SIN DANS LE FAR-WEST
vaient pas m'être agréables, que par conséquent il valait mieux s’en passer pour ce soir. En effet, 1ls se couchèrent tranquillement.
Je fus profondément touché de ce trait. Qui se serait attendu, en effet, à rencontrer chez ces sauvages sans foi ni loi, chez ces hommes qui ne pouvaient pas prononcer dix paroles sans dire un mot impie ou dégoûtant, une délicatesse de sentiments, un respect pour les croyances des autres, tels qu’on les chercherait peut-être vainement chez bien des hommes civilisés? |
Je dormis comme un plomb cette nuit-là. Vers quatre heures, je fus tiré de mon sommeil par des hurlements épouvantables. N'étaient-ce pas des bêtes féroces? Non : c'était
le Mexicain qui réveillait ses compagnons.
Ayant presque fini leur tournée, Luman et ses compagnons comptaient redescendre sur Washaki, et m'offrirent de m'emmener. Mais ils voyageaïent à petites journées : Idaho conduisait le chariot à une distance de six ou sept lieues, pendant que les autres parcouraient la montagne à la recher-
che des bestiaux. Cela ne pouvait pas me convenir, car j étais déjà bien en retard. Il fut décidé que J'accompagnerais Idaho pendant la première étape; puis, je partirais à pied, et, voyageant | | la nuit, j'arriverais à Washaki le lendemain matin.
Ainsi fut fait. Le chariot nous mena
jusque dans une gorge des monts Owl-
Crik, sur li réserve indienne. Je m'y reposai un peu pendant la chaleur du jour ; on me donna une provision de viande séchée, et vers trois heures je me mis en route, après avoir pris D de mes nouveaux amis.
D'après les cowboys, j'avais environ vingt-deux lieues à faire pour atteindre Washaki, soit huit pour franchir les monts Owl-Crik, huit pour traverser la plaine jusqu’au Wind-River et six du Wind-River à Washaki. Mais ces estimations étaient basées sur le temps qu'ils mettaient à franchir ces distances à cheval ou en chariot ; j'ai appris plus tard que la première étape ne comptait que septlieues, tandis que la deuxième en avait au moins douze ; le chiffre de la troisième seule étant exact. Je m'en
aperçus en chemin. En effet, J'arrivai sur le versant sud des Owl-Crik à la tombée de la nuit, et, me basant sur les données des cowboys, Je croyais arriver au Wind-River bien avant le matin. Je m'assis sur le bord d'un petit ruisseau qui descendait le long de la montagne, et je me mis à manger mes provisions.
Cette viande séchée et salée est une fort bonne nourriture, qu’on peut parfaitement manger crue, mais elle a l’inconvénient d’exciter la soif. Aussi mon désappointement fut-il grand lorsqu'après avoir mangé, voulant me désaltérer au ruisseau, Je m'aperçus que l’eau en était absolument corrompue. Je me promis de prendre ma revanche au prochain ruisseau.
Oh! que cette plaine m'a paru
longue et fatigante ! Malgré le clair de lune, Je perdis la piste une où.
deux fois, ce qui allongea encore mon chemin; heureusement Je n’eus pas de peine à la retrouver. Mais le terrain, dans cette plaine, est mou et sablonneux; on enfonce, on avance diffciiement.
Je souffrais cruellement de la soif ; mon petit sac, avec les provisions fournies par les cowboys, pesait lourdement sur mes épaules. Le clair de lune me faisait prendre pour des ob- Jets rapprochés des accidents de terrain situés à de très grandes distances, si bien que Je me demandais parfois si j'étais en proie à une hallucination.
Enfin, je rencontrai un ruisseau où Je pus me désaltérer à mon aise ; alors.
je mis le feu à quelques buissons et je
me reposai pendant une heure ou deux à côté de la flamme. Le froid me chassa bientôt. Je n’arrivais toujours pas !
Le soleil se leva avant que je n’eusse atteint le Wind River, éclairant de ses rayons le massif imposant de montaones neigeuses où ce torrent prend sa source, l’un des plus splendides panoramas des montagnes Rocheuses.
Vers huit heures, j'atteignais enfin le Wind River, principale source du Bighorn. Moins large et moins profond, il est tellement rapide que la traversée en est vraiment dangereuse pour un
homme à pied. Je m’en aperçus à mes dépens. A peine entré dans l’eau, m'ap-
puyart d’une main sur mon bâton et
tenant mes vêtements de l’autre, Je fus
si violemment saisi par le courant que je me sentis entraîné; mes pieds nus et endoloris par vingt lieues de marche refusaient de se fixer sur les cailloux pointus que roule le torrent. Je pus cependant parvenir Jusqu'au milieu; mais là je fus renversé, roulé par le courant. Je me relevai, serrant dans mon bras gauche mon paquet que Je ne voulais pas lâcher, mais d’où je vis tomber l’argent que J'avais en poche, tandis que mon chapeau s'en allait majestueusement, porté par le courant dans la direction du Bighorn ; Je fus renversé encore une fois.
Enfin, meurtri, brisé, ensanglanté, je parvins à l’autre bord, tenant tou- Jours mon paquet à la main. |
Encore six lieues à franchir! Elles
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m'ont semblé rudes. Mes pieds me refusaient leur service ; ma tête, mal garantie par un bonnet de laine, souffrait de l’ardeur du soleil. Et j'avais encore plusieurs torrents, petits il est vrai, à traverser. Enfin, clopin clopant, traînant la jambe, ‘j'arrivai à Washaki à midi.
Washaki est un poste militaire où deux compagnies de soldats tiennent garnison, chargées de surveiller Îles tribus indiennes des SAoshones et des Arapahos, dont la réserve s'étend jusqu'à l'Owl-Crik, et qui comptent ensemble 2,000 âmes environ. Je voulais passer l’après-midi à visiter les campements situés autour du fort, et, trop fatigué pour marcher, je me fis prêter un cheval. Mais vraiment, ce jour-là Je
et
n'avais pas de chance. Le cheval qu'on m'amena,un vrai #zustanp où cheval sauvage, flaira en moi un cavalier inexpérimenté : Je n’eus pas plutôt mis le pied dans l’étrier qu’il lança une ruade et m'envoya par terre, au grand amusement des Indiens et des colons. Trois / fois j'essayai d'arriver en selle, ‘toujours sans succès, et la troisième fois je tombai si rudement que l'envie de monter à cheval me quitta; du reste la bête avait brisé sa longe et s’enfuyait à toutes jambes, poursuivie par deux ou trois Arapahos. | È ; Je dus parcourir à pied les campements les plus voisins du fort. J'ai pu passer quelques heures avec M.
Roberts, le missionnaire chargé d’évangéliser les Indiens de cette réserve.
C’est :à lui principalement que je dois ce que j'ai appris sur leur compte.
Les Shoshones sont la tribu la plus nombreuse de la réserve. Ils appartiennent à la même race que les belliqueux Confanches du Texas, et aussi que les misérables Payoutes et Shoshokis de l’Utah et de l’Orégon, si connus sous le nom de Æourlleurs et de Chércheurs de racines. Tranquilles et pacifiques, les Shoshones ont rarement été en guerre avec les blancs. C’est depuis 1877 qu’une partie de la tribu est établie dans le Wind-River ; ils font des progrès dans la civilisation et leur nombre s'accroît régulièrement. Une partie d’entre eux se livre à l’élevage du bétail et surtout des chevaux ; quelquesuns travaillent la terre; leur chef, le
vieux Washäk:, qui a donné son nom
au fort, donne l’exemple en cultivant une belle ferme.
Les Arapahos du Nord, au contraire, étaient de farouches guerriers, ennemis jurés des Visages pâles. C’est en 1881 seulement qu'ils furent définitivement vaincus et parqués dans la réserve de Wind-River. Jusqu'à l’époque de mon passage, ils n'avaient rien gagné au contact de la civilisation, si ce n’est les maladies contagieuses et l’eaude-vie ; mais M. Roberts était résolu à s'occuper d'eux tout spécialement, et il travaillait avec ardeur à apprendre leur langue, qui m’a paru la plus rude et la plus extraordinaire, quant aux sons, du moins, de toutes celles que
j'ai entendues. J’ai eu l'honneur d’être
présenté au chef des Arapahos, 47. Wez-
Potintu, mais je n’ai pas pu causer
avec lui, car il n'entend que sa langue. — Les Shoshones et les Arapahos vivent en bonne intelligence, mais 1] n’y a jamais de mariages entre les deux tribus.
Enfin, il y a au nord-est du fort
quelques familles de CAayennes, alliés
des Arapahos. Les Chayennes sont les plus grands, les plus beaux, les plus intelligents des Indiens du nord-ouest.
Cavaliers et guerriers indomptables, ils ont longtemps tenu tête aux grandes tribus des Dâkotâs, des Pieds-Noirs et des Pânis; ils ont généralement eu de
bons rapports avec les blancs. Aujour-
d’hui leur tribu est très dispersée. Le plus grand nombre habite une réserve