‹ Dans le sud de MadagascarChapitre 35 sur 56 · FORCES DE POLICE · texte numérisé non relu

FORCES DE POLICE

Brigade de police du Belsiléo 200

— de Farafangana 250

— de Tuîéar , 100

au total 550 550 —

Soit au total 2.852 fusils.

Les effectifs européens, ceux dont l'entretien est le plus onéreux, avaient donc été notablement réduits; les effectifs de tirailleurs indigènes légèrement relevés pour compenser l'importante réduction des effectifs de milice; quant à ces derniers, ils avaient été abaissés de plus de moitié.

Dans l'ensemble il y a donc eu en un an réduction : de 3510 — 2852-658 fusils, et de 2 sections d'artillerie, c'est-àdire d'environ un cinquième.

En outre, la compagnie de conducteurs d'artillerie dont les quatre sections, réparties entre Fianarantsoa, Farafangana, Fort-Dauphin et Tuléar, assuraient le ravitaillement des troupes, après avoir été portée au cours des opérations à l'effectif de 340 conducteurs et 360 mulets, a été réduite progressivement, dès que les circonstances le permettaient; la section de Farafangana, devenue inutile par suite de la pacification de la zone forestière, a été supprimée le 1"* mai 1902; la compagnie a été ainsi maintenue à 206 conducteurs et 202 mulets, et au cours de l'année 1902 elle pourra subir encore de -notables réductions (1).

En résumé, c'est avec un effectif de 2.300 fusils de troupes régulières et de 550 fusils de forces de police que se trouve tenu près du tiers Sud de l'Ile comprenant environ un million

(1) La compagnie tout entière a été supprimée le l*"" juillet 1902, et le nombre d'animaux indispensables pour le ravitaillement versé aux compagnies au compte de la masse de ravitaillement.

CONCLUSIONS 23Ii

eriiabilants (1) parmi lesquels les populations les plus guerrières, les plus sauvages de l'Ile, dont une notable partie n'est soumise que de cette année et dont une partie à l'Extrême-Sud est encore en voie de pénétration, populations qui étaient également les mieux armées, puisque, malgré le désarmement qui, depuis un an, a amené le retrait d'environ 12.000 fusils, nous en avons encore devant nous probablement 12.000 chez les Antandroy et les Mahafaly.

On peut donc regarder cette occupation comme réduite à sa plus simple expression. Ce résultat n'a pu s'obtenir, du reste, qu'en assurant le jeu le plus large entre les différentes unités, en -variant à l'extrême les effectifs selon les régions qu'elles occupent.

On me permettra de m'y arrêter un instant, parce qu'il y a là l'essai sur une vaste échelle d'une application de la doctrine du « secteur-compagnie » telle qu'elle a déjà été formulée ailleurs (2).

Concordance entre le secteur, unité politique, et la compagnie, unité militaire.

La doctrine fondamentale du secteur, conçue et appliquée pour la première fois au Tonkin, au deuxième territoire militaire commandé par le colonel Galliéni, repose sur l'identité du commandement territorial et du commandement militaire dans les régions qu'on juge nécessaire de maintenir sous l'autorité militaire et a pour base la « compagnie ».

Le secteur correspond par conséquent à une circonscription telle que, soit par son étendue, soit par l'importance de sa

(1) Résultats des derniers recensements, ne comprenant pas encore toutes les parties impénétrées :

Fianarantsoa. . 358.268

Farafangana (environ) 250.000

Fort-Dauphin 135.287

Tuléar , 127.400

Total 870.955

(2) Bôle colonial de l'armée. (Armand Colin, 1900.)

population, soit par la nature de cette population, son administration, son occupation militaire, sa police, puissent être assurées par les éléments constitutifs d'une compagnie.

Le but essentiel est d'assurer d'une manière absolue l'unité de commandement et de réunir dans les mains d'un seul chef tous les moyens d'action.

L'application de cette doctrine ne serait d'ailleurs ni pratique, ni par conséquent coloniale, si elle n'avait pas une souplesse et une élasticité qui lui permissent de s'adapter à des conditions variables.

Les secteurs ne peuvent et ne doivent être ni de même étendue, ni occupés dans des conditions identiques. Telle région peu peuplée ou pacifiée peut former un secteur très vaste; telle autre de population très dense ou peu sûre peut former un secteur très restreint. Il y a aussi à tenir grand compte de l'homogénéité des groupements de populations, de l'importance de leurs chefs, de la communauté des intérêts économiques.

Dans tout problème à résoudre il faut une connue; cette connue consiste ici dans les cadres de la compagnie et c'est le nombre fixe d'officiers, de sous-olficiers constituant ces cadres qui forme cette constante, tandis que les variables sont l'étendue territoriale et les effectifs de la troupe.

L'application de cette doctrine dans le Sud de Madagascar a permis de proportionner strictement le nombre de fusils aux besoins de la situation, sans garder nulle part de forces sans emploi et, grâce à sa souplesse, de varier ces forces et de les réduire progressivement sans à-coup, sans déplacements d'unité, à mesure que la pacification s'accentuait.

Il y avait, au l"' mai 1902, dans le Sud, dix secteurs occupés militairement.

Chacun d'eux — sauf deux exceptions, Ranomafana et Bas- Mangoky, commandés par des lieutenants — correspond à une occupation de compagnie, et encore ces deux exceptions confirmaient-elles la règle, puisqu'elles s'appliquaient à deux circonscriptions préparées et déjà proposées pour être remises à l'administration civile, c'est-à-dire passant par un régime de transition.

Examinons les autres successivement :

Ivohibé et Midongy, récemment pacifiés et habités par les populations les plus turbulentes de la zone forestière, exigeaient une occupation solide. Les l""* et o' compagnies du 2' régiment de tirailleurs malgaches qui les occupaient étaient à effectifs très renforcés — 255 fusils, 3 lieutenants et une majoration de sous-officiers.

Le secteur de Tsivory, aux deux tiers pacifié, mais participant pour un tiers à la pénétration Antandroy, était occupé par la 7" malgache, avec un effectif porté à 210 fusils et 3 lieutenants.

Le secteur d'Ambovombé étant en pleine pénétration Antandroy, bien qu'il soit de superficie quatre fois moindre que le précédent, comptait néanmoins 166 fusils de la 10* sénégalaise.

Le secteur du Faux-Cap, également en pleine pénétration Antandroy, était occupé par la il* compagnie malgache avec 210 fusils, renforcée d'un peloton de Sénégalais et 3 lieutenants.

11 en était de même pour le secteur Mahafaly, avec la T compagnie sénégalaise renforcée d'un peloton et 3 lieutenants.

Par contre le secteur de Behara, dans le cercle de Fort-Dauphin, entièrement pacifié, ne comptait plus qu'un peloton de la 4' compagnie de légion à laquelle étaient adjoints quelques tirailleurs malgaches pour le service extérieur.

Dans le cercle de Tulear, le secteur Tanosy, presque entièrement pacifié et où prédomine la question administrative, était occupé par la 10* compagnie du 2* malgache, mais réduite à 128 fusils.

Et enfin, dans le secteur de Benenitsa, complètement pacifié, les cadres de la 8* malgache n'avaient plus qu'un rôle administratif et de police et l'effectif de la compagnie y était réduit à 80 fusils.

On voit donc que, si tous ces secteurs ont été constitués de manière à correspondre à la capacité de commandement et d'administration d'un capitaine et des cadres de sa compagnie, par contre les effectifs « fusils » y variaient de 80 à 255.

Cette variabilité, qui peut choquer les esprits systématiques,

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est, au contraire, la conséquence forcée de l'idée sur laquelle repose le secteur.

Il est évident que Ivohibé, par exemple (région au Nord de la Mananara), et Midongy (région au Sud de la Mananara), forment deux groupements ethniques et géographiques homogènes qu'il y a tout intérêt à ne pas subdiviser et à laisser dans la main d'un seul chef.

De même pour Benenitsa et le secteur Tanosy : si l'on ne considère que l'importance des fusils nécessaires pour leur occupation, on eût pu les fondre en un seul avec une seule compagnie, mais ils forment deux groupements ethniques et géographiques différents qu'il y a intérêt à laisser distincts et dont l'étendue et l'importance comportent pour chacun les cadres d'une compagnie sans en comporter l'effectif.

Si, au contraire, l'on s'en tenait à la conception rigide et formaliste de compagnies d'effectif égal, il eût fallu deux compagnies dans chacun des secteurs d'Ivohibé et de Midongy; mais alors il y aurait eu dans chacun deux capitaines superposés, avec tous les inconvénients qui en résultent, et pléthore de cadres.

Dans d'autres secteurs, au contraire, ce serait l'inverse avec les inconvénients inverses.

Ma constante préoccupation a été d'éviter le mélange des unités et de concentrer chacune d'elles dans une région nettement déterminée. Aussi longtemps, au contraire, que le principe de l'uniformité d'effectif des compagnies avait été regardé comme à peu près intangible, on avait été amené, pour renforcer des régions qui l'exigeaient, à y faire de nombreux détachements provenant de compagnies éloignées, à y mettre quelquefois des compagnies entières de renfort ; d'où des capitaines sans emploi, ou bien exerçant simplement des fonctions de chef de poste, sans responsabilité, sans intérêt et, d'autre part, là où il fallait moins de troupes, des lieutenants exerçant des commandements beaucoup plus importants, trop importants pour leur grade et leur expérience. Combien plus simple de se dégager de l'idée d'uniformité obligatoire des compagnies pour, au contraire, les renforcer là où il est nécessaire et les réduire au minimum ailleurs. L'essentiel est

d'éviter, avant tout, le mélange des unités et de n'avoir, dans une même circonscription, qu'un seul chef, une seule administration, une seule troupe et, par conséquent, une seule responsabilité.

L'avantage de la compagnie identifiée au secteur, c'est qu'avec la fixité de ses cadres et l'élasticité de ses effectifs, elle présente un organisme d'une souplesse qui s'adapte aux conditions les plus variables et qui permet l'occupation la plus économique d'un pays en n'y affectant que le nombre d'unités strictement nécessaires. D'autant plus qu'à mesure que la sécurité progresse, les effectifs peuvent être réduits dans chaque unité, sans qu'il y ait mouvement des unités, c'est-à-dire sans modification de l'organe de direction, les cadres, ce qui est si essentiel.

Telle région comportant logiquement dix secteurs, c'est-àdire dix capitaines-administrateurs, peut être occupée aujourd'hui par 2.000 fusils, dont l'effectif pourra être ramené progressivement à 1.000 fusils, sans le moindre à-coup, sans toucher au personnel dirigeant, sans que les indigènes, en un mot, s'apperçoivent d'un changement de régime.

Et dans le Sud, en particulier, j'estime que cette réduction de fusils pourra s'effectuer progressivement à bref délai.

Idée des corps mixtes.

Pour que l'organisme militaire administratif soit completv, il convient de rappeler qu'à chacune de ces compagnies indigènes est adjoint le groupe nécessaire de soldats européens, qui varie généralement de vingt à quarante, fournis soit par des réserves européennes extérieures, soit par échange avec des compagnies voisines.

Ces petits groupes d'européens (ouvriers, employés, secrétaires, encadrements) sont indispensables pour assurer à un secteur tous ses moyens d'action.

On s'est demandé si, dans ces conditions, il n'y aurait pas avantage à prévoir dans l'organisation de l'armée coloniale un certain nombre de compagnies mixtes destinées aux territoires militaires, du moins en ce qui concerne le ïonkin et Madagas-

car. On disposerait ainsi d'un organisme souple et complet aussi propre au rôle de guerre qui exige le plus souvent un noyau d'Européens formant réserve, qu'au rôle d'occupation administrative qui exige également un noyau d'Européens assurant les divers services et l'encadrement. On éviterait de la sorte ces emprunts d'unité à unité, ces « subsistants », toujours pleins d'inconvénients au point de vue du commandement et de la bonne gestion administrative.

Toutefois, comme cette constitution de compagnies formant corps a soulevé des objections, le même résultat pourrait être atteint par la création soit de bataillons mixtes formant corps, soit de régiments mixtes affectés exclusivement aux territoires militaires et comprenant des compagnies indigènes et des compagnies européennes dans une proportion à déterminer, ces dernières fournissant aux premières tous les éléments nécessaires.

On serait ainsi amené à envisager une modification partielle de l'organisation régimentaire aux colonies. Tous ceux qui ont pratiqué le commandement colonial savent à quelles difficultés et à quels inconvénients aboutit, en territoire militaire, la juxtaposition du commandement régimentaire et du commandement territorial. Les effectifs nécessaires et des cadres de choix sont mis à la disposition des commandants de territoire pour exercer le double rôle militaire et administratif qui est la raison d'être des territoires militaires : ces troupes restent néanmoins administrées et commandées dans une certaine mesure par le commandant de régiment souvent fort éloigné, qui continue à noter le personnel, à assurer les nominations et les mutations des cadres subalternes qu'il connaît mal et ne voit pas à l'œuvre. Il y a là une contradiction flagrante et souvent un grave préjudice pour le personnel qui dépend de deux chefs et dont la carrière est aux mains de celui cfui possède le moins d'éléments d'appréciation.

Il y aurait deux moyens d'y remédier :

Ou bien en limitant l'organisation régimentaire aux corps stationnés dans les places centrales et les territoires civils et en constituant en dehors d'eux un certain nombre de compagnies mixtes indépendantes destinées aux territoires militaires. Dans ce cas, des bureaux centraux de comptabilité, établis

au siège des territoires, assureraient l'administration de ces compagnies sans intervenir en rien dans leur commandement, qui serait exercé exclusivement par le commandant territorial.

Ou bien, plutôt, en attribuant à chaque territoire militaire soit des bataillons formant corps, soit un ou plusieurs régiments constitués, administrés par leurs lieutenants-colonels chefs de corps, comme il arrive le plus souvent aux colonies, mais sous l'autorité absolue du commandant de territoire. Soit que ces régiments soient composés de compagnies mixtes, soit qu'ils soient eux-mêmes des régiments mixtes (si l'on trouve des inconvénients à la première solution) comprenant un certain nombre de compagnies européennes, le commandant territorial disposerait entièrement de tous les éléments nécessaires pour pourvoir à toutes les nécessités, en opérations comme en station, et l'unité de commandement, l'unité d'action et de direction seraient ainsi sauvegardées.

Cette constitution de corps mixtes présenterait, semble-t-il, l'avantage de se prêter entre toutes à l'encadrement des réserves indigènes, question qui se pose dès aujourd'hui dans toutes nos colonies où elle est d'ailleurs sérieusement étudiée. Le nombre croissant des militaires indigènes libérés, la nécessité de prévoir leur utilisation et leur encadrement, pour qu'ils deviennent un appoint et non un péril, le rôle que l'évolution de la politique générale du monde semble assigner aux colonies dans les conflits à venir, lui donnent une importance capitale : la prévision d'un certain nombre d'unités mixtes paraît donner un des meilleurs moyens de la résoudre.

Il est à souhaiter que ce point soit l'objet d'une étude sérieuse le jour où l'on sera forcément amené à compléter la loi sur l'armée coloniale, en s'inspirant des conditions organiques absolument spéciales sur lesquelles reposent le fonctionnement et l'emploi des troupes coloniales, et en se souvenant qu'elles sont laites cVabord pour les colonies, que celles-ci sont leur seule raison d'être, et que tout autre emploi de ces troupes ne doit être envisagé qu'à titre d'exception.

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