‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 139 sur 172 · XVI É · texte numérisé non relu

XVI É

Paris, 30 mars 1848.

Mon cher Louis,

Je ne t’écris que deux mots pour te confirmer ma dernière lettre, lettre si lamentable, et pour te dire que je suis obligé de quitter Paris pour quelque temps ; mais c’est wn secret ; n’en parle à personne. J'ai une mission du gouvernement, que je n’ai pu refuser — ne m’écris pas avant d’avoir reçu de mes nouvelles. Je t’écrirai bientôt d’où je serai — Ci-inclus un petit effet de Frs. 120 pour appliquer à la pension de ma pauvre mère — Adieu, cher neveu, ne te tourmente pas trop; j'ai l'œil à tes affaires, et nous nous en tirerons. Seulement il faudra un peu de temps.

A toi de cœur.

Ch. D.

Paris, 11 mars 1840.

Je ferais de bien bon cœur ce que tu me demandes, mon cher neveu, et même, si je le pouvais, je n’aurais pas attendu que tu mé la demandasses, mais je n’ai pas plus de valeurs en portefeuille que d’écus en caisse ; et quant à t’envoyer mon propre billet, qu’en ferais-tu ? Mon crédit est si malade que tu serais bien embarrassé de tirer parti de ma signature. D’autant plus que je ne pourrais, sans te mettre dans l'embarras, te répondre d’être en mesure à l'échéance.

Si ce n'était que pour sortir d’un mauvais pas du moment, voici ce qui serait peut-être possible : il y a un individu avec qui j'ai été, et suis encore, en relations d’affaires, et dont la signature, assez peu solvable, t’a passé plusieurs fois dans les mains. Je pourrais obtenir de lui une valeur de quatre à 500 francs à 3 ou 4 mois, maïs, à la condition que tu en ferais les fonds à l’échéance, ou qu’on la renouvellerait indéfiniment. Vois si cet arrangement, (un pauvre expédient, j'en conviens, mais impossible de mieux faire), peut remplir l’objet que tu te proposes, et réponds moi immédiatement.

Quant à moi, personnellement, je te répète qu’il m'est absolument impossible de rien faire. Je suis dans le plus fort de mes embarras, et la crise où je me débats n’a fait que grandir, par suite de mes voyages et de mes absences de l’année dernière. Mais sois bien convaincu que tà créance est de celles qui me préoccupent le plus, et que ce n’est pour toi qu’une affaire de temps...

Je me recommande au souvenir de tout le monde, petit et grand. Jé me porte fort bien de corps. Plût à Dieu qu'il en fût autant de l'esprit !

Je te serre cordialement la main.

CHvID:

La principale source de la biographie de Charles Didier est son Journal, commencé vers 1821 et poursuivi régulièrement jusqu’à la fin de 1854. Après sa mort, ce manuscrit passa aux mains de sa sœur, Louisa Serment-Didier. Celle-ci, navrée de ce qu'elle lisait dans certains cahiers des mémoires intimes de son frère décida de les supprimer, ce qui, heureusement ne fut réalisé qu’en partie. Elle avait, cependant, confié les premiers cahiers, ceux qui se rapportent à la vie genevoise de l’écrivain, à Marc Monnier qui en tira beaucoup de notes pour préparer le chapitre IX de Genève et ses poètes. Ces notes m'ont été aimablement confiées par Madame Serment- Monnier, fille du grand littérateur genevois. Un autre de ses compatriotes, Frédéric Frossard, qui préparait un article sur Didier, reçut l'autorisation de se servir de certains cahiers, et il en a copié des fragments. Le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul acquit ces extraits, qu'il a légués, avec sa riche collection, à l’Institut de France. La lettre suivante de M. Eugène Ritter 1, quoique inexacte sur certains détails, explique comment le grand admirateur de Balzac et de Gautier parvint à faire entrer dans sa collection un dossier Didier ? :

Genève, Chemin des Cottages, 3 Le 25 décembre 1905.

Cher Monsieur,

La section littéraire de notre modeste Institut genevois avait ouvert un concours, il y a près de quarante ans pour une étude sur Charles Didier. Sur le rapport de mon défunt ami et collègue, Joseph Hornung, un prix de 300 francs fut accordé au printemps de 1869, à M. Frédéric Frossard. On lit dans ce rapport.que Didier a laissé 37 cahiers de mémoires.

1. M. Ritter (1836-1028) était professeur d'Histoire de la langue française à l’Université de Genève. Il est connu par de nombreuses publications de philologie et d’histoire littéraire.

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