DANS LE JAIU)IN 1>K SAINTE-HKU VE
(fune époque. On exprime peut-être des pas sions éternelles. Mais on les traduit toujoun^ selon certaines modes, qui laissent un petit ai vieillot après elles . Les dispositions d'esprit don elles témoignent ne sont pas celles des homme qui nous ont précédés. Elles ne sont pas noi plus celles des humains qui rendront aprè nous. C'est à peine si nous exprimons la pen sée de nos contemporains. Je crois bien, ei réalité, que nous sommes seuls à nous compren dre nous-mêmes...
Si cependant fêtais tourmenté de telles ambitions, f aimerais mieux, pour ma part, transmet tre aux générations à venir un nom, tout sim plement. Je serais ravi d'être honoré comme beaucoup de saints du calendrier , sans que mef^ fidèles cherchassent la raison de leur sentiment pour moi. Lorsqu'une réputation descend dansla mort, il conviendrait qu'un relent seulement demeurât de ce parfum qu'elle avait épandu sur le monde. Pour un écrivain ou un artiste, le plus noble serait de demander que l'on anéan-
(.O.NShH>AT10N l^OSTHUME 10^
It açec lui toute son œuvre, afin de n'en conserquun souvenir, embelli par Vimagination 1 finie des hommes...
linte-Beuve m'avait à peu près oublié, llpeu' en toute satisfaction. Quant à moi. J'avais ..jjie aussi peu préparée qu'il est possible, pour \e telles leçons. Ce scepticisme y bousculant quelques-uns de mes appétits, me laissait sans aise, 'don manuscrit reposait sur le banc, près de
s, comme un ami silencieux, lime semblait •ne je le trahissais. T eus la vision étrange qu'il
limait et s agitait follement. Je lui vis les
mes gestes désordonnés que, tout à l'heure, au D* Vejyne. Il paraissait mal accueillir ces leçons Vun nouvel Ecclésiaste. Je ne pus me tenir de ■e regarder avec quelque sjympathie pitoyable, 'ious cette belle lumière du soleil, que les arbres tamisaient, comme, sous V abat-jour, s'atténue Véclat d'une lampe.
Le regard de Sainte-Beuve finit par surpreu' dre cette mimique :
— Ah ! c'est vrai, moji pauvre ami, reprit-il vous oubliais»,. Tétais en tournée pastor dans le grand diocèse. Vous étiez venu cherc un simple encouragement. Vous n'avez pi être pas trouvé près de moi ce que vous ef: riez.... Bah I les conseils que je vous ai don en valent bien d'autres. Us s'inspirent de bonté et de la beauté, deux mots qui font mit que d'avoir assonance semblable...
Mais passez-moi ces épreuves. Nous allons parcourir ensemble... Ah! vous avez étudié 1 zacj Mérimée, Quinet, mon amie Madame Sar
Oh / mon œuvre même Je vous avoue, s*
vergogne, que je pense de toutes ces person beaucoup de...^
... Lorsque je m! éveillai ce matin-là, Sait Beuve était bien mort. Que son ombre, t large, me pardonne.
Morges (lac de Genève).
« Quant à Victor Hugo, son encrier est de mauvais goût, mais il est monumental ».
EUGÈNB MONTFORT.
La folie romantique, qui a fait bien des victimes,
"••rait ôlre étudiée sur une seule d'entre elles, aussi
lient romantique que cette folie elle-même. Il
pas en effet de plus beau champ d'étude, de
• lus parfait, à cet égard, que celui offert par Vic-
r Hugo. Une « observation » complète, minutieuse
définitive de la maladie peut être faite à son seul
ropos.
Le cas est si parfait que l'on devrait presque se ^mander s'il ne fut pas créé pour les besoins de la luso, pour faciliter l'étude de cette affection; s'il 'est pas lin sujet d'école préparé pour la démonsation. On saurait cependant difficilement s'arrêter celte explication attirante. Kn fait, il paraît beau- 3up plus sage de rallier l'opinion que le grand ienan avait de quelques personnages.
Victor Hugo semble bien avoir été créé par décret ominatif de la Providence pour incarner jusqu'au ' 1. jusqu'au sublime, jusqu'au grotesque la poésie aise nouvelle, l'état de révolte intellectuelle
qu'instaura en permanence, dans la littérature d tionale, l'École de 1830.
Une des premières raisons qui commandent, enve Hugo, un respect à peu près universel, c'est que, en 1802, il est mort en 1885. Il n'est pas donné beaucoup de mortels de vivre aussi longtemps. 1 plus, à seize ans, il écrivait en quinze jours son pi mier romain, Bug- Jargal,ei nous avons fêté son ceni naire, dix-sept années après l'apothéose du Pantliéo en lisant le quinzième volume inédit, publié depu sa mort. Évidemment, de telles considérations < imposent. De tels labeurs herculéens, tout à f; respectables, émeuvent la grande masse du publi Enfant sublime au génie précoce, Hugo est devei le mort sublime au génie infini.
Ainsi, l'on considère son existence entière comn son premier chef-d'œuvre. Et, pour ma part, je ne si pas loin de souscrire à cette opinion. Je ne sais guè de vie qui ait été plus habilement truquée, pli romantiquement dramatisée pour faire illusion au yeux lointains, alors qu'il n'en fut peut-être jaraa de plus bourgeoisement paisible, en fait. Tout y fi calculé pour l'optique. Hugo qui avait juré, dai sa jeunesse, d'être Chateaubriand, réussit bien mieu que l'auteur d^s Mémoires (V Outre-Tombe .
Tout le monde sait qu'il naquit à Besançon, vieil ville espagnole, lorsque le xix® siècle avait deux an Son père, quoi qu'il ait dit et fait écrire, général é division, était d'une famille plébéienne de Lorrains S'il eut droit au titre de comte et porta « d'azu au chef d'argent, chargé de deux merlettes d
»le >, ce fut par un de ces miracles de fortune que lisa le petit Corse, devenu lui-môme empereur. Par mère, Hugo appartenait à une famille chouanne Bocage vendéen.
Quelques années après la naissance de Victor,
isième lils du général, ce dernier passait du ser-
e de Napoléon au service de son frère Joseph.
^tait au retour d'un séjour en Corse, où il avait
î commander ; et le nouveau roi de Naples Tem-
'na en Italie, où il demeura deux ans, occupé à
hasser le célèbre brigand Fra Diavolo. Admi-
besogne pour un père de romantique !
l 'tendant ce temps, M'"^ Hugo et ses fils habitaient,
Paris, cette légendaire maison des Feuillantines
■ It* poète célébra, ici et là, au cours de son œuvre
t»)ujours heureusement. Un grand jardin, une
iiiière de Paradou, s'étendait derrière la maison.
I a milieu des herbes folles et hautes, en levant les
■•". on sentait peser tout le poids des deux dômes si
lient classiques : celui du Val-de-Grâce et celui
i Panthéon qui dominaient Thorizon. Mystérieux à
'uhait, isolé, ce coin sauvage abrita de longues
mées le général proscrit Lahorie, qui fut pris en
ême temps que Malet et fusillé. L'enfant était son
ileul : il ne retint de son parrain qu'un seul mot :
iberté.
Hugo nous a conté qu'aux Feuillantines il eut trois laîlres : « un jardin, un vieux prêtre, et sa mère. » e jardin, son imagination prodigieuse le considélit comme infini — une manière de pampa; le vieux ,. — l'abbé de La Rivière — lui enseignait iQCOup de latin, un peu de grec et pas du tout histoire ». Sa mère était... sa mère, comme il l'a :rit lui-même, atteignant pour une fois à cette soriété plus belle que toutes ses accumulations d'épilètes.
Le roi Joseph, cédant son trône à Murât, passa e Espagne. Le général Hugo le suivit et comme il demeura cinq années — de 1807 à 1812 — il fit ve nir sa famille auprès de lui. Le poète copieusement a chanté le palais qu'il habitait à Madrid, le sémi naire des nobles espagnols qu'il traversa, l'escorl de son père et tout l'apparat de la fonction :
Les soldats buvaient des pintes Et jouaient au domino Dans les grandes chambres peintes Du palais Masserano,
La famille avait regagné la France aux première.' escarmouches de la guerre tragique. Seul le général était demeuré en Espagne, où il se distingua puis il revint, lors de la retraite des armées napo léoniennes. Les heures sombres sonnaient. En 1814 l'Empereur ramassant dans sa main tous ses grognards, envoyait son vieux compagnon à Thionvilk où, comme gouverneur, il défendit la cité jusqu'è l'abdication.
Par le rôle que son père tint dans le drame napoléonien, Hugo se sentit toute la vie rapproché de l'Empereur. L'orgueil qu'il éprouvait d'avoir été mêlé, en la personne du général, à l'épopée, lui fil toujours considérer avec indulgence et familiarité le héros. En faveur du décor qu'il avait offert à son en fance, il ne lui tint jamais rigueur d'avoir opprimé cette liberté que lui avait enseignée son parrain — fusillé cependant par l'ordre de César —et qu'il reprochait si amèrement, plus tard, au neveu d'avoir bâillonnée. Son modèle, Chateaubriand, moins éprouvé que lui, cependant, eut lors d'une autre scène du même genre — l'exécution du duc d'Enghien — une attitude plus digne. Il rompit avec l'Empereur et ne lui pardonna jamais. Thème lyrique et cousi-
> de parvenus valurent à l'autocrate son absoluet à Hugo sa première inconséquence confor-
a Restauration rendit à un repos médiocte les lats de l'armée impériale. L'enfantavait treizo ans. ore qu'il ait prétendu avoir appris « beaucoup de II», dans la retraite des Feuillantines, où il ne neura que jusqu'à sa neuvième année, lorsqu'il se :ouva à Paris, la famille rassemblée, il ne savait rien ou à peu près : « Tout est bon à son jeune appétit, vers, mémoires, voyages, romans, sciences », racontait-il un jour à un de ses biographes ordinaires. Comme tous les autres romantiques, il lisait sans méthode, travaillait sans discipline. Et ce ne sont pas les quelques années passées à la pension Cordier qui peuvent combler la lacune : à lui, comme à tous ses contemporains, il a manqué cette forte culture classique, qui apprend à penser comme un honnête homme et à écrire avec goût et mesure.
Cependant, le don naturel tourmentait l'adolescent précoce. A quinze ans, il fait des vers : « Je veux être Chaleaubriand ou rien », écrit-il. Il prend l'auteur des Mémoires il Outre-Tombe pour modèle et son orgueil immense se fige dans cette ambition. Sans tremblement, sans ce rien d'enfantillage qui adoucit les plus cruelles fantaisies de la première jeunesse, il arrête son procédé d existence. La Restauration est le gouvernement delà France. C'est la tradition légitimiste qu'il célèbre. Il chante l'air de « Vive Henri IV i> sur tous les modes lyriques. En des poèmes prudents, assez dans la manière des vers de Lebrun- Pindare, il magnifie tous les souvenirs chers au parti légitimiste. Il insulte les conventionnels, tout le bloc
révolutionnaire. Il se réclame de la foi politique e religieuse de sa mère. Il se donne des airs de poèt lauréat, célébrant indifféremment en vers, à pein plus colorés que ceux de M. de Jouy, la naissanc< du duc de Bordeaux et la mort du duc de Berry. 1 salue la chute de Chateaubriand, le félicitant d'être
... De ces amis des rois, rares dans les tempêtes, Qui, ne sachant flatter, qu'au péril de leurs têtes Les courtisent sur l'échafaud.
Sans nous attacher à la forme de ces vers, plulô nuageuse, nous devons reconnaître que « ces ami: des rois *, dont il parle, ne lui ressemblent guère Pour lui, il flatte, et Louis XVIII et Charles X, au: heures de prospérité. Et l'adulation lui vaut d'êtrt décoré pour ces Odes et Ballades, à vingt-trois ans le même jour que Lamartine qui lui est le granc poète, dès ce moment, des Méditations. En même temps, il reçoit, à défaut du titre de poète lauréat une pension sur la cassette royale qu'accroîtra quelques années plus tard le dernier des Bourbons.
Hugo, dans ce milieu, jeune et vibrant, des nouveaux poètes, était ni plus ni moins que les autres. Il avail de glorieux émules, plus qualifiés que lui pour prendre la tête du mouvement nouveau, qui se dessinait d'ailleurs bien moins nettement qu'on ne tend à le croire, aujourd'hui. Lamartine avait publié Les Méditations (1820) et Les Nouvelles Méditations (1823), La Mort de Socrate (1823) et Le dernier chant de Childe Harold (1825) ; Alfred de Vigny : Les Poèmes en 1822, Eloa en 1824 et Les Poèmes antiques et modernes en 1826.
A côté de ces grands noms, chez Charles Nodier ^,
1. M. Michel Salomon évoquait récemment, de manière charmante, cette figure littéraire trop oubliée de nos jours. Peut-être
use liai, on rencontrait Antony et Emile Des-
ips, Méry, Sainte-Beuve : tous ces nouveaux
présentaient, autant que Ton en pouvait juger,
le époque, vers 1825, à peu près un aussi gros
igage littéraire que l'auteur des Odes et d'aussi
^lles promesses de talent que lui-même.
Cependant, dès que Hugo sentit que le mouvement
>mantique prenait de l'importance, il eut Fart de se
ire considérer par ses naïfs camarades comme le
»ul chef possible de la nouvelle poésie. Marié S pen-
onii/v père de famille avec une apparente indiffé-
pendant dans ce livre, Charles Nodier et le mouvemeiit
-nmntique, a-t-il fait prendre à l'auteur de Trilby une posi-
oa trop romantique. Ce n'est pas ici le lieu de m'expliquer
tus longuement et je le regrette,: mais si Nodier fait souvent
r à notre contemporain, M. Anatole France, n'est-ce pas
L a trois mots la preuve de son classicisme?