‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 116 sur 172 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Isolement et chagrin. — Ses brochures. — Le publiciste redevient poète. — La duchesse de Gramont. — La vie mondaine. — Efforts de conversion. — « Voyage dans la débauche ». — Fin des procès. — Les Amours d'Italie. — Rechute. — Pietra. — Les ténèbres descendent. — Genève. — Monnetier. — Le séjour à Marseille. — Les grands voyages. — De retour à Paris.

Après cette longue absence de Paris qui suivait de près la pénible crise domestique qu'il avait dû traverser, il n’est pas étonnant que Charles Didier se sentît complètement désorienté quand il revint au commencement de 1840. Sans intérieur, sans projets fixes, disposant de très peu de ressources, sa vie était à refaire. Les interminables procès avec Lamennais et Aglaé Didier faisaient de son existence un vrai supplice. Ils ne lui laissaient pas l’esprit assez tranquille pour mener une vie bien réglée. Mais le travail étant toujours son grand refuge, il fit pour s’y remettre de vaillants efforts. Il se créa beaucoup de relations dans le grand monde parisien. Pour échapper à la solitude et se distraire de ses soucis, il se lança dans une vie fort mondaine. Son isolement même devait contribuer à le pousser à des écarts de conduite qui le remplissaient par la suite de honte et de remords. C'était l’âge dangereux, et Didier, qui avait toujours été très sensuel, tomba parfois dans le dérèglement, malgré tous ses efforts pour fuir les tentations. La force morale lui manquait pour résister ; il songea au suicide, ou tout au moins à un grand voyage qui le changerait d’atmosphère. Mais une affreuse maladie des yeux allait bientôt le forcer à prendre soin de sa santé, et il dut remettre à plus tard une évasion qui lui permît de retrouver la tranquillité d'esprit, et presque le bonheur, tout en l’enrichissant de matériaux nouveaux pour ses derniers travaux littéraires.

Pendant les premiers temps qui suivirent son retour à Paris, Didier fut très occupé par la préparation de sa brochure, Une visite

à M. le duc de Bordeaux 1. Encouragé par le succès de cet essai, et ravi, du reste, de reprendre le travail, il entreprit un grand article ù sur la Question sicilienne. Il continuait à se passionner pour tout ce qui se passait dans cette Sicile dont « rien ne saurait peindre l'oppression, la ruine, toutes les misères ». Il retraça les événements qui s'étaient déroulés depuis l’époque de sa visite, alors que le pays «n’était plus qu’une colonie exploitée par une métropole [Naples]. L'instruction publique était nulle. La police dominait tout ». L'hostilité du gouvernement de Louis-Philippe à l'indépendance des Siciliens était une honte aux yeux de l’auteur, qui demandait au gouvernement de la République de garder la neutralité dans ce. conflit. Cet article, bien écrit et bien documenté, parut le 13 avril [1849], au moment où Didier notait dans son journal : « Malheureusement on parle de la prise de Palerme par les Napolitains, ce qui lui ôterait toute son utilité».

Ces articles terminés, le publiciste redevint poète et se remit à d'anciens projets de poèmes qu'il n'avait jamais menés à bien. Pendant son absence, avait paru, sous le charmant titre romantique La Porte d'Ivoire, un recueil de ses vers de jeunesse. Il disait luimême dans la préface :

« Publier en 1848 des vers dont quelques-uns furent écrits en 1827, même en 1824, voilà certes une entreprise hasardeuse et pour le moins téméraire. Pourquoi livrer au grand jour de la publicité ces enfants d’une jeunesse qui n’est plus, hélas ! depuis longtemps ? Mettez que ce soit un caprice, une faiblesse de père. Leur âge sera leur excuse ».

Ce volume de vers démodés et sans grande originalité n'avait suscité aucun enthousiasme. On y trouve pourtant quelques beaux vers, surtout dans la Vision, très long poème terminé par Didier pendant les premiers mois de son mariage, et un émouvant sonnet écrit à Rome à l’annonce de la mort de Galloix :

Dors en paix dans ta tombe, âme tendre et souffrante ! L'avenir tous les deux nous a trompés, mais moi Je me survis, je suis plus à plaindre que toi.

Le poète se rendit cependant compte que ses vers ne pouvaient guère compter sur des lecteurs. Il n’insista pas dans cette voie, et

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