‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 22 sur 172 · Journal, 30 avril · texte numérisé non relu

Journal, 30 avril

4. Inédite, et probablement détruite avec les autres manuscrits de l’auteur.

5. Il est assez curieux que Chateaubriand insiste sur sa qualité d’étranger. Didier d’ailleurs avait l’air d’être fier de ce que ses nouveaux amis lui trouvaient les idées et l’esprit peu parisiens. Quant à son langage, il se servit toute sa vie de mots et de locutions appris dans sa jeunesse, et qui n'étaient pas du meilleur français.

Enchanté de cet accueil sympathique, Didier reviendra voir le vieux René qui, jusqu’à la fin de ses jours, se montrera toujours, fort aimable pour le jeune Genevois, lequel ne cessera de l'admirer sans jamais se permettre à son endroit la moindre remarque malveillante ou ironique. Ce qu'il écrit au sortir de ces premières visites nous conserve certaines opinions de Chateaubriand qui ne sont pas sans intérêt :« Chez Chateaubriand, qui me reçoit en se faisant la barbe... « Les puissances étrangères, dit-il, se jouent de Casimir Périer, qui ne connaît pas les affaires et prend pour bonnes les protestations de la diplomatie ». Il se plaint de l’état des lettres. «Si, du moins, dit-il, il naissait quelque chose de grand D. I n'aime pas. Victor Hugo. Il estime Béranger.. Il trouve en Victor Hugo le germe d’un grand poète, mais incomplet » 1. Et quelques semaines plus tard ? le voilà encore « Chez Chateaubriand ; me reçoit gracieusement. Il parle avec animation et feu. Il croit que la postérité jugera très sévèrement notre époque. « L'époque morale, dit-il, est finie; nous en sommes à l’époque intellectuelle... » Dans sa conversation comme dans ses écrits, il y a deux hommes, l’homme de sa jéunesse, l’auteur d’Atala, de René, et l'écrivain politique, logique et raisonnable ». Grand écrivain, grand voyageur, grand esprit préoccupé de questions politiques aussi bien que littéraires et morales, tout, chez Chateaubriand, excitait l'admiration du jeune Didier, qui depuis son adolescence le lisait avec ferveur. Puis, cet étranger de vingt-cinq ans, encore inconnu, ne pouvait être que flatté en se voyant accueilli si aimablement par le grand homme.

Un autre soir de cette année 1831, il dîne chez Victor Hugo avec Alexandre Dumas. « C’est, dit-il, un grand bon enfant, qui me plaît parce qu’il est rond et franc 3 ». Il fait aussi connaissance avec la princesse Belgiojoso, qu’il trouve alors «aimable avec de beaux yeux », et il est fort heureux d’être reçu dans « l'habitation divine » qu’elle occupe aux Champs-Élysées 4 Non seulement Didier est

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