‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 101 sur 172 · Le 18 juin · texte numérisé non relu

Le 18 juin

2. Le docteur Richard était alors directeur de la Maison d’aliénés où il s’est distingué à ce poste. Voir Campaux, David Richard d'après des lettres inédites, déjà cité.

somme promise pour son voyage. C'était le moment de rompre avec ce journal. Didier se vit offrir le poste de rédacteur en chef: au Temps, journal alors indépendant. Il fit peut-être bien de refuser, car le Temps allait bientôt suspendre sa publication. Il revint à son projet de fonder un journal avec Thélidon et Mottet. Cette feuille devait s'appeler l'Etat. Didier écrivit à Genève à son neveu Louis, à ses anciens camarades de collège, Schaub et Eynard, pour avoir une copie de l’acte de bourgeoisie de son grand père Antoine Didier. Il expliquait un peu sa situation à Eynard : « Il s’agit pour moi, dans ce moment, d'établir ma filiation comme descendant d’un réfugié protestant. Aux termes de la loi sur la presse française, personne ne peut signer ni gérer un journal s’il ne justifie de sa qualité de Français. 11 m'importe, vu la place que 15 dois y prendre, de bien fixer ma naturalité (sic). Je t’avoue que j'aurai de la peine à satisfaire aux formalités exigées 1 ».

Didier avait déjà cherché à se faire naturaliser par voie de déclaration, ce qui ne lui fut pas possible. Ses tentatives pour profiter de la loi de 1791, relative aux réfugiés protestants, devaient également échouer. Il ne put donc pas signer lui-même le journal.

Une autre difficulté se présenta. Plusieurs députés de la gauche, sur lesquels il comptait, refusèrent leur concours, pour ne se brouiller ni avec le Siècle, ni avec le National. Didier trouva de plus en plus celui-ci sur son chemin, et il lui fut difficile de s'assurer l'appui politique nécessaire. Il se félicitait cependant d’avoir l’approbation de Béranger, auquel il avait exposé ses plans. Du côté financier, il eut plusieurs déceptions et ce n’est qu’à la tin de 1842 que l’existence de l’État se trouva assurée. Le chiffre de ses propres dettes était énorme, et il y avait de quoi s'inquiéter. Mais Didier risqua tout sur l'avenir de son journal. IH dit souvent de lui-même qu’il n’a jamais su faire qu’une chose à la fois, et sa vie entière était alors absorbée par l'Etat. Lamartine lui promettait des articles. Muni de lettres de recommandation d'Edgar Quinet et de David?, il fit un voyage en Alsace et en Suisse pour stimuler l'intérêt du public protestant à la fondation du journal. A Strasbourg, à Colmar et à Mulhouse il chercha à nouer des relations utiles, mais sentit vivement qu'il était 1à sur un mauvais terrain. « Il faudrait, pour entraî-

1. Lettre inédite du 11 juillet 1841. Bibliothèque publique et Universitaire de

Genève, collection Eynard Ms. suppl. 151. 2. David d'Angers, ami de Didier depuis plusieurs années.

ner ces gens-là, des séductions que je ne puis mettre en usage ». Passant par Bâle, Berne et Genève, comme ambassadeur de l'Etat, il retourna à Paris le 10 mai 1843. L’acte de société fut bientôt passé chez un notaire, mais Didier en était assez mécontent. N'ayant pu se faire naturaliser, ses pouvoirs se trouvaient très limités. Quant à ses appointements personnels, 1ls étaient fixés à 1.500 francs, sans compensation de rédaction littéraire. Il était déçu, mais il note le 31 mai 1843 : « Enfin nous allons naître. Vivrons-nous ? Voilà la question » |

A la veille de paraître, on était en plein désordre, il fallut trouver de l’argent comptant pour parer aux premiers frais ; le rédacteur en chef avait mille ennuis avec le marchand de papier, l’imprimeur et le personnel de l’administration. Enfin le premier numéro sortit le 9 juin. Didier dut faire non seulement tout le journal, mais des articles politiques. « C’est un dur labeur maïs il a du moins un résultat et ne me déplaît point... Ma vie toute entière est dans le journal. Je n’ai pas à noter autre chose 1».

Dès le début, l'Etat fut mal accueilli du public. Nous avons vu ce qu'en pensait Lamennais ?, Sainte-Beuve écrit à Juste Olivier le 15 juin : « Ainsi ne poussez pas l’amitié à lui prédire rien de grand comme il ne manquera pas de le solliciter. Je me rappelle que la Revue Suisse a déjà annoncé cette apparition. Didier n’a plus rien dans le ventre à ».

Le 19 juin, Thélidon annonçait au rédacteur en chef qu'il n'avait plus un sou, et il ne voulut pas faire les encaissements, de peur d’engager sa responsabilité. Le douzième et dernier numéro du journal parut le 20. Didier crut à « quelque intrigue de police ou de rivalité », qui aurait « poussé Thélidon à s’obstiner à supprimer l'Etat». Désespéré, le rédacteur en chef, en coup de tête, racheta tout le matériel. C’était contracter une dette écrasante. Accablé detant de malheurs, Didier fuyait tout le monde et ne songeait qu'à quitter Paris pour s'installer quelque part en province. Il pensait à Arles, et il demandait à son ami Scipion du Roure des renseignements sur cette ville,

Mais il lui fallut d’abord régler l'affaire du journal et s'assurer de quoi vivre. Après avoir essayé, avec le Parisien, une combinaison

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