Rome souterraine. Volume I, pp
2. La critique contemporaine la plus enthousiaste que j’ai trouvée est dans Le Courrier Belge du mercredi 17 octobre 1834, et due, sans doute, à de Potter, «Rome souterraine est un des beaux ouvrages qui marquent cette époque. Études profondes, poésie de style, simplicité de narration, talent descriptif, intérêt dramatique, toutes ces qualités forment du livre de M. Didier une magnifique épopée que l'on ne peut lire sans admiration et sans le plus vif attendrissement.
Voilà bien l’épopée des temps modernes, comme M. Didier peut-être le premier la réalise. Elle est écrite en prose, mais d’une prose qui sans affecter les formes poétiques, les surpasse par la richesse du coloris, la variété des tons et des couleurs ; elle emprunte ses sujets. à l’époque actuelle... M. Didier donne à son livre la forme du roman ; on doit lui en savoir gré, car la cause qu’il sert ne saurait être rendue assez populaire. D'ailleurs il a parfaitement compris cet art tout particulier du poème épique et du roman historique moderne ».
Rome souterraine lui fut un piège ; il se crut fait pour le roman ». Bien avant d'écrire une seconde fiction, après la lecture de Lélia, l’auteur note, en effet dans son journal : « Je me sens faible, pauvre écrivain, petit artiste auprès d’une pareille puissance de forme et de passion. Pourquoi donc écrire ? Pour manger, conclusion peu consolante, source de tristesse et de désespoir 1. »
On ne saurait trop insister sur l’absolue sincérité de Didier. Habitué à observer et à juger tous ceux qui l'entourent, il s’analyse aussi lui-même sans la moindre indulgence, et il est rare qu'il se fasse des illusions sur son propre compte. Quoi de plus tragique qu'un jeune écrivain au seuil de sa carrière qui constate que le génie lui manque et qu'il ne sera jamais qu’un auteur de second plan ? On se tromperait gravement à voir là la moindre affectation de désespérance romantique. Aussi bien, au cours des années qui vont suivre, il ne se ménagera pas davantage dans les jugements qu’il portera sur lui-même.
Pour le moment, le succès relatif de Rome souterraine lui donne du courage ; 1l renaît à la confiance et à l’espoir. Il s’occupe de lancer son livre. Il envoie des exemplaires à Vieusseux, pour les placer chez les libraires, en lui écrivant : « L'ouvrage à un grand succès ici et vous verrez par les journaux qu'il a déjà soulevé les passions légitimistes 2 ». Il en envoie en Suisse. Son ami Monnard à s’y intéresse et s'emploie à faire connaître l’ouvrage. Mais c’est toujours du point de vue politique et social, plutôt que littéraire, que Rome souterraine attire l'attention du public, ce qui, du reste, ne déplaît nullement à l’auteur, ni ne l’étonne. « Visite à Delphine [Gay], écrit-il dans son journal », à laquelle l’ambassadeur d'Autriche [d’Apponyi] a parlé favorablement de Rome souterraine, chose au me fait plaisir, parce que politique 4.