Journal, 4 avril
4. La princesse venait à peine de s'établir à Paris, où elle prit place aussitôt dans le monde des lettres et des arts. Possédant une grosse fortune, son bel hôtel abrita bientôt un salon fréquenté non seulement par ses compatriotes exilés, mais encore par beaucoup de grands esprits du temps. Pour des raisons qui ne nous sont pas connues, Didier devait plus tard se brouiller avec elle, et leur ami commun, Liszt, s’efforça de les réconcilier, Dans Sfendhal et le Salon de Madame À ncelot, M. Martineau
fort satisfait d'assister aux soirées de la charmante princesse, mais dans son salon il noue des relations avec les Italiens réfugiés à Paris, dont il avait déjà épousé la cause avec ferveur à la suite de ses longs voyages en Italie et en Sicile. D’après Noli 1 «les archives secrètes de l’État gardent la relation d’un espion envoyé à Paris pour surveiller de près la princesse Belgiojoso, qui parle d’un certain Didier ». Il s’abstient de noter, dans son journal, ses relations avec ces réfugiés, mais elles durent continuer, car, même une fois brouillé avec la princesse, son contact avec ces Italiens ne fut pas rompu et Pépé devint bientôt un de ses intimes ?.
Quand s’achève sa première année de Paris, Didier se trouve en relations très cordiales avec Victor Hugo, Chateaubriand et Lamartine, qui lui a témoigné « beaucoup d'amitié et de cordialité » ?, et 11 devient de plus en plus l’intime de Sainte-Beuve, qu'il voit souvent. Le premier août, il écrit dans son journal : « Longue visite à Sainte-Beuve.. La discussion tombe sur Victor Hugo. Sainte-Beuve a vu clair dans l’âme de son ami. Il l’a compris et le juge bien. Son caractère est noble, élevé, son âme dure et forte... Comme homme politique, il n’a pas grande valeur. Il affecte des idées républicaines et va sans cesse faire la cour à Bertin ». Mais après une longue visite de Sainte-Beuve chez lui, c’est au tour de Didier de juger son nouvel ami... «Il n’a aucune idée ferme, un vrai homme d'imagination, très mobile, passant d’une influence à une autre, mais brave, sincère, aimable. Il m'est sympathique 4». Ils se voient souvent, et Didier est évidemment ravi quand il
rapporte (page 43) une anecdote qui peint la princesse Belgiojoso : « Jacques Ancelot ne manquait ni d'esprit ni de répartie. Il serait l’inventeur, si l'on en croit sa femme, du mot sur la princesse de Belgiojoso que devait reprendre Alfred de Musset. On demandait dans un salon si l’on trouvait jolie cette femme étrange et si pâle. Et Ancelot aurait répondu : La princesse ? Elle a dû être bien belle de son vivant ».