‹ Dans les mers du SudChapitre 14 sur 68 · En français dans le texte · texte numérisé non relu

En français dans le texte

eux en se rencontrant, mais d'un sourire plein d'indulgence.

J'eus l'occasion de voir beaucoup cet excellent homme. Il fit avec nous la traversée de Tai-o-hae à Hiva-0a, une lutte à mort de 90 milles, avec une mer démontée. Ce fut ce qu'on appelle une bonne traversée, et une plume au bonnet du Casco. Mais ces quarantehuit heures restent parmi les plus mauvaises qu'aucun de nous ait jamais passées. Nous étions secoués et lancés les uns contre les autres, comme des bailes dans un tambour, le matelot fut jeté à bas et eût la tête fendue ; le capitaine était malade sur le pont ; le cook était malade dans la cale. De toute notre compagnie, deux seulement descendirent diner. J'étais l'un de ces deux. Je me sentais fort misérable ; et ma compagne (qui se disait très à son aise) quitta la table précipitamment avant la fin du repas. C'est dans ces circonstances que nous approchâmes de la côte située sous le vent de cette ile mystérieuse de Ua-pu, contemplant avec des yeux éblouis, les criques, les caps, les récifs, les forêts descendantes et les aiguilles de pierres inaccessibles qui surmontent les montagnes. Ce lieu demeure dans un recoin obscur de nos mémoires, comine un décor de cauchemar. La fin de cette pénible traversée, à laquelle furent soumis nos passagers, s'acheva avec les mêmes difficultés. Les vagues déferlaient avec fureur sur la baie de Taahauku ; le bateau échoua et chavira, et tout l'équipage fut submergé. Seul le frère, habitué à ce genre d'expérience, glissa à terre par un miracle d'agilité sans presque se faire mouiller. A partir de ce moment, durant tout le temps que nous demeurâmes à Hiva-oa, il fut notre cicérone et notre protecteur, nous présentant, nous guidant dans ‘nos excursions, nous obligeant en mille manières et se faisant aimer chaque jour davantage.

Michel Blank avait été un charpentier par profession ; il avait gagné de l'argent et s'était retiré, croyant

sa vie active terminée; et c'est seulement lorsqu'il s'aperçut des dangers de l’oisiveté qu'il vint mettre ses capitaux et ses connaissances au service de la mission. Il en devint le charpentier, le maçon, l'architecte et l'ingénieur ; ajouta la sculpture à tous ses talents et se rendit célèbre par sa science du jardinage. Il avait l'expression enviable d'un homme entré au port après les luttes de la vie et qui y a solidement jeté l’ancre ; il vaquait à ses occupations avec une simplicité joyeuse ; ne se plaignait pas des déboires que lui donnaient les résultats, — pensant peut-être, timidement, que ses sculptures étaient un résultat suffisant ; et il était, dans son ensemble, le modèle accompli du missionnaire.

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