CHAPITRE VIII
Le port d'entrée
Le port — l'entrepôt, la capitale civile et religieuse de ces îles barbares — s'appelle Tai-o-hae et s'étend sur la rive d'une baie verdoyante et escarpée de Nuka-hiva. C'était le milieu de l'hiver quand nous y arrivâmes, et le temps était lourd, orageux et changeant. Tantôt le vent soufflait de terre en tempête par les brèches des précipices éboulés, tantôt, venant du large, il s'engouffrait en rafales, entre les îles gardiennes de la mer. Des nuages épais et sombres étaient suspendus sur les sommets ; la pluie faisait rage, puis cessait ; les dalots des montagnes bouillonnaient et le lendemain on pouvait voir les bords de cet amphithéâtre cernés d'une frange de blancs débris. La ville s’allonge le long de la baie, en une file étroite de maisons, généralement blanches, et toutes cachées dans le feuillage d’une avenue de verts puraos. Une jetée s’avance dans la mer par-dessus une ceinture de récifs ; à l'est, s'élève sur une colline proéminente, couverte de buissons, le vieux fort maintenant transformé en « Calaboose ! » ou prison ; à l'est, sur la Résidence, également isolée dans un jardin, flottent les couleurs de France. La petite goélette du Gouvernement est presque toujours à l'ancre, juste en face de la colline du Carabous ; le matin elle annonce 8 heures en déployant son pavillon et le soir,