Collection Spoelberch de Lovenjoul, Chantilly
Après la mort de Charles Didier, 13 mars 1864 (sic), ces cahiers de mémoires, ou plutôt de journal, ont appartenu à à sa sœur, Madame Jeanne- Louise Serment (sic), née Didier, qui était plus à âgée que lui, et qui lui a survécu vingt ans. Elle les a communiqués à Marc Monnier, qui n’en a rien fait, et à M. Frossard, qui en a copié des fragments. Elle avait exigé de sa fille, Mademoiselle Antigone Serment !, la promesse de les détruire : ce que celle-ci a fait après la mort de sa mère.
« Tout en le regrettant profondément m'’a-t-elle écrit, j'ai dû accéder au désir de ma mère, désir qui était un ordre pour moi ».
Mademoiselle Serment m'a confirmé cela de vive voix, quand je lui ai rendu visite après avoir reçu sa lettre. Elle m'a dit aussi qu’elle ne savait pas du tout ce qu’étaient devenues les lettres que son oncle avait reçues de ses correspondants, elles ont été détruites aussi, sans . doute, mais non pas par sa main ?.
M. Frossard, qui avait fait des extraits du journal de Charles Didier, a remis ces extraits — en tout ou en partie — à Mlle Benoît, connue en littérature, sous le nom de Berthe Vadier. C’est elle qui a écrit une biographie d’Amiel, pour laquelle M. Brunetière dans la Revue des Deux Mondes du 17 janvier 1886, a été, je crois, trop sévère.
Mie Vadier m'avait prêté ces cahiers d’extraits 3 ; vous avez vu que je leur ai emprunté deux pages, ces derniers jours, en les examinant de plus près, j'ai vu que j'aurais dû y copier deux ou trois alinéas de plus. Le commencement est en désordre.
D'accord avec Mlle Vadier, je vous enverrai ces cahiers demain ; aujourd’hui c’est jour de fête. Vous en prendrez connaissance. Si vous désirez les acquérir, Mlle Vadier vous les céderait volontiers et elle se rapporterait, sur la fixation du prix, à votre expérience et à votre équité. Si vous voulez lui écrire directement, son adresse est : Mile Berthe Vadier, rue Verdaine 13, à Genève.
Mlle Antigone Serment, qui est née en février 1832 et qui a été professeur au Conservatoire de musique, et Mlle Berthe Vadier, qui cultive la littérature depuis 35 ans, et davantage, sont toutes deux dans une position très modeste ; elles vivent dans la retraite et sont étrangères l’une à l’autre. Je n’ai pas parlé à la première de ces cahiers d'extraits que m’avait confiés la seconde.
Mie Serment m'a raconté que Charles Didier, enfant, avait reçu d’un camarade un coup de pierre qui l’éborgna. Quand un œil est atteint,
. Cette nièce de Didier lui fut très dévouée. Elle lui fit visite à Paris, et lors de son séjour à Monnetier en 1853, Antigone venait souvent faire des excursions à pied avec son oncle.
2. C'est Didier lui-même qui a détruit la majeure partie de sa correspondance.
3. Ritter préparait alors un article pour les Études sur Sainte-Beuve qui parurent dans le Zeitschrift für franzôsische Sprache und Litteraiur, 1905, volume 28. Il n’a guère profité du prêt des cahiefs, ne citant que quelques phrases insignifiantes, datées du 7 janvier 1831 et du 29 février 1832. Dans une note il déclare : « Une main amie m'a confié quelques extraits du journal de Charles Didier, un jeune Genevois qui était venu s’établir à Paris ».
l’autre en souffre et dépérit, et sur la fin de sa vie, Didier était devenu aveugle. Sa femme (née Gendarme, je crois) lui a survécu et est murte à Montreux, au bord du lac Leman f{sic). Dans sa jeunesse, il avait été précepteur en Italie, il en revint en 1830 avec les cheveux tout blancs, Mile Serment m'a montré le portrait de son oncle, fait au crayon par Calamatta. Elle le lèguera à la Bibliothèque de Genève.
Je vous prie, cher Monsieur, d’agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués.
Eugène RITTER.
Quant à la partie du /ournal postérieure à l’année 1837, Frossard n’en a tiré que quelques phrases du cahier de l’année 1848. Mademoiselle Antigone Serment n'avait peut-être pas les autres à sa disposition. Quelqu'un de la famille cependant a détruit l’année 1838, qui est celle du voyage de Charles Didier et d’Aglaé Hanonnet en Angleterre et de leur mariage secret à Londres. C’est la même main sans doute qui a supprimé toute la chronique de l’année 1847, et les premières semaines de 1848, époque de la rupture définitive entre les malheureux époux. Tout le reste subsiste, relié en treize volumes, dont un seul pour les années 1830-1840, et un autre pour 1853-1854. Le tout est en très bon état, sauf quelques menues mutilations. Ce précieux document est resté aux mains de M. Louis Didier, le neveu favori de l'écrivain, qui joua un rôle important dans la vie de son oncle. Ces manuscrits se trouvent actuellement en la possession de M. Louis Lacroix, petit-fils de Louis Didier, qui a eu l'extrême amabilité de me les communiquer, en même temps que la collection des lettres écrites à son grand-père par Charles Didier.
1. Ce portrait passa après sa mort dans des mains étrangères, mais récemment le parent de Charles Didier, M. Lacroix, l’a acquis.