ACTION PRÉPARATOIRE SUR LES DEUX AILES DE LA ZONE INSOUMISE
Comme il a été dit plus haut, la répartition des groupes rebelles dans le Sud affectait d'une manière générale la forme d'un V (2). Avant qu'une connaissance plus approfondie du pays permît d'arrêter les détails du programme à suivre, la situation générale apparaissait assez clairement pour voir que, dans son ensemble, la méthode qui s'imposait consistait à peser
(1) Carte n° 4.
(2) Voir le croquis page 18.
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simultanément sur les deux branches du V, de manière à opérer le refoulement vers le Sud des éléments réfractaires.
En ce qui concerne la branche Ouest du V, cette manière de procéder avait comme résultat d'isoler du territoire Sakalava, où des incidents étaient encore à prévoir, les groupements insoumis du cercle de Tulear, afin d'empêcher les éléments hostiles de se prêter un mutuel appui d'un territoire à l'autre. Il faut ajouter que, dans la partie supérieure de la branche Ouest du V, l'exécution de ce programme était singulièrement facilitée par l'action militaire et politique menée par les commandants du cercle de Tulear, le commandant Toquenne, puis le commandant Lucciardi, antérieurement à ma prise de commandement. Notre pénétration en était là à sa deuxième phase; notre autorité n'y était plus contestée par personne; il fallait — et c'était encore une tâche fort délicate — procéder à une organisation stable qui donnât aux populations paisibles une garantie contre le retour des troubles récents, aux éléments réfractaires l'impression de notre établissement définitif dans le pays et à tous l'assurance que notre prise de possession marquerait l'avènement d'un régime de justice, de tranquillité, exempt de toute tracasserie.
Nous verrons plus loin comment le commandant Lucciardi, commandant le cercle de Tulear, avait déjà conçu et commencé cette première partie de la tâche.
10 Action préparatoire dans la zone forestière de l'Est. —
En ce qui concerne la branche Est du V, il était d'autant plus urgent d'en commencer sans retard le rabattement vers le Sud, qu'elle était une constante menace pour des intérêts économiques de premier ordre. Le groupe des Tanala insoumis du massif d'Ikongo avait son siège à 60 kilomètres de Fianarantsoa, était sur le flanc Sud et à proximité de la route de Mananjary à Fianarantsoa et pouvait compromettre d'un moment à l'autre la sécurité de cette importante voie commerciale, d'autant plus que des groupements suspects étaient signalés également au Nord de cette route. Il pouvait en résulter des inconvénients plus graves encore, si ces infiltrations, se propageant au Nord, atteignaient les provinces d'Ambositra et de Mananjary,
entièrement pacifiées, et les exploitations aurifères de l'Ampoasary, en pleine activité. Les tournées que j'avais faites dans la province de Farafangana et dans l'Ikongo, les plaintes que m'avaient adressées les colons, l'attitude indécise que j'avais trouvée chez les chefs soumis d'Ikongo accoutumés par les compromis passés avec eux, par l'exemption des impôts, à nous traiter d'égal à égal, la complicité évidente d'une notable partie de la population avec les groupes rebelles m'avaient fixé sur l'urgence de dégager tout d'abord cette région.
Voici ce que j'exposais à ce sujet au Général en chef, à la date du 10 décembre 1900 (1) :
« D'une manière générale, les groupes hostiles à notre domination sont échelonnés dans la zone forestière et montagneuse parallèle à la côte Est.
» Ce sont, en allant du Nord au Sud :
» 1° Le groupe des Tanala de l'Ikongo, dont le vieux roi Tsiandrofana, ainsi que ses fils, nous sont soumis, bien que l'un de ces derniers soit fort sujet à caution, mais dont un autre chef héréditaire très influent, Andriampanoha, tient toujours la brousse avec un groupe de fidèles, disposant non seulement de leurs fusils à pierre, mais de 12 Lebels et de munitions enlevés il y a un an au poste de Sasinaka. Une notable partie de la population est en complicité occulte, mais certaine, avec lui; la partie soumise de la population n'ose pas réunir de troupeaux ni étendre ses cultures de crainte de leurs incursions; ce groupe constitue une menace constante pour les routes de Fianarantsoa à Mananjary et Fianarantsoa à Farafangana. Il est impossible de circuler sur cette dernière voie sans escorte.
» 2° Le groupe de Rahiandry, à l'Est d'Ivohibé, dans le cercle des Bara, mais débordant dans le district de Karianga de la province de Farafangana.
» 3" Les Tambavalo, sur les deux rives de l'Iantara, à cheval sur la province de Farafangana et le cercle des Bara.
(1) Rapport du 10 décembre, n» 111 A. (Voir la carte n" 2.)
» 4° Les groupes des Andrabé et du Ranofotsy, qui occupent la vallée de l'Itomampy,, le massif de l'Imandabe et sont, par conséquent, à cheval sur les cercles des Bara, de Fort-Dauphin et sur la province de Farafangana.
» Bien que séparés, on peut dire que ces groupes forment pourtant un filon ininterrompu tout le long de la forêt, à travers laquelle ils communiquent de proche en proche. Les Tambavalo sont certainement en relations par le Nord avec les Tanala insoumis de la province de Fianarantsoa.
» Leur action n'est pas combinée et, pour le moment, sauf les Andrabé qui viennent d'attaquer le lieutenant Frénée, de tenter l'enlèvement du poste de Befotaka et d'assaillir plusieurs convois, leur attitude est plutôt passive, mais ils ne veulent pas reconnaître notre domination et offrent avant tout le danger de constituer des noyaux tout formés et tout prêts pour les mécontents. Ce qui le prouve, d'ailleurs, c'est que leur effectif varie suivant les circonstances; il augmente à la suite du moindre incident favorable; un semblant de succès dans une de leurs opérations fait tout à coup grossir leurs rangs de tribus en apparence soumises, comme le cas s'est produit récemment, lors du guet-apens dans lequel est tombé le lieutenant Frénée.
» C'est ce qui fait leur danger et nous oblige absolument à nous en rendre maîtres.
» Que le groupe des mécontents grossisse autour de ces noyaux, que l'entente s'établisse, qu'un chef résolu surgisse, et alors la situation deviendrait tout à fait sérieuse et d'autant plus que le pays, extrêmement difficile, leur offrirait des repaires inaccessibles, où il serait très dur d'aller les chercher et d'obtenir des résultats décisifs, mais d'oij, par contre, il leur serait facile de sortir et de nous inquiéter.
» Pour une autre raison encore, il nous est impossible de les négliger.
» Tandis que dans les régions Mahafaly et Antandroy, où les groupes réfractaires ne sont pas sur nos principales lignes de communications et n'entravent pas sérieusement, pour le moment du moins, le commerce et la colonisation, j'ai préconisé la méthode d'investissement lent et d'isolement sans colonnes, ici il n'en peut-être de même. La zone forestière occupée par ces groupes hostiles s'interpose en effet entre la côte Est et les marchés de l'intérieur et gêne toutes les communi-
cations commerciales entre le plateau central et les points côtiers de Vohipeno, Farafangana, Vangaindrano et Fort-Dauphin, qui sont ses débouchés naturels.
» Pendant mon séjour à Farafangana, la chambre consultative m'en a très nettement exprimé ses plaintes.
» Les causes principales qui ont jusqu'ici empêché la question de se résoudre sont :
» 1° La méthode trop souvent adoptée des « colonnes en coup de lance », dont quelques-unes menées par des officiers en mission, tandis que la seule besogne efficace se fait par les chefs de circonscription établis sur place, au courant du pays et solidaires de ses intérêts;
» 2" Mais surtout, la situation de ces groupes hostiles placés à cheval sur plusieurs circonscriptions dont les frontières coupent, suivant un tracé tout à fait conventionnel, la zone forestière au préjudice de l'unité d'action et de direction.
» Des considérations précédentes découle la méthode à adopter :
» 1° Assurer l'unité de direction; » 2° Diviser le travail.
» J'espère atteindre ce but en créant du Nord au Sud une série de circonscriptions à cheval sur les diverses provinces et englobant toutes les parties contaminées.
» J'applique dès maintenant ce système :
» 1° A la région d'Ikongo, en y plaçant un officier mis à la disposition de M. l'administrateur en chef Besson et les effectifs nécessaires, tout en y maintenant M. l'adjoint des affaires civiles Ravel, bien au courant du pays;
» 2° A la zone située au Nord de la Mananara et qui englobe tous les Tambalavo. Je vais y mettre le capitaine Le Rouvillois. Il aura sous son autorité tout le secteur d'Ivohibé dé^ pendant du cercle des Bara, ainsi que le district de Karianga et la partie forestière du district de Farafangana. Rien ne sera changé pour le moment aux limites administratives. Il dépendra de l'administrateur de Farafangana pour les districts de cette province et du cercle des Bara pour Ivohibé; seulement, tout en procédant à la pacification, le capitaine Le Rouvillois
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préparera à loisir, sur place, disposant (Je tous les moyens d'information et tout le temps nécessaire pour les contrôler, une délimitation définitive. Il me semble, d'après les renseignements que j'ai jusqu'ici, qu'elle aboutira à attribuer plus tard à Farafangana presque tout le secteur d'Ivohibé actuel, dont les populations, en majorité Tanala et ayant, par les vallées, leurs débouchés vers la côte, semblent s'y rattacher naturellement.
» Aussitôt le capitaine Le Rouvillois arrivé, j'irai moi-même procéder sur place à cette organisation.
» J'estime qu'il y aura lieu d'adopter ultérieurement une solution analogue au Sud de la Mananara, par la création d'une circonscription à cheval sur Farafangana, les Bara et Fort- Dauphin, englobant tous les Andrabé et les Ranofotsy. J'irai étudier le plus tôt possible cette question sur place et je vous présenterai alors un programme d'ensemble pour toute la pacification. »
A) Action préparatoire dans la région dlkongo. — En conséquence de ce qui précède, le 11 décembre 1900, le lieutenant Libersart était mis à la tête du district d'Ankarimbelo, partie Sud de la région d'Ikongo (1), oii le noyau rebelle paraissait avoir sa principale installation, M. Besson, administrateur en chef de la province de Fianarantsoa, allait lui-même s'établir à Fort-Carnot, chef-lieu de la région. Très au courant des indigènes, exerçant sur eux une grande autorité, il allait mettre en œuvre sur place tous les moyens politiques et administratifs et coordonner l'action des trois districts de la région Tanala :
Celui d'Ifanadiana, commandé par M. l'inspecteur de milice Lafond, avec 70 miliciens;
Celui de Fort-Carnot, commandé par M. l'adjoint des affaires civiles Ravel avec 60 miliciens,
Et celui d'Ankarimbelo.
Le lieutenant Libersart était chargé de mener l'action militaire contre les noyaux rebelles.
(1) Carte n° 2.
Madagascar.
Le 2 janvier 1901, cet officier, ayant enfin obtenu par les émissaires et par les chefs restés soumis des renseignements précis sur l'installation d'Andriampanoha en forêt, escaladait de nuit la falaise couverte de bois et prenait de revers le village des rebelles; ceux-ci se réfugiaient dans des grottes préparées pour leur servir d'abris naturels. Le 3 janvier, une des issues de ces grottes était découverte avec la plus grande difficulté, vivement attaquée, et les Tanala, délogés, abandonnaient les caisses de cartouches Lebel. Il résultait des renseignements recueillis qu'un chef des Tambavalo du Sud, Tsiahoro, était venu prêter main-forte à Andriampanoha, ce qui confirmait l'existence d'une entente entre tous les groupements rebelles de la forêt. Pendant les semaines suivantes, le lieutenant Allard,. qui avait remplacé le lieutenant Libersart, continuait la chasse pied à pied dans la forêt et, à la fin de mars, avait obtenu la soumission de la plus grande partie du groupe et la reddition de dix fusils Lebel. Il ne semblait plus y avoir à ce moment de noyau constitué, toute trace d'Andriampanoha et de ses deux compagnons les plus fidèles, Izaïta et Andriamanetony, avait disparu et on les donnait comme ayant rejoint les Tambavalo au Sud. A cette date, fin de mars, je rendais donc compte au Général en chef que la pacification de l'Ikongo pouvait être considérée comme réglée. Je me trompais. J'aurais dû tenir compte d'un élément qu'on ne doit jamais perdre de vue, c'est que, lorsqu'une situation insurrectionnelle est due h l'influence personnelle d'un chef local, elle ne doit jamais être considérée comme réglée tant que ce chef n'est pas entre nos mains. Le fait même de sa disparition sans laisser de trace est la preuve des complicités locales; l'on peut être à peu près assuré qu'il réapparaîtra à la première occasion et que l'affaire sera à recommencer. C'est ce qui se produisit quelques mois plus tard.
B) Action préparatoire contre les Tambavalo. — Pendant que l'action contre les rebelles de l'Ikongo était ainsi engagée, elle se préparait en même temps contre les rebelles Tambavalo, au Nord de la Mananara, où, comme il a été dit plus haut, était constitué, à la date du 1" janvier, un secteur à cheval sur le cercle des Bara et la province de Farafangana, sous le commandement du capitaine Le Rouvillois.
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Cet officier, après avoir reconnu la situation, me faisait, à la date du 16 janvier, les propositions suivantes :
Il résulte die tous les renseignements recueillis qu'il existe dans la forêt, dans le quadrilatère formé par l'Iantara au Nord, la route d'Ifandana à ï'arafangana au Sud, la lisière de la forêt à l'Est et la ligne Ifandana-Imandabe à l'Ouest, un groupement d'environ 350 fusils, qui ont été jusqu'ici rebelles à toutes nos exhortations et nos conseils pour obtenir leur soumission. Ces tribus ont installé dans la forêt des villages fortifiés, de très riches cultures, des pâturages et quelques villages ouverts. La forêt a été en somme organisée défensivement par eux.
Depuis un an environ, il existe, entre nos troupes et ces rebelles, un espèce de pacte tacite par lequel, nous nous sommes engagés à ne pas venir les troubler chez eux et, de fait, pas une reconnaissance n'est entrée dans la forêt depuis un an.
Le poste d'Imandabe est en face d'un repaire de 60 fusils installé à la lisière de la forêt à 1.800 mètres de ses parapets, sans que ce groupemjcnt ait été jamais inquiété. Par contre, les rebelles n'attaquent jamais un convoi sur la route Ifandana- Mahabetana et s'abstiennent le plus possible de piller du côté d'Ivohibé.
Il n'en est pas de même malheureusement du côté de Farafangana et je reçois actuellemient l'écho des plaintes de l'administrateur et de celles des colons de la province. Il ne se passe pas de nuit sans qu'un vol soit commis dans les populations soumises de la province de Farafangana et surtout chez nos colons. C'est ainsi que M. L.... s'est trouvé obligé de renoncer à l'élevage par suite des nombreux a'oIs qui avaient été commis chez lui.
La richesse agricole de cette province est compromise par le fait même de cette situation.
Il y a donc lieu d'agir énergiquement.
Jusqu'à présent, il semble quje les mesures adoptées se soient bornées à la formation de colonnes qui, pendant un mois ou deux, ont parcouru la forêt, sans qu'aucune occupation eût suivi cette opération.
Il y avait à cette manière de faire une raison en ce sens que les commandants de secteur, n'ayant pas sous leur direction la lisière Ouest, ne pouvaient prendre pied dans la forêt et l'organiser.
Quoi qu'il en soit, le but qui doit être actuellement poursuivi doit être l'occupation de la forêt.
Mais il est nécessaire que cette occupation soit faite d'une façon méthodique.
Il résulte de nombreux renseignements recueillis que la saison actuelle ne serait pas favorable à cette occupation ; d'abord,'
la destruction des villaares fortifiés exigerait l'emploi de forces assez nombreuses qui, opérant en pleine saison des pluies, subiraient des fatigues telles que l'effectif serait rapidement diminué. En outre, à cette période de force doit succéder une période d'installation pendant laquelle les troupes devront construire des postes tout en fournissant de nombreuses reconnaissances.
La situation demande également que toute la forêt soit occupée entièrement de fa^on que les rebelles chassés d'une partie de la forêt n'aillent pas se refaire dans une autre.
Il y a donc lieu de profiter des parties de la région forestière qui ne sont pas occupées pour nous y installer, nous y organiser au moyen des habitants que nous amènerons et qui nous fourniront des partisans et des émissaires connaissant tous les sentiers. Puis, au moment où cette organisation sera à peu près complète et où la saison sera moins mauvaise, c'est-à-dire vers la moitié d'avril, les opérations actives pourront commencer dans la partie occupée par les nebelles, les autres sous-secteurs redoublant d'activité pour courir sur tout groupement ennemi signalé.
A cette période, qui durera jusqu'à la désorganisation complète des bandes, succédera l'occupation de la partie de la forêt conquise dans les mêmes conditions que l'autre, mais avec plus de moyens d'action.
Il y aurait, d'ailleurs, avantage à ce que cette ligne de conduite fût adoptée dans tous les secteurs forestiers, de façon qu'il y ait simultanéité dans les opérations.
Je transmis ces propositions au Général en chef, en leur donnant mon entière approbation, et elles servirent de base au programme adopté plus tard pour la pacification.
L'action préparatoire se trouvait ainsi amorcée dans toute la partie supérieure de la branche Est du V occupé par les groupes insoumis ou douteux du commandement.
Action préparatoire à l'Ouest dans le cercle de Tulear. Premiers essais de protectorat. — Pendant ce temps, une action d'un autre genre et d'un vif intérêt était exercée par le commandant Lucciardi dans le cercle de Tulear sur la partie supérieure de la branche Ouest du V.
Cet officier supérieur avait pris, dès le mois d'août, le commandement du cercle de Tulear. Il avait jugé spontanément que la méthode logique à suivre pour la pacification était une pro-
gression du Nord vers le Sud. Son cercle se trouvait nettement divisé par le cours de l'Onilahy en deux parties d'importance sensiblement égale; au Sud, c'était le pays Mahafaly, encore à peu près impénétré et dont une grande partie nous était nettement hostile; la partie Nord nous était à peu près acquise, mais il y subsistait encore bien des éléments douteux et le voisinage du territoire Sakalava, dont il était essentiel d'isoler les éléments réfractaires, y nécessitait l'établissement d'une solide organisation politique.
A) Premier essai de protectorat au Nord de VOnilahy. — Au moment de mon arrivée, le commandant Lucciardi était en train de préparer cette organisation dans des conditions du plus haut intérêt.
Voici ce que j'écrivais au Général en chef (rapport du 10 décembre 1900) :
(( Le cercle de Tulear se divise en deux zones : Sud et Nord de l'Onilahy.
» Le Sud de l'Onilahy, c'est le pays Mahafaly, oii la situation n'est pas encore nette.
» Au Nord de l'Onilahy, c'est un véritable projet de protection que le commandant Lucciardi propose d'établir chez les Bara-Imamono, groupement de 30.000 habitants, compact et homogène. Cette tentative est en si complète conformité de vues avec celles que vous m'avez exposées que je l'ai autorisé à en commencer l'application immédiatement. Je ne saurais mieux faire d'ailleurs que de vous transcrire son rapport (1). »
Le secteur des Bara-Imamono comprend environ 30.000 habitants (9.050 contribuables d'après le dernier recensement) appartenant à la tribu des Bara-Imamono. Ces derniers reconnaissent tous comme chef Impoinimerina, qui, dès l'arrivée des Français à Tulear, en 1897, a fait preuve d'un grand sens politique en acceptant immédiatement notre autorité. Son influence sur ses sujets est telle qu'il a été fidèlement obéi par tous et que c'est grâce au concours fourni par les Bara-Imamono que nous
(1) Rapport du commandant Lucciardi, du 18 novembre 1900.
/ f^ Dauphin
Cpoqais d'ensemble du cercle de Taleap.
PÉRIODE rRÉPARATOIHE 39
avons pu avoir raison assez facilem^ent de la résistance opposée à notre pénétration par les tribus voisines.
Les Bara-Imamono se livrent principalement à la culture du riz et à l'élevage ; on compte qu'ils possédaient environ deux ou trois tètes de bétail par habitant ; les exportations de bétail échappent à la statistique douanière parce qu'elles s'opèrent exclusivement vers l'intérieur; ce sont les Betsiléo qui en font le commerce et qui s'y enrichisssent, d'ailleurs, très rapidement; cette exportation de bœufs vers le pays Betsiléo atteint 300 grosses têtes par mois, chiffre approximatif, soit une valeur de 500.000 francs par an ; d'autre part, 200 tonnes de riz environ provenant du pays Bara alimentent annuellement le marché de Tulear. On voit donc que le mouvement commercial de la région des Bara-Imamono dépasse un million de francs par an. Ankazoabo est, d'ailleurs, un centre dont l'importance augmente d'une façon très sensible ; deux commerçants y ont déjà construit des maisons en briques à étage ; des marchands ambulants Betsiléo y affluent tous les jours.
Le groupement de cette population homogène de 30.000 Bara sous les ordres d'un seul chef m'a fait penser qu'on pourrait y tenter l'expérience d'une administration simple, dont seraient chargés les chefs indigènes, sous le contrôle d'un administrateur français, civil ou militaire, résidant à Ankazoabo ; j'ai exposé longuement mes vues à ce sujet à Impoinimerina, que je crois réellement doué d'un sens politique très fin et qui, en tout cas, est remarquablement obéi par tous ses chefs secondaires, dont la plupart, d'ailleurs, lui sont attachés par les liens du sang.
J'ai fait entendre à Impoinimerina que les fonctions d'un chef de secteur consistaient :
1° A garantir la sécurité absolue dans le secteur, c'est-à-dire, d'un côté à faire la police intérieure en réprimant les délits commis par les habitants du secteur, d'un autre côté à faine la police extérieure en empêchant les malfaiteurs venant des pays voisins de commettre des déprédations dans le secteur ;
2° A régler les contestations s'élevant entre les habitants ;
3° A recueillir l'impôt ;
4° A assurer l'exécution de toutes les mesures administratives prescrites par l'autorité française (recrutement de travailleurs pour les travaux d'utilité publique, recensements, mesures d'hygiène, etc.).
Impoinimerina m'a assuré qu'il se chargerait volontiers de régler les affaires concernant les Bara-Imamono, mais qu'à l'égard des Européens, des Indiens, etc., et des indigènes autres que les Bara, il préférait ne pas intervenir et laisser ce soin aux autorités françaises.
Il a hésité cependant à assumer la responsabilité de la police intérieure et extérieure au moyen de partisans armés et m'a
demandé de maintenir nos postes militaires actuels jusqu'à ce qu'il ait recruté un assez grand nombre de Bara dévoués qu'il emploierait à cette beso^e. Il m'a demandé, en outre, de s'adjoindre un secrétaire indigène qui sache lire et écrire, afin de tenir les comptes de l'impôt.
L'organisation militaire, politique et administrative à donner au secteur Bara pourrait donc avoir pour base les dispositions suivantes :
A) Impoinimerina serait nommé chef des Bara-Imamono, avec le titre de gouverneur principal et les appointements de deux cents francs par mois.
B) Un secrétaire indigène lettré lui serait adjoint aux appointements de quinze francs par mois.
C) M. le capitaine Chieusse, qui commande actuellement le secteur des Bara-Imamono, exercerait les attributions de résident auprès du chef Impoinimerina.
D) Trente partisans armés et équipés comme les miliciens et inscrits sur les contrôles de la compagnie de milice du cercle seraient mis à la disposition d'Impoinimerina pour assurer la police intérieure et extérieure du secteur.
E) M. le capitaine Chieusse résiderait à Ankazoabo, poste militaire occupé par trente tirailleurs de sa compagnie.
Lorsque les partisans Bara seront armés et instruits, les postes de milice de Fort-Delavau et de Bereta seraient supprimés, ce qni permettrait de licencier environ soixante miliciens.
Cette organisation était immédiatement sanctionnée par le Gouverneur Général. Elle créait un précédent des plus heureux. Alléger les charges de notre administration en utilisant dans la plus large mesure les éléments indigènes, en maintenant les groupements constitués, en conservant les chefs traditionnels est un des buts qu'il est le plus désirable d'atteindre en politique coloniale. Il convient malheureusement de remarquer que c'est un de ceux qui répugent le plus à beaucoup de nos agents. Imbus des formules administratives de la Métropole, élevés dans le culte de la symétrie et de l'uniformité, ils n'admettent pas volontiers la diversité et la souplesse que comporte tout système se rapprochant plus ou moins du protectorat. Le goût d'ingérence méticuleuse dans le détail n'y trouve pas son compte et il semble à beaucoup qu'ils se trouvent diminués dans leur importance et dans leur prestige par l'autorité déléguée à côté d'eux à des chefs indigènes. Il n'y a pas de tendance contre laquelle il y ait plus d'intérêt à réagir. Chaque fois que nous
trouvons des groupements ethniques tout formés, des institutions locales, notre premier intérêt est de les sauvegarder et de nous en servir. Nous y réalisons d'abord une économie de personnel, mais surtout une économie de temps. Lorsque, par ignorance, maladresse ou préjugé, nous avons détruit ces assises traditionnelles et que nous ne nous trouvons plus qu'en face d'une poussière sociale, ce sont des années, sinon des siècles, qu'il nous faut ensuite pour reconstituer à notre administration une base solide. Les exemples abonderaient, si je me laissais aller à mes seuls souvenirs personnels. Dans cet ordre d'idées, j'aurais vivement désiré pouvoir reconstituer en un seul bloc tous les groupements de race Bara qui formaient environ le tiers de mon commandement. Malheureusement, des rivalités de famille, des compétitions de chefs également importants à ménager rendaient impossible d'en réunir les éléments épars. Du moins, l'heureuse initiative du commandant Lucciardi marquait-elle un premier pas dans cette voie et dépassait-elle de beaucoup en portée le simple fait de l'organisation de la tribu des Bara-Imamono, en raison du précédent qu'elle créait. Aussi accueillis-je avec la plus entière approbation ses propositions d'étendre peu à peu ce régime à toute la partie de son cercle située au Nord de l'Onilahy.
En dehors des Bara, il s'y trouvait deux groupements ethniques distincts : les Tanosy et les Masikoro, pour le moment extrêmement divisés. Les conditions dans lesquelles le commandant Lucciardi comptait arriver à les reconstituer ressortent du rapport suivant qu'il m'adressait fin février 1901 :
Groupement Tanosy. — Les Tanosy du cercle de Tulear qui ont émigré de la région de Tort-Daupliin, il y a soixante ans environ, et qui se sont établis sur le moyen Onilahy, forment un groupement de 25.000 habitants environ. Jusqu'à ce jour, les commandants de secteur et de poste avaient dû administrer directement en s'adressant à chaque chef de village, aucun groupement important n'ayant pu être formé. Il était intéressant d'essayer d'agglomérer le bloc Tanosy dans les mêmes conditions que celui des Bara-Iraamono. Ces tentatives ont abouti à une première division en trois groupes :
1" Sur la rive droite de l'Onilahy, les Tanosy-Zafitomana ont élu pour chef Rainigaroka, qui réside à'Sakamaré (1).
(1) Croquis page 38.
2"* Les Tanosy-Zafiramimk ont élu pour clief Befanitsiky, qui réside à Toiigobory.
3° Sur la rive gauche de l'Ouilaliy, les villages n'ont pas encore pu se mettre d'accord sur le choix d'un chef unique.
Cette organisation a permis de remplacer la garnison militaire de Sakamaré par un simple poste de 16 miliciens et de faire assurer la police intérieure par les chefs élus à chacun desquels j'ai donné 4 partisans Tanosy enrôlés comme miliciens.
C'est un premier pas fait vers la constitution d'un secteur Tanosy obéissant à un seul chef Tanosy, dans les mêmiss conditions que le groupement des Bara-Imamono.
GitorPEMENï Masikoro, — Les Sakalava-Masikoro occupent la zone côtière entre l'Onilahy et le Mangoky, groupés dans les vallées de formation alluvionnaire et, par suite, très fertiles. Ils ont un très grand nombre de chefs appartenant tous à la famille royale Masikoro, dont le représentant le plus notoire était le roi Tompomanana, décédé depuis deux ans, qui avait réussi à grouper la plupart d'entre eux sous son autorité. En poursuivant toujours l'idée d'établissement du régime du protectorat, il parait possible de la réaliser par l'élection d'un chef unique choisi dans la famille royale, dont le prestige aux yeux des populations est considérable. Ce chef résiderait à Tulear, auprès du commandant du cercle. J'ai exposé déjà aux chefs indigènes l'avantage qu'il y aurait pour eux à se mettne d'accord sur Je choix du plus digne, auquel je confierais l'administration et la police intérieure dans les mêmes conditions que pour Impoinimcriua. Le bloc Sakalava-Masikoro représente une population de 30.000 habitants environ.
Les rivalités personnelles ne permirent pas d'aboutir du premier coup au choix d'un chef unique. Les Masikoro du Nord élirent Lahiabo, les Masikoro du Sud Rebiby. Mais, dans la pensée du commandant Lucciardi, aussi bien chez les Masikoro que chez les Tanosy, il n'y avait là qu'un acheminement vers l'unification des groupements. Cette pensée se réalisa par la suite. Le lieutenant-colonel Lavoisot, successeur du commandant Lucciardi, poursuivant la même politique, parvint à grouper, à la fin de 1901, tous les Tanosy sous le commandement du chef unique Befitory; chez les Masikoro, au début de 1902, la découverte de la complicité de Lahiabo avec des agitateurs du territoire Sakflava fournit l'occasion de réunir lous les Masikoro sous la seule autorité du chef Rebiby.
Enfin divers motifs de mécontentement fournis par Inapa-
ka, chef des Bara-Be, permettent d'espérer qu'une occasion prochaine donnera l'occasion d'agglomérer sa tribu à celle d'Imix)inimerina et de marcher ainsi vers la constitution d'un important groupement Bara sous la direction de ce chef.
B) Action préparatoire contre les Mahafaly. — Tandis que le commandant Lucciardi assurait au Nord de l'Onilahy une organisation politique solide et rationnelle destinée à prévenir tout retour d'incidents dans ce que j'ai appelé la branche supérieure Ouest du V^.il procédait, pendant la môme période, au Sud de l'Onilahy, à une série d'opérations ayant pour objet de circonscrire les noyaux Mahafaly insoumis et de les empêcher de venir inquiéter par leurs déprédations les régions en pleine voie d'organisation pacifique.
Comme cette région des Mahafaly, demeurée très longtemps impénétrée et insoumise, avait été l'objet d'hypothèses assez contradictoires depuis notre occupation de Madagascar, il n'est pas sans intérêt de reproduire le premier rapport (18 août 1900) dans lequel le commandant Lucciardi, après sa prise de commandement, exposait la situation de cette région et la politique à y suivre :
A). Situation topographique. — Si l'on considère, d'une part le cours de l'Onilahy outre Saint-Augustin et SakamaPe, limite Est du cercle de Tulear (150 kilomètres), d'autre part la côte entre Saiut-Augustin et le cap Sainte-Marie (350 kilomètres, sans suivre les contours), puis le cours du Menarandra depuis son embouchure jusqu'à son confluent avec le Manambahy et, enfin, une ligne Sud-Nord entre ce dernier point et Sakamaré, on obtient un quadrilatère dans lequel se trouve compris le pays Maliafaly. Pour être plus exact, il faut retrancher de ce quadrilatère une bande de 60 kilomètres de longueur et 40 kilomètres de largeur environ, le long de la rive gauche de l'Onilahy moyen, dont la population appartient à la race Tanosy, ralliée à notre cause depuis le début de notre occupation; on pourrait peut-être encore ajouter à ce quadrilatère quelques territoires situés sur la rive gauche du Menarandra, où plusieurs g-rouf^ements de race Mahafaly sont établis au milieu de la population de race Antandroy.
La caractéristique de ce pays est le manque d'eau douce; seule, la vallée du Menarandra, assez abondamment arrosée, possède des pâturages permanents susceptibles de nourrir de beaux troupeaux. Le lit de la Linta est le plus souvent à sec et le lac Tsi-
TULEAR
Postes à créer Frontière du Cercle deTule«r
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Région JJahafaly.
manampetsotra est salé, quoique ses abords soient recouverts d'uiue belle végétation paxoe que les nombreux puits qu'on y a creusés donnent de l'eau douce.
En dehors de ces trois zones (Menarandra, Linta, lac Tsimanampetsotra), on trouve de l'eau douce très rarement, en creusant des puits dans quelques dépressions du sol, de sorte que l'intérieur de ce vaste quadrilatère, à l'exception des groupements d'Ejeda et d'Ankazontaha, renferme une population très clairsemée et très pauvi-e. Si d'Ejeda, qui se trouve à peu près au centre du quadrilatère considéré, et où aboutissent plusieurs sentiers partant de divers points de la côte, on veut gagner la périphérie, on est obligé de parcourir des plateaux complètement brûlés par le soleil et presque totalement dépourvus d'eau.
Cette particularité suffirait pour expliquer la faible densité de la population et le manque de cultures sur les rares points où se trouve de l'eau douce ; on trouve, cependant, quelques champs de manioc, de patates, de maïs, de sorgho et des ampemby (variété de haricots), avec des troupeaux de bœufs, moutons et chèvres. Le pays n'est pas privé complètement de végétation; les pluies, même très rares, de l'hivernagie suffisent pour faire pousser des hautes herbes, des lianes, des arbustes, dont l'intisy, produisant le. caoutchouc, et quelques arbres rabougris.
Le long de la côte, les ports où les goélettes de petit et moyen tonnage peuvent mouiller, à l'abri des vents du Sud-Ouest, qui régnent toute l'année dans ces parages, sont assez nombreux ; on peut citer les quatre principaux : Beheloka, Itampolo, Androka et Ampalaza.
B). Situation économique. — Les Mahafaly ne sont pas agriculteurs, à cause des conditions climatériques du pays et de l'insécurité qui y règne ; ils ont besoin de demander à leurs voisins les vivres qui leur manquent ; cette nécessité les a fait refluer vers la périphérie, d'où leurs incursions vers le Nord pour piller les cultures et les troupeaux des Tanosy de l'Onilahy; d'où leur poussée vers la côte, où ils peuvent faire du commerce avec les traitants, qui leur apportent divers produits industriels et agricoles et reçoivent d'eux, en échange, du caoutchouc. Le pays Mahafaly fournit tout le caoutchouc exporté par le port de Tulear (122 tonnes en 1899, d'une valeur de 532.000 francs). Tulear est le port d'attache des goélettes qui naviguent dans ces parages jusqu'à Betanty (Faux-Cap). Fort-Dauphin reste étranger à ce mouvement commercial. On peut affirmer que le pays Mahafaly et la côte Antandroy, de la baie de Saint-Augustin à Betanty (Faux-Cap) inclusivement, se rattachent à Tulear au point de vue économique. On exporte aussi du pays Mahafaly quelques bœufs, des moutons et des chèvres, mais en petite quantité.
C). Situation politique. — Nous avons trouvé dans le pays cinq chefs principaux :
Au Nord, en contact avec les Tanosy, les cliefs Mahafaly Refotaka et Tsiverenga ;
Au centre du quadrilatère, vers Ejeda, le chef Tsibasy;.
Au Sud, le chef Tsiampondy, qui commande entre Androka et le Menarandra, et Yoriaadro, au Nord-Est des Etats de Tsiampondy, sur le moyen Menarandra.
Les deux premiers, Refotaka et Tsiverenga, n'ont pas voulu entrer en contact avec nos postes et sont actuellement en rébellion contre nous ; leur autorité s'est éparpillée entre les chefs de village, dont les uns ont fait leur soumission et les autres gardent une attitude, sinon hostile, du moins un peu hésitante.
Tsiampondy, Tsibasy et Yoriandro sont ralliés à notre cause. Ils ont souvent accompagné nos troupes en neconnaissanoe, leur fournissant des vivres et des porteurs. Ils demandent, en échange, la protection de nos armes contre les Antandroy de la rive gauche du Menarandra, tribus pillardes, sur le territoire desquelles les troupes du cercle de Eort-Dauphin n'ont pas encore pénétré.
En dehors de ces groupements principaux, qui reconnaissent l'autorité des chefs susnommés, on trouve un grand nombre de petits villages éloignés les uns des autres, ainsi que de petites bandes de quatre à cinq pillards vivant d'une façon indépendante. Dans la zone côtière, comprise entre Saint-Augustin et Itampolo notamment, chaque petit centre a son chef particulier.
Aucune règle, aucune contrainte, aucun principe de justice me sont admis dans ce pays oxi la force prime tout. Les chefs prélèvent sur leurs sujets quelques amendes consistant généralement en bœufs, ou vivent des redevances qu'ils imposent aux traitants qui viennent de Tulear ; souvent, ces traitants voient leurs marchandises mises complètement au pillage.
D). Situation militaire actuelle. — Nous occupons, sur la côte, les postes d'Androka et d'Itampolo ; à l'intérieur, le poste d'Ejeda. La frontière Tanosy est tenue par les postes de Saint-Augustin, Tongobory, SakamaTé, Betioky. Le cercle de Fort-Dauphin tient Bekitro, à trois jours de marche à l'Est d'Ejeda, vers le Haut-Menarandra. De plus, un détachement de 50 conducteurs sénégalais, avec 50 mulets et 15 voitures Lefebvpe, est chargé du ravitaillement de la garnison d'Ejeda et fait circuler ses convois de voitures entre ce point et Tongobory.
Nos reconnaissances ont parcouru en divers sens le quadrilatère Mahafaly à l'Est et au Sud-Est de la ligne Itampolo- Ejeda-Betioky-tongobory. Seule, la région située à l'Ouest de cette ligne (région du lac Tsimanampetsotra) n'a pas encore été visitée. Nous possédons, cependant, sur cette dernière des
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renscûgnemeuts fournis par les traitants de ïulear et des Yezo de la côte.
La valeur militaire des Mahafaly est à peu près nulle ; les quelques groupes dissidents qui ont fait mine de combattre nos troupes ne leur out opposé qu'une faible résistance. D'ailleurs, leur armement se compose de mauvais fusils à pierre et ils ne se procurent de la poudre qu'avec les plus grandes difficultés.
E). Organisation militaire a établir. — Se tenir provisoirement sur la périphérie; au Nord, ga,rder les postes de Saint- Augustin, Tongobory, Sakamaré, Betioky, afin de protéger les populations Tanosy contre les incursions des petites bandes Mabafaly que nous sommes impuissants à faire totalement disparaître, ou, du moins, dont la poursuite nous entraînerait à des dépenses Lors de proportion avec la valeur des résultats; garder Ejeda provisoirement, pour protéger le roi Tsibasy, notre allié, mais réduire la garnison à 30 ou 35 hommes. Les cinq postes de Saint-Augustin, Tongobory, Sakamaré, Betioky, Ejeda peuvent être tenus par une compagnie de 150 sénégalais.
A l'Ouest, tenir sur la côte les quatre ports principaux : Beheloka, Itampolo, Androka, Ampalaza ; on protégera ainsi les. établissements des traitants européens et assimilés et des Indiens qui font le trafic assez important de la région ; on sera maître de la situation économique du pays, on aura des points d'appui pour faire la police parmi les tribus côtières ; on sera à proximité des groupements principaux, de manière à pouvoir affermir l'autorité des chefs indigènes ralliés à notre cause.
La question du ravitaillement des troupes ainsi réparties sera résolue de la façon la plus simple et 'la plus économique : au Xord, par la voie d'eau de l'Onilaliy et un détachement d'une dizaine de conducteurs sénégalais placé à Tongobory avec 5 voitures et 12 mulets ;
Sur la côte, par des goélettes du port de Tulear, qui sont en nombre plus que suffisant poiir répondre aux besoins prévus.
Seul le poste d'Eseva, sur le Moyen-Menarandra, sera ravitaillé par des convois de porteurs Mahafaly; mais, comme il sera composé de sénégalais (70 environ), ils pourront en partie s.8 nourrir sur le pays, qui fournit du sorgho, du mais, des patates, etc.. D'ailleurs, comme la création de ce poste répond aux pressantes demandes de notre allié Tsiampondy, celui-ci fournira facilement les porteurs nécessaires, qui n'auront que deux jours de marche à faire pour se rendre d' Ampalaza, sur la côte, à l'intérieur.
Devant me rendre à Ejeda dans les premiers jours du mois de septembre prochain, j'arrêterai, de concert avec M. le capitaine Corre, commandant le secteur Mahafaly, les conditions d'exécution du programme que je viens d'exposer.
F). Organisation politique a établir. — Nous devons, selon
moi, renforcer l'autorité des chefs actuels, tels que Tsiampondy, Tsibasy, Voriaadro, qui sont sincèrement venus à nous; allouer à Tsiampondy, qui est le plus intelligent et le plus écouté et dont la puissance est la plus considérable, des appointements réguliers, afin de remplacer les impôts qu'il prélevait autrefois sur les traitants de la côte. Les chiefs des postes placés sur la périphérie du quadrilatère Mahafaly auront à étudier les mœurs, l'histoire, les habitudes des populations qui les avoisinent, à déterminer les affinités qui les rapprochient les unes des autres, le degré de parenté de leurs chefs, de manière à agglomérer peu à peu ces petits groupes épars et à formjer un nombre restreint de centres politiques qu'il nous sera facile de surveiller et de diriger. Nous pouvons ainsi espérer que, dans un délai plus ou moins éloigné, le pays Mahafaly aura, au point de vue politique, une organisation adéquate à l'organisation militaire, c'est-à-dire qu'à côté de chacun de nos chefs de poste se trouvera placé un chef indigène ayant sous son autorité les populations faisant partie du sous-secteur correspondant au poste militaire.
En résumé, le pays Mahafaly est aujourd'hui à peu près complètement reconnu au point de vue géographique et topographique. Seule, une bande côtière de 100 kilomètres de longueur sur 100 de large (région du lac Tsimanampetsotra) n'a pas encore été visitée. Il est avéré que ce pays est très pauvre, que sa population est très clairsemée, qu'elle ne possède quje quelques troupeaux et peu ou point de cultures, qu'elle ne peut vivre qu'en prenant contact pour fairie des échanges (jusqu'ici c'était pour piller) avec les Tanosy de la vallée de l'Onilahy et avec les petits ports de la côtç. Notre occupation militaire devra donc êti« réduite au strict minimum pour protéger ces échanges, faciliter le commerce du caoutchouc, qui représente un capital considérable (532.000 francs par an), pouvant peut-être s'accroître.
S'il est reconnu que le sol est pauvre, nous ignorons les richesses que peut renfermer le sous-sol ; ce problème pourra être résolu par des explorations scientifiques (colons, explorateurs, officiers choisis, etc.) qui, grâce à notre occupation militaire, à l'influence des chefs indigènes ralliés à notre cause, aux renseignements topographiques déjà recueillis par nos officiers, pourront parcourir le pays Mahafaly en toute sécurité, sous la protection, si c'est nécessaire, de faibles escortes fournies par les garnisons placées sur la périphérie.
Je pense que la réalisation de ce programme répond complètement aux exigences actuelles, aux intérêts généraux de la colonie et particulièrement à ceux de la province de Tulear.
En même temps qu'il exposait ainsi la situation à l'autorité supérieure, le commandant Lucciardi effectuait une tournée
dans le pays Mahafaly, afin d'arrêter sur place les détails d'exécution du programme proposé. Il avait des entrevues avec les chefs Tsibasy, Voriandro et Tsiampondy, et acquérait la conviction que, si les deux premiers avaient franchement accepté notre autorité, par contre le dernier se considérait comme notre égal et n'avait noué des relations avec nos chefs de postes que pour se procurer l'appui de nos armes contre les tribus Antandroy voisines, dont il convoitait les troupeaux. Aussi, le commandant Lucciardi donna-t-il à ses officiers les instructions suivantes :
Androka, le 24 septembre 1900.
La touruée que je viens dje faire en pays Mahafaly a affermi chez moi la conviction que ce pays est trop pauvre pour justifier les dépenses exagérées qu'entraînerait une occupation militaire complète. Aucune entreprise agricole importante ne parait avoir de chance de succès, si ce n'est sur les bords du Menarandra ; il est donc inutile que nous assumions la charge de prendre en main les populations Mahafaly, dont le rendement sera à peu près nul au point de vue de la colonisation.
Le programme de pénétration consistera, par suite, à occuper la périphérie du pays Mahafaly, par les postes de la vallée de rOnilahy et par ceux qui tiendront les principaux ports de la côte. Nous pourrons ainsi protéger les traitants européens, créoles, indiens, etc., qui sont établis sur la côte, ainsi que les populations Yezo (1) qui paraissent complètement ralliées à notre cause.
A l'intérieur du pays Mahafaly nous devons nous borner à exécuter des reconnaissances topographiques destinées à préparer une occupation ultérieure ou à ouvrir la voie aux explorations scientifiques. Quant à la police, elle doit être confiée aux chefs indigènes, dont nous appuierons l'autorité.
Tous savez que ces chefs indigènes se considèrent toujours comme les possesseurs du sol et qu'ils paraissent tolérer notre présence sans reconnaître la souveraineté de la France. Il est essentiel dans les kabary (2), et chaque fois que l'occasion s'en présente, d'affirmer, au contraire, la prise de possession du pays par l'autorité française; il serait désirable de donner une sanction à cette affirmation, en imposant à ces chefs un tribut annuel, mais, comme ce tribut serait de peu de valeur, en raison de la
(1) Population riveraine de la côte,
(2) « Kabary », réunion populaire pour écouter le discours du chef, synonyme du mot « palabre ».
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pauvreté du pays, et comme, d'autre part, nous n'avons aucun intérêt à imposer notre domination par la forcée, il importe d'adopter une politique d'expectative et de se borner à poser le principe de notre souveraineté, sans lui donner une application immédiate.
Ainsi, sur la côte, nous protégeons et administrons directement les populations de race européenne et assimilée, ainsi que les Vezo ; à l'intérieur, nous chargeons les chefs indigènes de faire la police, c'est-à-dire d'y empêcher le plus possible les vols, les luttes entre tribus, etc. Vous pouvez demander à ces chefs indigènes, ou du moins aux plus influents d'entre eux, s'ils consentent à accepter ce rôle, moyennant une rétribution mensuelle, ce qui équivaudrait à en faire des fonctionnaires payés par le budget local de la colonie.
Cette ligne de conduite était conforme au principe posé plus haut : ajourner pour le moment la pénétration complète du pays des Mahafaly, mais les empêcher de déborder à l'extérieur et d'y inquiéter les populations paisibles, et y maintenir les situations acquises. Dans ce but, le petit port d'Ampalaza, débouché de la vallée de la Menarandra, était occupé le 24 septembre 1900 par un détachement de sénégalais, achevant ainsi le blocus de la partie méridionale de la côte Mahafaly. En outre, une vive impulsion était imprimée à l'action militaire des postes établis sur la périphérie du pays encore insoumis. Les garnisons d'Androka et d'Itampolo rayonnaient autour de ces points pour en éloigner les pillards des bandes d'Emahazo (reconnaissances du capitaine Corre, du lieutenant de Bridiers, de l'adjudant Lavehat, du sergent Georges).
Le 5 octobre, Tsiampondy se présentait devant le poste dAmpalaza avec 800 guerriers et demandait avec arrogance « pourquoi les Français s'étaient établis dans son pays sans son autorisation, et déclarait qu'étant un chef très puissant, disposant d'un plus grand nombre de guerriers que les Français, il ne voulait cependant pas leur faire du mal ».
Le capitaine Ghapuis, commandant le poste, se conformant aux instructions reçues, affirma notre volonté de rester dans le pays et Tsiampondy déconcerté se retira avec tout son monde, sans oser faire aucun acte d'hostilité.
Le l*' novembre, une attaqu© des trois chefs Emahazo, Lahavana et Tsiverenga contre le poste d'Ejeda était vigoureu-
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sèment repoussée et les pertes infligées aux rebelles, 10 tués, 20 blessés, déterminaient la soumission du chef Tsiverenga.
Le 12 décembre, à la suite de reconnaissances effectuées par le lieutenant de Bridiers, le poste de Beheloka était créé sur la côte, reliant Saint-Augustin à Itampolo et complétant ainsi le réseau des postes côtiers. Il servait de base aux reconnaissances chargées de déterminer les centres de population encore inconnus établis dans le quadrilatère, jusque-là impénétré, Beheloka-Itampolo-Ejeda-Betioky, et il avait comme résultat d'amener l'adhésion immédiate à notre domination de la population Vezo, rivale des Mahafaly, établie sur la côte.
L'établissement des postes d'Ampalaza et de Beheloka ayant fermé aux chefs rebelles Mahafaly les débouchés sur la côte et les reconnaissances de nos garnisons leur ayant donné l'impression de notre force, il fut facile au commandant du secteur Mahafaly d'entrer de nouveau en relations avec Tsiampondy, qui, appréciant plus sainement la situation, réclama de nouveau notre appui contre les pillards Antandroy de l'Est. Ceuxci continuaient leurs déprédations aussi bien contre les Mahafaly de Tsiampondy que contre les populations paisibles des Tanosy et des Bara-Vinda, auxquelles ils venaient de prendre 400 bœufs, de tuer 4 personnes et d'enlever plusieurs enfants.
Une opération militaire, dirigée en mars 1901 par le capitaine Gerboz, officier-adjoint du cercle, dans le triangle Bekitro- Bekily-Ejeda, en infligeant à ces tribus un châtiment sévère et en leur reprenant les bœufs et les enfants volés pour les restituer aux populations soumises, donnait à toute cette zone le sentiment de notre force, notamment à Tsiampondy, qui avait accompagné l'opération. Dès lors, le but du commandant Lucciardi était, en mettant Tsiampondy dans notre main, d'arriver à en faire un chef unique dés Mahafaly et à s'appuyer sur lui pour avoir raison des derniers noyaux d'insoumis.
En résumé, par la combinaison d'une action purement politique au Nord de l'Onilahy et d'une action militaire au Sud de cette rivière, le commandant Lucciardi était parvenu, au commencement de mars, à dégager entièrement le Nord de son cercle et à circonscrire avec précision le péril Mahafaly.
A la fin de la période préparatoire, au moment où la bonne saison allait s'ouvrir, la situation était donc nettement éclaircie sur les deux ailes; à l'Est, par l'action engagée dans l'Ikongo et par la constitution du commandement du capitaine Le Rouvillois, à l'Ouest, par l'action du commandant Lucciardi.
La pesée s'exerçait dès lors simultanément sur les deux branches du V. Pendant ces quatre mois, tous les éléments de la situation s'étaient clairement dégagés. D'autre part, j'avais à ce moment parcouru une grande partie de mon commandement. Le 20 février 1901, je réunissais à Betroka mes commandants de cercle : le lieutenant-colonel Lavoisot, le commandant Lucciardi et le commandant Blondiat, qui venait remplacer le capitaine Détrie dans le commandement du cercle de Fort-Dauphin. Je me trouvais donc en mesure d'établir pour la pénétration et l'organisation du Sud un programme d'ensemble que je soumis au Gouverneur Général.
Ce programme, ayant reçu son approbation, fut communiqué à tous mes collaborateurs, afin de leur servir d'instructions générales pour la période active qui allait s'ouvrir.