‹ Dans les limbesChapitre 2 sur 3 · MOI TOI · texte numérisé non relu

MOI TOI

0 rouspétance Détestable ! Ne réponds pas et fais le mort.

Je ne veux pas ici de ces gens-là.

MOI

D'accord,

Là^ j*obéis.

TOI

Bien sur ?

liOl

Oui.

TOI

Celle femme igQoble

Je lui ferais une conduite de Grenoble Telle qu'elle s*en souviendrait en Paradis t Quant aux autres....

IIOI

Je les consigne, je te dis.

TOI

C'est qu*avec toi je suis toujours sur le qui-vive. T*es gentil quand moi là, moi pas là tout arrive !

Monsieur l'ail son i'endaul, il se laisse mener. Il dit du mal de moi...

MOi

Çà, non!

TOI

Va donc crâner !

Mais assez — t'es mignon — de mines furieuses.

Embrasse... Et causons de choses plus sérieuses.

Tu m'as donné, non point à tort, Maiscerle avec jus le raison, Ce surnom d^Infernal, c^est fort Bien : n'as-tu pas toujours raison ?

En effet, maLgré la sincère.

Plus que sincère, entière amour Que je le voue et tout entière, Sincère que soit cette amour,

Mon caractère diabolique

Parfois ne sait pas abaisser Ua orgueil vraiment babélîque Qui, lui, ne veut pas s'abaisser.

Ail ! courbe-le, mon caractère, Piétine-le donc sous le tien :

Mon cœur t'est là pour partenaire, Mon âme est ià pour ton soutien,

Mon cœur qui l'a donné ma vie, Mon àme dont tu tiens les sceaux !

Pardon pour mes péchés d'envie,

De colère, et lous crimes sots.

D'ailleui-s je les expie assez Toutes ces mes iui'ractious Loin de toi, sauf en laps pressés, Par de telles privations 1

Le lieu des adieux (pas élenielsj, — Ja saisuii Dernière était au coin de la basse maison Toute rouge — la tuile et la brique y fourmillent (Vis-à-vis le gazon bordé de camomille) Qui sert de local à des services divers.

Là riicurc ayant sonné de son timbre pervers, Nous enjoignant de nous séparer tout do suite., Hélas ! avant qu*hélas ! tu ne prennes la fuite, Je t'embrassais si iurt que lui tu ne pouvais Tempêchcr de rire aux éclats, et ne savais

i'our lois me luruscr uii baiser sur la bouche,

Un gros, frais, long baiser partagé, puis, farouche

Pour la forme — c'était presque en public, des yeux

Pouvaient nous voir, malins, ou, pis, oHicicux,

Des langues bavardes, et quel scandale ! et leste,

Cruellement, tu me qui Liais, instant céleste

Et diabolique, avec ces mots : t Je ne viens plus. »

Car, sachant bien que tu viendrais, irrésolus

Toutefois, mes désirs fous tantôt ivres d'ire

Et de larmes, tantôt pleins d'espoir à ton dire,

Se souvenant de la chère intonation

Et de la gca Liment taquine inlcnlion,

Me balançaient dans une fausse Inquiétude,

Jusqu'au lendemain, tendre amie au verbe rude.

Aux tripes d'un chien pendu Tu m'assimiles parfois, M engueulant de celle voix Idoiae à ce propos dû.

Tu me dis, robusle et grasse, Assez t)uuvcul, qu'un beau jour Ce sera si bien mon lour Que le diable eu crierait grâce

Mon tour d'écopcr, car tu ^ j Ne te mouches pas du pied Pour manier comme il sied La giilc, et c'est la vertu

De n'avoir pas peur d'un homme, Pùt-il fort comme un millier, Et toQ geste i'amilier

Tu n'en es pas ccuiiunie...

' Ainsi nous nous disputons (Tu me disputes du moios) Prenant les dieux à témoins, Sacrant, jurant, puis battons

En retraite 1 un vers Fautre Après tel combat fatal, Distraction d'hôpital, Bonne iille et bon apôtre.

En retraite, oui, nous battons L'un vers l'autre et nous baisons Sur la Louclic et ces façons Je les aime encor mieux que des coups de bâtons.

Décembre 1892.

Voilà bien le déjà quarlièinc jour de Tan Que tu me vois ici : le premier c'était en ***, Ah ! mon amour esl vieux déjà de plus d'un lustre Et comme un qui s'accoude à même tel balustre Ët paresseusement resonge aux biens, aux maux, Aux insignifiants événements, laits, mots, Pensers, de cette part quelconque de sa vie, Ainsi, moi, je souffre à nouveau colère, envie, Trahison ; je jouis après des jours, des jours Et des jours et des jours et des bonnes amours

22 DANiS LES LIMBES

bl des espoirs remplis jadis, et de la vie Eofio t et malgré trahison, calère, envie !

Mais de toua cas latiiioranda le aicilleur c'est

Toi, quand ta forme, aimée à i'inOni, glissait

D'un pas léger malgré la majesté du buste

Vers moi tout rassuré dûs lors par ta voix, juste

Au point pour ma langueur loin de toi, douce voix,

Uivioe voix dont les gaietés soat des pavois

Où trôneut mes désirs triomphais en cette heure.

La voix â envoie, mais le souvenir demeure, i'' janvier 1SU3.

Des méchants, ou, s*ils aiment mieux, des indiscrets Sinon des envieux que je pardonnerais,

S'ils ne Le i'aisaicnt pas, bon cliéri, de la peine,

Tant leur manège est nul, tant leur malice est vaine,

Ont essayé» même s'efforcent d'essayer

A nouveau de nous désunir, d'enlre-bàiller

La porte à la querelle, au soupçon qui gourmande,

A la colère à qui lors, Touvrir toute grande,

Et qui rugit avec un couteau dans la main.

Ilunnêles lagos, passez voUo clioniiii.

Comme si ce n'ôtait assez de mes misères, Des ennuis de partout me griffant de leurs serres En attendant de m'emporterje ne sais où, Voici sortir je ne sais quels serpents d'un trou Pour taquiner mes pieds clapotant dans leurs vases. Heureusement, amie, ô toi, tu les écrases.

Femme bonne que le mépris arme et défend, Femme bonne qui me délends comme un enfant, Femme douce qui me souris, femme sublime, O ma femme, ipii recevras mon souille ultime !

Digitizc

Ils ont rampé jusques ici, Dans ces Umbcs où je soupire Après toi loiulaiae, ô martyre Ils ont rampé jusques ici.

Guellaiil lu venue et l'instant Propice pour, devant ma face, T'insulter, limiers sur ta traee^

Guettant ta venue et l'instant.

DANS LES LIUBBS

Tjuiiulter, or, c'est m'iasulter Au centuple» et certes pour ce Ils auront lieu d'apprendre que

T'iiïsuUer, or, c'est m'insullcr.

Viens, bien-uimée, et, va, vivons En paix loin du m onde imbécile :

« La vie est là, simple et tranquille Viens^ bien-aiméc et, va, vivons !

0 lu n^es pas une savante

Et je t'en Iclicite Tort,

Et je t'en loue et je l'en vante,

Et qui me censure il a tort,

Car ta iinesse toute nue Sans vains mots et sans gestes taux.

Car ta ruse mieux qu'ingénue, Car ta rouerie aux plans nouveaux,

Car jusqu'à ta < méchanceté, »

Comme ces bons paotes-ià disent, Jsouâ défendent de leur bélise...

Ta méchanceté 1 ta bonté i

Car 0C6 veiius d'entre les liemics, Me vont mieux, te vont mieux aussi, Bien qu ou n'eu ciianle pas Vautienne, Que d'autres fleurant de moisi.

Ils disent cucor, les gens, Que tu n*e$ pas intelligente, Eux, ce qu'ils sont inteiiigenls, G*en est une chose touchante,

Il parait que lu ne conipreuds Pas les vers que je le soupire.

Soit ! et cette fois je me rends !

Tu les inspires, c'est biea pire.

Oui, tu m'inspires, Musc et que non pas Musette !

Philomcnc et non pas Lisette, Philomène

Telle quelle, c nature », et parbleu î très humaine

Et très divine aussi, tics ciecssc, mazette !

Ma Piiiiomène avec du bon sens dans sa tète Et de la fantaisie au cœur, de la meilleure Et du meilleur bon sens, celui qu*à la maie heure Sollicite le mien de bon sens de poète !

DANS LES LIMUES

Ta fantaisie elle est immense, active, ardente, Galté mêlée à de sombre mélancolie.

Quelle chaude gaité quand ton chagrm 5 oublie, Ce chagrin qui pudiquement rêve en sa tente.

Uuant à ta bonté, c'est ma vie et c'est mon être Sans elle je languis dans ma fade ironie, Par elle je retrouve, en une aube bénie.

Toutes naïvetés où le jour va renaître.

Le beau jour baptismal de mon adolescence I Tu me rends la Jeunesse et les belles folles, 0 muse mienne, ô femme mienne, tu délies Ët ma langue et mon âme.

0 plus, dis, plus d'abseace l

01 rabsciiccl le nioius clciucal do tou» les

{La Bonne Chanson.)

J'ai dit jadis que l'absence

Est le plus cruel des maux, On s\ berce avec des mots, C csi riiorreur de 1 impuissaucc

Sans la consolation Du moins de quelque caresse, On meurt sans qu'il y paraisse On est mort, dis-je, et si on

DAN:? LES LlMIiES

Feiui de respirer encore,

C osl bieu inacliinaiemeul.

O ce découragement A voir se lever laurore:

Or, depuis que dans ces lieux Je suuUre, — dès toi venue, — Par quelle force inconnue, Âllé-je inliniment mieux ?

C'est rhistoire de Téphèbe Mourant de la vierge au loin!

Qu'elle arrive cl soit témoin,

Gomme il nargue et fuit TËrèbe!

Et tant que j'y resterai,

Accoyrs en ce limbe blême :

Moi qui déjà t*ainie cL t'aime.

0 que je t'adorerai!

C'eîjt Itiit, litléraleiiiciil je L'adore!

On adore Dieu, créateur géant.

Or ne m'as- tu pas, plus divine encore, Tiré de louLes pièces du uéauL /

Dieu que je béuis puisqu'il est le Père

Du moins pour nous' faire avait mieux que rien

Toi tu n'avais rien, mais rien pour me faire

Tel ((ue me voici, ta ciiobe et Ion biea.

DANS LLH LlMliES

Rien, pas même du limon comme TAutre.

Je m'étais éventé dans le Pédant l'ius que mort, pas né, brunie qui se vaulic Aux fondrières d*un art décadent.

Fantôme perdu dans des i'antaisies, i'autdsques, iiclas i moins eucor que quoi Que ce soit qui iut, vacantes, moisies.

Ah ! c'était du propre et du beau que moi !

Tu parus ! Je naquis sous ta prunelle, Du sang me battit, de la chair me vint, Par degrés rapides une éternelle Amour m'investit qui vivait pour vingt.

Amour de latrie et d'idolâtrie

Où s'épura mon pauvre orgueil lettré,

Où la vérité rude, mais chérie

A force de bonté m'a retiré.

Du rêve égoïste et me fait le frère, Noo, le serf que tu daignes fraternel,

L'esclave de ta volonlc sévère A juste titre en son vœu maternel

Presque, puisque lu nie diriges, guides, Protèges encontre le monde, aussi Contre moi-même, o trop, que trop rapides Délices i Conjugal, ce v«eu si tien ! Si

Uue je peux dire, mui, que je t'adore, Toi qui, comme le Créateur géant.

M'as, plus puissante et meilleure encore,

Tiré de tuutcs pièces du néant.

Je blasphémais Dieu, c'est le Père el le Mailre,

Tous deux venons de lui, c'est la source de l'Etre

Et je ne t*aime autant que par da volonté.

Jésus a sur la croix d'avance racheté

Mes péchés — el les tiens, car lu pèches, chérie,

Bien qu*à mes yeux qui te sont toute idolâtrie,

Tes fautes soient encor de justes actions ;

Mais nies youx ne sont pas des yeux d'ange : prions

Donc qu'il nous soit donné dans la paix que procure

La conscience de bien faire, la foi pffrc

El simple, de façon à vivre — saiDtemeut?

Hélas, non ! mais, do moins, gentiment, bontément, Afin que le prochain qui voit nos calmes joies hi nos calmes chagrins et nos cœurs plus les proies Gomme autrefois, de ces torts afl&eux et cruels, S'édifie, à défaut, nous laisse à nos réels »P y Soins d'ctre heureux >euis el^nuus imite... à distance.

Vive, oui, n'est-ce pas, vienne cette existence! '

Hélas 1 je crains fort pour nous deux Avec nos fichus caractères,

Des avalanches, des cratères Mieux que fous, pis que hasardeux.

lia zeste de raison nous reste Pour prévoir et, par conséquent, Pour aimer et chercher le qu'en-

Dira-t-on, et : /.ut pour ce zeste!

Grasseyé en gamin de Paris Ce noire caprice moins bête Encor que méchant quoique honnête, Et qui fait tout de nos esprits.

Soit^ plus de bride, à Taventure, Liber Le, libertas, et, sans Davantage ennuyer nos sens De réserves contre nature,

Allons-y d'une noce en tout, L'amour, Tivressc el tous les vices Amusants, et tous les sévices, Uendous-nous-les dès mis eu goût.

Tous les services aussi, toiles Caresses et coups bien tapés, * Défonçons tous les canapés, Toutes les querelles frivoles

UANS LES LIMBES

Et cruelles, payuus-aous>les i Béoolons-nous, puis tue, assomme î Hontre-toi femme, je suis homme, Griffe, je cogae. U pleurs salés,

liiib, jurous! el ù leadrcs plaintes.

Sueurs dives, salives bien!.. .

Or, mettant du tien et du mien,

L'un dans 1 autre sans plus de crainte?

D'en mol iinir, lâche souci, Bah, vivons tels quels, oar Je pire, Pour moi du moins, serait de dire Un jour : elle n'est plus ici î

Si Ton doit vivre mal ensemble, Eh bien, vivons mal ensemble, ou Mourons ensemble, car, seul, où,

Gomment vivre sans toi? J'en tremble*

DANS JL£S LIMBES

Ainsi, sur mon lit d'hôpilal Je m'agite en propos stériles.

Là! mes rêves, dormez tranquillesi Elle va venir, c'est i'atal,

G*est écrit, c'est la Destinée! — El, comme elle est toute bonté, La voici dans sa majesté De reine mienne ramenée.

Ua fiacre» demain, à huit heures

Du matia, nous emportera

Tous deux bien loin de ces demeures

Devers tous les etcœlera

De la vie enfin reconquise, Bonheur, malheur, et toi toujours !

Car tu m*es la fête promise Ou le saut aux abîmes sourds.

Cette fois comme les dernières Tu me jures bien d'en finir Avec tes mœurs aventurières . Et de ne plus y revenir.

Est-ce encore de la faiblesse Ou pressentiment de ma part i 11 me semble que ta promesse D'aujourd'bui d'un cœur loyal part.

Pourtant tes yeux noirs, 6 ma brune, De leur regard méchant et bon, Mystérieux comme la lune, Ne me disent ni oui, ni non,

Et le sourire qui te parc, Parfois semble avoir hésité Entre une malice barbare Et la plus naïve gaieté.

Si tu savais ce que je souffre

Dans ce misérable suspens,

Me balançant des cieux au gouffre,

Du gouffre morne aux cieux flambants,

Des cieux flambants de toutes joies Au gouilre plein d'ombre et de mal, Tu piloierais — et tu piloies ? — Ce pauvre vieux dit rinfernaU

Qu'importe, allons ! ù loi le maître Et la maîtresse. Il est demain, L'heure a sonné, vite au Peut-être Dont ton caprice est le chemin.

TAULli

Pages.

Préface i

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