‹ Dans le sud de MadagascarChapitre 3 sur 56 · SITUATION INITIALE — COUP D'ŒIL GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

SITUATION INITIALE — COUP D'ŒIL GÉOGRAPHIQUE

Il résulte des documents qui précèdent que, malgré l'énergie des efforts dépensés depuis deux ans, deux obstacles principaux s'opposaient à l'achèvement de la pacification du Sud :

1" Le chevauchement de la plupart des groupes rebelles sur plusieurs circonscriptions administratives ne dépendant pas du même commandement; «

2° Le caractère provisoire et artificiel de la délimitation des circonscriptions créées forcément au fur et à mesure de notre occupation du pays, avant que la connaissance approfondie des conditions ethnographiques, géographiques et politiques ait permis de les asseoir sur une base rationnelle.

Dans l'intérieur de chacune des circonscriptions, le travail de nettoyage se trouvait accompli de manière à peu près complète, mais les éléments hostiles étaient rejetés dans les zones limitrophes, passaient d'une province à l'autre, sans qu'une action combinée, la seule efficace, fut possible faute d'une direction d'ensemble.

C'est ainsi que les groupes ïanala insoumis débordaient de la province de Fianarantsoa dans la province de Farafangana (1); que les groupes Tambavalo et Andrabé insoumis se trouvaient à cheval sur la province de Farafangana, lies cercles des Bara et de Fort-Dauphin; que les peuplades Antandroy et Mahafaly, les plus rebelles à notre influence, s'enchevêtraient entre les cercles de Fort-Dauphin et de Tulear, dont la délimitation n'était pas encore précisée; que les tribus des Bara Imamono et des Bara-Be, si récemment soumises, encore douteuses, et dont la dernière, sous le chef Inapaka, avait formé le noyau de

(1) Voir la carte n» 2,

la sérieuse insuireclion du Vohingezo, se trouvaient sur les confins respectifs du cercle des Bara et du cercle de Tulear. La création du territoire militaire du Sud, sous le commandement du lieutenant-cololonel Valet, avait remédié à cette situation en partie, mais incomplètement. Ce territoire n'englobait que les trois cercles militaires des Bara, de Fort-Dauphin et de Tulear. La province de Farafangana lui avait été rattachée provisoirement au point de vue militaire, mais non pas au point de vue politique et administratif, tandis que le principe primordial de la doctrine du Général Galliéni c'est que l'action militaire politique et administrative forme un tout inséparable; les Tanala d'Ikongo lui échappaient entièrement. Enfin Fianarantsoa était en dehors de son action. Or, c'est dans ce centre, situé dans une région salubre et pleine de ressources, que se trouvaient les réserves, les approvisionnements, la formation sanitaire centrale, le nœud des communications postales et télégraphiques. En conséquence, rfest là que fut établi le siège du nouveau commandement.

Il résulte des considérations qui précèdent que si les opérations antérieures avaient entièrement pacifié et dégagé la région centrale d'une part et les régions côtières, sauf l'extrême Sud, d'autre part, les éléments insoumis ou douteux rejetés par notre double pénétration agissant dans les deux sens, l'une venant de la côte, l'autre venant du centre, se trouvaient répartis suivant un vaste ruban circulaire ou, si l'on veut, un V, conformément au schéma ci-dessous (1).

Cette persistance des groupes rebelles était favorisée non seulement par les conditions politiques qui viennent d'être indiquées, mais encore par des conditions de terrain, la zone dans laquelle ils avaient établi leurs derniers refuges se trouvant être celle de montagnes, de rochers et de forêts qui forme dans toute l'Ile une barrière intérieure de forme elliptique entre les régions côtières et le plateau central.

Déterminer la dislocation totale de ces groupements était le problème à résoudre.

Le commandement, l'administration et l'occupation de ces

(1) Page suivante.

Madagascar.

Regi

ions insoumises

"Z^^ Région dont lorafanisation yy>y/y était a compreter

cinq provinces ou cercles étaient assurés de la manière suivante :

Province de Fianarantsocu : M. l'administrateur en chef Besson.

Disposant de 250 miliciens et d'environ 150 partisans.

A Fianarantsoa se trouvaient : la portion centrale du 2* régiment de tirailleurs malgaches avec la 9' compagnie; deux détachements des 11^ et 12^ compagnies d'infanterie de marine; une section d'artillerie.

Province de Farafangana : M. l'administrateur-adjoint Goujon.

Disposant de 250 miliciens et d'environ 50 partisans.

Cercle des Bara (chef-lieu : Betroka) : M. le lieutenant-colonel Wéber remplacé, dès le début, en octobre, par le lieutenant-colonel Lavoisot.

Disposant des l'*, 3^ 8^ compagnies du 2" régiment de tirailleurs malgaches, des portions principales des 11" et 12" compagnies du 13" régiment d'infanterie de marine; au total : 723 fusils et 350 miliciens.

Cercle de Fort-Dauphin : M. le capitaine Détrie.

Disposant de la 4" compagnie de légion; de la 7" compagnie du 2" régiment de tirailleurs malgaches; de la 10** compagnie et d'un peloton de la 11" compagnie du 3" régiment de tirailleurs sénégalais; au total : 500 fusils, 200 miliciens, une pièce d'artillerie.

Cercle de Tulear : M. le commandant Lucciardi.

Disposant des l'® et 3" compagnies de légion (la 1" transportée presque aussitôt hors du commandement); de la 10" compagnie du 2" régiment de tirailleurs malgaches; de la 7" compagnie et d'un peloton de la 11" compagnie du 3" régiment de tirailleurs sénégalais; au total : 700 fusils, 200 miliciens, une pièce d'artillerie.

En outre, chacun des trois cercles militaires disposait d'une section de conducteurs pour son ravitaillement.

C'était donc un total (conducteurs compris) de 2.500 fusils de troupes régulières, de 1.250 miliciens armés du fusil 1874, et de 4 pièces de 80 de montagne.

Mais l'obligation de ne pas dégarnir les postes sur lesquels leposait l'organisation du pays absorbait la majeure partie de ces forces et n'en laissait disponible qu'une faible partie pour les opérations actives, condition qui imposait de ne porter successivement l'effort principal que sur un point à la fois.

Le Commandant supérieur avait à sa disposition :

Un olTicier-adjoint, le capitaine d'artillerie coloniale Charhonnel;

Un officier de renseignements, le lieutenant d'infanterie coloniale Libersart, remplacé plus tard par le lieutenant d'infanterie coloniale AUard;

Un administrateur adjoint, M. Bonneval, pour l'étude des questions civiles.

En outre, la présence à Fianarantsoa du lieutenant-colonel Valet, mis à la tête du 2" régiment de tirailleurs malgaches,

et chargé d'assurer l'expédition des affaires pendant les déplacements du Commandant supérieur, laissait à ce dernier toute liberté de mouvements. Sa grande connaissance des questions du Sud où il venait d'exercer le commandement en faisait le plus précieux des collaborateurs .

Tous les services militaires et civils relevaient du Commandant supérieur et ne correspondaient avec les services centraux que sous son couvert, de façon que l'unité de direction fût assurée d'une manière absolue-

Coup d^œil géographique (1).

La partie de l'Ile constituée en commandement supérieur du Sud comprenait environ le tiers de Madagascar, c'est-à-dire une superficie un peu supérieure au tiers de la France; mais ce vaste pays, peuplé d'une façon très inégale et oij des groupes de population dense sont séparés par des zones presque désertes, ne contient qu'un peu moins d'un million d'habitants (900. OOQ d'après les derniers recensements).

Le Sud de Madagascar, comme le reste de l'Ile, est constitué par une série de plateaux étages.

A VEst ces plateaux sont nettement délimités par une falaise rocheuse qui s'abaisse brusquement à une distance moyenne de la côte d'environ 60 kilomètres. Cette falaise — ou plutôt ces alignements de falaises parallèles, profondément déchirées, couvertes de forêts — forme une région aussi pittoresque que difficile. Elle est habitée principalement par les peuplades Tanala et Andrabé.

Au Sud la falaise s'éloigne de la côte d'environ 150 kilomètres, et limite au Nord les vastes plaines habitées par les Antandroy et les Mahafaly.

A VOuest, au contraire, les plateaux s'abaissent insensiblement par de longs mouvements de terrain.

La ligne de partage des eaux est beaucoup plus rapprochée de la côte Est que de la côte Ouest. Il en résulte que les cours d'eau de la côte Est, après avoir suivi sur le plateau central

(1) Voir la carte n^ 1.

PÉRIODE PRÉPARATOIBE 21

des couloirs parallèles à la côte, s'en échappent par les brèches de la falaise et ont un caractère nettement torrentiel. Les fleuves de la côte Ouest au contraire, beaucoup plus longs et plus importants, ouvrent à travers de larges vallées des communications faciles.

L'étage le plus élevé du plateau central est le Betsiléo, d'une altitude moyenne de 1.200 mèti^s. Jl forme la province de Fianaranlsoa. C'est une région d'un climat très tempéré, habitée par une population dense et homogène, les Betsiléo, et oîi, malgré le peu de richesse du sol, l'abondance des eaux et une humidité presque constante maintiennent une fertilité moyenne et un aspect verdoyant.

Le second étage des plateaux, au Sud du précédent, constitue la majeure partie du pays des Bara, caractérisé par de vastes plaines dénudées, désertes et incultes.

Les régions côtières présentent le caractère tropical : formées principalement de terres d'alluvions, elles sont beaucoup l)lus fertiles que le plateau central. La zone côtière de l'Est, habitée par une population dense, forme la riche province de Fàrafangana; la zone côtière de l'Ouest forme le cercle de Tulear : elle est moins favorisée que la précédente, moins peuplée, mais propice à l'élevage; les plaines de l'Ândroy, qui forment la zone côtière du Sud, sont couvertes en grande partie d'une forêt épineuse, où dominent les euphorbes et les cactus, d'un caractère tout spécial et d'un accès très difficile. Les pluies, limitées à quelques mois de l'année, y suffisent néanmoins à assurer le pâturage de nombreux troupeaux.

Il résulte de ce rapide coup d'œil qu'au point de vue militaire les régions les plus difficiles sont les zones forestières de l'Est et du Sud, qui offrent à la résistance des défenses et des couverts que ne comportent pas les zones découvertes du Centre et de l'Ouest. Le degré et la marche de la pacification ont logiquement subi l'influence de ces conditions naturelles.

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