Voir chapitre IV
mais il y a des traits de caractère malheureusement trop bien saisis ». George Sand, elle, s'intéresse de moins en moins au M onde, et ce dernier lien se brise à son tour. Cependant Madame d’Agoult rentre passer le mois de maï à Paris. Didier dîne souvent en tête à tête avec elle : « Elle me plaît plus que Liszt. C’est une noble créature, et bien malheureuse. Liszt part avec elle. (Ils vont partir le 6 mai pour l'Italie, en passant par Nohant). Je comprendsmalleursrapports. Je crois qu’on Joue la comédie et qu’on en est aux dernières étincelles. C’est égal, ils sont bien heureux de s’envoler vers l'Italie ! Que ne puis-je, comme eux, sortir des boues de Paris »11!
Douée d’un charme extraordinaire et sachant plaire aux hommes, la comtesse avait gagné la sympathie de Didier. L'opinion de celuici devait bientôt changer, mais il faut constater que Madame d’Agoult, presque toujours représentée comme fausse et méchante, avait dû parler de lui de façon à émouvoir Mme Sand. En tout cas, après sa visite à Nohant, il reçoit le 17 ma',une lettre inatténdue de George : « M'offrant Nohant si je quitte Paris, et m'assurant de la tendresse infinie qu’elle a pour moi au fond de l’âme. Ce mot me désarme.. Je lui écris une lettre de retour et de tendresse ».
Il ne pense plus qu’à elle. Encore une fois plein d'espoir, il se précipite vers le dénouement. Quand, le premier juin, George Sand lui envoie de nouveau une lettre tendre et affectueuse, il note dans le journal « Je me sens invinciblement rappelé vers elle. La solitude du cœur est affreuse ». Il se décide enfin à partir pour Nohant, où il arrive le 15 juin, à 7 heures : « Je trouve tout le monde à table. Accueil embarrassé de G [eorge Sand]. Elle ne m'attendait pas aujourd’hui. Elle ne se lève pas pour me recevoir, cependant elle m'embrasse affectueusement. Elle évite, visiblement, de se trouver seule avec moi, et joue la légèreté et la gaieté. J'ai un mauvais sentiment au fond du cœur. Je retrouve Liszt et Marie, qui est charmante... [ainsi que ] les amis de La Châtre.
Le 16. — L'espèce de froideur d’hier cède à la tendresse, Je la retrouve ce qu'elle était l’an passé. Après dîner, je la trouve dans ma chambre, occupée à l’arranger et y mettant de la grâce et de la sollicitude. Nous y passons quelques doux instants, tandis que tout le monde est ailleurs.
Le 17. — Mauvaise journée. Elle prend ce ton déplaisant et taquin qui m'irritait tant à Paris. Elle est d’une froideur et d’une