II. — Insoumis du Sud
Cercle de Fort-Dauphin. — II résulte des derniers renseignements que la situation est loin d'être nette dans le cercle de Fort-Dauphin.
Conformément aux instructions données antérieurement à votre retour, on y a poussé la pénétration à travers le pays Antandroy, mais l'organisation en arrière n'a pas été encore complètement assurée.
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Bekit
Anttnà
Le capitaine Ducarre, commandant le secteur d'Ambovombé depuis le 1" janvier 1901, dès ses premières reconnaissances, a constaté qu'il n'occupait que quelques points au milieu d'une
(1) Carte n° 2.
population insoumise, qu'entre lui et Antanimora était placé le groupe importcint et hostile des Analavondravé, qu'un autre groupe réfractaire était sur ses derrières entre Ambovombé et Behara.
D'autre part, les Antandroy, sur les deux rives de la Manambovo, sont beaucoup plus nombreux et mieux armés qu'on ne le pensait. Us se ravitaillent en poudre comme ils veulent.
Bref, nous ne tenons solidement que le pays à l'Est du Mandraré.
J'ai entretenu de la situation le commandant Blondlat. Je lui ai communiqué vos instructions données à Tamatave (1). Je l'ai prié de s'en inspirer exclusivement et de ramener tout le monde à leur application. Je lui ai prescrit de ne regarder comme acquis que la ligne du Mandraré, et sans évacuer, bien entendu, aucun des postes en avant de cette ligne, de les utiliser pour une action méthodique et progressive s'avançant à l'Ouest comme une triangulation, par analogie avec la méthode suivie dans la forêt.
Les postes sont tout placés, comme il ressort du schéma cidessus, pour procéder à ce nettoyage méthodique, mais il y aura certainement des morceaux durs à briser parce que nous gênons formellement dans leurs moyens d'existence des gens dont le métier était de voler des bœufs et de piller les traitants de la côte. Ce n'est donc pas fini de ce côté. C'est la seule circonscription de mon commandement où les effectifs seront peutêtre insuffisants pour la tâche à remplir.
Cercle de Tulear. — Dans le cercle de Tulear, la politique suivie par le commandant Lucciardi développe ses résultats avec une précision remarquable.
Elle s'inspire exclusivement des intérêts généraux de la colonie : faire l'administration la plus économique possible, s'appuyer sur les chefs locaux, réduire les effectifs, négliger les régions improductives.
Au Nord de l'Onihaly, chez Impoinimerina, secteur d'Ankazoabo, les troupes régulières évacuent progressivement les postes et les passent aux miliciens du chef indigène nouvellemant
(1) Voir page 13.
investi, qui n'aura plus auprès de lui que le capitaine résidant à Ankazoabo, et ses quelques hommes dlescorte. Voilà de la bonne politique.
Sur rOnilahy, les protectorats indigènes s'organisent chez les Tanosy.
Le long de la côte, la ligne des postes est complète et reliée.
Entre les deux pinces de cet étau, les dissidents céderont d'eux-mêmes par la force des choses, sans résistance militaire.
Il est possible que la soumission complète et spontanée des Mahafaly ne soit qu'une question de temps assez rapproché.
Il ne reste dans le cercle de Tulear qu'une zone réellement troublée : c'est, comme toujours, la zone contiguë aux deux cercles voisins, Fort-Dauphin, Bara, le triangle de Bekily-Ejeda- Bekitro, à cheval sur les trois cercles, parce que jusqu'ici les liaisons ont été insuffisantes, et les Antandroy, qui sont décidément des gens fort encombrants, en profitent pour aller voler les bœufs de Tsiampondy et des tribus soumises sur le territoire de Tulear, où ils ont même leurs pacages une partie de l'année; de même, ils vont voler des bœufs vers Bekily et de même, à l'Est, jusque vers Behara.
La réunion à Betroka. des trois commandants de cercle leur a permis de s'entendre nettement pour une action commune et de donner à leurs chefs de poste des instructions identiques. Le cercle de Tulear aura donc certainement à coopérer par l'Ouest, le jour oii nous en serons à la question Antandroy-
Je ne demanderais pas mieux de laisser ces derniers tranquilles; je ne suis nullement pressé, ni même désireux d'occuper leur pays, mais je suis très désireux, quand les autres questions seront réglées, de les y maintenir et de les empêcher, par une solide ceinture, d'envoyer constamment leurs éclats dans les parties paisibles. Seulement, comme ils en vivent, ils mettront vraisemblablement une fort mauvaise volonté à se laisser enclore et il v aura des incidents.
En résumé, la situation et le programme militaire sont les suivants :
A VEst, nécessité de nettoyer la forêt qui intercepte nos communications et notre commerce entre la côte et le plateau central.
A cet effet :
Au Nord de la Mananara : Pénétration progressive de la forêt, dirigée du Nord au Sud, dès maintenant commencée et qui aboutira vraisemblablement, vers avril, à des opérations plus ou moins sérieuses, plutôt plus que moins, contre le noyau Tambavalo.
Au Sud de la Mananara : 1° Nettoyer le massif d'Ivohibé par une action concentrique des postes existants, action commencée dès maintenant, qu'il n'est pas impossible de voir aboutir à une désagrégation, sans coup de force ni effusion de sang.
2° Résoudre les Andrabé, qui ôtent toute sécurité au Sud de la province de Farafangana.
Dès maintenant, reconnaissance préparatoire sur la périphérie du massif qu'ils occupent, pour déterminer leurs positions et leurs forces, et donner ainsi les éléments du plan de campagne à adopter pour une opération décisive, probablement sérieuse, à diriger contre eux vers mai ou juin.
Au Sud : i° Reprendre, dès maintenant, méthodiquement et de l'Est vers l'Ouest, l'occupation de la zone entre le Mandraré et la Manambovo, zone qui a été traversée et dépassée, il est vrai, mais en laissant derrière soi des groupes insoumis qui inquiètent les parties pacifiées;
2° Lorsque le Mandraré sera solidement occupé et ses derrières bien assurés, procéder, entre les cercles de Fort-Dauphin et de Tulear, à une action périphérique autour desi Antandroy, les isoler de la côte, où ils se ravitaillent en poudre, les maintenir dans leurs limites et mettre fin à leurs déprédations dans les régions pacifiées.