‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 80 sur 172 · janvier · texte numérisé non relu

janvier

3. Au mariage civil exigé plus tard par le grand-père d’Aglaé, Re fut. témoin.

. Le mariage ne rompit pas leur intimité, et Lamennais vint fréquemment dîner avec le nouveau ménage, quelquefois en compagnie de David Richard ou d’autres convives — le plus souvent tout seul. Lamennais se montrait d'humeur de plus en plus variable. Le 14 mai, Didier note : « Visite de Lamennais, toujours tranquille, quoiqu'il ait été question de l'arrêter, à ce que l’on dit. » Un mois plus tard, c’est un « Lamennais fort sombre, fort mécontent et fort peu aimable » qui vient le voir. La question du logement restait difficile à résoudre pour lui, et les deux amis tâchèrent de découvrir un appartement convenable. L'ancien abbé ne se trouvant plus dans une situation de fortune aussi précaire que précédemment, il put sans trop de peine arrêter son choix sur un logement confortable au Boulevard des Italiens.

Le 11 septembre, Didier lui fit une longue visite à son nouveau domicile, et Lamennais lui donna lecture de sa critique des architectures antiques. La lecture terminée, ils abordèrent d’autres sujets, et le vieux philosophe se montra @plus morose, plus jaloux, plus déplaisant que jamais ; il est jaloux de Leroux au point qu'il ne veut pas en entendre parler ! ».

Cependant Lamennaiïs consentit à sortir un peu et il fréquenta surtout le salon de Madame Marliani ; un soir, ils dînèrent chez elle avec Vitrolles : « Lamennais devient galant pour les femmes, il y avait à une Madame Segovia, Espagnole, qui lui plaît beaucoup ? ». Bref, moment de répit, où il échappe à ses préoccupations et à sa tristesse habituelle. Le lendemain, il invite Fortoul et Didier au restaurant Le Doyen, aux Champs Élysées. Il y avait dîné avec son père, à l’âge de 15 ans, et il désirait « rafraîchir ses souvenirs avec les côtelettes de porc à la sauce Robert — Nous allons de là prendre le café chez Tortont ». :

Les anciennes amies, George Sand et la Comtesse d’Agoult, avec qui Lamennais se trouvait lié depuis deux ans, arrivèrent à Paris sur ces entrefaites. Le malheureux homme se trouva bientôt

1. Didier note dans son journal le 21 février 1841 : « Visite à Lamennais, où Fortoul. Il a trouv: tout le livre de Leroux, Humanité, dans les Nuits parisiennes de Resti' de la Bretonne. Il me montre des passages identiques et prépare là-dessus un article qui sera piquant. En revenant, je rencontre le dit Leroux au Luxembourg et je profite de la rencontre pour lui dire, une heure durant, tout ce que je pense de ses tripotages. Je le traite durement ».

2. Journal, x octobre 1839. A cette époque le philosophe a l’air de se plaire dans le m9 1de au point d’étonner Didier. « Lamennais a dîné avec la Dorval chez Madame Marliani, nota-t-il un soir en ajoutant, quel homme ! »

impliqué dans leurs picoteries féminines, et il ne réussit qu'à compliquer encore leurs relations. Didier, très fâché de toutes ces histoires où il était toujours pour quelque chose, estimait que son ami « joue en tout cela un assez sot personnage... Cet homme de vertige ne saura donc jamais se conduire ? » Les relations entre Lamennais et Mme d’Agoult devaient cependantsepoursuivre, tandis qu’il cessera bientôt de voir George Sand.

Après une longue soirée passée auprès de Lamennais, Didier écrit dans son journal : «Il m'étonne toujours par son savoir. II me raconte en détail ses démêlés avec la Cour de Rome par l'entremise de M. de Quélen!, qui alla chez lui cinq ou six fois, quoique, selon l'étiquette, l’Archevêque de Paris, non plus que le Chancelier, ne fasse de visites. On lui insinua qu'il serait nommé cardinal de Rome s’il se soumettait, et on y revint à plusieurs reprises. « Croyez, lui dit l’Archevêque, à peu près ce que croit l'Église, et gardez vos opinions. Croyez-vous que je sacrifierais les miennes à Rome ? Une encyclique n’est rien ». Puis il imprimeérait qu'une encyclique était le fondement et la règle de la foi ! Au fond Lamennais regrette d’avoir été poussé si loin, mais l'hypocrisie du clergé le dégoûta et le décida plus que tout le reste, »

Un autre soir, Didier resta au coin de son feu à lire les lettres de Lamennais rendues par leurs destinataires à celui-ci, qui les lui avait prêtées. Il y en avait de 1831 à 1836, et Charles y trouva la preuve que les Paroles d’un croyant avaient été écrites à la Chénaie pendant l'été de 1833, «sous l'impression des Pelerins de Mickiewicz, dont la traduction de Montalembert parut à cette époque. J'arrivai à la Chênaie un mois après et je fus le premier à lire les Paroles. »

Lamennais, toujours de faible santé, tomba malade, et Didier, l'ayant appris par hasard, courut chez lui avec David Richard. Ils trouvèrent leur ami très changé et furent obligés de le contraindre à prendre des remèdes. Cette époque, comme nous le verrons, fut à plusieurs points de vue, fort pénible pour Didier, qui se désespérait. Il ne trouva pas l’appui dont il avait besoin auprès de Lamennais, toujours plus morose et plus chagrin. Toujours aussi plus retranché dans son égotisme insociable, Didier, qui était à ce moment attaché à la rédaction du National, déjeuna le 30 juin avec Arago et l’accompagna chez Lamennais pour le décider à entrer, lui aussi, dans le comité de rédaction du même journal : « Il est fort récalcitrant et se retire de plus en plus dans sa coquille. » Didier lui-même

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