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CHAPITRE XIII

NOS ENNEMIS LES ESCLAVES DU LUXE ET DE l'intempérance.

luxe et l'intempérance dont j'ai déjà parlé, sont aussi des ennemis ^p du peuple.

Y a-t-il trop de luxe dans le pays ?

L'autre jour, je prêchais une retraite dans une paroisse. Un cultivateur vint me chercher pour aller visiter son voisin malade ; nous parlâmes d'agriculture. Il me dit que chacune de ses vaches lui rapportait maintenant de trente deux à trente cinq piastres par année, tandis

qu'autrefois elle ne lui rapportait que six à sept piastres ; qu'il avait maintenant plus de grains sur dix arpents qu'autrefois sur vingt, etc., etc.

— Mais, lui dis-je, êtes-vous plus riche qu'autrefois ?

— Non, mon père, me dit-il, moins riche et je vais vous dire pourquoi : Autrefois on vivait " avec rien " ; aujourd'hui ce n'est plus ça, il en coûte beaucoup pour vivre.

Autrefois on s'habillait à la maison, aujourd'hui on s'habille chez les marchands ; autrefois on allait en charrette à la viesse, aujourd'hui il faut une voiture couverte et quand la famille est nombreuse, il en faut jusqu'à trois ; autrefois on se contentait d'un cheval qui allait au pas, aujourd'hui il faut un beau cheval qui trotte ; autrefois le harnais de travail suffisait, aujourd'hui il ne suffit plus pour aller veiller à dix arpents de la maison ; autrefois les chaises empaillées à la maison suffi-

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saient, aujourd'hui on ne peut pas rester cinq minutes sur une chaise si elle ne vient pas des Etats ; autrefois nos " habits de dimanche " faits à la maison., demeuraient propres cinq à six ans, aujourd'hui on ne va plus à la messe avec un habit que nos voisins nous ont vu sur le dos l'année précédente. — Que les temps sont changés, mon père, que les temps sont changés ! aussi que les terres changent de nom souvent ! ! Vous voyez chaque dimanche à la porte de l'Eglise ces trois cents belles voitures couvertes, ces beaux harnais argentés, ces belles et laides demoiselles en belle robe tout flamblante neuve, ces garçons avec chacun une montre au côté ! eh bien ! mon père, vendez tout cela, puis la terre du bonhomme par-dessus le marché, et je ne pense pas que vous en ayez la moitié assez pour payer les dettes de la paroisse. — Trop de " -fierté, " mon père, trop de

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" fierté " ! ! Voilà ce que me disait ce brave homme, et voilà ce que chacun de ceux qui me lisent, disent dans le fond de leur âme.

Un tel état de choses est bien triste ! ! Vous me permettrez de vous faire lire de nouveau ce que j'écrivais il y a dix ans, dans ma seconde " Mine " : D'après le recensement, Ontario a produit 29 millions de minots de légumes de plus que Québec, pour nourrir ses animaux. Mais pendant, qu'Ontario sarcle ses betteraves, Québec se promène ; nous avons dans la province 230,000, oui, deux-cent- trente mille voitures à brûler pour devenir sur le même pied que notre voisine, c'est-à-dire dix millions de piastres que le démon du luxe arrache de ses esclaves.

En effet, presque tous les cultivateurs d'Ontario vont se promener et même vont aux noces, en voiture de marché qu'ils appellent "exjîess"; ils emploient le

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