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SUPPRESSION DU COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DU SUD

Situation politique et militaire dn Sad en mai 1909.

II avait été entendu, au moment de la création du Commandement supérieur du Sud, que ce rouage était essentiellement temporaire. Le but précis qui lui était assigné était d'en finir avec les groupements rebelles chevauchant sur plusieurs provinces, en assurant entre celles-ci l'unité de direction, et de poser dans le Sud les bases d'une organisation administrative rationnelle conforme aux conditions géographiques et économiques et à l'état social des divers groupements ethniques.

Dès décembre 1901, après la dislocation des principaux grou-

pes rebelles, on pouvait prévoir que la réalisation de ce but n'était plus qu'une affaire de quelques mois. A ce moment, tous les éléments nécessaires pour fixer les principes d'une organisation définitive étaient connus. Il était donc possible d'envisager la date précise à laquelle ce commandement militaire et politique pourrait être supprimé, conformément aux désirs maintes fois exprimés par l'autorité métropolitaine. D'accord avec le Gouverneur général, il fut convenu que cette mesure pourrait être prise au printemps de 1902. A cette époque, chaque province, organisée sur des bases rationnelles, bien reliée avec ses voisines, ne comportant plus que des questions intérieures, devait être en état d'achever, par elle-même, l'œuvre commencée, sans qu'il fût besoin d'un rouage intermédiaire entre elle et le gouvernement général. La date de la suppression du commandement supérieur fut ultérieurement fixée au 10 mai 1902.

A ce moment, sauf le groupement rebelle de Refotaka dont la soumission apparaissait imminente et devait en effet survenir quelques jours après, il ne subsistait plus dans le Sud aucun noyau rebelle organisé.

Est-ce à dire que ces vastes régions dussent être regardées comme définitivement acquises et comme ne devant donner lieu à aucun retour insurrectionnel ?

Non certes.

Dès qu'il s'agit de populations aussi turbulentes que les Bara, les Tanala, les Antandroy et tous leurs dérivés, divisées entre elles, pour qui la guerre de tribu à tribu et les vols de bœufs à main armée revêtant le caractère de véritables expéditions ont été depuis des siècles une passion et un sport favoris, habituées de temps immémorial à ne vivre que le fusil et la sagaie à la main, ignorantes jusqu'ici de tout régime administratif et fiscal régulier, ayant puisé un haut sentiment de leur indépendance dans leur résistance séculaire aux tentatives des Hovas, il serait téméraire de penser qu'on ait pu, d'un coup, transformer leur tempérament.

Aujourd'hui, elles sont incontestablement sous l'impression très vive de notre force. Notre domination a revêtu à leurs yeux, depuis deux ans, un caractère impératif qu'elles lui méconnaissaient jusque-là; non pas que l'action exercée sur elles

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antérieurement eût été moins bien conçue et moins bien dirigée, mais parce que l'organisme du commandement du Sud a seul permis d'imprimer à celte action un ensemble et une simultanéité qui lui ont donné une efficacité supérieure. Précédemment les groupements insoumis avaient toujours trouvé par un déplacement, par un changement de province, le moyen d'éch&pper à notre autorité. Cette fois, la réunion de tout le Sud sous une direction unique, qui seule a permis d'adopter un programme d'ensemble, la faculté, grâce aux lignes télégraphiques nouvellement construites, de faire concorder exactement l'action des différentes circonscriptions, les ont enveloppés d'un filet aux mailles duquel ils n'échappaient d'un côté que pour y retomber de l'autre. Ils en ont eu le sentiment très net; cela résulte de toutes les déclarations faites par les chefs à chaque nouvelle soumission et qui pouvaient toujours se résumer dans cette formule : Décidément il n'y a plus rien à faire !

Mais il est très probable que certains de ces groupes chercheront un jour à se reprendre. L'essentiel est de ne pas leur en faciliter l'occasion et de leur enlever autant que possible leurs moyens d'action. On verra plus loin (1) que le pas le plus important qui ait été fait dans cette voie a été de leur imposer le désarmement, qui doit être poursuivi avec une fermeté absolue en même temps qu'une surveillance étroite sera exercée sur les côtes pour empêcher l'introduction de la poudre. Ce qui importe le plus, c'est de ne pas leur donner le sentiment d'un changement de régime; il est donc essentiel, — en premier lieu, de conserver provisoirement dans les régions récemment soumises les effectifs actuels et lorsqu'on envisagera la possibilité, prochaine d'ailleurs, de les réduire, de ne le faire que très progressivement, sans à-coup et surtout sans substitution brusque d'une unité à une autre; — en second lieu, d'y maintenir le plus longtemps possible le personnel européen actuel en facilitant dans la plus large mesure les prolongations de séjour. La dépense budgétaire résultant de la prolongation du séjour d'un chef de district qu'on laissera côte à côte avec son successeur tout le temps nécessaire pour l'initier aux populations

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qu'il aura à diriger ne sera jamais perdue : elle coûtera toujours moins cher à coup sûr que le moindre soulèvement avec les transports et les mouvements qu'il entraîne pour le réprimer; — en troisième lieu, en choisissant personnellement, avec un soin minutieux, les remplaçants des officiers et fonctionnaires actuellement en fonctions dans ces régions. On ne saurait trop insister sur l'importance qu'il convient d'attacher au choix des personnes vis-à-vis de ces populations primitives et semiféodales- Il faut être convaincu que la plupart des mouvements de rébellion sont dus, le plus souvent, à des erreurs de personnes. Les déclarations des chefs soumis ont été caractéristiques à cet égard. Mais ce qu'il importe d'ajouter, c'est que ces fautes initiales ne sont généralement pas le fait de mauvaises intentions, ni d'une dureté naturelle de la part de ceux qui les ont commises, mais le plus souvent, de leur ignorance des populations et de la situation.

C'est pourquoi je me suis toujours appliqué à préparer les successeurs des cammandants de secteur ou de district, en les faisant d'abord servir en second ou en les envoyant d'avance auprès de leur prédécesseur; on ne saurait trop insister sur l'opportunité de persévérer dans cette manière de procéder.

Politique à suivre à Tégard des ciiefs indigènes.

Les études laites par les capitaines Mouveaux et Boin (1) font toucher du doigt un des éléments dont il importe de tenir le plus grand compte : les grands chefs indigènes. On sait que les chefs naturels de la région centrale et de l'Ouest appartiennent tous à la première caste de la tribu noble des Zafimanely. Isambo, chef d'Ivohibé, Inapaka, chef des Bara-Bé, Impoinimerina, chef des Bara-Imamono, tous trois actuellement gouverneurs ou sous-gouverneurs, la reine Raoleza, qui, sous le nom de son fils, actuellement sous-gouverneur, commande dans ritomampy, tous appartiennent à cette caste dont faisait également partie Toera, le chef Sakalave tué sur la Tsiribihina en 1897.

(1) Etudes parues dans Notes, Ecconnaissances et Explorations, du 30 norembre 1897, page 446.

C'est sur cette caste, en somme, que nous nous appuyons; nous transformons ses membres en fonctionnaires et c'est, sans aucun doute, la meilleure politique à suivre, parce que ces chefs nous apportent l'appoint de leur autorité traditionnelle et parce qu'ils nous servent à maintenir dans l'obéissance les castes moins élevées des Zafimanely, qui seraient toutes prêtes à donner des chefs aux mécontenta, si la caste supérieure se prêtait à se laisser évincer par eux.

Il y a eu, à notre connaissance, au cours de cette année, plusieurs pourparlers entre les Zafimanely de l'Ouest et de l'Est (1), de seconde et de troisième caste, pourparlers qui ont été éventés par les grands chefs dont nous avons consacré la situation.

Seulement, il convient d'avoir toujours l'œil ouvert sur ces derniers. Leur fidélité n'est faite que de notre force; il est facile de comprendre qu'ils ne se sont pas résignés sans regret à un état de choses qui les a fait descendre de la situation de (( rois » à celle de fonctionnaires subalternes obéissant au moindre chef de district. J'ai trop souvent préconisé le système qui consiste à leur conserver leur autorité traditionnelle et à se rapprocher, en les utilisant, d'un régime peu coûteux de « protectorat intérieur » pour suggérer l'idée de les diminuer davantage et de les mettre à l'écart. Mais c'est sous la condition de se maintenir à leur égard dans une juste mesure et de se garder autant de les trop grandir en négligeant de les contrôler, que de les désaffectionner en les humiliant.

Ils sont tous en relations entre eux, quelle que soit la distance qui les sépare. Il paraît y avoir eu, il y a quelques mois, des pourparlers assez suspects autour d'Isambo, chef d'Ivohibé, qui semble pourtant nous être tout acquis, avec des émissaires venus de l'Ouest, probablement d'Inapaka, peut-être d'Impoinimérina. Le sens général, autant du moins qu'on est renseigné, en aurait été que, s'il n'y avait plus rien à faire dans l'Est, on pourrait encore un jour former un noyau de résistance dans l'Ouest, où le ravitaillement en fusils et en poudre serait encore praticable par l'intermédiaire des traitants indiens de la région de Tulear et par le canal de Mozambique.

(1) Voir page 193.

DANS LB SXTD D£ MADAGASCAK

Il suitlit d'avoir vent de ces menées pour en conjurer le péril^ mais il en ressort la nécessité de n'avoir auprès de ces chefs que des agents européens unissant la fermeté au tact et ayant une police toujours en éveil.

Il faut également en retenir que ces chefs de la même race sont toujours en relations entre eux à travers les diverses provinces — et ceci importe surtout au moment où disparaît le rouage central du commandement du Sud. Ce qu'il conviendra avant tout d'éviter, c'est que chaque chef de province cède à la tentation naturelle de s'isoler dans son commandement et de négliger les renseignements qui portent sur une circonscription voisine. Dans une circonstance toute récente, un renseignement de cette nature avait été donné incidemment, sans qu'on y attachât d'importance, tandis qu'il contrôlait un renseignement analogue provenant d'une circonscription éloignée et acquérait par là un intérêt des plus sérieux.

Il est indispensable, aujourd'hui que le commandement du Sud est supprimé, de stimuler à cet égard les chefs de province, de leur imposer l'obligation de se maintenir en relations avec leurs voisins afin qu'ils leur communiquent ces indices, d'apparence minime, qui, par leur recoupement avec d'autres, suffisent souvent à prévenir un accident.

En résumé, l'essentiel c'est qu'on ne se figure pas que tout est fini et réglé dans le Sud, en dix-huit mois, et que la pacification y est complète. Non, il faut le dire sincèrement, si les groupes rebelles constitués ont été dissous, la pacification morale du Sud n'est pas terminée, ne pouvait pas l'être et des incidents y sont encore à prévoir.

Du reste, la mission qui m'était confiée n'avait pas d'autre objet que de résoudre les groupements insoumis à cheval sur plusieurs provinces, en assurant entre elles l'unité d'action, de constituer le commandement local et d'asseoir une organisation provinciale dans des conditions telles que chaque circonscription pût achever à elle seule sa tâche propre, œuvre de temps, de patience, qui demandera plusieurs années.

Dans ces limites et sous ces réserves, on peut affirmer, semble-t-il, que les zones limitrophes des provinces de Fianarantsoa, de Tulèar, de Farafangana et de Fort-Dauphin sont réellement acquises à notre autorité et qu'il n'y existe plus de noyau

de résistance qui exige une action commune. Mais dans chacune de ces provinces il y a encore une besogne intérieure à terminer qui ne pouvait être menée en dix-huit mois à complet achèvement et cette besogne ne se terminera pas sans incidents (1).

Voilà ce dont il importe d'être bien convaincu si l'on veut éviter des surprises.

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