‹ Dans le camp ennemiChapitre 15 sur 16 · DU LUXE ET DE L'INTEMPÉRANCE · texte numérisé non relu

DU LUXE ET DE L'INTEMPÉRANCE

dimanche la même voiture dont ils se servent la semaine pour aller vendre leurs denrées. Mais, dans notre Province, on achète une voiture de marché (express) qu'on paie soixante-dix piastres, puis deux voitures — une pour " les vieux " et une pour " les jeunes," qu'on paie chacune de cent à cent vingt piastres — voilà pourquoi nous avons deux cent trente mille voitures de plus qu'eux.

Il y a deux ans nous avons acheté pour un million de piastres de chapeaux ; les cultivateurs doivent y être pour les trois quarts dans ce chiffre : pourtant un chapeau de belle paille aux couleurs variées est plus léger, moins chaud, plus propre et ne coûte presque rien. Je parle ici de chapeau d'hommes, car je ne me prendrai pas avec " la tête " des femmes, je n'en finirais plus ; il me faudrait ôter trop ^e rubans, d'aigrettes et de plumes avant d'arriver à la tête ; je leur ferai remarquer

seulement que tout cet attirail coûte bien cher et ne rend pas jolies celles qui sont laides.

Réfléchissez, mes chers amis, aux dépenses inutiles que vous faites, car nous avons beaucoup de mauvaises récoltes dans le pays. Dieu est irrité de voir qu'on sacrifie tant au démon. Il veut nous faire voir que les récoltes qu'il nous donne, ne doivent pas être employées à satisfaire notre vanité. Avec de mauvaises récoltes, on ne paie pas ses dettes, ne payant pas ses dettes, on est obligé de passer à d'autres la terre, où l'on a versé tant de sueurs.

Maintenant, un mot de l'intempérance.

Je vous en ai parlé longuement à ma dernière visite : cette fois-ci je ne veux qu'attirer l'attention sur ia conduite de nos ennemis à cet éofard.

Les ennemis du peuple veulent multi# pher les auberges. Il n'y a pas à se le

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cacher : le démon de l'ivrognerie est maintenant une puissance dans ce pays ; il cause des maux incalculables dont je ne retracerai pas le tableau. Si l'on ne veut pas combattre contre " l'antique serpent," on est perdu. — Dans ce dix-neuvième siècle, on veut jouir et jouir encore. Les hommes de caractère doivent lutter pour arrêter ce torrent de sensualité qui menace d'engloutir notre jeunesse.

Si l'on en veut un exemple, le voici : Une partie de la ville de Montréal se rend au parc Sohmer le dimanche , on reste là environ deux heures. Jusqu'ici on avait de la liqueur de gingembre, de soda, etc ; ceci ne suffisait pas, " il fallait avoir de la bière ! " ce n'est pas le grand nombre qui le voulait, mais c'était ceux qui criaient le plus fort ; on a cédé ; maintenant ils ont de la bière. Etre incapable de passer deux heures sans prendre de bière, n'est pas un signe d'un grand esprit

de pénitence : sera-t-il dit que le peuple canadien est un peuple de viveurs et de bambocheurs ? A nos conseillers d'y voir. On a calculé que la ville de Montréal dépense inutilement dix mille piastres par jour, que les ennemis du peuple lui arrachent pour le retenir dans la dégradation et la misère. Aux grands maux, les o-rands remèdes ; l'Eg-lise et l'Etat doivent ici se donner la main. Il faut un programme : ne pas vendre de boisson le dimanche, n'en pas vendre aux enfants mineurs, ni aux ivrognes, et une amende à payer par ceux qui enfreindront cette loi. En Suède, maintenant, ce sont les municipalités elles-mêmes qui vendent la boisson ; elles engagent un homme à cet effet ; celui-ci n'est pas intéressé dans la vente, il peut refuser quand il le juge à propos, et le soir il reçoit toujours le même salaire. Quelques voyageurs m'ont dit que ce système avait produit de bons résultats.

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Une chose est bien certaine : tant que le vendeur sera intéressé, il refusera rarement, soit aux ivrognes, soit aux autres.

Prions, mes bons amis, pour que ceux qui se rangent du côté du démon de l'ivrognerie puissent se convertir, et qu'ils n'aient pas à regretter pendant toute l'éternité, d'avoir favorisé le vice de l'ivrognerie.

Vi'. A-^

Mes durs compatriotes,

^B^E prends maintenant congé de vous.

^liÉ J'^i cherché par ce petit volume, à 'c^-xs vous faire connaître les ennemis du peuple — de tout le peuple, car, dans ce pays-ci, il n'y a pas de castes, nous sommes tous du peuple ou tous nobles, comme vous voudrez ; nos titres de noblesse nous ont été accordés par le Roi Travail ; ces titres nous ont été décernés sur le champ de l'ouvrage ; notre écusson est gravé sur nos fronts où brille la croix du Saint Baptême et que la sueur a sillonnés — •

tant que la croix de Jésus y brillera et que la sueur du travail y coulera, nous pourrons dire que nous ne sommes point dégénérés de notre ancienne noblesse.

Mais, dès que nous permettrons au démon de venir de ses griffes déchirer sur notre front, le contrat que nous avons fait par notre baptême avec Dieu, à l'instant même nous serons désanoblis. — Cette noblesse, celle de 1 ame, qui l'em.porte de beaucoup sur celle du sang, les suisses et les francissons veulent nous l'enlever, pour cela ils cherchent à éloigner le peuple du clergé et de leurs aides, les communautés religieuses, c'est-à-dire de nos enfants, de nos frères, de nos oncles de nos tantes, de nos propres fils et filles. Quel est celui d'eùtre nous qui ne compte pas un parent parmi les prêtres ou les religieux, que dis-je ? parmi nos évêques qui sont tous les enfants du peuple comme nous. La lutte est engagée ;

d'un côté, ceux qui ne vont jamais à la messe ni à confesse, comme Chiniquy, tous les suisses, les francissons, les francmaçons et les juifs, et tous ceux qui sacrent contre les prêtres-qui ne leur ont pourtant jamais tiit de mal ; de l'autre côté, tous les Canadiens- français dignes de ce nom, tous ceu:lt qui savent qu'il y a un Dieu, que ce iJieu a établi une Eglise, que cette Eglise est celle à laquelle nous appartenons et hors de laquelle il n'y a pas de salut.

Il faut sujiir et s organiser, c'est le devoir rigoureux de tout catholique de prendre l'arme qui lui va le mieux et de combattre. Il faut oublier le passé ; jusqu'ici les luttes que nous avons eues ont été entre catholiques ; dans les limites de la foi, chacun abondait dans son sens, croyant que si ses idées prévalaient, un plus grand bien s'en suivrait ; il y a eu de rudes coups portés de part et d'autre, toutes

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les blessures ne sont peut-être pas encore cicatrisées ; mais rappelions- nous que nous sommes chrétiens,qu'il fautoublier le passé et nous rallier autour du drapeau que nos chefs Nos Seigneurs les Evêques portent en main. — Sans doute, il y aura encore des divergences d'opinion, "autant de sentiments que de têtes ", mais tous ceux qui aiment le peuple, tous ceux qui veulent le sauver dans ce monde et dans l'autre, ne doivent pas regarder comme ennemis ceux qui ne pensent comme eux sur des questions secondaires. Quiconque désire que la Religion ait sa place d'honneur au foyer de la famille, à la tribune de l'école, au conseil de la nation, doit être regardé comme un ami, un soldat de la erande armée canadien ne-française-catholique. Là est la force, là est le salut.

Dieu tout-puissant ! faites qu'il en soit ainsi ! Que nos juges, nos médecins, nos

avocats, nos notaires, nos journalistes viennent se grouper autour de nos Evêques dont l'autorité est méprisée ; ils trouveront là nos cultivateurs et nos artisans, et tous ensemble nous écraserons en bien peu de temps la tête du serpent qui, par la bouche des suisses, des francissons et de tous les voltairiens du pays, fait entendre ses sifflements de haine satanique contre le peuple canadien.

Vous, jeunes gens qui sortez de tous nos collèges, nous tournons nos regards vers vous ; deux drapeaux sont en présence : l'un est tenu par les francissons et les chiniquistes, il porte dans ses plis ces mots écrits en lettres de sang : haine à tout ce qui est catholique, en d'autres termes, " canadien français." L'autre est la croix de Jésus portée par nos Seigneurs les Evêques,glorieux drapeau qui a essuyé toutes les tempêtes, affronté tous les orages, subi toutes les haines ; drapeau

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qui a reçu tous les repentirs, abrité tous les indigents, soulagé tous les malades, fortifié tous les défaillants ; drapeau qui a éclairé toutes les intelligences, guidé toutes les volontés, enthousiasmé tous les cœurs : drapeau qui a pour base, le mont du Golgotha, pour hampe la croix du Calvaire, pour écusson, l'image du Christ ; drapeau rougi du sang de tant de martyrs, embelli de la science de tant de docteurs, soutenu par la constance de tant de confesseurs, lavé dans les larmes de tant de pénitents et qui reflète dans l'onde de ses plis, le beau lys de pureté qu'est venu y déposer la main de tant de vierges.

Jeunes gens de nos collèges, à l'âme noble, au cœur pur et à l'esprit droit, vous dont le sang brûle les vaisseaux qui le contiennent, c'est ce drapeau qui n'a jamais subi une défaite que votre mère l'Eglise vous présente pour vous conduire à la

victoire. Nos Seigneurs les évêques marchent de l'avant et vous appellent au combat, voyez la noble attitude que ces chevaliers sans peur et sans reproche tiennent dans la lutte actuelle, soit devant la magistrature, soit dans le conseil de l'Instruction publique ; ils vous font l'honneur de vous inviter à les suivre pour combattre le même combat, remporter la même victoire, participer au même triomphe et partager la même gloire.

Amis lecteurs, je suis obligé de terminer ici ma visite.

Voyageur par état, je reprends demain la haute mer.

Vous trouverez que ce petit livre n'est pas complet, je suis de votre avis.

Mais, comme j'entends déjà de ma chambre les aboiements de la meute, j'ai cru bon de garder un peu de munitions pour riposter à la fusillade dans une nou-

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velle Mine "autour du drapeau," que j'ai découverte ces jours-ci.

Que Marie Immaculée nous protège tous ! !

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