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4. Publié par Pagnerre sous forme de brochure en janvier 1841. Didier note dans le journal le 26 janvier : « Visite de Chateaubriand qui vient me remercier de ma brochure Nationalité française, dont la fin, dit-il, lui a arraché des larmes. Nous parlons d’un projet que j'aurais d'étendre ce thème pour en faire une histoire complète de la Nationalité française. Il y a longtemps que je songe à quelque chose de semblable et il m'y encourage fort ». Tourgueniev lui dit que cet article avait soulevé de grandes clameurs en Russie, ainsi qu’en Allemagne.
et toutes s’y sont acclimatées, depuis les Phocéens &e Marseille jusqu’ aux Normands de la Neustrie. de là... la large et facile compréhension, l’universabilité de l'esprit français. le génie français, formé d’éléments divers, d'éléments contraires, est partout chez lui ; de là vient aussi la facilité qu’ont les peuples étrangers à se teindre des couleurs de la France ; de là leur penchant naturel, irrésistible, à recevoir ses leçons, à imiter ses exemples, à s'approprier jusqu’à ses modes...
» Un des plus précieux caractères du génie français c’est la mesure, la justice : or c’est là encore. un bénéfice géographique. La pétulance provençale est heureusement tempérée par le flegme flamand ; la rouerie gasconne, l’arguterie normande, par l’honnéteté francomtoise, par la droiture alsacienne ; la mobilité languedocienne, par la tenacité bretonne. De ces conflits divers résulte un équilibre parfait et des contrastes naît l'harmonie...
Une nation aïnsi constituée physiquement et composée d'éléments aussi favorables devait tôt ou tard exercer sur ses voisins une souveraine prépondérance. S’il ne fut pas toujours ainsi, si la France n’eut pas de prime abord en Europe la haute position qui lui convient, le moment est arrivé pour elle d'imprimer le mouvement à la civilisation. Elle a hérité des deux Romes, Rome ancienne et Rome papale, ce privilège auguste.'Le rôle imposant joué deux fois par Rome... Paris est appelé par la Providence à le jouer dans la société moderne... L’initiative appartient désormais à l’antique berceau du génie français. Le 14 juillet 1789 a inauguré la nouvelle reine de l’ Occident sur les ruines fumantes de la Bastille.
» C’est un roi de France, c’est Charlemagne qui a fondé politiquement l'Église, ce centre commun, ce foyer civilisateur du moyen âge. il établit dans son propre palais une école qui devint célèbre. et qui finit par donner naissance à l'Université de Paris, mère de toutes les autres ».
Il esquissait ensuite le rôle de la France à travers les siècles, pour montrer que son initiative actuelle n’était point un accident fortuit, mais qu’elle avait une tradition :
« T1 serait absurde de dire que tout s’invente, que tout se crée en France ; mais en France tout se transforme, tout se socialise. C’est la France qui a révélé à l’Europe continentale le nom encore inconnu de Shakespeare. Walter Scott et Byron ne sont popularisés sur le continent que lorsque la France les a AR et divulgués. On en pourrait dire autant de Schiller, autant de Gœthe. :
Et encore :
« La France n’est que le représentant d’une idée ; et la France n’est reine du monde que parce que cette idée est reine de l'avenir : or cette idée est la démocratie. En acceptant l'initiative française, c’est donc à un principe que l’état rend hommage.
L'humanité ne saurait revenir sur ses pas ; les progrès faits sont le prélude des progrès à faire. L'Europe des princes se coalise en vain contre l'Europe des peuples. »
Pénétré de philosophie républicaine, Didier luttait, comme
tant de ses confrères, pour la cause de la justice et de la liberté. Comme ses compagnons du National, il rêvait du triomphe prochain de la démocratie. Cependant l'inquiétude de Charles allait croissant. Les années passaient sans que sa situation s’affermît. Il souffrait beaucoup de ses déceptions de romancier et de dramaturge, il éprouvait de plus en plus son incapacité à s'attacher à une besogne fixe. Il se rendait compte pourtant de la nécessité de travailler, mais tout but lui manquait. «Dieu veuille que je finisse par trouver ce but», écrivit-il à la fin de 1841. « Le coup de partie (sic) pour moi c’est d'avoir un journal... Mais il est bien décidé que je ne fais plus de projets. « Fais ce que dois, adviendra que pourra ». Moi je ferai ce que je pourrai ».
Il ne voyait nul moyen de mener à bien ses projets littéraires.
Plus il y pensait, plus il lui semblait que le salut pour lui serait d’avoir un journal. Partout aïlleurs il n’avait rencontré que désillusions, et il en restait de plus en plus démoralisé. « L’oisiveté morale dans laquelle je suis assoupi me jette dans un désespoir intérieur dont je ne sais pas sortir », avoue-t-1l dans son journal. « Je ne fais rien et il me semble que je ne ferai jamais rien. Il me manque un devoir, et c’est pour cela qu'un journal me serait si nécessaire, ne fût-ce que comme hygiène morale ». Ce n’était donc pas uniquement par ambition politique qu'il voulait à tout prix avoir son journal à lui, et qu’il allait de la sorte au devant d’un nouvel échec. Il entama avec Mottet des pourparlers, qui furent du reste interrompus par son départ pour le pays rhénan, voyage entrepris pour le National. Il en profita pour se présenter chez la grande duchesse Stéphanie de Bade, et, au retour, pour faire visite à son camarade David Richard ?, à Stephansfeld, où il ne fut pas sans inquiétude au milieu des trois cents aliénés. Ce lui fut une leçon d’humilité dé voir ce « triste assemblage d’infirmités intellectuelles ».
De retour à Paris, il apprit que le National n'avait pas versé la