de braver les populations catholiques.

Maintenant que la poussière soulevée par la tempête de la discussion, est abattue, voyons où nous en sommes. Un immense cri de soulagement est sorti de toutes les poitrines catholiques. A l'heure présente, on respire à l'aise à l'ombre du drapeau que nos évêques ont si vaillamment défendu ! Le plus grand calme' règne. Quelques reptiles de la presse font encore entendre des sifflements : " Un

grand pas — pas de géant — est fait. . . .

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un pas de plus. . . . nous l'emporterons et bientôt." Ces paroles ont été proférées par des francissons.

Que ceux qui veulent voir, voient ! !

Remercions le bon Dieu de ce que l'opinion de Nos Seigneurs les évêques est dans cette province l'opinion des catholiques : les évêques ont parlé, ont été unanimes, le peuple les a suivis et nos ennemis en sont quittes pour leurs cris ; mais ils ne sont pas morts. Les dangers à prévenir sont ceux-ci : les tentatives que ces francissons ne manqueront pas de faire pour préparer sans tambour ni trompette la nomination des membres laïques-du Conseil de l'Instruction publique pour rendre l'instruction obligatoire et gratuite. (Ils veulent payer de leur poche, parait-il). Messieurs les francissons, arrêtez, s'il vous plaît, nos évêques sont là, et la population catholique les suivra de près ! ! !

Nous prions tous les catholiques de se

procurer la petite brochure " Les congrégations enseignantes et le brevet de capacité ", par T. Chapais (s'adresser à Léger Brousseau, ii rue Buade, Québec). Il faut que tous les amis de la bonne cause aient ce livre, qu'ils le lisent et le relisent, ils y verront où veulent nous mener les francissons réformateurs et ceux qui, sans trop savoir pourquoi, leur portent la queue.

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