Une visite à M. le duc de Bordeaux, p
duchesse de Bordeaux eut lieu au salon «devant tout le monde ». Après le dîner, servi par une vingtaine de valets, car : He étiquette de a maison était très sévère, tout le monde se retira à neuf heures, et Didier retourna, par une soirée magnifique, à son auberge, le Cerf d'Or, d’où il repartit le lendemain matin pour Paris.
A peine de retour 1, son amie Madame Hamelin ne tarda pas à lui apprendre que sa visite au duc de Bordeaux faisait «un train d’enfer ». Ses ennemis prétendaient y voir de l'intrigue et cherchaient à le discréditer auprès du Président. L’implacable et méchante Aglaé en profitait pour accuser son mari de sympathies et de machinations légitimistes. La Comtesse d’Agoult qui ne lui avait jamais pardonné son manque de tact et de galanterie à son égard, se joignait à ceux qui l’attaquaient et envenimait tout. Victor Hugo lui-même écrivait à ce propos ? : |
«M. Charles Didier, qui parcourait l’Europe à quatre mille francs par mois avec une mission de la République, a été invité à Frohsdorf, y est allé, y a dîné, y a couché, et s’en est allé le lendemain au matin, enivré, ébloui et disant : « Monseigneur, nous reviendrons vous chercher ».
Comme les autres détracteurs de Didier, le grand poète en D à son aise avec la réalité des faits. Très loyalement le voyageur s’en fut voir Lamartine, pour tout lui dire et lui demander conseil. À la suite de cette conversation, il s’engagea à publier sa brochure sur sa visite à Frohsdorf 4 Il se mit à la préparer dans l'intention d’ajouter au récit même dont nous avons déjà parlé, un post-scriptum destiné à le défendre de toutes ces attaques : Il y dit notamment :
« Je me suis présenté à Frohsdorf comme républicain, et c’est comme républicain que j'y ai été reçu.
Mon intention n’est point d'engager ici une discussion politique sur le mérite relatif des deux principes qui se partagent le monde, l'élection et l'hérédité. Hic non erat locus. Tout ce que j’ai voulu, ç’a été de pein-
1. [l arrive à Paris le 30 décembre, après des arrêts en cours de route à Trieste, Padoue, Milan et Lyon.
2. Suite aux choses vues, Les Annales, Romantiques, Paris 1913, in. 80, vol. ro, P: 370.
3. Inexact, comme tout le paragraphe. Il reçut #rois mülle francs par mois, et pendant moins de deux mois.
4. Didier note le 22 janvier : « Tout m’y pousse, d'autant plus que l’on a écrit force calomnies contre moi à Frohsdorf, en réponse à des choses fort obligeantes venues dé là, sur mon compte. Je suis préoccupé et même agité de tout cela ».
dre, d’après nature, cet intérieur d’exil, qui frappe surtout par la politesse et la dignité... Le prestige du rang n’a exercé sur moi aucun em- Dire.
Et maintenant, pour en finir, je désavoue formellement toute parole, tout jugement qui ne se trouveraient pas explicitement formulés dans les pages qu'on vient de lire ; je n’ai jamais dit de vive voix, à personne, autre chose que ce que je viens de répéter ici, la plume à la main. Je défie qui que ce soit, amis comme ennemis, de me démentir ».
Une soirée fut organisée par Mme de Girardin! et l’auteur y lut son article devant une assistance qui rassemblait, entre autres, les duchesses de Gramont et de Maillé, le peintre Ziegler, Théophile Gautier et Victor Hugo. Le succès fut fort médiocre et la soirée assez mauvaise pour Didier. On causa, après la lecture, jusqu’à deux heures du matin, après quoi il ramena en voiture Hugoet Gautier. Avant de se coucher, il note tristement : « Je n’étais pas là dans mon milieu. Je rêve la solitude et j’aspire à la retraite ». Quelques jours plus tard, il lut de nouveau son article, cette fois devant une grande assistance, chez M. de Circourt, et ses auditeurs l’accueillirent avec enthousiasme. La brochure fut mise en vente le 23 mars. Le 26, la première édition était épuisée, et il n’en parut pas moins de quinze successivement. Elle fut fort chaudement reçue par les journaux légitimistes, ce qui devait pousser les socialistes à l’attaquer. Il fut même question de la saisir ?, mais le gouvernement ne bougea pas et l’épisode de la visite de Charles Didier à Frohsdorf fut vite oublié. Il lui valut quelque argent ÿ, la brochure s’étant fort bien vendue, et d'autre part, résultat plus important encore, il le lança dans un nouveau milieu parisien.