Sur Christine de Suède, voir nos Légendes et Curiosités
d'une perruque d'homme, au chapeau garni de panaches guerriers, au mouchoir noué autour du col, portant l'écharpe rouge à l'espagnole, affectant la voix et le langage d'un homme, et d'un homme malappris, et ne songeant qu'à déguiser son sexe, dont elle paraissait avoir comme honte.
N'était-ce pas aussi l'époque où le frère du roi, Philippe d'Orléans, s'affublait d'attributs féminins et prenait une dilection particulière à se déviriliser.
« On habituait le duc d'Anjou, écrit un historiographe (1), à ne s'occuper que de futilités et de bagatelles. Très fier de sa jolie figure, il aime à se parer, il recherche les colifichets. On ne peut lui faire de plus grand plaisir que de l'habiller en femme.
« ... L'adolescence vient, et le goût des mêmes déguisements persiste. Le duc d'Anjou aurait bien envie de se vêtir comme les dames; mais il n'ose, à cause de sa dignité, car les princes sont emprisonnés dans leur grandeur (sic). Pour se dédommager,
de l'Histoire, pp. 134 à 207, chap. intitulé : Une Nietzschéenne avant Nietzsche, et en Appendice au présent chapitre, la pièce de notre collection la concernant : pièce II. 1. H. Druon, Histoire de VEducation des Princes dans la Maison des Bourbons de France.
C'IiKISTlNE DE SUÈDE A CHEVAL
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le soir il met des cornettes, des pendants d'oreille, et ainsi attifé il se contemple dans les miroirs. Plus tard, dans un bal masqué qu'il donne au Palais- Royal, un lundi gras, il ne peut résister à la tentation de se montrer dans un ajustement qui, en faisant ressortir toutes ses grâces, lui vaudra de paraître l'une des plus jolies personnes de la Cour. Après avoir ouvert le bal avec Mlle de Brancas, il alla s'habiller en femme et revint en masque, le chevalier de Lorraine lui donnait le bras. Il dansa le menuet, et s'alla asseoir au milieu de toutes les dames. Il se fit un peu prier avant que d'ôter son masque; il ne demandait pas mieux et voulait être vu. On ne saurait dire à quel point il poussa la coquetterie, en mettant des mouches, en les changeant de place. Les hommes, quand ils croient être beaux, sont une fois plus entêtés de leur beauté que les femmes. C'est encore la même manie qui lui fait choisir, dans les spectacles de la Cour, les rôles où il paraîtra non pas comme acteur, mais comme actrice. Il aime tout ce qui brille : il a des écrins remplis de rubis, de diamants, de perles; un jour, il en montra à Daniel de Cosnac pour plus d'un million.
« De tous ces travestissements, il lui resta jus-
qu'aux derniers jours de sa vie un amour excessif de la parure. On peut lire encore, dans les Mémoires de Mademoiselle, le récit d'un bal où figuraient quatre bergères, magnifiquement habillées, conduites par quatre bergers. Monsieur faisait l'une des bergères. Mademoiselle ajoute : « La reine nous trouva fort à sa fantaisie, ce qui n'est pas peu. » On voit par là qu'Anne d'Autriche, loin de blâmer ce goût de travestissement chez son fils, qui avait alors dix-neuf ans, semblait l'encourager (1).»
C'est donc pour complaire aux goûts bizarres de l'Altesse royale que Mme de Choisy, la mère de notre héros, aimait à revêtir son fils d'habillements de femme : nous avons sur ce point le propre récit de l'intéressé. Ecoutons le narrateur :
« On m'habillait en fille toutes les fois que le petit Monsieur venait au logis et il venait deux ou trois fois par semaine. J'avais les oreilles percées, des diamants, des mouches et toutes les autres petites afféteries auxquelles on s'accoutume fort aisément et dont on se défait très difficilement.
« Monsieur, qui aimait tout cela, me faisait tou-