‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 43 sur 172 · Chavornay · texte numérisé non relu

Chavornay

homme français du Bocage, émigré en Allemagne. Très belle, elle est aimée du comte Campomoro, un « Corse sinistre », ainsi que du héros, Chavornay.

Ce Chavornay est né dans les Alpes d’une famille pauvre et obscure: son père était un laboureur et sa mère « une simple villageoise». Peut-être Didier pensait-il à sa propre mère en la peignant «C'était une femme d'élite, un esprit inculte mais vaste, un grand caractère et un grand cœur. elle avait des instincts bien supérieurs à son état ; aucune position sociale n’eût été trop haute pour elle. »

En tout cas, c’est la rancune qu'il garde au fond du cœur contre la Suisse qui inspire les lignes suivantes, réponse de Chavornay aux questions d'Hélène : « Ma patrie est une amazone qui foule l’amour sous ses pieds belliqueux et dont l’âme farouche est fermée aux douceurs de la maternité... Enfin j'ai fui. J'ai pris ma volée vers le soleil ; du haut de mes montagnes, je me suis abattu sur l'Italie, comme sur une proie promise au délice de mes rêves. ! »

Chavornay ne se trompait nullement sur lui-même et il voyait bien que sa position dans le monde était fausse. Né avec tous les instincts, tous les goûts, tous les besoins d’une grande existence, il se trouve sans moyens de les satisfaire, et condamné par sa pauvreté à une vie chétive et misérable. Il en souffre quelquefois ; plus souvent il s’y résigne :.. « L'égalité a beau être proclamée dans les lois, elle n’est pas encore dans les mœurs, encore moins dans les cœurs, et la supériorité sociale réside, quoi qu’on en dise, dans la position, et bien plus dans les avantages de la naissance et de la richesse, que dans le caractère et dans l'intelligence 2. » La belle duchesse aime à son tour Chavornay. De là un conflit entre le devoir et la passion chez ces deux êtres, qui luttent contre leurs. propres sentiments. Le récit est monotone et se traîne jusqu’à la mort romantique d'Hélène. Le seul intérêt du livre réside en ce qu'il nous révèle de l’auteur lui-même, et aussi dans quelques descriptions assez belles.

Chavornay n’a guère eu de succès, mais Didier, toujours besogneux, en a pourtant réalisé de quoi vivre en 1837 %. Cependant

1. Ceci a sûrement une valeur autobiographique. Sous prétexte de dépeindte son héros, c'est bien de lui que parle l’auteur, qui a toujours souffert de sa pauvreté et de ses modestes origines.

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