‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 122 sur 172 · Inédits · texte numérisé non relu

Inédits

Il relut les manuscrits de sa première pièce de théâtre, Gabrielle 1, et de son « ancien et féroce roman calabrais », Vendetta 1, mais il dut bien constater qu'il lui était impossible d’en rien tirer. Il mit aussi de l’ordre dans ses lettres et ses notes de voyage sur la Suisse, l'Italie, l'Espagne, la Hollande, l'Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, la Pologne et l'Autriche, toutes brûlées après sa mort. Puis il revit son journal et en fit relier les cahiers, « pour les avoir mieux en ordre et mieux sous la main ? ». Quoiqu'il sût fort bien que le roman ne lui avait guère réussi, il n’en méditait pas moins de trois nouveaux, « après quoi, dit-il, je n’en ferai plus ». Ce devaient être : Le Dernier Palatin, l’Hermailose et les Ardennes. Mais l'inspiration manquait, il-ne savait par où commencer. Il avait, d'autre part, le vague projet de refaire Une année en Espagne. Mais, ajoute-t-il «à quoi bon travailler ? À quoi bon publier ? A quoi bon tout et tout le monde ? »

Son état était vraiment lamentable. Ennuyé, las de vivre, détaché de tout, Didier se sentait incapable de reprendre intérêt à rien. Il se couchait tard et se réveillait tous les matins à quatre heures pour passer de longues heures à lire dans son lit : « Je me demande chaque matin, écrit-il dans le journal, comment passerai-je cette journée ? » Cependant son projet de voyage aux Indes le préoccupait fort. L'argent lui manquait ; sans cela, il serait parti tout de suite, passant par Constantinople pour revenir par la Grèce. Obsédé par cette idée, il se livrait à des calculs ; il acheta même une grammaire anglaise et se mit à l’étudier. Maïs à quoi bon, puisqu'il aurait fallu une vingtaine de mille francs pour se mettre en route ?

« Poussé par le diable », comme il disait lui-même, il retombait dans la débauche et passait beaucoup de son temps avec des filles. Un soir, il rencontra une jeune Italienne de vingt ans, Pietra, qui devint sa maîtresse. Après un mois de vie commune, Didier, honteux, rompit, pour retourner aux rencontres de hasard. C'était une vie ruineuse et abrutissante. Mais il ne réussissait pas à oublier sa jeune amie. Elle était fausse, avide d’argent, mais il en était amoureux.

Page 1