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I. — Zone forestière de l'Est

Au point de vue militaire, la situation est sérieuse, mais elle est claire. D'abord, il y a une chose très nette : c'est qu'il existe un filon ininterrompu d'insoumis à travers toute la zone forestière depuis Ikongo jusqu'à la frontière du cercle de Fort- Dauphin.

Tous les groupes sont en relations. Depuis la dislocation du groupe d'Ikongo par le lieutenant Libersart, c'est au Sud que sont allés les dissidents auxquels le chef Tsiahoro, des environs d'Ivohibé, était venu prêter appui, et ils se sont réunis à Tsivoa, le 'chef principal des Tambavalo. Tsivoa leur avait fait déclarer « qu'ils trouveraient toujours asile près de lui contre nous, qu'il offrirait le même appui ailx gens du Sud de la Mananara si nous les pressions trop, de même qu'il irait rejoindre les gens du Sud en cas de besoin ».

L'existence de ces relations résulte nettement du rapport ci-joint du sergent Lousteau (2), commandant le poste d'Imandabe, excellent agent, très au courant des choses rebelles, du dernier rapport du lieutenant Allard, et de tous les renseigne-

(1) Cartes n°' 1 et 2.

(2) Le sergent Lnusteau, chef de poste à Imandabe, à M. le Capitaine commandant le secteur d'Ivohibé.

Imandal)e, le 2 février 1901.

J'ai l'honneur de vous rendre compte que Sahabaka vient de m'arriver de retour de chez Tsivoa. 11 me paraît très ennuyé de la réponse qu'il est chargé de porter. En effet, les rebelles rassemblés au grand complet vous font dire qu'ils ne consentiraient à se soumettre qu'une fois que les postes d'Ifandana et d'imandabe auront été supprimés. Ils ne veulent même entrer en relations avec nous qu'après cette évacuation.

Malgré l'interrogatoire que j'ai fait subir à Sahabaka, c'est tout ce que

ments d'émissaires recueillis sur place par le capitaine Le Rouvillois.

Mais, malgré ces relations ininterrompues, on peut diviser la question en deux champs d'action bien distincts :

1° Au Nord de la Mananara; 2° Au Sud de la Mananara.

D'abord, parce que la Mananara est un gros obstacle, actuellement infranchissable à gué, et toujours difficile : la traversée ne s'en fait dans la zone forestière que par de rares pirogues gardées par les villages complices. Les relations et surtout les passages de groupes sérieux avec femmes, enfants, et provisions ne sont donc pas commodes.

Ensuite, parce que les intérêts matériels, les habitudes sont distincts sur les deux rives. Au Nord, avant l'exode dans la forêt, les gens formaient la population assez dense de la haute vallée de l'Iantara, entre le pic d'Ivohibé et Ifandana, et avaient leur marché à Farafangana. Au Sud, ils résidaient dans les vallées de l'Itomampy et de l'Ionaivo et avaient leur marché à Vangaindrano.

Car il faut noter, et en .tenir le plus grand compte pour la façon de procéder à leur égard, que pour beaucoup de ces groupes, ce sont des exigences exagérées au début, des maladresses d'agents mal informés, passant trop peu de temps dans le pays, qui ont amené l'exode dans la forêt.

j'ai pu obtenir de lui. Heureusement qu'il a montré moins de discrétion ave? Tsitesa qui m'a répété ce qui suit :

Vingt hommes armés, venant de l'Ikongo, seraient venus chez Tsivoa lui oflfrir leurs services pour l'aider à se défendre contre nous. D'autre part, sept individus, également armés, seraient venus trouver Tsivoa et lui faire la proposition suivante : a Si les vahaza vous font la guerre et brûlent vos villages, venez chez nous dans l'Ivondro(a^, nous vous recevrons ; de même, si une colonne se fait dans l'Ivondro et que nous soyons chassés, nous viendrons nous réfugier chez vous, mais nous ne nous soumettrons pas. »

Tsimihony a acheté deux fusils, trois cornes de poudre, aux gens da l'Ikongo. Imaharanga en a acheté une (même provenance), ce qui, plus les deux qu'il avait, porte à trois le total de cornes de poudre qu'il possède. Tsiondevo (de Sosobahy) a aussi acheté deux cornes de poudre. Il paraît qu'il y a à Sosobahy une quarantaine de fusils pour défendre le village. Plusieurs possèdent deux fusils,

(a) Région de Midongy.

PÉRIODE TRÉPARATOIRE 57

On peut espérer par la politique la plus loyale, la plus suivie, avoir raison de la plupart de ces dissidences, mais il est à craindre qu'il ne subsiste un noyau d'irréductibles avec lesquels aucune entente ne soit possible et qui ne se soumettent que contraints et forcés.

Il faut aussi tirer du passé des leçons pour la conduite à tenir désormais. Toutes les tribus soumises qui bordent la lisière de la forêt à l'Est habitent des vallées riches, sont très jalouses de leurs récoltes, de leurs troupeaux, fières et indépendantes, et la forêt voisine est une tentation grande. Elles y voient un refuge toujours possible pour le cas où des exigences inopportunes viendraient apporter un trop grande trouble dans leurs habitudes et leur existence. J'ai réuni, en kabary, les chefs de ces tribus, amenés par le lieutenant Freydemberg, résidant à Vohimarina, qui est sur place depuis deux ans, qui a suivi à l'égard des indigènes la politique la plus sage, les a bien en main et auquel ils sont très attachés, et ils m'ont parlé très nettement, très fièrement, disant sans ambages qu'ils avaient un bon chef, qu'ils payaient régulièrement l'impôt, cultivaient en paix, mais que, si on leur donnait un jour un mauvais chef, si on ne payait pas leur travail, ils reprendraient la forêt. Du moins était-ce franc.

Telle étant la situation, voici la méthode et le programme adoptés :

A) Au Nord de la Mananara.

MÉTHODE ADOPTÉE. — Je VOUS en ai déjà donné les premières lignes dans mes lettres précédentes.

Comme directive d'ensemble : Rabattre vers le Sud, de manière à préserver avant tout les parties pacifiées du Nord. Ne tolérer à aucun prix que les morceaux brisés projettent des éclats vers le Nord, sur la route de Mananjary, ni sur les exploitations aurifères de l'Ampoasary (1), ce qui serait désastreux.

Donc, organiser le mouvement du Nord vers le Sud en fermant constamment la porte vers 1© Nord. Si, dans la dernière

(1) Carte n° 1.

phase du programme, j'avais abouti à mettre tous les irréductibles chez les Andrabé, dût ce groupe en être doublé, je regarderais ce résultat comme très satisfaisant, la question étant beaucoup plus facile à résoudre avec un bloc compact qu'avec des molécules insaisissables répandues dans toute l'économie.

Une ligne de postes à l'Ouest de la forêt A. B. G. D..., une ligne à l'Est, M. N. 0. P...

A. B. M. N. se mettent en liaison, investissent le premier secteur ainsi formé, se relient ensuite par des transversales dont l'intersection donne lieu au poste X, en plein centre de la forêt. Le nettoyage se fait. Le terrain est rendu <( réfractaire aux pirates )>, suivant une formule que j'ai souvent employée : appui sur les populations soumises; leur armement; ouverture de chemins; installation d'un marché.

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Puis on passe au secteur suivant, B. G. N. 0., appuyé sur le précédent, qui ferme la porte au Nord, et l'on procède de même en aboutissant au poste Y.

Et ainsi de suite.

Le mécanisme, une fois déclanché, continue à jouer, poussant devant lui, plus au moins vite, selon la résistance qu'il rencontre, et se développe comme une triangulation.

Le capitaine Le Rouvillois a déjà adopté et appliqué cette méthode. Je l'ai expliquée à chacun des oflTiciers que nous avons mis nous-mêmes à leur place, et je les en crois aujourd'hui

PERIODE PREPARATOIRE

bien pénétrés et, il est superflu de le dire, pleins d'entrain et de confiance.

Situation actuelle. — La théorie donnée, voici la pratique : Le déclanchement a été donné le 1" janvier.

a) Zone réglée. — Le lieutenant Libersart, secondé par M. Ravel, chef du district d'Ikongo, a commencé le 2 janvier par briser les noyaux de résistance Tanala restés entre Ikongo et Ankarimbelo. Le lieutenant Allard, qui l'a remplacé à Ankarimbelo, étroitement lié avec le lieutenant Bouche à Karianga et avec le poste d'Ivohibé, a continué, en pourchassant les débris de manière à rendre impossible toute réinstallation rebelle dans cette région. D'après les renseignements, il n'y reste que quelques hommes avec un fusil 86.

Les chefs Andriampanoha, Izaïta, Andriambelo, dont deux auraient été blessés, seraient partis pour le Sud et y auraient rejoint Tsivoa. (Depuis lors, Andriambelo est venu faire sa soumission, à Ankarimbelo en y rapportant six fusils Lebel).

b) Zone en train.

figuré ci-joint.

Actuellement, le secteur en travail est

Le lieutenant Dubuffe y installe le poste central d'Ivatovory. Ce quadilatère est relativement facile, peuplé de beaucoup

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Imandabe) (S Cousteau)

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d'habitants acquis à notre cause, que le capitaine Le Rouvillois arme de carabines 74, dont il relie les villages, de manière à le rendre impraticable aux groupes qui, venant d'Ikongo, le

traversent encore, et à faire uni mur à l'égard du secteur suivant, qui sera le plus dur.

c) Zone à régler. — Entre l'Iantara et la Mananara. A régler en deux morceaux, séparés par la route d'Ifandana à Farafangana.

ii'-eïde Tsivoa

■^^oLba-tena

-<3Vondrozo '(S^Thibault)

Le morceau Nord est entièrement occupé par les réfractaires, formés en majeure partie par la tribu des Tambavalo, qui peuplait en plaine, avant son exode, la haute vallée de l'Iantara, (en A) oii l'on voit encore leurs rizières abandonnées.

Sans vous donner ici tous les noms des chefs, je tiens à en mentionner trois : Ts'ivoa, âgé, le plus irréductible de nos ennemis; Tsiahoro, qui lui sert d'intermédiaire avec les groupes du Nord, et Faname, établi à la lisière en face du poste d'Imandabe. Ce Faname n'était pas éloigné de s'entendre avec nous; il est en excellentes relations personnelles avec le sergent Lousteau, commandant le poste d'Imandabe depuis 18 mois — il y avait entre eux un pacte tacite — et il aurait certainement réoccupé son village sans l'influence de Tsivoa, auquel il semble attaché par un vrai point d'honneur, et aussi parce qu'au fond il se méfie irrémédiablement de nous — il sait que le sergent Lousteau ne sera pas toujours dans le pays — et, s'il croit entièrement en lui, il ne croit pas en ses successeurs, tant il est vrai que, dans cette question de pacification, la question de personnes est prépondérante, que c'est d'elle qu'il faut tenir compte, avant tout, que pour ces postes au contact des in-

soumis il faut choisir ses agents homme par homme, que la rigide application du tour de départ colonial est la négation de toute politique efficace, que c'est le plus grave, le plus constant, le plus fondé des griefs qu'on puisse élever contre l'administration militaire, et qu'ici du moins nous devrions tout faire pour l'atténuer en ne l'appliquant rigidement qu'aux officiers et sous-officiers des régions pacifiées, de manière à laisser les autres en place le plus longtemps possible.

Bref, lors de mon passage à Imandabe, j'ai fait, par l'intermédiaire du sergent Lousteau, une tentative personnelle auprès de Faname, lui offrant — s'il voulait venir à nous avec ses 60 fusils, réoccuper son village et nous servir de partisan — d'évacuer le poste d'Imandabe et de n'y laisser que des partisans de son bord avec le sergent. Il a d'abord semblé accueillir la proposition, puis, sous l'influence de Tsivoa, consulté, a résolument rompu et lié son sort au sien. J'appelle toute votre attention sur les lettres du capitaine Le Rouvillois et du sergent Lousteau (1). Elles montrent à quel degré d'hostilité et de résolution les Tambalavo en sont venus à notre égard.

(1) Imandabe, le 14 février 1901.

Le sergent Lousteau, chef de poste à Imandabe, à Monsieur le Capitaine commandant le secteur divohihé.

Mon Capitaine,

J'ai l'honneur do vous rendre compte que, malgré mon désir de faira traîner en longueur les pourparlers avec les rebelles, tout est rompu avec eux. Voici du reste en détail ce qui s'est passé :

J'ai envoyé hier matin les nommés Ifanany, Bemanoro, Inidria dan> riabozava demander à Faname ce qui résultait de l'entrevue que ce dernier avait eue avec Tsivoa. Je faisais prévenir Faname que Rato était à Imandabe avec le désir de causer avec lui. Quand Faname a su que Rato était au poste, il l'a envoyé immédiatement chercher. Rato, accompagné de ses trois partisans, s'est rendu sur le bord de la forêt, où Faname l'attendait déjà. Faname a tenu les propos suivants :

« J'avais bien l'intention de me soumettre, mais, après l'entretien que je viens d'avoir avec Tsivoa, j'y renonce. Tsivoa m'a dit que si je sortais c'est que j'avais peur des vahaza (1) et que je serais un lâche. Comme je me trouve seul à vouloir sortir, je préfère rester avec mes camarades, n& sachant pas ce qui m'attend quand j'aurai quittxj la forêt. Du reste, mes hommes ne veulent pas faire l'esclave des vahaza en portant leurs charges. En outre, nous avons suffisamment de fusils pour nous défendre quand nous serons attaqués et assez de nourriture pour ne pas être obligés d'en

(1) Les vahaza, terme générique désignant les Européens.

Nous avons donc là au moins 380 fusils décidés à toute résistance. Le pays est très difficile. La forêt couvre la falaise tourmentée qui s'abaisse à l'Est, formée de gorges, de ravins, qui offrent de nombreuses positions défensives, vrai pays à pirates, style Haut-Tonkin, oîi les repaires sont fortifiés de palanques et les chemins barrés d'abatis et de petits piquets.

C'est là ce que le capitaine Le Rouvillois va aborder vers le l''" avril, par la méthode concentrique la plus rigoureuse exposée précédemment, en y appliquant tous ses moyens en officiers et en hommes et avec l'aide d'une pièce d'artillerie.

Avant de décider qu'on procédera, en dernier ressort, par la force à cette opération de la forêt, je me suis demandé si on ne pourrait la négliger, l'isoler, et laisser ces 400 fusils v vivre chez eux, pourvu qu'ils n'inquiètent ni nos convois, ni nos courriers.

Or, cela n'est pas possible, parce que, d'abord, ils pèsent lourdement sur les populations paisibles de la plaine, vont jusqu'aux abords de Farafangana voler des bœufs, comme récemment chez MM. Blanc et Lecomte, mais surtout parce qu'ils servent de noyau d'attraction. Ci-joint une lettre du lieutenant Cautellier (1), commandant le poste de Ranotsara-du-Nord, au

chercher hors de chez nous. Si les vahaza se croient capables de prendre nos villages, nous les attendons, qu'ils y viennent. Ils peuvent même prendre comme guides Inidia, Ifanany et Bemandro, qui connaissent notre repaire, cela nous est indifférent. S'ils n'ont pas assez de cartouches, qu'ils aillent en chercher à Fianarantsoa. Nous ne sortirons de la forêt que lorsque tous les postes seront évacués ou que tous nos chefs seront morts. Nous sommes fatigués de ces pourparlers qui durent depuis trop longtemps. Il est inutile d'envoyer de nouveaux émissaires, car nous leur couperons la tête. Le jour où nous serons vaincus et que nous voudrons nous soumettre, nous préviendrons Rato et Ifanany. Je suis content que Rato soit présent aujourd'hui ; il était avec le sergent le jour de l'entente tacite, il est présent aujourd'hui à la rupture. »

(1) Ranotsara-du-Nord, le 11 février 1901.

Le sous-lieutenant Cautellier, commandant le groupe de Banotsara, à Monsieur le Capitaine commandant le secteur d'Ivohibé.

Mon Capitaine,

J'ai l'honneur de vous rendre compte de ce qui suit concernant Inamaloza :

Avant-hier, 9 février, conformément aux instructions contenues dans la lettre en date du 7 février de M. le capitaine commandant le sous-secteur d'Ivohibé, j'ai fait prévenir Inamaloza qu'il devait se rendre à Ranotsara

sujet du chef Inamaloza, qui menace, si on ne lui donne pas raison dans une affaire de bœufs avec un autre chef, d'aller rejoindre les gens de la forêt. Au kabary de Vohimarina, les chefs soumis m'ont très naturellement exposé qu'au premier cas de mécontentement ils rejoignaient les chefs de la forêt. C'est un aimant pour tous les mécontents et tous les hésitants. II faut donc que ces installations fortifiées d'insoumis soient détruites et qu'ils soient contraints à sortir de la forêt et à reprendre leurs rizières.

Il y a pour cela un autre motif, c'est que, pour y faire leur riz et pâturer leurs bœufs, ils brûlent la forêt. Les désastres sont déjà énormes. D'après les évaluations locales, elle s'est rétrécie des 3/4 depuis dix ans. Les témoins existent d'ailleurs; des troncs de grands arbres carbonisés se dressent à de larges distances de la lisière, jalonnant les anciennes surfaces. Et, comme il n'y a pas d'autre source de bois dans cette région de Madagascar, le péril est très sérieux. A cet égard, j'estime qu'aux postes principaux, tels qu'Ivohibe, Ifandana, devraient être annexées des pépinières pour commencer le reboisement des environs, et que le réseau de postes actuel établi pour la pénétration sera tout indiqué, une fois la pacification obtenue, pour servir de réseau de surveillance forestière.

le plus tôt possible et y amener les deux témoins cités par lui et les vingtsix bœufs, objet du litige entre Tsireny et lui. Les deux partisans que j'avais envoyés sont revenus me disant : « qu'Inamaloza refusait de venir à Ranotsara, l'afiFaire devant être jugée à Ivohibé. C'est à Ivohibé qu'où lui avait dit de conduire les bœufs et non à Ranotsara. » J'ajoute en passant qu'Inamaloza n'avait pas l'air de se presser pour amener les bœufs à Ivohibé. Dès que je reçus cette réponse, j'envoyai à Isahara, village d'Inamaloza, mon caporal de tirailleurs et quatre tirailleurs renouveler à ca chef l'ordre que je lui avais donné. S'il refusait de venir, le caporal devait l'amener à Ranotsara, ainsi que les deux témoins et conduire en même temps à ce poste vingt-six bœufs pris à Inamaloza.

Le caporal vient de rentrer conduisant vingt-deux bœufs appartenant à Inamaloza. Ce chef, suivant son troupeau, n'a pas manqué d'arriver. Son attitude a été des plus insolentes. Après m' avoir demandé raison de la mesure dont il était l'objet, il m'a traité de menteur et m'a accusé de chercher à lui prendre ses bœufs. Lorsque je lui dis d'attendre au village da Ranotsara le passage de M. le capitaine commandant le sous-secteur qui doit arriver demain, il refusa d'abord à plusieurs reprises et quitta le poste pour retourner dans son village, disant qu'il allait se réfugier dans la forêt. Ce n'est que sur la menace de le garder de force à Ranotsara qu'il est rentré au poste. En ce moment, il attend au village de Tsivcanino l'arrivée de M. le capitaine commandant le sous-secteur, qui doit amener Tsireny et tranchera ici le différend.

Bref, le capitaine Le Rouvillois exécutera maintenant son programme jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la Mananara, ayant pour but d'occuper effectivement la forêt et cCy rendre impossible toute installation fixe des rebelles, en les repoussant constamment vers le Sud. Mais, il a comme instructions formelles, et cela répond entièrement à son caractère, de tenir toujours, à tout moment, la porte ouverte à toute soumission, de ne tenir compte d'aucun fait passé, de traiter ceux qui seront entre nos mains de telle sorte qu'ils prennent confiance en notre parole et en notre humanité.

Je veux espérer que, devant cet investissement progressif, cette résolution bien arrêtée de notre part d'en finir, les plus hostiles mêmes finiront par se désagréger et qu'il ne restera que quelques chefs irréductibles qui finiront, abandonnés de tous, par céder à leur tour.

B) Au Sud de la Mananara.

Ici le filon suspect s'infléchit à l'Ouest.

Le prolongement de la grande forêt, entre l'Itomampy et la côte, est probablement sillonné par quelques passages; mais, entre la Mananara et Midongy, il ne s'y trouve aucune installation ni soumise, ni insoumise. La communication est entièrement libre entre Soarano et Vangaindrano.

Soarano, dont le lieutenant Croll commande le district, est le centre d'une petit© confédération, les Zafimarazoha, qui occupe toute la basse vallée de l'Itomampy, dont la « reine » Raoleza, son ministre-consort Takara et son fils Laimanjaka nous sont entièrement dévoués. Toute cette région, fertile et bien cultivée, où la guerre n'a jamais passé, donne une impression de prospérité rare; il y a peut-être là, avec Laimanjaka, les éléments d'un petit protectorat, car sa famille, ancienne et respectée, se ramifie sur les tribus voisines.

Le lieutenant Croll a tout ce monde parfaitement en main. C'est lui-même qui a créé le poste de Soarano, il y a deux ans; il fait par bonheur une troisième année et c'est une preuve de plus de l'influence que le choix d'un officier sage et sa présence prolongée dans un pays peuvent avoir sur la situation politique.

PÉmODE raÉPARATOIKE 65

Massif dlvolobc (1). — Les insoumis sont à l'Ouest dans le massif d'Ivolobe.

Je vous ai signalé, dans mon dernier rapport, les inquiétudes qu'inspiraient au lieutenant-colonel Lavoisot ces groupements qui semblaient se grossir de l'exode de villages voisins de la vallée de l'Ionaivo, la récolte faite, pour ne pas payer Vimpôt.

Je vous signalais qu'autour de ce groupe gravitaient deux petits noyaux rebelles, l'un commandé par le chef Bekea, l'autre commandé par le chef Behezamena. 11 ne s'agissait pas ici de chefs politiques, mais de simples chefs de brigands qui terrorisaient la contrée. Je vous signalais que le lieutenantcolonel Lavoisot avait décidé d'en finir de suite avec ces deux groupes accessoires, de manière à assurer la paix aux populations paisibles de l'Ionaivo et à isoler le groupe d'Ivolobe.

Or, le lieutenant Corbel, commandant le poste d'Iakora, a ti'ès brillamment enlevé, le 5 février, quelques jours avant mon passage à Soarano, le repaire de Bekea, énergiquement défendu. Il a pu, grâce à une dure marche de nuit dans ce massif de roches et de forêts, surprendre les pirates, auxquels il a infligé des pertes cruelles, en ne perdant lui-même qu'un milicien tué et un tirailleur blessé. Cette affaire, où les Européens présents, le docteur Conan, le soldat de Vit et le clairon Lacroix, de la 12" compagnie du 13^ ont vaillamment entraîné les indigènes, a eu une grosse répercussion. Bekea, blessé à la cuisse, a été emmené dans l'Ivolobe.

Le mouvement d'attraction du groupe d'Ivolobe s'est brusquement arrêté. Il y reste le chef principal Tsimifahy avec un noyau sérieux, mais quelque désagrégation y apparaît et des soumissions sont venues au lieutenant Corbel, au poste d'Iakora.

Ici encore, le lieutenant-colonel Lavoisot va appliquer i.i méthode générale, en partant des quatre postes d'Iakora, Soarano, Midong)^, Ranotsara (Sud).

Le mouvement va se préparer, dès maintenant, très méthodiquement et progressivement.

Il est vraisemblable, s'il reste un noyau irréductible, qu'il ira chez les Andrabé.

(1) Carte n» 2.

Madagascar.

(L^Corbel)V ^^^ ^U- Croll)

(S^ Lapierre) / /(Cap"-* Bonnefoy

Les Andrabé. — C'est ce qu'il y a de plus sérieux clans l'Est de mon commandement.

Les renseignements que j'ai recueillis sur place ont confirmé tout ce dont je vous ai rendu compte dans mes précédents rapports sur ce groupement solide et agressif, chevauchant sur les trois provinces des Bara, de Farafangana et de Fort-Dauphin, et qui, depuis l'agression contre le lieutenant Frénée, n'a pas cessé ses tentatives.

Je les résume :

1° Le 24 novembre, attaque sérieuse de Befotaka sur trois faces, les agresseurs arrivent à quelques mètres de la palissade;

2° Le 30 novembre, attaque du convoi du sergent Seube entre Befotaka et Midongy;

3° Du 16 au 18 décembre, le lieutenant Durmelat, commandant le poste de Befotaka, fait une reconnaissance pour déterminer l'emplacement et la force des groupes rebelles. Les chefs Tsimanaira et Befondehy se soumettent, le chef Befanoa est tué.

Mais, à la même date (le 17), un courrier de Midongy à Befollaka est enlevé;

4° Les 29 et 30 décembre, attaque, entre Befotaka et Midongy, du convoi de l'adjudant Marenger escorté par 68 fusils. Nous avons trois tirailleurs blessés et, le 30, 25 fusils de renfort lui sont envoyés de Midongy pour le dégager.

Les communications entre Midongy et Befotaka sont interceptées; le sentier de forêt qui suit l'Itomampy est coupé sur huit kilomètres par des abatis et des petits piquets.

Befotaka ne communique et ne se ravitaille que par Ranotsara-du-Sud.

Du reste, le pays est terriblement difTicile. C'est une région de hautes montagnes et d'épaisses forêts, où la guerre est dure. . Mais ici nous y voyons beaucoup moins clair qu'au Nord.

Sauf sur la ligne Midongy-Befotaka, où l'on est au contact, les renseignements sont contradictoires et imprécis.

Ce dont il s'agit d'abord, c'est de déterminer avec précision la région occupée par les Andrabés. Ils semblent avoir pour centre de résistance le massif d'Imandabe, dans la province de Farafangana. Ils ne dépassent pas au Nord le chemin de Midongy à Amparihy, c'est un fait acquis.

Mais combien sont-ils de fusils ? Les appréciations yarient de 400 à 800. Jusqu'où s'étendent-ils au Sud? Quels points occupent-ils ? Autant d'inconnues à déterminer. Aussi ai-je décidé, avant d'adopter un programme, d'envoyer une reconnaissance préparatoire, dirigée par le capitaine Savy, officier-adjoint du cercle des Bara, qui accompagnait le colonel Lavoisot et moi dans notre tournée. Il a pour mission de faire tout le tour du pays insoumis, en le serrant d'aussi près que possible. Il sera accompagné dans chaque zone par le chef de circonscription, le lieutenant Roy, de Vangaindrano, le chef du poste de milice d'Amparihy, le lieutenant Pettelat, de Ranomafana, etc.

Je compte que cette reconnaissance sur la périphérie, vue par les mêmes yeux, en ramenant les renseignements de sources diverses à la même échelle, me donnera les éléments nécessaires pour établir nettement la situation.

Je voudrais ensuite la faire régler, comme je le fais du côté du capitaine Le Rouvillois, par l'établissement d'une circonscription provisoire, à cheval sur les trois provinces, dirigée par un capitaine concentrant en ses mains tous les fils de l'action politique et militaire; mais il faut là un officier de premier choix (1),

(1) Cet officier a été le capitaine Mouveaux, qui a pris son commandemeni le 15 mai 1901.

C) Questions communes a l'ensemble de la zone forestière.

Composition des troupes. — Au Nord de la Mananara, dans le secteur d'Ivohibé, la 5" C'^ du ^ malgaches, dont le centre est à Ivohibé (200 fusils).

55 hommes de la ii^ O" du iS" colonial, dont le centre est à Ifandana.

100 miliciens.

100 partisans.

Au Sud de la Mananara, dans le secteur de Midongy :

Un peloton de la i™ C" du ^ malgaches, dont le centre est à Betroka (100 fusils).

Un peloton de la S" C du 2" malgaches, dont le centre est à Isohy (100 fusils).

S5 hommes de la 1^ O" du iS" colonial, dont le centre est à Midongy.

60 miliciens.

20 partisans.

Ivohibé a assez de fusils.

Il faudra que je renforce Midongy en tirailleurs, en y portant le complément de la 1" C'^ et peut-être en sénégalais, pour résoudre la question des Andrabé.

Il y a presque assez d'Européens (je les compléterai lors do la relève), mais ils sont mal répartis. Je trouve leurs installations mauvaises. A Ivohibé, à Ifandana, à Midongy, à Ranotsara, ils sont aussi mal que possible et l'état sanitaire s'en ressent sérieusement.

D'une manière générale, le secteur de Midongy, avec ses postes établis dans des clairières fraîchement défrichées, entourés de bois, est très malsain pour les Européens et il n'y faut laisser que le strict indispensable.

Le secteur d'Ivohibé-Ifandana est sain. C'est là qu'il faut maintenir les réserves européennees destinées à coopérer à l'action contre la forêt.

D'autre part, dans ces deux compagnies éparpillées, dont la moitié de chacune est détachée à Fianarantsoa, il n'y a plus assez de lien ni de discipline.

PÉRIODE PRÉPARATOIEE

C'est pourquoi j'ai décidé, ainsi que je vous l'ai télégraphié, de ramener la 12^ G'" du 13' à Fianarantsoa, où je la maintiendrai à fort effectif. Ce sera ma réserve européenne bien installée, près du médecin, remise et tenue en main par son capitaine.

La 11" C sera groupée dans le secteur d'Ivohibé, qui est sain, ne fournissant au secteur de Midongy, qui est malsain, que les stricts Européens nécessaires, deux par poste, comme encadrement.

Tous les hommes de la 11' qui ne seront pas strictement indispensables dans les postes seront groupés à Ivohibé et Ifandana, postes sains, faciles à ravitailler par Farafangana, et ils y seront parfaitement placés comme réserve militaire. Il est de la plus extrême urgence de remédier à la situation actuelle, en enlevant tous les Européens malingres des petits postes.

Je fais donc construire en chacun des postes d'Ivohibé et d'Ifandana un pavilloni pour les Européens.

^6aAal(xlin.a. n^^ohiSe

Sanoàsar, ( du nord,

/iArtotsar^

(oUc SCLOt)

/oJcorcL

C'est non seulement une nécessité d'hygiène, mais encore une nécessité politique, car là, comme partout, l'attitude des populations tient beaucoup à ce qu'elles croient que nous ne

resterons pas dans le pays, parce qu'elles nous y voient installés aussi mal qu'elles.

Infirmerie. — Elle est à Ivohibé dans des paillettes, dans la plus misérable installation. Elle est donc à construire et à installer de toutes pièces.

J'estime, puisqu'il faut la faire entièrement, qu'il est préférable de la transporter à Ifandana.

En effet, elle est destinée aux évacuations des secteurs d'Ivohibé et de Midongy. Or, elle est beaucoup trop loin des postes extrêmes du Sud, Ranotsara, Befotaka. Les malades ne peuvent supporter un tel trajet. Le médecin ne peut arriver à temps.

Le schéma ci-dessus (!) fait ressortir les conditions avantageuses dans lesquelles elle fonctionnera à Ifandana, d'autant plus que le jour oii il y aura un service côtier, les évacuations pourront se faire par Farafangana, ce qui sera un gain inappréciable pour les malades et pour le Trésor.

Ravitaillement. — Les deux schémas ci-dessous font ressor-

Ravitaillement actuel )/voAe6é

LEGENDE

@ Gérances d'annexé

et Magasins de transit ® Postes

■■■■I" par mu lets

. parbourjanes

- par pirogues

tir, d'une part, la situation actuelle, d'autre part, la situation projetée.

(1) Page précédente.

Actuellement, un seul tronçon, d'Ifandana à Ivohibé, est praticable aux mulets. Tout le reste du ravitaillement se fait par bourjanes, charge lourde pour les populations peu denses, et pesant uniquement sur les tribus soumises, qui s'en plaignent : c'est l'argument le plus fortement invoqué par les insoumis pour ne pas nous revenir.

Le projet nouveau supprime le magasin de transit de Vangaindrano. 11 réduit les quatre centres de distribution, Farafangana, Vangaindrano, Ivohibé, Midongy, à deux : Farafangana et Ifandana, qui devient la gérance d'annexé centrale.

Il utilise, sur un parcours de 90 kilomètres, la voie d'eau Mananara-Itomampy, toujours navigable jusqu'à Midongy.

Il demande la transformation en chemins muletiers des chemins :

1° De Farafangana à Ifandana;

2° D'Ifandana à la Mananara.

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En résumé, par sa situation, Ifandana est destiné à devenir le centre de la circonscription forestière, au point de vue ravitaillement, évacuations, communications, aussi bien qu'au point de vue de l'action militaire.

Il est sur la voie la plus courte entre Farafangana et le plateau central.

Il peut et doit devenir un marché actif.

Le jour prochain oii se disloquera le cercle des Bara, tandis que les secteurs d'Ihosy et de Betroka, situés dans le bassin Ouest de l'île, se rattacheront à Tulear, les secteurs d'Ivohibé et de Midongy, situés sur le versant Est, devront former, tant que la pacification n'y sera pas achevée, un cercle-annexe dont le siège sera tout désigné à Ifandana, tandis que d'Ivohibé, situé à l'extrême limite Nord, il serait impossible d'exercer aucune action sur la région de Midongy.

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