DANS LE SILLAGE DU ROMANYISME
Paris, 26 décembre 1839,
Es-tu mort, mon cher Louis, que tu ne me donnes plus de tes nouvelles ? Cependant, je désire infiniment en avoir ; je t’ai chargé de plusieurs commissions, dont le résultat me tient à cœur, et je te serais obligé de me répondre deux mots à cet égard. Et d’abord, je désire savoir quel parti tu as tiré, jusqu’à ce jour, des 16 exemplaires de Thécla ; combien t’en reste-t-il, et espères-tu placer ce qui te reste lorsque les journaux de Paris annonceront la mise en vente de l’ouvrage ? Elle a été différée, jusqu’à présent, d’abord par les affaires de mon libraire, qui ne sont point encore arrangées, et'aussi parce qu’on attendait toujours que la librairie reprît, mais elle va de mal en pis, et T'hécla ne peut plus paraître avant la fin de janvier. Tu auras su le désagrément que j'ai eu à souffrir pour les trente exemplaires que j'avais expédiés à Lausanne. J'ai bien regretté d’avoir fait cet envoi, et surtout qu’on m'ait prévenu si tard. J’ai manqué, par là, une occasion de les placer en Allemagne. Maintenant il est trop tard, le libraire a fait l'expédition pour son compte. Je ne puis rien savoir non plus de ces trente exemplaires. Grast m'avait promis, en partant, de faire payer à Duclaux le prix des exemplaires vendus, et de m’en envoyer le montant, plus 20 francs pour deux exemplaires vendus à un nommé Gex, mais j'attends encore de ses nouvelles. Je te prie de le voir pour cela, et sache de lui combien il reste d'exemplaires de ces trente, car je voudrais savoir à quoi m'en tenir. Si ces exemplaires sont perdus par là-bas, j'aime mieux les faire revenir. Rappelle-toi aussi, mon cher ami, que tu m'as promis de retirer et de me renvoyer les dix-huit exemplaires de Rome Souterraine, que je t'avais envoyés dans le temps. Ne perds pas cela de vue, car je désire en finir avec cette éternelle et ennuyeuse affaire ; je te prie de me donner un dernier coup de main, ne fût-ce que pour t'en débarrasser.
Une autre chose, à laquelle je te prie de penser, c’est la note que je t'avais remise pour John, surtout pour ce qui touche la révocation de l'Édit de Nantes !. [1 m'importe beaucoup de savoir à quoi m'en tenir sur cela.
Je n’ai rien de particulier à te dire sur moi. J'attends, comme tous les autres, que la librairie ressuscite, si, du moins, elle n’est pas morte pour toujours. En attendant, je suis très serré, et je ne suis pas sans inquiétude pour l’année prochaine.
Ma femme se porte bien, sauf qu’elle a des insomnies : elle t'envoie ses amitiés, ainsi qu'à ta femme, qu’elle désire vivement connaître. Nos projets ne sont pas changés relativement au voyage de Genève. Dieu veuille que rien ne vienne à la traverse !