CRÉATION DU COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DU SUD
Les raisons qui motivaient la création du commandement supérieur du Sud sont exposées dans la lettre suivante, que le Général Galliéni envoyait le 18 août 1900, de Tamatave, au Ministre des Colonies, exactement un mois après son retour, et qu'il me donnait en communication pour me servir de directive initiale.
L'ensemble du Sud de Vile, formé par la province de Fianarantsoa, la province de Farajangana et les cercles militaires des Bara, de Fort-Dauphin et de Tulear présenie encore deux zones qui méritent toute l'attention (1).
1° A l'Est, la zone forestière, qui s'étend parallèlement à la côte, aux confins des provinces de Fianarantsoa, de Farafangan'a et du cercle des Bara. depuis Ikongo, au Nord, jusqu'au cercle de Fort-Dauphin, au Sud.
2" Au Sud, le pays des Mahafaly et des Antandroy.
On peut dire que ce sont les deux seules régions de Madagascar où la question de pacification se pose encore, mais elle s'y pose nettement et ce serait une illusion de l'y croire résolue.
i" Zone de l'Est. — La région d'Ikongo est habitée par les Tanala, petite peuplade turbulente et pillarde, qui n'a jamais vécu que de vols et à laquelle la nature particulièrement difficile du pays rocheux et boisé a assuré l'impunité. H y a un an, elle a assailli et enlevé des postes, d'où elle a tiré une trentaine de fusils à tir rapide et un approvisionnement considérable de munitions, qui donnent un noyau solide aux nom-
(1) Cartes 1 et 2.
breux fusils à pierre qu'elle possède. A la suite d'une dernière colonne, en novembre '1899, on a adopté, à V égard des Tanala, une solution transitoire qui, je le crains, n'est pas une bonne solution. Ils sont exempts de tout impôt, de tout travail, de toute obligation, quelconque et on leur assure dans une certaine mesure leur nourriture en riz. C'est là une situation qui ne pourra pas se prolonger indéfiniment; il est à craindre qu'ils redeviennent un danger pour les popidations pacifiques et pour les centres commerciaux et agricoles de la province de Farafangana. Déjà, il m'est rendu compte que, malgré l'accord rétabli en apparence, ils se sont livrés, ces temps derniers, à quelques agressions contre les populations soumises et laborieuses des Antaimorona et que ces actes sont restés sans répression faute de moyens d'action suffisants, et aussi par suite du désir de ne pas compromettre une situation qu'il peut-être un peu trop convenu de retarder comme acquise. Il est donc à prévoir qu'il faudra chercher là une autre solution plus décisive.
La région située entre la province de Farafangana et le cercle des Bara, notamment au point de fonction du cercle de Fort- Dauphin, est également des plus douteuses pour des causes analogues. A mesure que le trafic se développe, tant sur la côte que dans la région intérieure de Betroka, elle constitue un (langer pour les voisins pacifiques.
Dans l'ensemble de cette zone, les réfractaires bénéficient largement de leur situation à cheval sur des circonscriptions différentes, entre l'administration desquelles il m'est signalé que l'accord n'est pas absolu. C'est pourquoi je regarde que la première mesure qui s'impose est, tout en nmintenant l'organisation administrative actuelle, d'y superposer une direction supérieure d'ensemble.
2° Zone du Sud. — A mon départ, la pénétration des pays Antandroy et Mahafaly n'était pas commencée. Notre occupation se limitait, à l'Est, à la ligne du Mandraré, en avant de Fort-Dauphin, au Nord à la ligne de l'Onilahy, de Tulear à Betroka.
Au mois de novembre dernier, le Général Pennequin a fait commencer la pénétration, ainsi qu'il vous en a rendu compte, et il a créé dans ce but, au mois de mars, le territoire du Sud pour assurer la liaison de l'action militaire des trois cercles des
Bara, de Forl-Daiiiihui et de Tidear, qu'il a confiés au lieutenant-colonel Valet.
Les troupes de Tulear ont successivement pris pied sur la ligne de la Linta, tant par la côte, où elles ont créé les postes dltampolo et d\Androka, que par Vintérieur, où elles ont créé les postes de Soannmanga et d'Ejeda.
Le cercle de Fort-Dauphin a progressé sur la côte, où a été créé ilxj a quelques jours le poste du Faux-Cap.
Les troupes du cercle des Bara ont pris pied sur le cours supérieur de la Menarandra, où le poste de Bekily a été créé à la (in de piUlef.
Toutefois, comme, d'après les renseignements que fui recueillis jusqu'ici, le pays des Mahafuly et des Antandroy semble présenter peu de ressources, comme d'autre part ses habitants sont de nature guerrière, très indépendants, et qu'à leur contact les incidents sont toujours à craindre, je me suis demandé s'il n'y aurait pas lieu d'ajourner cette pénétration et de se borner à entourer ces pays réfractaires à notre domination d'une ceinture de postes qui les isolerait, empêcherait leurs incursions dans les régions paisibles et les amènerait, par cette sorte de blocus, à se soumettre spontanément à notre domination.
J'ai donc cru devoir donner les instructions les plus formelles pour que nous ne soyons entraînés sous aucun prétexte dans un engrenage d'opérations militaires prolongées et onéreuses et pour qu'on se contente d'abord d'affermir les résultats obtenus.
J'ai résumé ces instructions de la façon suivante :
(( J'estime qu'aucune action militaire ne doit être engagée qu'en vue d'un résultat politique et économuiue ciui la justifie. Aujourd'hui que nous avons donné le gros effort militaire qui a assuré notre prédominance politique, qui a dégagé les lignes de communications importantes, qui a assuré la liberté des transactions entre les points de l'Ile ayant le plus de valeur économique, nous ne devons plus faire de pénétration militaire onéreuse, que si elle doit être rémunérée par les recettes qui doivent en résulter. »
En un mot, ce à quoi je tiens essentiellement en ce qui concernes les zones douteuses de l'Est et du Suil, c'est que, d'une
part, nous n'y soyons pas malgré nous entraînés dans un engrenage d'opérations militaires qui pourraient être évitées et que, d'autre part, il ne s'y foime pas des (( œufs prêts à éclore », des centres de piraterie tels que celui des Tanala, tels que nous en avons eu si longtemps au Tonkin, qu'on réussit à dissimuler pendant quelque temps, mais qui vous mettent tout à coup, en présence d'un incident grave au moment le plus inopportun. C'est pourquoi je suis résolu à me faire suppléer dans le Sud, en y créant une direction supérieure d'ensemble exercée par quelqu'un qui puisse voir et régler sur place les questions dont, à la distance de Tananarive et avec la longueur des communications, les détails m'échappent. Je compte confier cette mission au colonel Lyautey, en lui donnant des attributions qui lui permettent d'assurer la coordination des efforts, de remédier aux divergences qui favorisent le désordre sur les confins des diverses circonscriptions et d'assurer entre elles, aux points de vues politique, militaire et administratif, l'unité de vue et de direction que je regarde comme indispensable et urgente.
J'estime que ce sera le moyen le plus rapide, en activant la solution d'une situation encore indécise, de préparer le passage à l'administration civile des circonscriptions militaires du Sud et de s'y acheminer à une organisation administrative rationnelle et définitive, basée sur les groupements naturels. Sur ce point, les données sont encore contradictoires ou incomplètes et c'est un des premiers objets sur lesquels j'appelle rattention et l'étude du colonel Lyautey.
Ces vues se trouvaient résumées et précisées dans les considérations de l'arrêté suivant, qui créait le commandement supérieur du Sud à la date du 12 septembre 1900.
Arrêté.
Le Général commandant en chef et Gouverneur Général de Madagascar,
Considérant que l'œuvre de pacification et de pénétration n'est pas encore complètement terminée dans les régions Sud de Madagascar et que cette œuvre s'achèvera d'autant plus vite
que l'organisation du pays sera plus élroitement basée sur la répartition ethnographique des populations;
Considérant que les provinces civiles de Fianarantsoa et Farafangana, ainsi que les cercles militaires des Bara, de Fort- Dauphin et de Tulear, sont délimités par des frontières encore indécises et qui ne tiennent pas encore suffisamment compte de la différence de races et de mœurs des populations qui les habitent; que pour certaines de ces circonscriptions, formations momentanées, des modifications territoriales semblent devenues nécessaires;
Attendu que le placement temporaire sous une autorité unique de ces différentes régions permettra seul d'aboutir à la constitution de groupements de populations par races et par familles, base d'une division ultérieure du pays en provinces civiles logiquement et définitivement organisées et d'obtenir ainsi la pacification complète de ces régions et leur ouverture à la colonisation et au commerce.
Arrête :
Les provinces civiles de Fianarantsoa et de Farafangana et les cercles militaires des Bara, de Tulear et de Fort-Dauphin formeront un commandement supérieur qui prendra le nom de Commandement supérieur du Sud.
Les administrateurs chefs de province et les commandants de cercle relèveront directement, tant au point de vue administratif qu'au point de vue politique, du Commandant supérieur du Sud.