‹ Dans le sud de MadagascarChapitre 36 sur 56 · RAVITAILLEMENT · texte numérisé non relu

RAVITAILLEMENT

Organisation dn service.

Le ravitaillement a été assuré pour la majeure partie, pendant la dernière période de la pénétration du Sud, par les sections de conducteurs d'artillerie, soit par mulets de bâts, soit par voitures Lefebvre attelées de mulets.

Dans tout le Sud, en effet, les porteurs font défaut. Il est très difficile de décider les indigènes à porter: la crainte d'être obligés de faire des convois doit être comptée au nombre des causes d'insoumission; la même crainte a empêché souvent les indigènes des régions impénétrées de venir à nous et de s'établir à proximité des postes.

C'est pourquoi il était indispensable d'organiser le ravitaillement de manière à employer le moins possible, comme porteurs, les indigènes de ces régions et d'utiliser dans la plus large mesure le transport par voitures, ou au moins par bâts. Cette solution se trouvait du reste grandement facilitée par la nature du pays dans les cercles de Tulear et de Fort-Dauphin, c'est-à-dire sur la plus grande étendue des territoires de pénétration. Le pays est généralement plat, il y pleut très peu, le sol est consistant, l'établissement de routes charretières n'y est, le plus souvent, qu'une question de débroussaillement. Dans ces deux cercles, un réseau de pistes en éventail, partant du chef-lieu, s'étabUt au fur et à mesure de la pénétration.

En ce qui concerne le cercle d'Ifandana, la question était moins simple, en raison des difficultés du pays; pourtant deux circonstances favorables, l'abaissement de la falaise entre le port de Farafangana et Ifandana et la navigabilité de l'Ito-

CONCLUSIOISS

mampy sur un parcours de 100 kilomètres, permirent d'y assurer le ravila.illement suivant un T, dont le pied fut constitué par une piste charretière établie de la côte à Ifandana et dont les deux branches furent constituées, celles du Sud par l'Itomanpy, celle du Nord par une piste charretière facile à établir dans l'un des couloirs, à peu près horizontaux, parallèles à la côte. Les avantages de cette solution ont déjà été présentés au chapitre IV de la P partie (1); il en sera reparlé ultérieurement à l'article « Voies de communication ».

Une section de conducteurs commandée par un lieutenant fut affectée à chacun des trois cercles Tulear, Fort-Dauphin, Ifandana, cette dernière ayant son siège hors du cercle, à Farafangana, port d'approvisionnement du cercle.

Le siège de la compagnie dont relevaient ces trois sections fut ramené de Tananarive à Fianarantsoa, à côté du commandant supérieur sous les ordres duquel était placé le capitaine commandant la compagnie. L'unité de direction était ainsi assurée.

Cette disposition plaçant une unité de cette nature entièrement sous les ordres du commandement, pour logique qu'elle soit, est si rarement appliquée aux colonies et si difficile même à y appliquer, pour des motifs qu'il est superflu de développer ici, qu'il convient d'en prendre acte.

Les bons résultats en furent d'ailleurs évidents. Le placement de chacune des sections sous les ordres de chacun des commandants de cercle, la possibilité, grâce à la présence à Fianarantsoa de la portion centrale auprès du commandement supérieur, de pourvoir sur-le-champ à tous leurs besoins, au remplacement du matériel, à la relève du personnel fatigué, à la solution immédiate des questions administratives, permirent d'obtenir de ces sections un maximum de rendement. Elles rendirent des services inappréciables. Il est juste de dire que le commandement trouva dans le capitaine d'artillerie Dalbavie, commandant la compagnie, et dans les lieutenants Bertrand, Carleron, Gauthé, Bourely, commandant les sections, des auxiliaires aussi dévoués qu'entendus.

(1) Page 70.

Dans chaque cercle, l'organisalion du service fut la suivante (les effectifs donnés sont ceux correspondants à la période la plus active de la pénétration).

Cercle dUfandana. — Effectif de la section :

1 lieutenant,

6 gradés et cadres européens, 70 conducteurs indigènes, 60 mulets, 19 voitures Lefebvre.

Ivohlbè^

flanoàsarcL

du. Nord. «

Magasin de cercle ® Magds/n de secteur , Route charretière. fyvl-

'~~^~ \taL Uem ent par voitures Chemin muletier. Ravitailiement par mulets.

BieJ nayigaJile- Ravc-

\tculle.meixt pocrpiroffues.

Sentiers. RavitAillement

pa.rbourja.nes

Magasin centpal : Ifandana.

Base de ravitaillement à Farafangajia.

Le magasin central du cercle, à Ifandana, était relié à Farafangana par une route en construction, déjà charretière dans ses deux tiers Est, encore muletière dans son tiers Ouest.

Le magasin du secteur d'Ivohibé était relié au magasin central par une route charretière. D'Ivohibé, le ravitaillement en éventail des divers postes était assuré par porteurs.

Ut

Le magasin du secteur de Midongy était relié au magasin central: 1" par un chemin muletier de 28 kilomètres, d'Ifandana h la Mananara; 2° par les 100 kilomètres navigables de l'Itomampy.

De Midongy le ravitaillement en éventail des divers postes était assuré par porteurs.

Cercle de Fort-Dauphin.

1 lieutenant,

8 gradés et cadres européens, 120 conducteurs indigènes, 126 mulets, 40 voitures Lefebvre.

Effectif de la section

LÉGENDE

IB Magasin central M Magasin de transi

Bout» charretier»

Chemin muletjtr

S«nlierd«l>our)anei

«RaviUilItment pai

«-«^goélettes

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Magasin central à Fort-Dauphin.

Magasins secondaires sur la côte desservis par des goélettes à Andrahomana (siège de la section) et au Faux-Cap.

Fort-Dauphin sert de dépôt. Il approvisionne : par mer,

Madagascar. If»

les magasins d'Andrahamana et du Faux-Cap; par la route muletière de Belavenana à Ranomafana, il approvisionne directement le magasin de secteur de Ranomafana.

II. Andrahomana est le point de départ d'un réseau de pistes charretières desservant :

1° Le magasin de secteur d'Ambovombé; 2° Les magasins de secteurs de Behara, d'Imamombo et les postes intermédiaires.

III. Le Faux-Cap est le point de départ de pistes charretières approvisionnant le magasin de secteur de Tsiombé, les postes d'Ambondro, d'Ankoba et ultérieurement à l'Ouest, les derniers postes créés dans la région de la Basse-Menarandra.

Cercle de Tulear. — Effectif de la section :

1 lieutenant,

6 gradés et cadres européens, 70 conducteurs indigènes, 89 mulets, 33 voitures Lefebvre.

Magasin central à Tulear.

Magasins secondaires: Tongobory (approvisionnement par voitures ou par pirogues); Ampalaza (approvisionnement par goélettes).

Tongobory, où est stationnée la portion principale de la section, ravitaille par voitures Lefebvre les postes de la zone Nord du pays Mahafaly.

Ampalaza, où est également stationné un détachement de la section, ravitaille le magasin d'Ampanihy, chef-lieu du secteur Mahafaly.

Les postes situés sur l'Onilahy sont ravitaillés par pirogues venant de Tongobory; les postes côtiers par goélettes venant de Tulear.

LEGENDE

ggi Magasin central 0 d' d« r«gi«n

Pistes muletières

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loooo Pistes re/iant les système»

de routes utilisies pour le ravitaillement g^^j Biefs navig&bles utilisés . pour le ravitaillement

Le rôle des sections de conducteurs n'a pas été limité au ravitaillement; elles ont en outre contribué dans une large mesure au transport des matériaux pour les constructions de postes et les travaux divers, et elles ont également prêté leur concours au commerce local, moyennant les prix de rembourse» ment assez faibles fixés par une circulaire du 19 mars 1902 (1).

A Farafangana, à Fianarantsoa, elles ont ainsi favorisé un commencement d'utilisation commerciale des premières routes

(1) 1 franc par tonne kilométrique.

établies en attendant que les particuliers aient pu se munir de l'outillage nécessaire.

Les commandants des unités de conducteurs sont allés spontanément au-devant de ces rôles multiples en se dégageant de tout esprit de formalisme ou de particularisme et ont ainsi démontré l'utilité dont l'emploi des compagnies de conducteurs, ainsi .entendu, pouvait être pour la simplification des divers services et pour le bien du pays.

Masses de ravitaillement.

Telle étant l'organisation des transports pour le service du ravitaillement, il convient de rappeler que ce service fonctionnait dans le Sud, comme dans tout le reste de l'Ile, d'après le principe des Masses de ravitaillement, système fécond, souple et pratique entre tous.

Ce régime inauguré au Tonkin, dans le deuxième territoire, commandé par le colonel Galliéni, a été exposé déjà dans maints documents (1). Il suffit donc d'en rappeler ici les grandes lignes.

Le principe de la masse de ravitaillement est basé sur la possibilité de mieux disposer des sommes dépensées par l'Etat pour V alimentation des troupes en donnant aux rationnaires la valeur représentative de la ration en argent au lieu de leur délivrer les denrées en nature.

Son but principal est d'améliorer le bien-être et, en particulier, le régime alimentaire des troupes, sans augmenter les charges du Trésor.

Uune de ses conséquences immédiates est d'aider au développement commercial de la colonie en facilitant l'écoulement des produits locaux et en utilisant les ressources spéciales à chaque localité et à chaque région (2).

(1) Au Tonkin, par le commandant Famin.

Petites opérations militaires au Tonkin, par le commandant Chabrol. La colonisation en Indo-Chine, par M. de Lanessan. Bapport d'ensemble du général Galliéni, publié €ii 1899.

(2) Instructions établies par le commissaire des colonies Xoguès (25 février 1899).

La prime journalière de la masse de ravitaillement est payée, exactement comme la solde même, aux commandants d'unité. Elle est perçue pour toutes les journées donnant droit aux vivres en nature; mais, au lieu d'être remise directement à chaque rationnaire, elle est versée en bloc entre les mains des commandants de compagnie, qui en font l'emploi le plus conforme aux besoins et au bien-être de leurs hommes.

iW.iie prime journalière est calculée, en principe, non pas seulement d'après la valeur intrinsèque des denrées, mais d'après la somme que l'Etat serait forcé de débourser pour fournir les rations en nature, c'est-à-dire que l'allocation accordée comprend, en outre du prix des denrées, le montant des frais de transport et des frais généraux que l'Etat aurait à supporter s'il avait à faire les distributions réglementaires de vivres.

Sous ce régime, ce n'est plus aux services administratifs qu'incombe la charge de prévoir, d'acheter, de recevoir et d'entretenir les approvisionnements, ni de mettre chaque ayant droit en possession de ce qui doit lui revenir. Cette charge incombe aux chefs d'unité, qui y apportent d'autant plus d'initiative, d'activité et de soins, qu'ils sont plus intéressés que personne à la bonne alimentation de leur troupe, et sont ainsi amenés à tirer le meilleur parti du commerce local, des ressources du pays, à les développer même au besoin. En outre, ils sont d'autant plus incités à pratiquer la meilleure gestion de cette masse que leur unité en bénéficie directement.

En effet, le boni qui résulte toujours de la bonne gestion de cette masse est divisé en trois parts :

L'une fait retour au Trésor pour atténuer les dépenses supportées par le budget vivres;

La seconde constitue le « fonds commun » qui, laissé à la disposition du commandant territorial (commandant de cercle militaire), constitue une sorte de caisse d'épargne chargée :

1" De fournir des secours aux unités dont les masses se trouvent en débet;

2° De parer aux dépenses pour cas de pertes ou détériorarr lions de force majeure;

3° De subvenir aux dépenses exceptionnelles que le comman-

dément peut avoir dans certains cas à ordonner dans l'intérêt de la santé et de l'hygiène des hommes;

4° De payer les allocations et indemnités au personnel employé.

La; troisième est versée à l'ordinaire des compagnies, qui ont, de ce fait, un intérêt direct à l'accroissement du boni.

En somme, avec ce système, les rationnaires ne peuvent, en aucun cas, être traités moins bien qu'avec le système des distributions en nature faites par les magasins administratifs, car, s'ils peuvent obtenir un régime de beaucoup supérieur en achetant sur place, à meilleur marché, des denrées plus fraîches et plus variées, il leur est toujours loisible, avec l'argent qu'ils touchent, de recourir, quand ils le désirent, aux distributions des magasins administratifs qui représentent le minimum de ce qui est nécessaire à leur subsistance. L'Etat continue en effet à entretenir, au centre de chaque région, des magasins administratifs; ceux-ci remplissent l'office de régulateurs des marchés régionaux, en ce sens que le prix des denrées délivrées par ces magasins représente un maximum que ne peuvent pas dépasser les acheteurs militaires sans obérer la situation de la masse. Ces magasina contiennent des stocks de prévoyance ou de réserve; l'obligation imposée d'y recourir périodiquement et très temporairement y assure le renouvellement des denrées.

D'autre part, avec la masse de ravitaillement, l'Etat ne peut jamais dépenser plus qu'il ne dépenserait s'il continuait à faire faire les distributions journalières de vivres par les magasins administratifs. II réalise, au contraire, de sérieuses économies en bénéficiant d'une part de boni et en laissant à la charge de la masse (fonds commun) une grande partie des frais généraux (manutention, surveillance, déchets, transports, etc.). Il lui reste surtout le gros avantage de la suppression des pertes par cas de force majeure qui sont supportées par la masse de ravitaillement (1).

On peut dire que les avantages d'un système si souple, si favorable à la bonne alimentation des troupes, à l'initiative des

(1) Extrait du rapport sur le fonctionnement de la masse de ravitaillement, établi par M. le commissaire des colonies Noguès (25 février 18d9).

chefs d'unités, en même temps si économique, ne trouve plus un contradicteur parmi ceux qui ont eu à l'appliquer.

L'application de ce régime dans les cercles du Sud ne date que de 1899; or ce sont les premières années qui sont les plus onéreuses; néanmoins, au règlement de cŒnpte du dernier trimestre 1901, les trois cercles du Sud se trouvaient avoir versé au Trésor, comme part contributive de boni :

Ifandana 9.683 09

Fort-Dauphin 11.145 63

Tuléar 18.974 83

Soit un total de 39.803 55

représentant le tiers du boni global réalisé pendant l'année 1901. Les deux autres tiers ayant été laissés, l'un au fonds commun, l'autre aux unités, il avait donc été réalisé une économie de 119.410 fr. 62 sur ce qu'aurait coûté le régime de la distribution directe de la ration aux militaires par les services administratifs.

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