‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 9 sur 172 · Marc-Monnier. Genève et ses poètes · texte numérisé non relu

Marc-Monnier. Genève et ses poètes

2. Hornung, J.Les contemporains. Galerie Suisse, Tomelll, Lausanne 1880, inr 29. L'auteur note : « J'ai consulté sur lui (Didier) son ancien condisciple M. Charles Schaub ». |

3. Né à Berne en 1700, mort à Berne 13 janvier 1865. Professeur de littérature française à l’académie de Lausanne, puis pasteur et plus tard professeur de littérature française à l’Université de Bonn. *

4. Louis Manuel (1790-1838), pasteur à Lausanne, chapelain du pénitencier et de l’hôpital cantonal vaudois de 1826 à 1832. Orateur remarquable, il alaissé des Sermons, édités après sa mort par Ch. Monnard.

5. La Harpe Helvétique de Charles-Manuel (sic) Didier, Genève, 1825, in-80,

point l’œuvre d’un poète né. Cependant c’est le début de la petite: . école romantique genevoise, et c’est ce qui fait l'importance littéraire de ces publications. L'auteur connaissait les œuvres d'André Chénier et de Casimir Delavigne, mais c’est surtout sous l'influence de ce dernier qu'il avait composé ces premiers vers. L’épilogue de la Harpe en résume l’idée maîtresse :

A toi seule, douce Patrie,

Si fertile en faits éclatants,

À toi seule, Suisse chérie,

J'ai consacré mes premiers chants.

L'auteur a le sentiment de la nature à un très vif degré. Les paysages de la Suisse lui sont très chers. Il les admire seul, non qu'il soit un isolé, mais parce qu’il aime déjà la solitude sans s’en rendre compte 1.

Charles Durand ?, dans le Journal de Genève du 19 janvier 1826, consacra un article à la Harpe Helvétique, dont il trouvait l’auteur « digne d'encouragement et de succès ». Mais ce fut son seul défenseur, et en lisant l’article l’on constate qu'il est écrit sans trop de conviction. La Harpe n’a eu aucun succès, et les Mélodies, qui parurent en 1827, furent également reçues avec indifférence, sinon avec hostilité par le public genevois. Le jeune poète avait cependant fait beaucoup de progrès. Cette fois c’est Lamartine qu’il avait pris comme modèle, et M. Charles Fournet a étudié ce recueil à ce point de vue dans son intéressant ouvrage sur Lamartine et ses amis suisses 3. On y sent toujours l'amour de l’auteur pour la nature, mais déjà il a souffert, non seulement des malheurs intimes de sa jeunesse, mais encore de la déception que lui avait apportée son premier échec littéraire. Nous trouvons déjà là le Didier impatient,

1: Ce fut un trait essentiel de son caractère. Dans son journal 15 mars 1831, il note « Dans la solitude, l’homme se recueille et se connaît mieux ». Pour se reprendre il la cherche toujours.

2. On trouve des renseignements intéressants sur ce Charles Durand dans un article de M. Gustave Charlier sur Juliette Drouet à Bruxelles, paru dans le Flambeau du mois de mai 1919 : « Protégé par Carnot et par le Maréchal Brune, il avait débuté dans la magistrature comme procureur du roi de Corse. Il collaborait entre temps au journal La Renommée aux côtés de Jouy et de Benjamin Constant... Il rédigeait à Genève en 1824, le Courrier du Léman. Il cherchaït fortune à Bruxelles, où il apparaît en 1828, parmi les réfugiés français qui régentaient la presse du royaume des Pays-Bas ».

-et énergique, noble cœur qui éprouve qu'il « n’était point né pour cet obscur néant » 1 Il se sent isolé : je

Enfant d’une patrie où l’on rit du poète, Pourquoi chanter ? Pourquoi d’un sourire moqüeur Contre moi provoquer l’outrageante froideur ? ?

Didier ne fut du reste pas le seul à souffrir de la malveillance de ses compatriotes. Toute la petite école romantique qui'se formait autour de lui, entre autres André Verre #, Étienne Gide et Imbert Galloix, « tous ces rêveurs et tous ces tristes furent malmenés à souhait. On leur reprocha moins encore leur mélancolie que leur versification. La bourgeoisie, le monde académique, les ignorèrent ou les raillèrent # ».

Parmi ses contemporains aussi, il s’en trouve un qui ne témoignait aucune sympathie au jeune poète et qui finit par se révéler son véritable ennemi. C'était Huber-Saladin, son aîné de sept ans, d’une famille riche et distinguée, enorgueilli encore par un brillant mariage. On n’a qu’à lire son ouvrage sur le: Comte de Circourt 5 pour se rendre compte que l’auteur était un véritable snob. Dans ce livre, il ne cite pas une seule fois son compatriote Didier, qui était cependant très lié avec les Circourt. C’est, en effet, dans le salon de Mne de Circourt que les deux Genevois se rencontrèrent à Paris, longtemps après 6.

Cependant nous avons vu que Didier avait ses admirateurs, surtout Petit-Senn et ce Durand qui avait pris sa défense dans le Journal de Genève. Durand était un Français spirituel et aimable, à la fois poète, critique, journaliste et homme du monde. Il s’intéressa au jeune Didier et le présenta à ses amis, lui fit même une petite place à la rédaction du Courrier du Léman, dont il était le fondateur. Le journal, qui parut en mai 1826, ne devait pas avoir

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