SÉPULTURE INDIENNE
quand j’arrivai à l’histoire de la cabane mise au pillage! L'idée surtout d’avoir laissé de l’argent leur paraissait d’une
originalité exquise.
« Mais, me dit Luman, où était-elle, dites-vous, cette cabane ?
— De l'autre côté du Bighorn, à une dans de lieues en aval.
— Parbleu, c’est la mienne », s'écria-t-1l.
Pour le coup, ce fut une explosion de rire — jamais les cowboys n'avaient vu une aussi bonne plaisanterie.
« Enfin, me dit Luman,quand la gaieté se fut un peu calmée, vous auriez pu vous dispenser d’enfoncer la porte, car, en cherchant bien, vous auriez trouvé
la clef dessous. En tous cas, une
autre fois, vous ne laisserez pas d'ar-
gent: ces choses-là ne se font pas dans l'Ouest.»
Après dîner, me sentant très fatigué, je manifestai l’intention de me coucher.
On me donna une peau de bison et deux ou trois couvertures: il me sembla que c'était le lit le plus moelleux qu'on eût jamais inventé.
« Et vous autres, dis-je, n’allez-vous pas vous coucher? aa
— Oh! non, pas encore, dirent-
ils; nous allons faire la veillée et raconter des histoires : Idaho (le cuisinier de la troupe, un Allemand californien) en a toujours une provision toute prête. » |
Ecoffey m’avertit en français que les
récits de ces conteurs seraient fort peu
édifiants. Je m'en doutais bien, étant
donnée la grossièreté inouïie de ces hommes.
Je ne fis aucune observation et m’apprêtai à me coucher. Avant de m'’endormir, je voulais naturellement me recommander à Dieu et le remercier de m'avoir si merveilleusement préservé. Je m'agenouillai, en évitant autant que possible d'attirer l’attention des cowboys; mais l’un d’eux s’en aper- çut malgré tout, et le fit remarquer à ses compagnons. Je les entendis causer à demi-voix, encore quelque temps après que je fus enveloppé dans mes couvertures. Je ne pouvais saisir toutes leurs paroles, mais J'en compris facilement la portée. Ils se disaient que, puisque j'étais chrétien, des histoires comme celles qui les égayaient ne pou-