AU FOND DU PUITS
Il était deux heures et demie quand nous revînmes. On nous fouilla à la porte avec autant de soin que le matin, on nous compta, et, seulement alors, on nous laissa entrer. 11 nous fallut manger un déjeuner réchauffé. Le videur de baquets, lachka ïarbagane, me fît part aussitôt de toutes les nouvelles de la prison. La maison d'hiver était réellement construite pour les libérés que l'on allait bientôt lâcher. Six- Yeux avait visité la prison et examiné toutes les salles. 11 avait déclaré au staroste et au videur de baquets que, tous les lundis et les vendredis, ils devaient laver le plancher des chambres et des cabinets.
— Notre Gandorine a failli mourir de peur !
— Comment cela ?
— Sa planche n'était pas relevée. En partant au travail, le gardien avait crié aux starosies de lever les planches, et notre vieux n'avait pas entendu.
— Oui, dit piteusement Gandorine, j'épluchais des
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pommes de terre à la cuisiae, et puis, tu n'as pas été chic, lâcha : puisque tu ne voulais pas faire mon ouvrage, t*h bien, tu aurais pu me le dire. Tu as failli me fourrer j dans une belle allai re !
— Ha ! ha ! ha ! c'est comme ça qu'il faut vous traiter, vous autres. Pourquoi aurais je fait ton travail ? Le directeui' m'a dit lui-même : « Toi, qu'il a dit, tu n'as qu'une chose à faire, bien laver ton çerre\ tout le reste, ça regarde les starostes. »
— Qu'est-ce qu'il y a eu avec Gandorine ?
— Demandez- le lui.
Le vieux ne répondit pas et se contenta de soupirer.
— Voilà ! Six- Yeux a failli l'envoyer dans une cellule sous terre, prier Dieu, continua Tarbagane. Il a crié : <( C'est un refus d'obéissance? Qu'on lui mette des chaînes aux pieds et aux mains ! » Je regarde : notre Gandorine tremble, ses lèvres blanchissent. . . il se jette à ses pieds !
— Eh bien, toi, ça t'arrivera aussi ! C'est ma troisième année de bagne, et je n'ai pas été une seule fois au cachot ; je ne voulais pas être puni pour rien !
Pour changer la conversation, je demandai jusqu'à quelle heure devaient travailler les ouvriers qui n'allaient pas aux mines, et j'appris qu'ils étaient revenus à onze heures pour déjeuner, et étaient repartis à une heure ; qu'on ne leur donnait pas de tâche fixe, et que, par conséquent, il leur fallait travailler un certain nombre d'hernies. Puis, suivant le bon exemple de Sémionof et de Gontcharof, je me couchai pour me reposer de mes fatigues...
Au début d'octobre, lorsque les jours se firent plus brefs, on diminua le nombre des heures de travail : on nous réveilla plus tard et on ne nous fit partir au travail qu'à sept heures du matin. En novembre, on nous enleva