‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 30 sur 172 · Revue encyclopédique, janvier 1833. Tome 51, Pp · texte numérisé non relu

Revue encyclopédique, janvier 1833. Tome 51, Pp

mencée dans sa précédente lettre à M. Sainte-Beuve 1... Nous sommes heureux de pouvoir annoncer à nos lecteurs que ces lettres familières ne sont en quelque sorte qu'un prélude à un travail beaucoup plus complet et beaucoup plus général,sur l'appréciation philosophique et pittoresque de l'Italie. Le livre de M. Didier, intitulé Rome souterraine, est actuellement sous presse, et nous devons à l’amitié de l’auteur, outre le privilège d’être les premiers à en signaler la publication, l'avantage d’avoir pu, au moyen de divers articles de cette Revue, et notamment l’article intitulé Rome, Vienne et Paris, donner au public les prémices d’une manière nouvelle et hardie d'envisager ce pays, dont tant de gens se contentent d'admirer la surface, et dont si peu s’essaient à mesurer les profondeurs ». Réclame de libraire, mais qui exprime assez bien l'intention du jeune écrivain de « mesurer les profondeurs » de Rome à l’époque où il l'avait connue.

Quelques mois plus tard, Rome souterraine parut ?. Didier y décrit admirablement les conditions de Rome vers la fin de la Restauration, les circonstances historiques, la lutte des partis. Il est fâcheux pourtant qu'il ait cru devoir donner à ses observations la forme d’un roman, genre pour lequel il était peu doué. Aussi bien tiendra-t-il son ouvrage pour « une espèce de roman sur l'Italie 8 », comme il l'écrit à Vieusseux. Préoccupé avant tout de peindre fidèlement ce qu'ila vu, il ne réussit guère à créer des personnages vivants, et l'intrigue n'offre que peu d'intérêt au lecteur 4 L'idée maîtresse que son livre développe, il la résume lui-même ainsi : « Deux éléments rivaux ont constitué pendant tout le moyen âge le corps italien : l'élément guelfe et l’élément gibelin ; le pape et Rome d’une

part, de l’autre César et l'empire. Né de la lutte même, et peu à peu détaché des deux autres, un troisième élément a fini par se dégager tout à fait ; c’est l'élément populaire, l'élément du progrès. Personnifié dans l’origine et représenté par le pape. il fut trahi par

1. « On ne peut parler de la Maremme sans citer les lettres éloquentes de M. Didier à M. Sainte-Beuve, insérées dans la Revue encyclopédique », note J. J. Ampère dans la Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1835, page 160.

2. Deux volumes in-8°. Librairie de la Revue encyclopédique. 3. Lettre inédite à Vieusseux, 7 novembre 1833.

4. Didier a évidemment voulu exploiter la vogue que connaissait le roman historique, illustré déjà en France par le Cing-Mars de Vigny (1826), les Chouans de Balzac (1829) et, tout récemment, par Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Mais le don de faire vivre des héros fictifs lui manquait par trop, et comparés à ceux de Balzac et même de Vigny, les siens ne sont guère que de pâles ombres.

lui, abandonné, persécuté.. L'élément populaire fut chassé... Il se réfugia dans les entrailles de la terre. Le carbonarisme fut dès lors appelé à le représenter en Italie. Les carbonari d'Italie révèrent dans tous les temps l’iidépendance et l’unité de la péninsule... Leur cause est sainte, mais leur bras faible encore, et quoique l'avenir soit à eux, le présent les écrase. Rome et César ont fait alliance contre eux... L’orgueil d'aucun des deux ne veut plier. Mais une guerre d'existence les rallie..

« C’est Vienne, qui l’épée à la main, joue le jeu le plus clair. Elle prépare l'unité italienne à son profit, et, avec cette suite, cette constance infatigable qui la caractérise, elle travaille à se rendre nécessaire.

« Le souverain pontife, s’il ne fait plus la guerre à l'Empire à ciel découvert, il la lui fait non moins acharnée dans l’ombre des sacristies. Épouvantés comme lui par cette aigle d'Autriche qui plane menaçante sur leurs domaines... les princes italiens se sont réfugiés, dans leur effroi, sous la houlette du pasteur de Rome, et leur alliance est plus étroite qu’elle ne le fut jamais. Ils se prêtent l’un à l’autre main forte contre les deux ennemis communs, et en même temps qu’ils exterminent à l’envi les carbonari, ils conspirent de concert la ruine de la puissance impériale en Italie.

Une ligue souterraine s'était même formée entre eux dans ce but, sous le nom clérical de consistoire des sanfédistes 1 ».

Le succès de Rome souterraine n’eut rien d’éclatant, cependant le livre reçut assez bon accueil ? pour que l’auteur s’en trouvât encouragé à entreprendre d’autres romans encore, qui n'étaient guère que des notes de voyages plus ou moins adroitement « romancées ». Frossard se trompe pourtant quand il écrit: «Le succès de

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