‹ Dans les coulisses de l'histoire (volume 2)Chapitre 25 sur 60 · LE PÈRE CAUSSIN, CONFESSEUR DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LE PÈRE CAUSSIN, CONFESSEUR DE LOUIS XIII

{Collection de l'auteur)

précurseur incontestable, puis un des principaux animateurs de Renaudot.

Sans vouloir grandir outre mesure la personnalité du Père Joseph, il est juste de marquer la part considérable qui lui revient dans l'œuvre de Richelieu. Doué d'un véritable génie politique, il sut être patriote autant que chrétien, opposant une activité qui ne connut ni défaillance ni repos, aux attaques des ennemis de la France.

On a pu, dans un autre ordre d'idées, dire, non sans raison, qu'il avait préparé les voies à Pascal et à Bossuet. On retrouve, notamment, dans une phrase mémorable dont la paternité lui appartient en propre, les termes mêmes que Pascal devait employer plus tard : « Dieu, a-t-il écrit, est un cercle infmy, dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » Quant à Bossuet, on peut se demander si ce n'est pas une réminiscence que la phrase fameuse sur Madame « qui a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. » Le Père Joseph n'a-t-il pas évoqué, avant le coryphée de la chaire chrétienne, cette « félicité temporelle qui se flestrit du matin au soir, comme la fleur vermeille d'un printemps. »

Nous n'avons voulu qu'esquisser ici les grands

traits d'une étude qui mériterait d'être approfondie. Nous croyons, toutefois, en avoir dit assez pour que soit accordée à VEminence grise, cette grande ombre qu'on trouve sans cesse aux côtés du grand Cardinal, la place qu'elle mérite d'occuper parmi les immortelles figures de notre Histoire.

Préfaces de Renaudot au recueil appelé la Gazette de France, dont il obtint le privilège l'an 1631 : la première adressée au roi Louis XIII, la seconde, plus amusante et plus curieuse, aux lecteurs de moins haut rang.

Au RoY

Sire, C'est bien une remarque digne de l'histoire, que dessouz soixante-trois roys, la France, si curieuse de nouveautez, ne se soit point avisée de publier la gazette ou recueil par chaque semaine des nouvelles tant domestiques qu'étrangères, à l'exemple des autres Estats, et mesme de tous ses voisins. Mais ce ne peut estre sans mystère qu'elle ait attendu pour ce faire le vingt et uniesme an du règne de Vostre Majesté, célèbre par les avantages qu'elle a remportez sur tous ses ennemis, et par la prospérité de ceux qu'il luy a pieu favoriser dç

sa protection et bienveillance. Jusques icy l'heur et la valeur de Vostre Majesté ont mis les affaires de ce royaume à un poinct qui luy sert de panégyrique éternel et d'apologie effective à son premier ministre. Chacun reconnoissant que Yostre Majesté, par ses divins conseils, est plus absolue chez soi, plus chérie de ses alliez, redoutée de ses ennemis, et respectée de tout le monde : bref, s'est acquis plus de gloire au près et au loin que tous ses devanciers ensemble. Ce sont là les louanges que la vérité tire aujourd'hui des bouches autrefois les plus venimeuses, que les pères racontent à leurs enfans, et dont les compagnies s'entretiennent pour en conserver la mémoire.

Mais, Sire, la mémoire des hommes est trop habile pour luy fier toutes les merveilles dont Vostre Majesté va remplir le Septentrion, et ensuite tout le continent. Il la faut désormais soulager par des escrits qui volent comme en un instant du Nord au Midy, voire par tous les coins de la terre. C'est ce que je fay maintenant, Sire, d'autant plus hardiment que la bonté de Vostre Majesté ne dédaigne pas la lecture de ces feuilles. Aussi n'ontelles rien de petit que leur volume et mon stile. C'est au reste le journal des roys et des puissances de la terre. Tout y est par eux et pour eux, qui en font le capital; les autres ne leur servent que d'accessoire. Ainsi, Vostre Majesté va prendre le mesme plaisir (mais à meilleur titre) qu'autrefois Enée, se voyant meslé parmy les autres princes, dans les tableaux que je vais peindre de ses victoires; et cependant je luy offre en toute humilité ce recueil de toutes mes gazettes de cette année; laquelle je fîïiiray par mes prières à Dieu, qu'autant que sa pro»

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tection est assurée à cet Estât, elle accompagne partout Vostre Majesté qui en est la vie et le bonheur inséparable. Ce sont les vœux et l'espérance de cinquante millions d'âmes, et entre elles,

Sire, Du très humble, très iîdelle, et très obéissant serviteur et sujet de Vostre Majesté,

Théophraste Renaudot.

Préface au Public.

La nouveauté de ce dessein, son utilité, sa difficulté et son sujet, mon lecteur, vous doivent une préface.

La publication des gazettes est à la vérité nouvelle, mais en France seulement, et cette nouveauté ne leur peut acquérir que de la grâce, qu'elles se conserveront tousjours aisément moyennant la vôtre; se renouvellant même comme elles font à tous les ordinaires. Mais surtout seront-elles maintenues par l'utilité qu'en reçoivent le public et les particuliers. Le public, pour ce qu'elles empeschent plusieurs faux bruits qui servent souvent d'allumettes aux mouvements et séditions intestines. Les particuliers, chacun d'eux ajustant volontiers ses affaires au modèle du temps. Ainsi le marchand ne va plus trafiquer en une ville assiégée ou ruinée; ni le soldat chercher employ dans les pays où il n'y a point de guerre. Sans parler du soulagement qu'elles apportent à ceux qui escrivent à leurs amis, auxquels ils estoient auparavant obligez, pour contenter leur curiosité, de descrire laborieusement des nouvelles le plus souvent inventées à plaisir et fondées sur l'incertitude d'un simple

ouy dire. Encore que le seul contentement que leur variété produit ainsi fréquemment, et qui sert d'un agréable divertissement es compagnies qu'elle empesche des médisances et autres vices que l'oisiveté produit, deust suffire pour les rendre recommandables. Du moins sont-elles en ce point exemtes de blasme qu'elles ne sont aucunement à la foule du peuple : non plus que le reste de mes innocentes inventions, estant permis à un chacun de s'en passer si bon luy semble.

La difficulté que je dise rencontrer en la compilation de mes gazettes et nouvelles n'est pas icy mise en avant pour en faire plus estimer mon ouvrage. Ceux qui me cognoissent peuvent dire aux autres si je ne trouve pas de l'employ honorable aussi bien ailleurs qu'en ces feuilles. C'est pour excuser mon stile s'il ne respond tousjours à la dignité de son sujet, le sujet à vostre humeur et tous deux à vostre mérite. Les capitaines y voudroient rencontrer tous les jours des batailles et des sièges levez ou des villes prises; les i)laideurs, des arrests en pareil cas; les personnes dévotieuses y cherchent les noms des prédicateurs, et à peu qu'ils ne disent des confesseurs de remarque. Ceux qui n'entendent rien aux mystères de la cour les y voudroient trouver en grosses lettres. Tel s'il a porté un paquet en cour, ou mené une compagnie d'un village à l'autre sans perdre d'homme, ou payé le quart dernier de quelque médiocre office, se fasche si le roy ne void son nom dedans la Gazette. D'autres y voudroient avoir ces mots de monseigneur ou de monsieur répétez à chaque personne dont je parle : à faute de remarquer que ces titres sont ici présupposez comme trop vulgaires : joint que ces compliments, estans

obmis en tous, ne peuvent donner jalousie à aucun. Il s'en trouve qui ne prisent qu'un langage fleury, d'autres qui veulent que mes relations semblent à un squelette descharné et dénué mesme de ses nerfs et de sa peau; de sorte que la narration en soit toute nuë, ce qui m'a fait essayer de contenter les uns et les autres.

Ce peut-il donc faire que vous ne me plaigniez pas en toutes ces rencontres? et que vous n'excusiez point ma plume si elle ne peut plaire à tout le monde en quelque posture qu'elle se mette? Non plus que ce paysan et son fils, quoy qu'ils se missent premièrement seuls, et puis ensemble, tantost à pied et tantost sur leur asne. Et si la crainte de desplaire à leur siècle a empesché plusieurs bons autheurs de toucher à l'histoire de leur âge, quelle doit estre la difficulté d'escrire celle de la semaine, voire du jour mesme auquel elle est publiée? Joignez-y la brièveté du temps que l'impatience de nostre humeur me donne, et je suis bien trompé si les plus rudes censeurs ne trouvent digne de quelque excuse un ouvrage qui se doit faire en quatre heures du jour que la venue des courriers me laisse toutes les semaines pour assembler, ajuster, et imprimer ces lignes. Mais non : je me trompe estimant par mes remonstrances tenir la bride à vostre censure. Je ne le puis; et si je le pouvoye je ne le doy pas faire. Geste liberté de reprendre n'estant pas le moindre plaisir de ce genre de lecture, et vostre plaisir et divertissement comme j'ay dit, estant l'une des causes pour lesquelles ceste nouveauté a esté inventée. Jouissez donc à vostre aize de cette liberté françoise : et que chacun die hardiment qu'il eust osté cecy, ou changé cela, qu'il auroit mieux fait. Je le confesse.

En une seule chose ne cederay-je à personne, en la recherche de la vérité : de laquelle néanmoins je ne me fay pas garand. Estant malaisé qu'entre cinq cens nouvelles escrites à la haste d'un climat à l'autre, il n'en eschappe quelqu'une à nos correspondans qui mérite d'estre corrigée par son père le Temps. Mais encore se trouvera-t-il peut-estre des personnes curieuses de sçavoir qu'en ce temps-là tel bruit êstoit tenu pour véritable : et ceux qui se scandaliseront possible de deux ou trois faux bruits qu'on nous aura donnés pour véritcz, seront par là incitez à débiter au public par ma plume que je leur offre à ceste fin les nouvelles qu'ils auront plus vrayes, et comme telles plus dignes de luy estre communiquées.

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