Journal, 29 décembre
nais parti, elle me garde et me répète ce qu’elle m'a dit. Elle se livre. tout à fait, malgré la présence de son mari et de son fils. Je monte chez Lamennais ; il se reproche sa facilité, et me dit que j'avais raison et m’avoue que son premier mouvement est toujours l’aveuglement. Certes, j'aurais tout cru plutôt que de croire que je dusse jamais intervenir entre Lamennais et une femme pour une affaire de ce genre!» :
Les relations intimes entre Didier et Lamennais devaient continuer pendant les premiers mois de 1838, tandis que ce dernier achevait son Livre du Peuple. Mais il était alors tout à la fois traqué par ses créanciers et en butte aux tracasseries du gouvernement de Louis-Philippe. Une descente de la police, qu vint fouiller ses papiers, indigna tous ses amis, et Chateaubriand lui offrit l'hospitalité, qu'il refusa d’ailleurs. Lamennais se lia alors davantage avec le grand poète et avec Béranger. La vie et la pensée de Didier étaient de plus en plus accaparées par Aglaé Hannonet, à laquelle il avait présenté Lamennais quelque temps auparavant. Charles et sa future femme partirent pour l’Angleterre et ne revirent Lamennais qu’en automne, à leur rentrée à Paris. Didier n’était plus alors au mieux avec son ami, soit que Lamennais désapprouvât ses relations avec Aglaé, ou que quelque autre malentendu fût survenu entre eux. Souffrant de nouveau de l’œil, il apprit finalement qu'il devait subir une opération au commencement de 1839. Plutôt que de l’annoncer à tout le monde, il prétexta simplement un nouveau voyage en Angleterre et fit des visites d’adieux « même à Lamenn'ais, qui lui, ne part plus et va. s'installer dans un hôtel garni. Il ne me confie point l’affaire qui a changé ses résolutions et moi, en revanche, je le traite comme tout le monde? ».
: Les relations ne s'étaient pas encore relâchées, car pendant la longue convalescence qui suivit l'opération, l’auteur du Livre du Peuple fit de fréquentes visites à Didier. C'était un Lamennais « froid et misanthrope » que retrouvait le malade, mais Didier lui était cependant toujours dévoué, et il lui proposa d'assister à la bénédiction de son mariage, qui devait avoir lieu à l’église protestante (27 mars 1830). Lamennais refusa, de peur de se compromettre : «le prêtre est trop prêtre 3 ».
x. 30 décembre, 1837.